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Full text of "L'École de Salerne : traduction en vers français"

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L'ÉCOLE 

DE SALERNE 



TRADUCTION EN VERS FRANÇAIS 



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PAR 

CH. MEAUX SAINT-MARC 

AVEC LE TEXTE LATIN 
PRÉCÉDÉE d'une INTRODUCTION 

PA/î le DOCTEUR Ch. DAREMBERG 

ET SUIVIE DE COMMENTAIRES 
AVEC FIGURES 




Px\RIS 

LIBRAIRIE J.-B. BAILLIÈRE ET FILS 

19, RUE HAUTEFEUILLE, I9 
Près du boulevard Saint-Germain., 

MDCCCLXXX 



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L'ÉCOLE DE SALERNE 



Cet ouvrage est tiré à loo exemplaires numérotés sur papier 
de Hollande. 



CHEZ LES MÊMES LIBRAIRES 



LE REGIME DE PYTHAGORE 

d'après le docteur COCCHI 



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L'ÉCOLE 

DE SALERNE 

TRADUCTION EN VERS FRANÇAIS 
PAR 

CH. MEAUX SAINT-MARC 

AVEC LE TEXTE LATIN 
PRÉCÉDÉE d'une INTRODUCTION 

Par le docteur Ch. DAREMBERG 

et suivie de commentaires 
avec figures 




PARIS 

LIBRAIRIE J.-B. BAILLIÈRE ET FILS 

19, RUE HAUTEFEUILLE, I9 

Près du boulevard Saint-Germain. 
MDCCCLXXX 



AVERTISSEMENT 



Si l'on devait juger du mérite d'un ouvrage par le 
nombre des éditions, traductions et commentaires qui 
lui ont été donnés dans toutes les langues, peu de 
livres pourraient soutenir la comparaison avec VEcole 
de Salerne ^ ; néanmoins, nous espérons qu'une nou- 
velle édition de ce poème médical sera favorablement 
accueillie. 

Les centons latins qui composent cet ouvrage ont 
la prétention de représenter toute la science médicale 
contemporaine. Dans les dix parties qui le composent 
sont comprises toutes les branches de la médecine de 
cette époque, Vanatomie, la physiologie ^ V hygiène, la ma- 
tière médicale, Vétiologie, la sémiotiqiie, la pathologie, la 
thérapeutique, la nosologie; on y trouve même, sous le 

I. M, Baudry de Balzac compte, de 1474 à 1846, 240 éditions 

de VEcole de Salerne. On connaît une multitude de traduc- 

ii— lions en français, en allemand, en anglais, en hiberno-cel- 

'tique, en italien, en espagnol, en polonais, en provençal, en 

^Dohémien, en hébreu et même en persan. Le nombre des 

manuscrits qui contiennent ce poème s'élève à plus de 100, du 

nmoins s'il faut s'en rapporter aux recherches faites par MM. B. de 

"^ Balzac, de Renzi et Daremberg. 



VI Avertissement. 



nom de pratique médicale, ce qu'on a appelé depuis la 
déontologie médicale, qui traite des droits et des devoirs 
du médecin, de la partie professionnelle de la méde- 
cine, et qui est pleine de sages conseils donnés aux 
jeunes praticiens sur la conduite à tenir envers leurs 
malades et envers leurs confrères. 

Il y a, dans le poème de VEcole de Salerne, beaucoup 
d'excellents préceptes, habilement résumés en piquants 
hexamètres, qui se logent facilement dans la mémoire, 
et tout cela est si spirituellement présenté qu'il charme 
toujours l'esprit quand il ne le convainc pas. 

Nous avons suivi le texte établi par M. de Renzi ^ 
M. le docteur Ch. Daremberg a bien voulu revoir ce 
texte sur les manuscrits et corriger les fautes qui avaient 
échappé aux imprimeurs napoHtains 2, en même temps 
qu'à notre prière il se chargeait d'exposer dans une 
Introduction le résultat de ses recherches sur l'histoire 
et les doctrines de l'École de Salerne. 

Nous n'avons voulu reproduire ni la traduction 
de Bruzen de La Martinière ^, ni celle de Levacher de 



1. Collectio Salernitana. Naples, i(S52, in-8, t. I, p, 417. 
Deuxième édition, entièrement refondue, comprenant les tra- 
vaux inédits de M. Baudry de Balzac, les vers nouvellement 
recueillis par MM. Daremberg et S. de Renzi ; publiée par les 
soins de Salv. de Renzi. Naples, i85g, in-8, lxviii, 128 pages. 

2. Notre texte comprend 1870 vers latins. 

3. L'Art de conserver la santé, composé par l'Ecole de Sa- 
lerne, traduit en vers français par B.-L.-M. La Haye, J. van 



Avertissement. vu 



La Feutrie \ ni celle de Pougens % ni aucune autre : 
elles avaient le double défaut d'être anciennes et in- 
complètes. 

La traduction en vers français que nous publions 
est, tout entière, l'œuvre de M. Ch. Meaux Saint- 
Marc % élégante et fidèle, autant qu'il a été possible. 
Le traducteur avait de grandes difficultés à vaincre : 
nous espérons qu'il les aura presque toutes ^heureuse- 
ment surmontées. 



Buren, 1743. Paris, 1749, in-12. — Autre édition avec le Traité 
de la Beauté des Dames. Paris, 1777, in-12. 

1. Paris^ 1779 °^ 17S2, in-12. Contient 5oi vers. 

2. L'Art de conserver la santé, de vivre longtemps et heureu- 
sement, par J. F. Pougens. Montpellier, 1825, in-8. Contient 
474 vers. * 

3. Charles-Isaac Meaux Saint-Marc, né à Paris le 2 août 1824, 
décédé à Suresnes (Seine) le 18 juillet 1879. 

Outre la traduction de VÉcole de Salerne, il a publié : 

De la sobriété, conseils pour vivre longtemps, par L. Cor- 
naro, traduction nouvelle, i''^ édition, Paris, 1861. 1^ édition, 
Paris, 1880. 

Annales d'hygiène publique et de médecine légale, tables alpha- 
bétiques par ordre de matières et par noms d'auteurs des cin- 
quante volumes de la première série, 182g à i853. Paris, i855, 
in-8, i36 p. à 2 colonnes. 

Il a eu une part très active dans la traduction des Œuvres 
de Galien, et voici en quels termes M. le D^ Daremberg s'expri- 
mait sur son compte (Galien, Œuvres anatomiques , physio- 
logiques et médicales, trad. par Ch. Daremberg, Paris, 1854, 
tome I, p. xv) : 

« Pour acquitter toutes m.es dettes de reconnaissance, je m'em- 
presse d'offrir mes reinerciements particuliers à mon ami 
M. Ch. Meaux Saint-Marc, savant modeste, dont le concours 
m'a été fort utile. » 

Enfin il laisse une traduction inédite de Pindare. 



VIII Avertissement. 



Lorsque nous avons publié cette édition pour la 
première fois, en 1860, elle ne contenait que le texte 
latin et la traduction française. Aujourd'hui, nous avons 
cru devoir accompagner cette traduction d'un com- 
mentaire qui explique, complète et quelquefois rectifie 
les aphorismes de l'École de Salerne : c'est, sous une 
forme instructive et intéressante, par les renseigne- 
ments pratiques et les anecdotes que contiennent ces 
commentaires, une sorte de Traité d'hygiène en action. 

Enfin nous avons cru devoir illustrer cette édition 
de plusieurs vignettes que nous avons fait dessiner et 
graver par des artistes habiles. L'une d'elles, la repré- 
sentation anatomique des douze signes du Zodiaque, 
a été copiée sur le manuscrit n° 482 de la bibliothèque 
Mazarine. 

J.-B. B. et Fils. 

Paris, i5 novembre 187g. 



L'ÉCOLE DE SALERNE 



TRADUCTION EN VERS FRANÇAIS 



PAR 



Ch. meaux saint-marc 




INTRODUCTION 




^ usqu'a ces dejyiières atmées, l'histoire de 
VÉcole de Salerne se réduisait à de très- 
vagiies notions sur quelques-uns des mé- 
decins qui ont pratiqué on enseigné à 
Salerne^ pendant la première période du 
moyen âge, et sur le poème didactique^ sorte de prose 
métrique^ connu généralement sous le nom de Schola 
Salernitana (Ecole de Salerne). Les historiens qui pas- 
sent pour les plus érudits n ont pas même pris la peine 
de lire les ouvrages salernitains publiés dès Vinven- 



4 



Introduction. 



tion de Vimpj^imerie ; ils les tenaient poiu^ trop bar- 
bares on pour trop superstitieux ; encore moins ont-ils 
songé à ouvrir, soit les manuscrits, pour y rechercher 
les écrits oubliés^ soit les chartes , les chroniques 
et autres documents, pour y recueillir des renseigne- 
ments relatifs à V histoire d'ime école trop célèbre 
pendant tant de siècles pour n'avoir pas laissé quel- 
ques traces dans la mémoire des contemporains. 

On ne savait ni comment la médecine s est con- 
servée en passant des mains des Grecs dans celles des 
Latins, ni par quelles voies elle est arrivée à Salerne. 
Loin de s'enquérir avec exactitude du vrai caractère 
• et de la succession des doctrines qui ont été suivies et 
professées par les maîtres de cette école, on se con- 
tentait d'affirmer que tout y était venu de Galien et 
des Arabes : de Galien, qui a été peut-être moins 
connu que les autres médecins grecs pendant la pre - 
mière période du moyen dge ; des Arabes., qui ne 
furent introduits en Occident que par Constantin, 
c est-à-dire quand V Ecole de Salerne avait au moins 
deux siècles d'existence ; encore le moine du Mont- 
Cassin s'approprie dévotement les ouvrages des infi- 
dèles, pour les purifier et les rendre moins suspects! 



I 



Voici comment l'histoire de l'Ecole de Salerne a 
tout à coup changé de face. 

Le docteur Henschel^ professeur de médeciîie à 
l'Université de Breslau, s'occupait.^ dès l'année iSSy, 



lutrodiLction. 5 



de publier un catalogue des manuscrits médicaux du 
moyen âge^ conservés dans les diverses bibliothèques 
de Breslau. Au début de ses recherches, il mit la main 
sur un beau manuscrit du treizième siècle, dont per- 
sonne 71 avait parlé et sur le dos duquel on avait écrit : 
Herbarius. // eut bientôt reconnu que cet Herbier con- 
tenait trente-cinq traités, tous d'origine salernitaine, 
pour la plupart inédits et dont Vensemble représente^ 
à Vexception de la chirurgie, toutes les parties de la 
science médicale. Le second de ces traités, qui est in- 
titulé : De segritudinum curatione Du traitement 
des maladies), se compose de cent soixante et treize 
chapitres ; il constitue une sorte d'Encyclopédie, 
une véritable Somme médicale composée, comme celles 
d'Oribase 1, d'Aëtius et de Paul d'Egine, d'une suite 
d'extraits empruntés nominativement aux principaux 
Maîtres de l'Ecole de Salerne. Qitelques-ims étaient 
déjà connus (Platearius, Cophon, Trotula) ; d'autres 
entraient pour la première fois, par leurs propres 
œuvres, dans le domaine de Vhistoire [Bartholo- 
mœus, Petronius, Ferrarius, Johannes Afflacius). 

J'ai examiné à Breslau ce précieux manuscrit, et 
je Vai fait connaître en France, dans un rapport à 
M. le ministre de V Instruction publique ^. A son tour, 
M. Henschel en a donné une description fort détaillée 



1. Oribase, Œuvres, texte grec en grande partie inédit, col- 
lationné sur les manuscrits, traduits pour la première fois en 
français, avec une introduction, des notes, des tables et des 
planches, par les docteurs Bussemaker, Daremberg et A. Mo- 
linier. Paris, iSSi-iSyô, G vol. in-8. 

2. Paris, i5 avril 1845, p. 27-30. 



Introduction. 



et fort exacte., dans un jow^nal fondé par lui et con- 
sacré, sous le nom de Janas, à Vhistoire et à la littéra- 
ture des sciences médicales. 

En 1849^ ^^^^^ ^^ "^'^'^ premier voyage en Italie, 
je fus asse:{ heureux pour établir des rapports entre 
M. Henschel et un autre de mes amis., le docteur S. de 
Ren^i., de Naples^ qui s occupait avec :^èle de Vhistoire 
de r Ecole de Salerne et qui s'est empressé de mettre 
son érudition et sa bourse à la disposition de M. Hens- 
chel., pour l'impression des traités les plus importants 
contenus dans le Codex Salernitanus. 

Telle est I origine., et de la nouvelle histoire de 
V Ecole de Salerne composée par M. de Ren^i ^, et de 
la Colleclio Salernitana, éditée par M. Ren^i et par 
moi ^. 

Le Gompendium Salernitanum, si important qu'il 
soit, ne renferme que des extraits empruntés à divers 
auteurs salernitains., mais non pas les traités eux- 
mêmes. Nous n'avions donc, pour ainsi parler, que les 
membra disjecta de l'Ecole de Salerne ; et les autres 
ouvrages renfermés dans le manuscrit de Breslau ne 
pouvaient ni satisfaire notre curiosité mise en éveil, 
ni suffire à épuiser le fonds de la médecine salerni- 
taine. D'ailleurs., tous les témoignages concordaient 

1. Storia documentata délia scuola medica di Salerno, 
secunda edi:{ione ; Napoli, iSSy, m-8, de xvi-688 p. et clxxvi p^ 
de Documents, 

2. Collectio Salernitana; ossia documcnti inediti, e trattati 
di medicina appartenenti alla scuola medica Salernitana, rac- 
colti e iilustrati, da G. E. T. Henschel, C. Daremberg, e 
S. Ren:{i, premessa la storia délia scuolare publicata a cura 
di S. de Ren:{i. Napoli, i852-i85g, 5 vol. in-S. 



Introduction. 



pour établir qu'on avait beaucoup écrit à Salerne, et 
que les ouvrages sortis de cette ville avaient défrayé^ 
pendant la seconde période du moyen âge, les compi- 
lateurs^ plusieurs commentateurs , et même im asse^ 
grand nombre d'écrivains originaux. Une telle fécon- 
dité, et des empmints si nombreux^ devaient faire sup- 
poser que le temps avait sauvé dans quelques vieux 
parchemins les débris de renseignement salernitain. 
La veine une fois ouverte^ il fallait la suivre jusqu'au 
bout, car il n'y a point de lacunes réelles dans l'his- 
toire. Le chercheur d'oi^ne se laisse ni décourager par 
la fatigue., ni détourner par des affirmations menson- 
gères et intéressées, ni surprendre par de trompeuses 
apparences; il ne lâche pas le filon une fois qu'il 
Va rencontré. C'est en imitant le chercheur d'or qu'il 
m'a été possible de retrouver presque tous les traités 
salernitains^ ou signalés dans le Compendium, ou 
cités par les auteurs du moyen âge; et ce sont sans 
doute les traités les plus importants ; du moins, on est 
en droit de le supposer. Ajoutons qu'il reste encore 
beaucoup de chances pour découvrir les ouvrages qui 
jusqu'ici se sont dérobés aux investigations, puisque 
toutes les bibliothèques n'ont pas été explorées, et 
que les manuscrits du moyen âge sont innombrables. 

II 

Tant de monuments, naguère inconnus et mis au 
jour en moins de dix ans ^ permettent de tracer im 
tableau à peu près complet des doctrines et des pra- 
tiques médicales à Saleme pendant près de trois siè- 



8 Introduction. 



des; de plus ^ beaucoup défaits de détail arrivent pour 
la première fois à la connaissance des érudits ; enfin, 
r histoire littéraire et la biographie reposent mainte- 
nant sur les bases les plus solides. Mais^ aujourd'hui 
comme hier., on en est réduit aux conjectures sur les ori- 
gines de cette Ecole, la première en date et de beau- 
coup la plus célèbre parmi toutes celles qui ont été fon- 
dées en Occident après la chute de V empire romain. 
A quel moment précis Vinstitut salernitain a-t-il 
pris naissance ? Quelles circonstances ont favorisé ses 
premiers développements? Quels sont les premiers 
maîtres qui ont enseigné à Salerne? y a-t-il eu dans 
cette ville , avant la fin du neuvième siècle , autre 
chose qu'une réunion de médecins cosmopolites et un 
concours de malades étrangers, attirés, ceux-ci par 
la douceur du climat et Vheureuse situation de la 
cité ^ , ceux-là par VaffiUence même des malades? 
C'est ce quil serait très-difficile de décider. Les plus 
anciens chroniqueurs ou annalistes^ qui ont tant parlé 
de Salerne, n'^ont presque rien dit de son Ecole de 
médecine. La légende, qui résiste même aux plus bril- 
lantes clartés de P histoire, avait ici le champ libre, et 
n'a pas manqué de trouver la solution de problèmes 
qui demeureront peut-être à jamais insolubles. Ainsi 
on a prétendu que Vécole de Salerne avait été fondée 
par les Sarrasins ; mais les premières invasions des 
Sarrasins en Sicile et en Italie [elles datent du milieu 
du neuvième siècle) n'avaient d'autre but que le meurtre 

I. Voyez S. de Ren:{i, Topografia di Napoli, etc., et E. Car- 
rière, Le Climat .de l'Italie sous le rapport hygiénique et 
médical. Paris, 1849, "^"^j P' ^^'^ ^^ ■^"'^- 



Introduction. 



et le pillage; rien, dans ces courses dévastatrices, ne res- 
semblait au désir de fonder ou de soutenir des institu- 
tions scientijiques et littéraires. Ajoute:^ à cela que les 
Sarrasins nont jamais séjourné à Salerne, et que, 
daîîs les ouvrages salernitains écrits avant Cons- 
tantin, c^est-à-dire avant la fin du onzième siècle, il 
ny a nulle trace de la médecine arabe. C'est une inva- 
sion d'un tout autre genre, une invasion pacifique., le 
mutuel échange de lumières qui, trois siècles plus 
tard , importait en Occident , et d'une manière qui 
-pouvait sembler définitive, cette médecine arabe dont 
Constantin avait donné un avant-goût par ses nom- 
breuses traductions. 

C'est pour avoir oublié ou méconnu la succession 
naturelle des faits qu'on n'avait tenu compte ni des 
écoles latines qui remplacèrent les écoles grecques^ ni 
des traductions latines qui succédèrent aux origi- 
naux grecs, ni de l'interveittion puissante des monas- 
tères pour le salut de la science et des lettres ; c'est 
enfin pour avoir préféré le merveilleux à la noble 
simplicité de Vhistoire qu'on est allé chercher si loin 
les Sarrasins, quand on avait si près de soi les véri- 
tables auteurs de la rénovation ou de la conservation 
des études en Occident : ces instituts littéraires^ ces 
traductions, ces moines, ces laïques, qui tous concou- 
raient depuis deux siècles au même but, existaient 
bien avant que les Sarrasins songeassent à ravager 
V Italie, et renouent, au milieu des plus extrêmes 
désastres, Vantiquité classique à la Renaissance du 
treizième siècle. Il n'y a pas plus d'interruption dans le 
règne de V intelligence que dans le règne de la matière; 

I. 



10 Introduction . 



et supposer que, depuis la 'première création, quelque 
chose ait pu sortir de rien, c'est se montrer ignorant des 
lois de r histoire et de la marche de V esprit humain ^ 

Nous ne noiis arrêtons que pour mémoire à cette 
autre légende qui fait inte?'venir, pour la fondation 
de r Eco le de Salerne, quatre personnages presque 
mythologiques : im Arabe [Adela), im Juif [Helinus), 
un Grec (Pontus) et un Latin (Salernus) : c'est là 
une personnification des quatre éléments qu'on suppo- 
sait devoir exister dans les doctrines salernitaines ; 
c'^est aussi une façon de jeter un certain lustre sur 
une Ecole à Vérection de laquelle avaient dû forcé- 
ment concourir les quatre peuples qui, au moyen âge, 
résumaient en eux toute la culture intellectuelle. 
Pour Salerne, ce nombre quatre paraît sacramentel : 
quatre maîtres fondent l'école^ quatre maîtres com- 
mentent la Chirurgie de Roger, écrite elle-même par 
Roger et trois compagnons. Ily a aussi les Pilujes des 
quatre maîtres salernitains . 

Affirmer avec Ackermanji que Constantin, quiflo- 
rissait vers Van lO'jS, a été le vrai fondateur de 
l'Ecole de Salerne, et qu'avant lui, c"" est-à-dire avant 
la venue des Arabes, les médecins salernitains n'avaient 
aucune réputation et ne formaient pas un corps ensei- 
gnant, c'est aller contre tous les témoignages his- 
toriques. Vévêque de Verdun, Adalbéron , vient à 
Salerne en q84 pour se faire traiter {probablement 
de la pierre) par les médecins ; — au rapport de Léon 



I. Voyez Daremberg, Histoire des sciences médicales, 
Paris, 1870. 



Introduction. 1 1 



d'Ostie, F abbé du Mont-Cassin^ Desideriiis {Didier) , 
qui occupa le siège pontifical sons le nom de Victor III, 
vint à Salerne aux environs de Van io5o^ pour y 
chercher quelque soulagement à ime grave maladie 
de langueur, contractée par une abstinence excessive et 
par des veilles prolongées ; — Pierre d'Amiens^ vers 
le milieu du onzième siècle, se loue de Gariopuntus, 
un des maîtres de Salerne, déjà vieux, homme très- 
honnête et versé dans les lettres médicales ; — en io5()^ 
si Von en croit Odéric Vital, Rodolphe, surnommé 
Mala-Corona , se rend dans cette ville, « oîi se 
tenaient, depuis les temps reculés^ les meilleures et 
les plus célèbres Ecoles de médecine. » Un peu moins 
de quarante ans après Constantin, Roger, qui n'était 
encore que comte de Sicile, confirme pour tout Vuni- 
vers les anciens privilèges de VÉcole et du Collège 
des docteurs. Alphanus II, qui était mort avant que 
Constantin fût connu dans Vhistoire littéraire, faisant 
Véloge de Salerne, a écrit ce vers : 

Tum medicinali tantum florebat in arte. 

Dans sa chronique, sous la date de lo-jS, Romualdus 
Guarna parle de la renommée depuis longtemps ac- 
quise à la ville de Salerne, dont il était archevêque 
{i i5j-i i8i), et où il avait exercé la médecine avec 
tant de succès qu'il était appelé en consultation dans 
les cas difficiles auprès des plus grands personnages 
et même des têtes couronnées. Avant Constantin, 
Vhistoire fait mention de plusieurs médecins , dont 
quelques-uns ont déjà Vépithète de maîtres. Enfin, il 



12 Introduction. 



n est pas bien certain que Constantin ait jamais habité 
Salerne ; Pierre Diacre nous le représente composant 
ses ouvrages au Mont-Cassin; et nulle part on ne lui 
donne le titre de maître. 

M. de Ren^i na pas eu de peine à établir que la 

fondation de V École de Salerne ne peut être attribuée 

ni aux princes lombards du Bénévent, vers le milieu 

du septième siècle, ni aux Bénédictins, vers Van joo 

ou vers Van goo. 

Meyer {de Kœnigsberg) ^ pense que VÉcole de 
Salerne a été dans le principe une espèce de franc- 
maçonnerie médicale ; et Puccinotti - soutient qu'elle 
a été créée par une corporation bénédictine, à laquelle 
se sont affiliés peu à peu des laïques. 

Mais je crois que les choses se soit passées autre- 
ment : je ne vois, dans les plus anciens écrits salerni- 
tains , aucune trace de doctrines sacrées, ni aucun 
enseignement réservé aux initiés ; l'histoire mêle des 
noms de laïques à des noms de clercs. Dès les temps 
les plus anciens, je ne trouve ^ue des livres et des 
autorités laïques ; la Somme médicale , dont j'ai 
déjà parlé, est im ouvrage tiré des sources classi- 
ques; aussi, malgré V opinion contraire prof essée par 
Meyer et Puccinotti, je tiens, avec M. de Ren^i 
pour l'origine et la constitution laïques de l'Ecole de 
Salerne, tout en reconnaissant que les moines et les 
clercs séculiers ont pratiqué et enseigné la médecine 
à Salerne et qu'ils y ont composé des ouvrages. C'est, 

1. Meyer, Geschichte der Botanik. Konigsberg, 1854-57. 

2. Puccinotti, Storia délia medicina. Livorno , i855, t. 11^ 
p. 247 suiv. 



Introduction. 



du reste, la condition de presque tous les instituts 
fondés ou transformés pendant cette première partie 
du moyen âge. 

Ce qui est incontestable, c'est que les archives du 
royaume de Naples nous fournissent des noms de 
médecins salernitains dès Vannée 846 ; les textes des 
on:;ième et dou:{ième siècles s'accordent à présenter 
r École de Salerne comme fort ancienne; de plus, ce 
titre même t/'Ecole, réservé dans la langue du temps 
à ime réunion de savants chargés officiellement d'im 
enseignement, prouve qu il ne s agit pas de médecins 
isolés, mais bien d'un institut médical dont les mem- 
bres prirent d'abord le titre de Maîtres, celui de Doc- 
teur n'apparaissant qu'au trei:[ième siècle., dans la 
Chirurgie de Roger. Il ne serait pas impossible que 
Salerne, dont Horace vante déjà, la salubrité, ait vu 
se former., à wie époque très-voisine de la chute de 
l'empire romain , une véritable école médicale, oit 
dominait l'élément laïque^ mais où le clergé tenait 
également ime grande place, puisque nous y voyons 
figurer des'évêques, des prêtres et de simples clercs. 

Si^ de plus, on se rappelle l'importance que les lois 
barbares promulguées à cette époque donnent aux 
médecins et à la médecine, et si, d'un autre côté, on 
considère que, dans le Code lombard^ publié par 
Troja, on trouve des médecins, désignés par leurs 
noms, pour un grand nombre^ de villes d'Italie, l'exis- 
tence et la réputation spéciale, à une époque reculée, 
de l'Ecole de Salerne, ne seront plus un fait isolé dans 
Vhistoire littéraire. 

De Van 1000 à Pan io5o, les noms se multiplient, 



.r 
*«,■ 



14 Introduction. 



les documents abondent^ et surtout les ouvrages de 
cette époque, qui sont arrivés jusqu'à nous, sont d'ir- 
récusables témoignages du développement rapide 
qu'avait pris VEcole de Salerne. 



III 



Mais cette Ecole qu'on trouve tout à coup si floris- 
sante dès le commencement du onzième siècle, com- 
ment la rattacher aux écoles grecques qui avaient 
pour ainsi dire colonisé toute V Italie et une partie des 
Gaules sous les premiers empereurs ? La chaîne ne 
pouvait point avoir été intej^rompue, et cet éclat jeté 
sur la médecine par les maîtres de Salerne devait 
faire supposer qu' antérieurement la science n'était ni 
aussi barbare, ni autant livrée à un fanatisme aveugle, 
que les historiens aiment à le répéter. Un texte de 
Cassiodore ^ , qui écrivait au commencement du 
sixième siècle, nous explique comment les choses ont 
dû se passer, non- seulement pour Salerne, mais pour 
tout l'Occident ; et, de leur côté, les manuscrits nous 
enseignent comment elles se sont passées en réalité. 
Cassiodore dit à ses moines : <( Si la littérature 
grecque ne vous est pas familière, lise^ Dioscoride, 
Hippocrate , Galien (la Thérapeutique à Glaucoii), 
traduits en latin, Cœlius Aurelianus et bien d'autres 
livres que vous trouvère^ dans la bibliothèque ; « les 
manuscrits disséminés dans im très-grand nombre de 

I. Cassiodore, De Iiistit. divin, litter,, cap. xxxi. 



Introduction, 1 5 



bibliothèques d'Europe m'ont appris que , dès le 
sixième siècle, c est-à-dire dès Vépoque oii, par suite 
du malheur des temps, la langue grecque cessa d'être 
répandue en Italie, il se fit, pour répojidre aux besoins 
impérieux de la vie et de l'intelligence, ime foule de 
traductions des auteurs didactiques. Hippocrate % 
Dioscoride, Galien -, Soranus , Ru/us % Moschion, 
Oribase % et bien d'autres encore, ont été transportés 
du grec dans im latin plus ou moins littéraire, plus ou 
moins compréhensible. Ces traductioîîs étaient dans 
toutes les mains intéressées; elles servaient de texte 
aux leçons, de guide auprès des malades. De plus, 
une Somme médicale, tout empreinte de la doctrine 
méthodique, de cette doctrine hétérodoxe combattue 
par Galien avec tant de violence, paraU avoir joui 
d'une grande faveur dès le début du moyen âge. Cette 
Somme médicale, que f ai fait connaître le premier, 
et qui se compose d'extraits empruntés à différents 
auteurs , traitant des fièvres et d'autres maladies a 
capite ad calcem, a été remaniée à son tour et mise à 
la fois en meilleur ordre et en meilleur latin, par im 



1. Hippocrate, Œuvres complètes, traduction nouvelle avec le 
texte en regard, collationné sur les manuscrits et toutes les édi- 
tions, accompagnées d'une introduction, de commentaires médi- 
caux, de variantes et de notes philologiques, suivies d'une table 
générale des matières, par E. Littré. Paris, 1839-1861, 9 vol. in-8. 

2. Galien, Œuvres anatoniiques, physiologiques et médicales, 
traduites sur les textes imprimés et manuscrits, par le docteur 
Cil. Daremberg. Paris, i854-i85G, 2 vol. in-8. 

3. Rufus, Œuvres, trad. par le docteur Ch. Daremberg et 
Cil. Ruelle. Paris, 1879, ^ ^^^- s?'"* ''^"S. 

4. Oribase, Œuvres, trad. par les docteurs Bussemaker, Da- 
rembe-g et A. Molinier. Paris, 1851-1876, G vol. in-S. 



i6 Introduction. 



médecin salernitain du nom de Gariopuntus ou Ga- 
rimpotus^ à qui Von doit d'autres compilations et qui 
écrivait vers Van 1040. 

Voilà donc établi un fait aussi intéressant pour 
l'histoire générale que pour l'histoire de la médecine : 
la continuation des études scientifiques en Occident 
par les traductions latines des auteurs classiques^ et 
surtout par la Somme médicale déjà estimée., mais 
introduite solennellement à Salerne et., de là, répandue 
dans tout le reste de V Occident sous sa nouvelle forme; 
car., bien après la chute de l'empire, et quand tous les 
liens sont rompus entre les provinces et la métropole., 
c'est encore V Italie qui reste Vinstitutrice du monde 
occidental ; c'est d'elle que procèdent le mouvement de 
la civilisation par ses institutions et la culture intel- 
lectuelle par ses écoles et par ses livres, lors même 
quelle emprunte les livres à des sources étrangères. 

Au temps de Galien, il y avait en présence trois doc- 
trines : /'Empirisme^ qui prétendait reposer sur l'ob- 
servation; le Méthodisme, qui cherchait les causes de 
toutes les maladies dans le resserrement et le relâclie- 
ment ; enfin le Dogmatisme, c'est-à-dire la doctrine 
d'Hippocrate et de Galien, la doctrine orthodoxe qui 
reposait sur la théorie des hwneurs, de leurs qualités 
élémentaires et des forces naturelles. Galien avait 
combattu les deux doctrines hérétiques , surtout le 
méthodisme^ et l'on croyait généralement que le galé- 
nisme avait triomphé ; c'est ime erreur considérable. 
D'ime part, le désordre qui suivit la chute de V Empire 
semble avoir brisé partout le prestige de l'autorité : 
on méconnaît celle de Galien., comme on s'insurge 



Introduction. 17 



contre celle des Césars; d'une autre part ^ les compila- 
tions et les encyclopédies qui succédèrent aux grands 
traités didactiques, en confondant les rangs et en met- 
tant tous les noms sur le même plan, enlevèrent quelque 
chose au prestige de Galien, dont la prolixité ne con- 
venait guère à des hommes pressés de vivre et pressés 
de s instruire; de telle sorte que les livres pratiques, 
de quelques mains qu'ils sortissent, furent d'abord 
traduits^ et, parmi ces livres, ceux des méthodiques 
tenaient le premier rang. 

S'il faut en juger par la Pratique de Petrocellus 
(vers Van io35J, aussi bien que parle Passionnaire de 
Gariopuntus (ce sont les deux plus anciens ouvrages 
qui nous soient parvenus), le caractère de la médecine 
salernitaine avant Van io5o ne fait pas exception à 
la règle : c'est une association du méthodisme par les 
doctrines, et du galénisme par les recettes : toutefois, 
pour les doctrines.^ on retrouve plutôt le n^thodisme 
dans les détails que dans certaines propositions géné- 
rales. Ce sont les circonstances fortuites que je viens 
de signaler, plutôt que le libre choix, qui ont mis des 
livres méthodiques aux mains des premiers Médecins 
salernitains . On pourrait dire qu'ils étaient métho- 
diques sans le savoir; on les surprend même à se 
croire de la meilleure foi du monde les défenseurs du 
galénisme le plus pur, quand ils ne sont que les échos 
de la doctrine réprouvée. 

Aussitôt que Vordre commença à renaître, Vin- 
fluence de Galien reprit asse^ vite le dessus : les écrits 
salernitains, depuis le milieu du on:{ième siècle jusqu'à 
l'an 1220 (les traductions de Constantin sont pour 



i8 Inivodticlîon. 



ainsi dire un épisode vers la fin de ce même onzième 
siècle), procèdent de la vraie doctrine d'Hippocrate 
et de Galien^ cowtue par d'asse:^ nombreuses traduc- 
tions latines. Salerne reçoit et garde le siumom glo- 
rieux de « Cité hippocratique » (Civitas hippo- 
cratica). 

On ne trouverait rien non plus d'hétérodoxe dans 
les écrits qui nous restent de TrotulaÇvers Van io5g), 
femme médecin (magister Trota ou Trotula, comme 
s'exprime le Compendium Salernitanum), issue de la 
noble famille des Roger. Toutes les pages soi^ties de sa 
main respirent le galénisme le plus irréprochable. 

Grâce aux patientes investigations de M. de Ren^i, 
la personne de Trotula n'appartient plus à la légende, 
et son nom n'est plus un mythe. Elle ne s'occupait pas 
seulement des maladies des femmes et des accouche- 
ments^ mais encore de toutes les autres branches de 
Vai^t de guérir. Ainsi, dans le Compendium Salerni- 
tanum, il y a des chapitres empruntés à Trotula sur 
les maladies des yeux et des oreilles ; sur les affec- 
tions des gencives et des dents ; sur le vomissement; 
sur les douleurs intestinales ; sur les moyens de relâ- 
cher ou de resserrer le ventre ; enfin sur la pierre. — 
Dans le traité Des maladies des femmes que nous 
avons sous le nom de Trotula, et qui est un remanie- 
ment du traité original, je ne puis signaler ici que le 
conseil de prendre des bains de sable de mer à V ardeur 
du soleil, pour faire maigrir les femmes par V excès 
de la transpiration ; le chapitre sur le choix d'ime 
nourrice , laquelle doit être fraîche , gracieuse , 
exempte de tout souci; enfin cet autre chapitre sur les 



luirodiictïon. ic) 



soins à donner au noiiveau-né, et dans lequel se trouve 
la recommandation^ encore trop suivie, de façonner^ 
par une sorte de pétrissage, la tête, le ne^ et les 
autres membres, quon doit strictement envelopper de 
langes. La dentition et P apprentissage de la parole 
sont l'objet de soins particuliers ; il y a les petits 
hochets recouverts de sucre ou de miel pour adoucir 
les gencives, les images pour récréer la vue, le doux 
langage et les petites minauderies pour donner à V en- 
fant une voix délicate. 

Trotula vivait à Salerne : elle exerçait dans cette 
ville ; elle y enseignait et y pratiquait probablement 
vers io5c) : c'est elle, sans doute, qu''Odéric Vital 
avait en vue quand il dit que Rodolphe Mala-Corona 
ne trouva à Salerne, en io5 g, personne en état de dis- 
puter avec lui, sinon « une matrone fort savante » 
(quamdam sapientem niaironam). Le nom de Trotula, 
ou Trotta^ ou Trocta, est asse:{ fréquent à Salerne, 
au on:{ième et au douzième siècle; c'est là encore un 
argument en faveur de Vannée io5g, assignée par 
M. de Ren^i pour V époque où florissait Trotula. Il 
n'est pas nonplushors de vraisemblance que Trotula ait 
été la femme de Jean Platearius, souche d'une illustre 
famille de médecins. 

Il y avait à Salerne un grand nombre de femmes- 
médecins ; elles y étaient fort recherchées par les 
malades et fort estimées par les Maîtres de l'école, 
qui les citent comme de respectables autorités. Elles 
prescrivaient la bryone à leurs nobles clientes pour 
rougir la face ; elles avaient imaginé des pâtes, 
des poudres pour orner le visage ; des pommades 



20 Inh'oduction. 



contre les liémorrhoïdes ; des suppositoires ; des épi- 
thèmes pour les affections intestinales ; des pilules 
pour combattre la dysurie et la strangurie. Il y a 
aussi cà et là quelques recettes superstitieuses qui 
appartiennent bien plus aux bonnes femmes qu'eaux 
médecins ; mais dans ce temps, comme dans le nôtre, on 
trouve plus d'un médecin qui se fait bonne femme. 

Le Commentaire de Bernard le Provincial sur les 
Tables de maître Salernus^ Commentaire écrit proba- 
blement au milieu du dou'^ième siècle, contient de 
nouveaux renseignements sur la pratique des femmes 
salernit aines, tout en confimnant plusieurs de ceux 
que lîous fournissent le Circa instans et la Practica. 
Dans Bernard, nous trouvons le Pain des anges et les 
Hosties de la louange, dont le suc de tithy maie faisait 
la base^ et qui étaient destinés à combattre les mala- 
dies engendrées par le phlegme ; une préparation de 
poudre d'euphorbe et d'œufs contre les engelures ; le 
galbanum contre la suffocation ; l'emploi, comme le 
conseille aussi Trotula, de la spatule fétide ou de la 
vigne vierge macérées dans le miel, a pour réparer 
des ans l'irréparable outrage; » des onguents contre 
la paralysie^ des fumigations avec des vapeurs d'anti- 
moine pour la toux, ou de feuilles d'olivier pour les 
enfants paralytiques; des onctions d'aloès macéré 
dans Veau de roses contre les tuméfactioiis de la face, 
surtout contre celles qui ont une origine venteuse; et 
bien d'autres recettes. Le même Commentaire nous 
fait connaître aussi certaines pratiques ou passable- 
ment dégoûtantes ou tout à fait superstitieuses, aux- 
quelles se livraient les femmes de Saler ne ^ médecins ou 



Introduction. 21 



non médecins. En voici quelques-unes : manger elles- 
mêmes et faire manger à leurs maris des excréments 
d'âne frits dans la poêle, pour combattre la stérilité; 
manger du cœur de truie farci, pour oublier les amis 
morts; — pour faire un onguent propre à guérir la 
mélancolie et toutes les autres maladies froides, on 
devait cueillir les plantes et en particulier la bétoine^ 
lé jour de l'Ascension, vers la troisième heure, en 
disant un Pater noster; le jour des Cendres, les 
femmes auront soin de prendre, au premier service, 
des cardons et de la petite laitue, pour ?te pas trop 
dessécher et ne pas avoir trop soif pendant le Cai'ême. 
Bernard nous apprend également que les femmes de 
Saler ne savaient mettre à profit leurs connaissances 
botaniques pour se livrer à de petites malices : par 
exemple , après avoir saupoudré des roses avec de 
l'euphorbe, elles les faisaient sentir aux jeunes gens, 
qui ne manquaient pas d'éternuer d'une façon déplo- 
rable , aux grands applaudissements de ces char- 
mantes espiègles. 



IV 



L'histoire nous fournit encore, avant Constantin, les 
noms de Jean Platearius V Ancien, mari de Trotula, et 
cité plusieurs fois par son fils Jean II, auteur de la 
Practica ; celui de Cophon V Ancien, qui est sans doute 
le même Cophon dont il est fait mention par Trotula 
dans son traité Des maladies des femmes ; enfin celui 
de Petronius ou Petroncellus, dont le nom se lit cîî 
tête d'un grand nombre de chapitres du Compendium 



Introduction. 



Salernitanum, Déjà^ dans la Practica de Peti^onhis, 
commence à figurer la matière médicale orientale; mais 
ici encore il semble que ce soient plutôt les relations 
commerciales que les traductions faites sur Varabe, 
qui ont mis les deux mondes en communication. 

L'influence de Constantin^ je Vai déjà dit, na pas, 
en ce qui touche Saler ne., été aussi grande qu'on le 
croit généralement. Ce n'est point au milieu du on- 
:{ième siècle, mais vers la fin du douzième, que la îné- 
decine arabe s'' est substituée dans V Ecole de Salejiie, 
comme dans le reste de l'Occident ., à la médecine 
gréco-latine. Il n'y a guère à cette époque que la phar- 
macologie qui se soit enrichie de formules nouvelles. 
D'ailleurs., en changeant., pour ainsi dire^ le costume 
grec pour le costume arabe, la science restait toujours 
galénique par les doctrines, puisque la médecine arabe 
n'est dans son ensemble qu'une traduction ou qu'un 
travestissement de la médecine grecque. 

A l'époque de Constantin, et surtout quelque temps 
après lui, la jnédecine avait pris à, Salerne im si grand 
accroissement, que la base sur laquelle elle s'appuyait 
ne suffisait plus pour la soutenir ; le fonds des traduc- 
tions latines était épuisé ; il fallait des ouvrages plus 
considérables et plus complets, des ouvrages où tout 
l'ensemble des connaissances médicales se trouvât com- 
pris ; mais on ne savait plus asse^ de grec pour s'ali- 
menter aux sources vives et pures ou pour multiplier 
les traductions. Constantinople n'a plus guère de rap- 
port avec Rome que par les disputes théologiques; c'est 
alors que la littérature syriaque, qui se composait 
elle-même en grande partie de traductions faites sur 



Iiitrodiiclion. 



23 



le grec, passe aux mains des Arabes, et que le nouvel 
Orient se révèle dans sa puissante jeunesse à V Occi- 
dent, dont les forces intellectuelles commençaient à 
chanceler. Ici encore apparaît dans toute sa force la 
loi qui préside à l'évolution régulière et presque 
fatale des sciences, et qui les préserve, tantôt par un 
moyen tantôt par un autre, d'une inévitable déca- 
dence. Au début du moyen âge, ce sont les traductions 
latines faites sur le grec, qui sont ce moyen de salut ; 
vers la fin du dou:{ième siècle, ce sont les traductions 
latines faites sur V arabe, qui aident à la conservation 
de la médecine et semblent lui donner un nouvel essor. 
L'introduction des auteurs arabes en Occident eut 
donc un immense avantage ; mais elle eut aussi pour 
inconvénient d'arrêter le travail libre et spontané qui 
se remarque dans toute V Italie et surtout à Salerne^ 
oÎL les maîtres se citent aussi volontiers entre eux 
qu'ils citent les écrivains grecs. 

Quelques efforts et quelques livres déplus, la méde- 
cine occidentale pouvait peut-être se suffire à elle- 
même et reprendre un nouvel essor ; mais, les livres 
manquant, les efforts furent bientôt épuisés. Donc la 
Renaissance anticipée du treizième siècle, comme la 
si bien nommée M. Littré, fut à la fois, ainsi que 
la grande Renaissance du seizième siècle, un écueil 
pour le libre mouveînent de la science, et une nouvelle 
consécration du principe d'autorité, en même temps 
qu'elle apparaissait cependant comme un moyen de 
conservation. Jamais Galien ne fut plus puissant que 
sous la domination arabe ; et cela n'a rien qui doive 
étonner, pour peu qu'on se rappelle que dans la pre- 



24 Introdiiciion. 



mière période du moyeji âge la grande figure de 
Galien était pour ainsi dire obscurcie par la multitude 
des traductions d'' autres auteurs, tandis qu'elle appa- 
raît au premier plan et presque seule dans les 
ouvrages arabes. Ajoutons encore que cette première 
partie du moyen âge réputée si barbare est précisé- 
ment Viine des plus fécondes et des plus agitées de 
l'histoire, tandis que la période suivante est au con- 
traire marquée par un malaise presque universel; nous 
touchons aux temps où la pensée va se laisser enchaî- 
ner par les formules despotiques de V école. A?Hstote 
règne en même temps que Galien. 

C'est, du reste, le propre de V esprit humain, de 
s'arrêter pour revenir en arrière, au moment où il 
semblait porter en lui-même les germes les plus 
vivaces de son parfait et entier développement : il 
arrive un instant de fatigue, où, s épouvantant de ses 
progrès et de son émancipation, l'homme invoque des 
forces étrangères et prend comme maîtres ceux 
qu'il devait choisir comme guides pour achever et 
compléter l'éducation qiiil s'était donnée. 

J'ai établi, je crois, sur des preuves décisives, que 
Constantin n avait rien ou presque rien écrit lui- 
même, que tous ses ouvrages sont des traductions et 
des plagiats habilement déguisés; enfin qu'il a traduit 
sur l'arabe et non pas sur le grec K C'est là, si je ne 
me trompe, le point capital dans Vhistoire littéraire 

I . Daremherg, Notices et extraits des manuscrits médicaux 
grecs, français et latins desprincipales bibliothèques de l'Eu- 
rope. Première partie : Mss. d'Angleterre; Paris, i853; j?. 63 
et siiiv. 



Introduction. 



25 



de Constantin^ et c'est aussi tout ce que f en veux dire 
ici, puisque je ne saurais pénétrer fort avant dans 
V exposition critique de la médecine salernitaine. Il 
faut seulement ajouter que Coîistaîitin lui-même avait 
pris soin d'effacer tout ce qui, dans ses traductions^ 
pouvait rappeler une origine suspecte; il supprime les 
72oms propres qui ont une tournure orientale^ bien loin 
de vouloir substituer les livres arabes aux ouvrages 
gréco-latins; et, quand il a pris les ouvrages d' autrui.^ 
il y met son nom, « afin, dit-il, que quelque voleur ne 
s'* avise pas de lui dérober les fruits de son travail ! » 
Les copistes , imitant le :[èle de Constajttin, ont 
inséré parmi ses œuvres prétendues im traité, le Livre 
d'or sur le traitement des maladies, composé par son 
disciple Jean Afflacius , qui parait avoir exercé à 
Salerne et qui est aussi auteur d'une compilation Sur 
les fièvres % analogue à celle que le Compendium 
Salernitanum nous offre pour les autres maladies. 
Cette compilation figure dans le manuscrit de Bres- 
lau, et je veux seulement remarquer ici, à l'appui 
de ma thèse, que les deux ouvrages d'Affiacius ne por- 
tent pas plus de traces de Vinfiuence des Arabes que 
les œuvres de ses contemporains. 



V 



Peu après Constantin, nous trouvons sous le nom 
d'Archimathœus (vers Van 1100) deux ouvrages de 

I. CoUect. Salern.^ t. Il, p. 737-768. 

ÉCOLE. 2 



26 Introduction. 



grande importance pour Vliistoire de la médecine : 
Vun, qiCon croyait d'abord anonyme, Fopiisciile Sur 
la manière dont le médecin doit se comporter auprès 
des malades, a aussi pour titre : De J^instruction du 
médecin, ou encore : Introduction à la pratique médi- 
cale ; l'autre est intitulé : Pratique. 

L^Instruction du médecin' est un ouvrage quon 
peut très-bien rapprocher des écrits hippocratiques 
intitulés : La loi ^ ; Du médecin ^ ; Préceptes ^ ; De la 
bienséance '", et de plusieurs passages de Galien. Même 
souci (im peu exagéré ou, si l'on veut, un peu puéril) 
pour la dignité médicale^ même sollicitude pour la gué- 
rison des malades^ même soin de prémunir le médecin 
contre les dangers moraux de sa profession ; de plus, 
on y remarque ce sentiment chrétien qui a donné nais- 
sance à la charité et qui veille au salut de Vâme 
comme à celui du corps. On souhaiterait cependant 
qiiim peu moins de charlatanisme se mêlât à tant de 
sages préceptes. 

Que le médecin., en allant visiter ses malades, dit 
Archimathœus, se place sous la protection de Dieu et 
sous la garde de Fange qui accompagnait Tobie. Pen- 
dant la route, il s'informera, auprès de la personne 
qui est venue le chercher, de l'état du patient, afin de 
se mettre déjà au courant de V affection qu'il aura à 
soigner; de sorte que, si, après avoir examiné les 

1 . Hippocrate, Œuvres complètes, trad. par E. Littvé, Paris, 
1844, t. IV, î«-8, p. 638 et suiv. 

2. Hippocrate, CEuvres. Paris, i8ôi, t. IX, /n-S, p. 204 et 
suiv. 

3. Ibid. Paris, i86r, t. IX, in-S, p, 25o et suiv. 

4. Ibid. Paris, 1861, t. IX, in-S, p. 226 et suiv. 



Introduction. 27 



urines et tdté le pouls^ il ne reconnaît pas aussitôt la 
maladie, du moins il pourra, grâce aux renseigne- 
ments antérieurs^ inspirer confiance au malade, en lui 
prouvant par ses questions quil a deviné quelques- 
unes de ses souffrances. Il est bon que le malade^ 
avant la venue du médecin^ se confesse ou promette de 
le faire ; car, si le médecin est obligé de Vy engager, 
il se croira désespéré, et V inquiétude aggravera son 
mal; d'ailleurs, plus d'une maladie qui provient des 
désordres de la conscience guérit par la réconciliation 
avec le Grand Médecin. 

En entrant, le médecin salue avec un air modeste 
et grave, ne montre aucune avidité, s'assied pour 
prendre haleine Cou pour boire un coup , suivant 
d'autres manuscrits) ; loue, s'ilj^ a lieu, la beauté du 
site, la bonne tenue de la maison, la générosité de la 
famille ; de cette façon, il captive la bienveillance des 
assistants et laisse au malade le temps de se remettre 
de la première émotion. Toutes sortes de précautions 
sont indiquées pour tdter le pouls et pour examiner 
les urines ; puis l'auteur, qui a si minutieusement réglé 
le cérémonial de Ventrée du médecin, n oublie pas de 
lui donner les meilleurs avis sur la manière de se 
retirer. Au patient , promette^ la guérison ; à ceux 
qui Vassistent, affirme^ qu'il est fort malade; s il 
guérit, votre réputation s'en accroît ; s'il succombe, 
on ne manquera pas de dire que vous ave^ prévu sa 
mort. N'arrêle:^ pas vos j^eux sur la femme, la fille ou 
la servante, quelque belles qu'elles soient ; ce serait 
forfaire à l'honneur et compromettre le salut du ma- 
lade en attirant sur sa maison la colère de Dieu. Si 



28 Introduction. 



i'on vous engage à dîner, comme c'est Phabitude, ne 
vous montreT^ ni indiscret ni exigeant. A moins qu'on 
ne vous y force, ne prene:{ pas la première place, bien 
qu'elle soit réservée au prêtre et au médecin. Che:{ un 
paysan, mange:( de tout sans faire aucun? remarque 
sur la rusticité des mets ; si, au contraire, la table est 
délicate , aye:{ soin de ne pas vous laisser aller au 
plaisir de la bouche; informe^- vous de temps en temps 
de Vétat du malade, qui sera charmé de voir que vous 
ne poiive:^ pas V oublier même au milieu des délices du 
festin. En quittant la table, alle^ auprès de son lit, 
assure:{-le que vous ave:{ été bien traité, et surtout 
lî'oublie^ pas de montrer beaucoup de sollicitude à 
régler son propre repas. 

Archimathœus s'étend fort au long sur les diverses 
■espèces d'alimentation, suivant les maladies ; mais il 
entre dans des détails beaucoup trop techniques pour 
que nous le suivions sur ce terrain. Son contemporain 
Musandinus s'' est mis plus à la portée des lecteurs de 
Carême ou de Brillât- Savarin ; nous lui emprunte- 
rons tout à riieure quelques passages de son traité, 
.après avoir pris congé du malade que nous avons 
laissé, à la première visite du médecin, en piteux état, 
mais que nous retrouvons en pleine convalescence, 
entouré de ses amis et de sa famille, qui le provoquent 
à la gaieté. Le médecin doit prendre, à son tour, Pair 
joyeux et hasarder quelques petites plaisanteries : 
puis il demande honnêtement son salaire, se retire en 
paix, le cœur content et la bourse pleine ^, après avoir 

I. Voye^, pour la question des lionoraires, les vers fort eu- 



Introduction. 29 



adressé à son client mille actions de grâces, accompa- 
gnées de pieuses recommandations . 

La Practica d' Archimathœus débute à peu près comme 
/'Introdiictio. L'auteur s'adresse également à quelques 
amis, qu'il veut instruire par sa propre expérience^ 
comme il avait voulu les diriger par ses conseils ; les 
sentiments religieux j^ sont les mêmes. Archimathœus 
ne se propose pas de faire un ouvrage didactique et 
méthodique, il na d' autre prétention que de raconter^ 
sans suivre un ordre rigoureux, ce qu'il a observé^ et 
d'indiquer les cas où, avec l'aide de Dieu, il est arrivé 
à un heureux résultat. Nous avons donc sous lesyeux 
une véritable Clinique, le premier ouvrage en ce genre 
que l'histoire ait à signaler depuis les Épidémies 
d'Hippocrate, une clinique où le diagnostic laisse sans 
doute à désirer, mais où Von peut remarquer cepen- 
dant plus d'un trait qui révèle un praticien exercé, un 
bon observateur et un thérapeutiste hardi, qui ne craint 
pas. par exemple, d^employer les fumigations arseni- 
cales dans le catarrhe chronique ; puis remarquons de 
suite que les doctrines et la thérapeutique sont d'Hip- 
pocrate et de Galien, mais non pas des Arabes. 

L'ouvrage est trop exclusivement scientifique pour 
que nous nous y arrêtions longtemps ; les nombreuses 
observations que rapporte l'auteur nont d'intérêt que 
pour Vhistoire de la science, et n'' offrent d'autre parti- 
cularité à noter en ce qui concerne les mœurs médi- 
cales que la distinction entre les vrais ?nédecins, les 



rieux de TEcole de Salerne. Deuxième partie. — Pratique mé- 
dicale : Pour prévenir l'ingratitude des malades. 

2. 



;o Introduction. 



médecins vulgaires , les spécialistes et les médecins 
droguistes^ tous gens de médiocre instruction et de 
conscience plus médiocre encore. 



VI 



Comme expressiori d'un retour vers les anciennes 
doctrines de V Ecole de Salerne^ comme une sorte de 
protestation contre V insidieuse invasion des Arabes^ 
et comme prédilection marquée pour le Passionnaire 
de Galien, les écrits de Bartholomœus et ceux de 
Cophon le jeune (entre iioo et 1 120) ont im grand 
intérêt pour Ihistoire; ils montrent en même temps 
combien il y avait de liberté d'esprit dans V Ecole de 
Salerne et combien on a exagéré l'influence de Cons- 
tantin. Ajoutons que Bartholomœus et Cophon écri- 
vaient un peu mieux que leurs contemporains ; et, ce 
qui importe encore davantage, que Copho7i a décrit 
certaines maladies dont il n'est pas question dans les 
traités des autres médecins de Salerne, par exemple : 
r ulcération du palais et de la trachée^ les polypes ; les 
scrofules de la gorge, les condylomes, etc.; enfin 
remarquons Bartholomœus et Cophon professant cer- 
taines opinions particulières sur V origine et la classi- 
fication des fièvres. 

A l'exemple de presque tous les médecins de son 
temps et aussi des temps antérieurs, Cophon distingue 
la médecine des pauvres de celle des riches, non qu'il 
paraisse avoir moins de souci des pauvres que des ri- 
ches, mais par ce seul principe que les riches sont déli- 



Introdiiclion. 



cats et veulent être guéris agréablement , tandis que 
les pauvres veulent seulement être guéris et craignent 
la dépense. C'est ainsi qu'il purge les nobles avec de 
la rhubarbe réduite en poudre très-fine, et les paysans 
avec ime macération de mirobalanum , sucrée ou non 
sucrée. De leur côté, les Quatre Maîtres^ commenta- 
teurs de la chirurgie de Roger et Roland, nous ap- 
prennent qu'on édulcore les potions avec du sucre ou 
avec du miel suivant que le patient est noble on rotu- 
rier ; — che^ les pauvres, sur les fractures on met soit 
de la fiente de porc, de mouton ou de bœuf cuite dans 
du vin, et à défaut de vin dans de l'eau, soit ime espèce 
d'onguent composé de poireaux cuits et de chair de 
porc ; che^ les riches , on se sert de bol d'Arménie, de 
farine de fèves et de plantins broyés avec de l'excel- 
lent vinaigre ; — pour mûrir les abcès des riches, on 
prescrit l'ognon de lis et de l'axonge ; pour le goitre^ 
Roger recommande le baume en friction aux person- 
nes de sang royal ou élevées en dignité ; pour celles 
d'une condition inférieure, il ordonne le lapadium et 
l'axonge ou autres onguents de peu de valeur ; — les 
fistules des riches se guérissent avec ime potion fort 
compliquée, celles des pauvres avec le suc d'ortie 
grecque bu pendant un an; — il y a aussi, en faveur 
des riches, des appareils particuliers pour soutenir, 
après le pansement , le bras fracturé. 

Bernard le Provincial recommande le vin pour les 
estomacs délicats des archevêques ; il ajoute que, ces 
mêmes estomacs ne pouvant pas supporter les méde- 
cines vomitives, il faut, comme le pratiquait l'arche- 
vêque Alphanus, prescrire le vomissement après le 



32 Introduction. 



repas, ce qui est la méthode la moins nuisible et la 
plus agréable. 

CopJion se montre très attentif à vaincre les répu- 
gnances des malades ; il a mille expédients pour faire 
avaler les plus horribles médecines ; et, puisque l'occa- 
sion s'en présente, il ne sera pas hors de propos de 
nous arrêter un instant sur un ouvrage salernitain 
postérieur de quelques années à celui de Cophon, mais 
oÎL Von trouve précisément de curieux préceptes pour 
la préparation des médicaments et des aliments à 
l'usage des malades, je veux parler du traité de Mu- 
sandinus : De modo praeparandi cibos et potus intir- 
morum. Voici quelques exemples : 

Dans les fièves aiguës, Musandinus a toutes sortes 
d'herbes et de légumes préparés simplement, mais avec 
im certain art, toutes sortes d' émulsions et de loochs 
pour affriander et soutenir les malades sans fatiguer 
l'estomac. Il donne aussi à ronger des os de volailles, 
car les malades se délectent à ronger les os. — Si le 
malade est faible et s'il faut le nourrir, faites bouillir 
pendant longtemps ime poule grasse, tire:{-la du vase, 
pile:{ chair et os dans un beau vase (car rien ne plaît 
aux malades comme im beau vase), verse^ le bouillon 
sur cette pâte, et faites réduire jusqu'à ce que le tout 
soit pris en gelée et devienne parfaitement homogène; 
après quoi mêle^ im peu de mie de pain bien broyée. 
— Si vous voule'{ donner un aliment moins solide, dé- 
laye\ du pain bien broyé dans le bouilloji de la poule ; 
passe'{ en exprimant fortement ; mêle:{ exactement et 
donne^ au malade. — Contre le flux de ventre, on em- 
ploie, au lieu d'eau simple, de l'eau de rose pour faire 



Introduction. 33 



cuire la poule ; si toutefois le malade est pauvre, on 
ne fait qu ajouter un peu d'eau de rose à la décoction. 
Pour les fièvres inflammatoires ^ les préparations ali- 
mentaires sont très-compliquées et semblent plus pro- 
pres à augmenter le mal qiià le calmer ; mais c'est 
une doctrine fort ancienne, et aujourd'hui encore fort 
populaire, qu il faut entretenir les forces du malade. 

Quand le malade exige du vin et qu'on ne peut pas 
satisfaire ses appétits malicieux, on mêle un quart de 
miel blanc à trois quarts d'eau, on y trempe du pain 
chaud, on passe en pressant, et on donne à boire cette 
liqueur, qui a tout à fait le goût du meilleur vin ! 

Les médecins se trouvent quelquefois dans im grand 
embarras quand le malade veut manger et qu'il faut 
le tenir à la diète : si l'on donne à manger et que le 
malade vienne à mourir, on ne manquera pas d'en re- 
jeter lafaute sur le médecin ; si Von maintient la diète 
et si le malade s'affaiblit, la nature reste impuissante, 
et s'il arrive malheur, c'est encore le médecin qui sera 
accusé. — Qiie faire ? Tromper le malade quand on ne 
peut le satisfaire. S'il veut du miel et que le miel lui 
soit contraire, faites épaissir par la coction du sirop 
de violettes par exemple; offrez-lui dans une belle sou- 
coupe ; en im mot, dorez-lui la pilule, et il ne se dou- 
tera pas du subterfuge. — S'il veut du bœuf déguise^ 
de la chair de poulet en chair de bœuf. Galien a 
trompé de cette façon un de ses amis ; de plus, il lui a 
servi du jus de grenade pour du vin rouge, disant 
qu'il fallait de tel vin pour faire digérer une telle 
viande. Si le malade trop clairvoyant déjoue toutes 
les ruses du médecin, si par exemple il veut absolu- 



34 Introduction. 



ment du miel ou du fromage, d(mne:[-lui du miel blanc 
et du fromage frais, parce que le miel blanc est moins 
nuisible que le brun, et le fromage frais moins perni- 
cieux que le fromage salé ; ou bien encore lave^ à 
grande eau le fromage salé, si le malade ne laisse pas 
même la ressource du fromage frais. 

Pour rappeler V appétit et faire disparaître le dé- 
goût dans la convalescence des fièvres, Musandinus ne 
connaît rien de mieux que les saignées répétées, afin 
de déterger le sang. Si le malade est constipé, purgez- 
le sans en avertir, afin que., si mort s'ensuit , on n ac- 
cuse pas le médecin. Il recommande aussi les épices 
quand le malade va mieux ; il engage les convales- 
cents à dîner avec leurs amis ; il trouve bon encore 
qu'on les divertisse pendant le repas, attendu que rien 
n'aiguise autant l'appétit que la joie. 

A côté de préceptes qu'il faudrait se garder de sui- 
vre, on trouve dans ce traité plus d'im bon conseil que 
les médecins d'aujourd'hui pourraient mettre à profit ; 
quand le diagnostic est fait et que le traitement est 
prescrit, le médecin se retire, laissant mille petits dé- 
tails à la merci des parents ou de la garde^-malade. Les 
anciens, et ils avaient grand'raison, ne dédaignaient 
pas les importantes minuties. 

L'ouvrage de maître Bernard le Provincial, écrit 
probablement entre i i5o et i i6o, est aussi intéressant 
pour l'histoire de la thérapeutique que le traité de 
Musandinus est curieux pour l'histoire de la diététi- 
que. Bernard essaye de simplifier la matière médi- 
cale : plus de ces drogues qu'on emprunte aux Alexan- 
drins, plus de ces herbes desséchées qui perdent toutes 



Iniroduclion. 



5 



leurs vertus ; il nj^ a de bon que les simples fraîche- 
ment cueillis dans les champs. Que les pauvres cessent 
de se plaindre et de verser des larmes sur leur misère 
qui ne leur permet d'acheter ni la thériaque ni /'anti- 
dote doré! Ce sont d'inutiles inventions du luxe; il 
faut mettre un frein à la cupidité des apothicaires 
et des droguistes ; il faut dévoiler leurs fraudes hon- 
teuses et nuisibles ; il faut apprendre au public quils 
falsifient la manne avec les débris de la canne qui a 
déjà servi à faire le sucre ou la mélasse ; — le musc 
avec du sang de bouc; — la thériaque en y mettant de 
la robélie au lieu d'orobe, de sorte qu'on ne saurait 
pas trouver de la bonne thériaque dans tout Salerne. 
On voit du reste par des ordonnances de police du 
trei:{ième siècle que les médecins étaient chargés à 
Salerne, comme en beaucoup d'autres villes, de l'ins- 
pection des officines, car, à cette époque, la pharmacie 
parait asse^ nettement séparée de la médecine, bien 
qu'on puisse cà et là remarquer de mutuels empiéte- 
ments. 

Bernard donne lui grand nombre de recettes do- 
mestiques qui permettent aux malades de se soustraire 
à l'omnipotence des apothicaires. Je rapporterai les 
plus curieuses : voulez-vous rendre les prunes laxati- 
ves ? Pendant le mois de mars, au moment de la sève, 
introduise:{ entre le bois et l'écorce du prunier im vi- 
naigre purgatif , ou toute autre préparation laxative. 
— Traite^ la vigne de la même manière avec de la 
scammonée, et vous aure\ des raisins purgatifs ; — 
vous pouve:{ par le même procédé avoir, suivant les 
couleurs que vous introduise^, des grappes rouges^ 



36 Introduction. 



apurées ou jaunes. — On voit que notre provincial, 
sans être très-versé dans la physiologie végétale, de- 
vançait les résultats de Vexpérience moderne. £12 cela, 
il ne faisait que suivre V exemple de son maître Sa- 
lernus, lequel recommande de traiter les malades avec 
la chair d'animaux nourris, pendant leur vie, de sub- 
stances médicamenteuses. N'est-ce pas là la première 
idée du fameux lait iodé et du traitement des enfants 
par les nourrices ? 

Bernard nous apprend aussi que Von conservait dans 
leur fraîcheur primitive les pommes, les cerises et les 
grappes de raisins, en les enveloppant de miel ou de 
vernis. Il indique avec soin d'une part les simples 
qu'on peut substituer aux médecines composées, et de 
Vautre les simples qu'il est loisible de remplacer les 
uns par les autres ; il appelle vicaires ou compagnons 
ce que nous nommons succédanés. — Toutes les herbes 
manipulées convenablement avec im corps gras et à la 
cire peuvent se réduire en onguents. Toutes les plan- 
tes dont on boit la décoction très-chaude pour provo- 
quer la sueur doivent être cueillies le matin à la 
rosée. 

En traitant du miel et du sucre, notre auteur arrive 
à parler des liqueurs fermentées qu'on eii tire, ainsi que 
du vin et de la bière. La bière se confectionnait avec le 
froment, Vorge ou V avoine; il y avait aussi une espèce 
de cidre tiré des pommes et im pseudo-vin fabriqué 
avec le miel ou le sucre. « Ecoute^, buveurs, s'écrie 
Bernard : le breuvage par excellence (potus electionis), 
ce breuvage suave, délectable, savoureux, qui caresse 
doucement les papilles de la langue, c'est le vin fait 



Introduction. ^j 



avec des raisins bien mûrs ; de toute autre boisson, 
bière, ou cidre, ou liqueur de sucre, il faut dire : Que 
ce calice passe loin de moi! » Avec quelles délices le 
gourmet provincial qui s extasie ainsi devant quelque 
petit vin d'Orvietto, n eût-il pas dégusté nos bons crus 
de Bourgogne et de Bordeaux ! Qui sait même s il 
nen a pas bu quelque rasade, car il est venu certaine- 
ment en France, peut-être à Montpellier, où V école 
naissante lui cause ime certaine jalousie. ' 

Voici encore quelques détails de mœurs qu'il est 
bon de noter en passant. Les aubergistes endormaient 
leurs hôtes avec du vin où Von avait fait macérer de 
la semence de tussilage, afin de les dévaliser plus com- 
modément ; — un médecin voulait-il se venger d'un 
malade ingrat, il lui donnait de l'alun au lieu de sel, 
ce qui ne manquait pas de provoquer ime éruption de 
pustules sur tout le corps. 

Un jeune homme ou une jeune fille sont-ils tour- 
mentés par un amour qu'ils ne peuvent ou ne doivent 
pas satisfaire.^ qu'ils se lient les mains derrière le dos 
et qu'ils boivent^ en se penchant sur le vase, de Veau 
où l'on a éteint un fer rouge ; c'est im remède physi- 
que, empirique et ratio7viel contre les ardeurs intem- 
pestives de l'amour. Bernard l'affirme, il faut le 
croire. Pourquoi même ne pas l'expérimenter ? L'oc- 
casion ne manque pas plus à Paris qu'à Salerne. 

Voici im autre moyen îîon moins empirique et non 
moins ratiowwl pour remédier à un excès de mai- 
greur : nourrisse:{ une poule de vieilles grenouilles 
bien grasses, coupées en morceaux et bouillies avec 
du froment, mange:{ vous-même la poule: mais faites 

ÉCOLE. 3 



3 8 Introduction. 



bien attention de ne mangei^ que le membre correspon- 
dant à celui que vous voule^ engraisser, autrement 
tout le corps prendrait des dimensions effrayantes ! 
— Rien ne préserve mieux de Vavoi^tement quune 
pierre d'aimant suspendue au cou , ou, à défaut de 
cette pierre, l'os spongieux qui se ti^ouve dans la tête 
de râne. C'est à propos de la pierre d'aimant que 
Bernard cite ce vers asse^ gracieux, mais dont il 
n'indique pas la source : 

Ut frigidum magnes^, sic juvenis attrahit Agnem. 

Une décoction de vers de terre dans l'huile est un 
médicament souverain contre les douleurs d'oreilles ; 

si Von veut bien doi~mir, il n'y a qu'à manger des 

noix à son souper ; — pour prévenir tous les accidents 
qui résultent de la morsure de la tarentule, il suffit^ 
d'après le conseil donné par maître Salernus, de placer- 
dans un lieu public le malade sur im lit suspendu; 
chaque passant fait mouvoir le lit, et au centième 
coup, ni plus ni moins, le malade est délivré. Le même 
Salernus guérit son écuyer (armiger) d'une chute très- 
o-rave en Y ensevelissant dans du fumier jusqu'à la 
bouche. Bernard remarque qu'il aurait obtenu le 
7nême résultat en le mettant dans le ventre d'im che- 
val ou d'im taureau récemment tué ! 

VII 

Au point oïl nous en sommes at^rivés, c'est-à-dire 
vers le milieu du douzième siècle, nous voyons appa- 



Introduction. 3 a 



ràître le poème didactique appelé Schola Salernitana 
Flos medicincE^ ou Regimen sanitatis, ou encore Re- 
gimen virile. 

Si les origines de V école même de Saleme sont fort 
obscures, celles du Regimen ne sont pas moins indé- 
cises ; il serait malaisé de dire comment ce poème 
s'est formé, à quelle époque il a pris naissance et quel 
en fut l'auteur. Aucun des noms qu'on a mis en avant 
ne résiste à la critique historique : ni celui de Jean de 
Milan, ni celui de Novoforo, encore moins connu et 
que f ai trouvé dans un manuscrit de Wolfenbuttel, ni 
' surtout celui d'A?mauld de Villeneuve, qui ne pré- 
tend, du reste, qu'au rôle d'éditeur. 

S'il était permis de comparer les petites choses aux 
grandes, je dirais volontiers que le Regimen_, tel qu'il 
nous est arrivé dans le texte d'A. de Villeneuve, est 
l'ouvrage de rapsodes médecins ; qu'il représente im 
cycle poétique qu'on voit poindre au milieu du onzième 
siècle et qui s'achève vers le commeticement du 
quin:{ième , sans qu'il soit possible de fixer ni la date 
ni l'origine des interpolatiojis successives , sans qu'on 
puisse dire non plus quel a été le premier fonds com- 
mim, puisque tous les vers qui se lisent dans les auteurs 
salernitains antérieurs à l'édition d'Arnauld de Vil- 
leneuve sont rapportés sous la forme impersonnelle , 
sans nom d'auteur et sans titre d'ouvrage. Chacun' 
semble avoir mis la main à ce poème ; c'est l'œuvre 
de tout le monde, et ce n'est l'œuvre de personne ; ou 
plutôt c'est le fidèle écho du bon sens de la foule en 
matière d'hygiène; il a tous les caractères d'un écrit 
populaire : la précisiofi, une certaifie naïveté; des 



40 Introduction. 



tours heureux, et je ne sais quoi de vivant quon ne 
s'attendrait pas à trouver dans un poème didactique. 
On peut du moins affirmer qu Arnauld de Ville- 
neuve est le plus ancien témoin de la rédaction primi- 
tive. Mais, de même quily a dans les auteurs grecs 
des vers d'Homère qui ne se trouvent pas dans nos 
éditions, de même aussi, pour le Regimen, certains 
vers cités par des auteurs salernitains ne figurent pas 
dans V édition d' Arnauld de Villeneuve. 

Après Arnauld, la Flos medicinae, qui déjà nest 
pas un ouvrage très-méthodique dans cette édition 
princeps, s'est acc7me de toutes sortes d'additions, ou 
prises sur les marges des manuscrits, ou rédigées de 
propos délibéré pour tenir le poème au courant de la 
science. Aussi n'est-il pas difficile d'jr remarquer la 
trace de mains et d'époques différentes, des répéti- 
tions, des changements de rédaction, des contradic- 
tions mêmes ^. On y trouve un grand nombre de vers 
empruntés à des auteurs bien connus, à Macer Flo- 
ridus, par exemple, ou à Gilles de Corbeil, et toute 
une traduction abrégée de /'Antidotaire de Nicolaus. 
Les manuscrits les plus anciens ne remontent pas au 
delà du quatorzième siècle ; ils diffèrent tous, et par 
le nombre, et par l'ordre, et par la rédaction des vers. 
Aussi l'œuvre de la critique devrait consister bien 
'plus à restreindre qu'à multiplier le nombre de vers; 

I. En voici un exemple frappant : un médecin rigoureux en 
ses préceptes fixe les heures du sommeil à six pour les adultes 
en bonne santé; il en accorde sept aux paresseux, mais à per- 
sonne il ne concède le nombre huit. Son confrère, plus relâché, 
permet huit heures dans le premier cas, neuf dans le second 
et le chiffre dix n'est jamais toléré. 



Introduction. ai 



elle devrait surtout distinguer ceux qui sont anciens 
de ceux qui sont comparativement modernes. Mais en 
général les éditeurs se sont au contraire attachés à 
publier le plus de vers possible : ainsi, pour ne parler 
que des principaux, Arnauld ne donne que 36 2 vers 
(les éditions ne sont pas rigoureusement d^ accord sur 
ce point) ; dans les éditions de Curion, le Jiombre va- 
rie entre 26g et 38 g ; Dufour et Levacher en ont 
fourni 452 ; Ackermann , qui a suivi le texte d' Ar- 
nauld, imprimé à Louvain sans date, en a édité 364 / 
M. de Balzac en a recueilli 2,3 00 ; enfin M. de Ren:{i., 
réunissant la récolte de M. de Bal:{ac, la mienne et 
celle qui lui appartient en propre, est arrivé au chiffre 
de 3,520 vers, pris de toute main et de toute part. 

Qiielle que soit du reste la forme sous laquelle on 
conçoive la rédaction originale du Regimen : consul- 
tation médicale adressée ex professo à quelque grand 
personnage du temps ^, ou suite de phrases aphoristi- 
ques et proverbiales primitivement isolées, il 71 en est 
pas moins vrai que son caractère essentiel, comme cela 
ressort du Commentaire d' Arnauld de Villeneuve, est 
exclusivement diététique, et qu il faut en exclure la 
description des maladies, la thérapeutique spéciale, 

I. Le préambule : Angloruni regi^ qui se lit déjà dans Arnauld 
de Villeneuve, porterait à croire que, dès le prijicipe, le Reghncn 
sanitatis avait reçu une forme déterminée ; mais d'abord ce 
préambule pouvait bien n'être qu'une étiquette mise après coup 
pour un premier essai d'édition; en second lieu, les manuscrits 
d'Angleterre portent généralement : Francorum regi^, tandis 
que ceux de France et d'Allemagne ont presque tous : Anglo- 
runi régi; il y a même un de nos manuscrits de Paris qui 
donne Roberto régi; enfin, on ne sait ni à quel roi d'Angleterre, 
ni à quel roi de France la consultation a pu être adressée. 



42 Introduciioii. 



cette longue liste de médicaments simples ou composés 
qui figurent dans quelques manuscrits, et bien d'au- 
tres matières qui, évidemment, ne rentrent pas dans 
le plan, soit de l'auteur, soit du collecteur ^ La fac- 
ture même des vers, à défaut de toute autre règle de 
critique , devrait également servir à éliminer plus 
d'im paragraphe qui s'est glissé dans les manuscrits 
ou dans les éditions. 

S'il nous fallait, en nous limitant, bien entendu, au 
texte d'Arnauld de Villejieuve, rechercher avec quel- 
ques détails les sources du Regimen sanitatis, nous 
n'aurions pas de peine à les trouver dans Hippocrate 
et dans Galien (car, dans le texte d'Arnauld, il n'y a 
rien encore qui trahisse l'influence des Arabes), et ce 
qui manquerait dans ces deux auteurs nous serait 
fourni par Dioscoride et surtout par Pline. 

Dans le Régime de santé^ à côté des préceptes que 
donne la science la plus autorisée, on trouve les règles 
d'hygiène domestique dictées par l'expérience la plus 
vulgaire, et qui sont de tous les temps comme de tous 
les pays. User de tout avec modération, respirer im 
air pur ; au lever se laver le visage et les mains, se 
peigner, brosser ses dents ; îw pas manger sans faim, 
du moins sans que le premier repas soit digéré ; ne 
pas changer brusquement son régime, sont autant de 
recommandations qui se lisent, il est vrai, dans Hip- 
pocrate, mais sont en même temps les lois immuables 

I. Dans la présente édition, pour nous conformer au désir de 
MM. J.-B. Baillière, nous avons conservé tous les vers [au 
nombre de 1870) qui nous ont paru de nature à être traduits ou 
à intéresser, soit le public, soit les médecins. 



Introduction. 



43 



du bon sens. — Le paragraphe sur la prédominance 
des humeurs suivant les saisons exprime ime théorie 
qui remonte à Hippocrate. La description du tempé- 
rament est toute galénique ; puis on remarquera que, 
dans le Regimen, le choix des mets et des boissons, 
r indication des propriétés thérapeutiques des simples, 
sont fondés sur la théorie des qualités élémentaires du 
chaud, du froid, du sec et de Vhumide ; or., si vous 
ouvre^ les traités salernitains qui nous sont parvenus, 
vous retrouvere'{ les mêmes propriétés attribuées aux 
mêmes substances et aux mêmes plantes. Et comment 
en serait-il autrement, puisque ni la physiologie, ni la 
chimie, tii l'expérimentation méthodique, ne sont ve- 
nues à Salerne, pas plus qu'à Rome et à Cos, appren- 
dre aux médecins la constitution des corps, la science 
des milieux, et les mutuelles réactions du monde sur 
l'homme et de Vhomme sur l'air qu'il respire ou sur 
les substances qu'il ingère. 



vm 



Ici s'arrête notre tâche, ?nais ?2on pas l'histoire de 
l'Ecole de Salerne, que M. de Ren^i a continuée jus- 
qu'à ces derniers temps. A travers une foule de noms 
propres et de titres d'ouvrages, les ims nouveaux, les 
autres déjà connus, nous arrivons vers le milieu du 
treizième siècle, au chirurgien Roger, qui ferme la 
liste des Maîtres de Salerne, dont les écrits représen- 
tent avec asse^ de fidélité la doctrine gréco-latine. 

Les hospices se multiplient ou prennent un nouveau 



44 Introduction. 



développement à Salerne : le premier dcmt il soit fait 
mention remonte à Van 820 ; sous les premiers Ange- 
vins (i266-i38o), ils deviennent très-florissants et 
reçoivent des dotations considérables: les uns étaient 
destinés par leurs fondateurs aux pauvres et aux 
étrangers, les autres aux enfants trouvés, aux dames 
qui voulaient se préserver des dangers du monde , 
enfn aux malades qui étaient logés et soignés ; les 
chevaliers de Jérusalem, les frères Célestins, les frè- 
res de la Croix et d'autres congrégations dirigeaient 
ces hôpitaux. 

On voit à cette époque plusieurs médecins militaires 
sortir de Salerne et suivre les armées avec ime com- 
mission du gouvernement ; — les médecins spécialistes 
patentés pour traiter les plaies, les hernies et les yeux 
exercent en ville et dans les environs; — on rencon- 
tre aussi la mention de diplômes particuliers pour les 
femmes^ ce qui ne doit point étonner dans la patrie 
de Trotula ; — les médecins de cour se multiplient ; 
ils obtiennent de grands privilèges; — les traitements 
des maîtres ou professeurs sont réglés ; on voit que 
pour quelques-uns il s'élevait à dou\e onces d'or par 
an ; — on trouve encore plusieurs médecins-prêtres à 
la fois chargés de renseignement médical et revêtus 
des hautes dignités ecclésiastiques ; enfin il y a des 
sages-femmes jurées, surtout pour les grandes dames 
de Salerne et de Naples. 

C'est au milieu du treizième siècle que maître Gérard 
popularise les livres arabes par des traductions, et que 
ces livres se substituent définitivement aux ouvrages 
gréco-latins ; l'école de Salerne perd son autonomie, 



Introduction. 



45 



mais non pas encore son inipo?~tance et sa réputation. 

Frédéric II donne une nouvelle impulsion aux scien- 
ces et aux lettres ; il réunit les différentes écoles en 
une seule université, et publie divers règlements de 
grande importance. 

Frédéric prescrit trois ans d' études philosophiques 
et littéraires, avant de se présenter à V école de méde- 
cine ; les études théoriques médicales doivent durer au 
moins cinq ans ; iljr a de plus un an de stage che^ un 
praticien expérimenté, ce qui semblerait prouver qu'il 
ny avait pas de cliniques dans les hôpitaux; la chirur- 
gie fait partie intégrante de la médecine ; mais tout 
médecin qui veut exercer la chi?mrgie consacrera un 
an à /'anatomie humaine et à la pratique des opéra- 
tions ; nul ne peut exercer s'il na été reçu dans la 
forme consacrée par les membres du collège de Sa- 
lerne, et si ses lettres testimoniales nont été revêtues 
de r approbation de V empereur ou de son délégué; des 
peines sévères, la confiscation des biens mobiliers, la 
prison même, sont édictées contre tout délinquant. Le 
texte des leçons faites par les maîtres sera pris dans 
les livres authentiques (autorisés), ceux d'Hippocrate 
et de Galien. Les honoraires sont tarif es pour la ville 
et pour les environs ; le médecin recevra im demi- 
tarenus ^ par jour, s'il ne sort ni de la ville ni du châ- 
teau ; trois tareni par jour, s'il va à la campagne et 
s'il est hébergé par le malade ; quatre tareni, s'il n'est 
pas défrayé; les visites sont fixées à deux par jour et 
une pour la nuit, à la réquisition du malade. Les pau- 

I. Le tarenus était une monnaie d'or équivalant à 20 grains 
ou deux carlins. 



46 Introduction. 



vres sont soignés gratuitement. Les droguistes (sta- 
tionarii) et les apothicaires [conÎQ.cûon2iYn) sont placés 
sous la surveillance des médecins^ qui ne devront ja- 
mais faire de marché avec eux, ni mettre des fonds 
dans leurs entreprises , ni tenir d'officine pour leur 
propre compte. Ceux qui vendent ou qui confection- 
nent les drogues prêtent serment de se conformer au 
Codex; leur nombre est limité; il ny en a que dans 
certaines villes; les prix sont réglés suivant que les 
substatîces pourront ou non se conserver pendant un 
an dans la boutique. Deux inspecteurs impériaux sont 
chargés, avec les maîtres de Salerne, de veiller à la 
préparation des électuaires et des sirops. Les règle- 
ments dlijrgiène publique et de police médicale , sur- 
tout en ce qui concerne les maladies contagieuses, la 
vente des poisons, des philtres amoureux et d'autres 
chatnnes, sont promulgués avec solennité. 

Une organisation si bien entendue et l'antique re- 
nommée de Salerne y attiraient beaucoup d'étran- 
gers, médecins ou simples amateurs ; Gilles de Cor- 
beil avait séjourné dans cette ville au milieu du trei- 
:{ième siècle; plus tard , Gilbert l'Anglais y vint 
étudier. Un Allemand, dans son Itinéraire, écrit au 
treizième siècle : 

Laudibus ceternum nullum negat esse Salermim; 
Illuc pro morbis totus circumfluit orbis, 
Nec débet sperni, fateor, doctrina Salerni, 
Quamvis exosa mi/ii sit gens illa dolosa. 

Salerne jïa plus ni affluence de malades, ni doc- 
trine médicale, mais on peut y rencontrer encore 



Introduction. 47 



des hôteliers qui méritent Vépithète de gens dolosa. 

Nos poèmes français du trei:[iènie siècle célèbrent 
les louanges de Salerne et des mires (médecins) qui 
jr pratiquaient Fart de guérir ; c'est aussi dans cette 
ville que les amants, en dépit des prescriptions de 
Frédéric, vont chercher les philtres mei^veilleux qui 
doivent les mettre en possession de V objet aimé. Enfin, 
à la même époque, dans ses vastes et précieuses En- 
cyclopédies connues sous le nom de Miroirs, Vincent 
de Beauvais met plus d'une fois à profit les écrits des 
médecins salernitains. 

Mais Frédéric lui-même porta im coup à VEcole 
médicale de Salerne, en créant à Naples im institut 
tout semblable , qu'il dota richeinent et auquel il 
accorda de grands privilèges. Toutefois, sous la domi- 
nation des Angevins (première et deuxième branches, 
1266-1435), M. de Ren^i compte encore à Salerne 
plus de cent vingt médecins. Les praticiens dont les 
noms nous ont été consef^vés, et qui exerçaient dans le 
voisinage de Salerne, sont également très nombreux. 

Durant cette longue période, la médecine à Sa- 
lerne ne vit plus qu'aux dépens des Arabes; mais la 
chirurgie, qui avait reçu une grande impulsion de 
Roger, reste fidèle aux traditions gréco-latines. Les 
ouvrages sale?^nitains ne sont ni en aussi grand nom- 
bre, ni aussi importants qu'on pourrait le supposer; 
l'école n'exerce plus guère d'infiuence que par son 
enseignement, qu'on vient écouter de tous les points 
de l'Italie et même des autres contrées de l'Europe. 
Puis, à mesure que Naples attire lés faveurs des sou- 
verains, Salerne s'efface peu à peu; les règlements 



48 Introduction. 



interviennent ; les disputes s'élèvent; on oublie la pri- 
mauté de la science pour ne plus songer quaux droits 
de préséance ; et déjà la décadence se fait sentir sous 
la domination des princes d'Aragon (de 1486 aux 
premières années du sei:(ième siècle). 

Avec les princes espagnols, alors que tout renaît 
en Europe , ime nouvelle ère semble s'ouvrir pour 
l'école de Salerne; elle se souvient de ses anciens 
jours et des grands noms qui avaient fait sa fortune et 
sa gloire. Mais les rivalités sans cesse renaissantes 
portèrent les derniers coups à cette vieille institution; 
elle n'existait plus que de nom, lorsque la Faculté de 
médecine de Paris, en i'j4^, consultait le Collège 
des médecins de Salerne au sujet du différend élevé 
en France entre les médecins et les chirurgiens. 

L'Ecole de Salerne, modèle et mère de toutes les 
universités du moyen âge, disparaît pour jamais de- 
vant le décret du 2g novembre 181 1. Sans respect 
pour l'antique et universelle renommée de cette école, 
sans souci des droits acquis et des services rendus, 
ce décret applique dans sa rigueur le principe de la 
centralisation, et^ par pitié, il concède à Sale?me un 
institut préparatoire, un lycée médical, ime école se- 
condaire de médecine, comme nous dirions en France! 

J'ai visité deux fois Salerne en 1849', j'^^^^^<^i^ tris- 
tement à travers ces i^ues autrefois animées par tout 
le mouvement de la science et de la pratique médi- 
cales ; j'y recherchais vainement la trace ou le sou- 
venir des maîtres illustres dont la voix avait retenti 
au milieu des temps les plus agités. Qui pouvait me 
redire ce que furent Petronius, Cophon, les Platea- 



Introduction. 4^ 



7H11S, BartholomœuSy et le vénérable Musandinus et 
V élégant Maurus dont Gilles de Corbeil avait écouté 
les leçons ? Qui se souvenait de la belle Trotula ou 
du rusé Constantin ? Et, à défaut d'une grande insti- 
tution médicale, quel monument pieusement con- 
sacré à toutes les gloires de l'Ecole me rappelait 
quelques traits de sa première histoire ? Nul écho de 
la tradition ; pas une pierre de V ancien édifice ; pas 
un manuscrit dans aucune bibliothèque ; pas même 
ime bonne édition du Regimen Salernitanum, che:{ le 
seul médecin , M. le docteur Santorelli , en qui 
n'étaient pas éteints les vieux souvenirs ! — Au îîioins 
dans ces rues, presque désertes aujourd'hui, sur cette 
place oîi se rassemblaient les professeurs et les étu- 
diants, aux bords de cette mer toujours splendide qui 
baigne le pied de la ville, je respirais Pair qu'avaient 
respiré les Maîtres. Et puis déjà le plan de /aCollectio 
Salernitana était arrêté avec mon savant et généreux 
ami, le docteur S. de Ren:{i : c'était, au milieu de cet 
oubli complet du passé, un hommage et une réparation. 

Ch. Daremberg \ 

I. Daremberg (Charles-Victor), né à Dijon le 14 avril 1817, 
professeur d'histoire de la médecine à la Faculté de médecine 
de Paris, bibliothécaire de la Bibliothèque Mazarine, membre 
de l'Académie de m.édecine, décédé le 24 octobre 1872, au 
Mesnil-le-Roy (Seine-et-Oise). 






L'ÉCOLE DE SALERNE 

Lecteur, tu désirais cette Fleur Médicale : 

Que d'elle, pour toujours, un doux parfum s'exhale, 



SCHOLA SALERNITANA 

Hoc opus optatur quod Flos Medicine vocatur 
(Epigraphe de Pédition priticeps.) 



DÉDICACE 




1 'École de Salerne au grand roi d'Angle- 

[terre : 
Veux-tu jouir en paix d'une santé prospère, 
Chasse les noirs soucis, fuis tout empor- 

[tement ; 

Ne bois que peu de vin, soupe légèrement ; 
Souviens-toi de marcher quand tu quittes la table ; 
Du sommeil en plein jour crains Pattrait redoutable ;. 
Crains en toi le séjour de Turine et des vents. 
Fidèle à ces conseils, tu vivras de longs ans. 
Es-tu sans médecins ? les meilleurs, je l'atteste, 
Ce sont, crois-moi, repos, gaîté, repas modeste. 



PROŒMIUM 

ANGLORUM Régi scribit Schola tota Salerni : 
Si vis incolumem, si vis te vivere sanum, 
Curas toile graves, irasci crede profanum, 
Parce mero, cœnato parum; non sit tibi vanum 
Surgere post epuLis ; somnum fuge meridianum ; 
Ne mictum rétine, ne comprime fortiter anum. 
Hœc bene si serves, tu longo tempore vives. 
Si tibi deficiant Medici, medici tibi fiant 
H^c tria : mens l^ta, requies, moderata diseta. 



PREMIERE PARTIE 



HYGIENE 



PRECEPTES GENERAUX 

A fatigue, les maux, les chagrins, la colère 

De tes jours dévorés abrègent la carrière ; 

Esprit vif, enjoué, de fleurs sème tes pas. 

[appas. 

Fuis des festins pompeux les perfides 
Souffrant d'un flux cruel, si tu ne veux mourir, 
Crains le froid, la boisson, l'ivresse du plaisir 




PRiECEPTA GENERALIA 



TRISTE cor^ ira frequens, bene si non sit, labor ingens, 
Vitam consumunt hœc tria fine brevi ; 
Hsec namque ad mortis cogunt te currere metas. 
Spiritus exultans facit ut tua floreat setas, 
Vitam déclinas, tibi sint si prandia lauta. 
Qjai fluxum pateris, hsec ni caveas, morieris : 
Concubitum, nimium potum, cum frigore motura. 



56 L'Ecole de Saler ne. 

Repas, travail, sommeil, prends tout avec mesure ; 
L'excès en ces trois points blesserait la nature. 
Lève-toi de bonne heure, et le soir marche tard, 
Tu prolonges ta vie, heureux et gai vieillard 

EXHORTATION A LA SANTÉ 

Oui, c'est un Dieu puissant qui de la Médecine, 

Pour rhomme, a su créer la science divine. 

Le malheureux au monde apparu pour un jour 

A grands pas vers sa tombe avance sans retour. 

Né d'hier, mort demain et mis en sépulture : 

Le passant foule un corps dont les vers font pâture. 

D'un régime savant lui prêter le secours. 

C'est à des jours comptés ajouter quelques jours. 



Esca, labor, potus, somnus, mediocria cuiicta 1 : 
Peccat si quis in his, patitur natura moleste. 
Surgere mane cito, spatialim pergere sero ; 
H^ec hominem faciunt sanum, hilaremque relinquunt -. 

EXHORTATIO SANITATIS 

Tesiatur sapiens quod Deus omnipotens 
Fundavit Physicam; prudens hic figurât illam. 

Ad finem properat qui modo natus erat ; 
Nunc oritur, moritur statim, sub humo sepelitur, 

Sub pede calcatur, vermibus esca datur. 
Huic succurratur, quod bene quis dietatur. 

I , Voy. Hippocrate, Œuvres complètes, trad. par E. Littré. Des 
épidémies, Uyre VI, section 6, § 2. Paris, 1846, In-8, t. V, p. 325. 
— 2, Ces vers sont un commentaire des vers 3, 4, 5 et 8 du 
paragraphe précédent. 



Première partie. — Hygiène. 5 y 

La médecine, hélas! bornée en sa puissance, 

Ne peut à Finfini prolonger l'existence ; 

Gardien de la santé, Part qui prévient le mal 

Retient l'homme glissant vers le terme fatal. 

Pour que ta vie atteigne à l'extrême veillesse. 

Sois vieux, avant le temps, par tes mœurs, ta sagesse. 

INFLUENCES PHYSIQUES 

Air. 

Respire un Air serein, brillant de pureté, 
Dont nulle exhalaison ne ternit la clarté ; 
Fuis toute odeur infecte ou vapeur délétère 
Qui, montant des égouts, empeste Tatmosphère. 



Vitam prolongat, sed non medicina perennat. 

Custodit vitam qui custodit sanitatem. 

Sed prior est sanitas quam sit curatio morbi. 

Ars primitus surgat in causam, quo magis vigeatis. 

Qui vult longinquum vitam perducere in asvum, 

Mature fiât moribus ante senex ; 

Senex mature, si velis esse dici. 



PHYSICI INFLUXUS 
De cere. 

Aer sit purus, habitabilis, et bene clarus, 
Nec sit infectus, nec olens fœtore cloacse, 
Alteriusque rei corpus nimis inficientis. 



58 L'Ecole de Salerne. 



Vents. 

De l'Aurore nous vient le Vulturne, FEurus, 
Et le Subsolanus ; Zéphir, Favonius 
Soufflent à l'Occident ; sur les plages lointaines 
S"'élèvent, nous portant leurs brises africaines, 
Le Notus et TAuster, et du Septentrion 
SMlancent le Caurus, Borée et l'Aquilon. 

DU RÉGIME SUIVANT LES SAISONS 

Printemps. 

Le Printemps et l'Été, PAutomne, enfin l'Hiver 
Se partagent l'année. Humide et doux est Pair 



Venti. 

Sunt Subsolanus, Vulturnus, et Eurus, eoi, 
Circinus occasum, Zephyrusque, Favonius afflant, 
Atque die medio Notus hseret, africus Auster, 
Et veniunt Aquilo, Boreas, et Caurus ab Arcto. 

DE Q.UATUOR AKNI TEMPESTATIBUS 

Ver. 

Ver, Autumnus, Hiems, iEstas dominantur in anno. 
Tempore vernali calidus fit aer madidusque, 



Première partie. — Hygiène. 59 

Au printemps ; pour saigner le moment est propice : 
D'un amour modéré goûte le pur délice : 
La saison te prescrit les purgatifs, les bains, 
Exercice, sueur, liberté d'intestins. 

Été. 

L'Eté sec et brûlant survient : sache qu'alors 

La bilieuse humeur domine dans le corps. 

Plus d'amour ; des mets froids sur la table discrète ; 

De bains et de saignée abstinence complète; 

De longs repos ; ne bois qu'avec sobriété ; 

Le corps est desséché des jeûnes de l'été : 

Un vomitif chassant les humeurs viciées 

Lave de l'estomac les routes balayées. 



Et nullum tempus melius fit phlebotomi^. 
Usus tune homini Veneris confert moderatus, 
Corporis et motus, ventrisque solutio, sudor, 
Balnea; purgentur tune corpora per medicinas. 

^stas more calet, siccat; noscatur in illa 
Tune quoque prsecipue choleram rubeam dominari, 
Humida, frigida fercula dentur; sit Venus extra; 
Balnea non prosunt; sint rarae phlebotomi^; 
Utilis est requies; sit cum moderamine potus. 
Temporis sstivi jejunia corpora siccant; 
Quolibet in mense confert vomitus, quia purgat 
Humores nocuos, stomachi lavât ambitus omnes. 



éo U Ecole de Saler ne. 



Automne. 

L^Automne est froid et sec; par ses fruits redoutable; 
Aux mets chauds unis donc les bons vins sur la table. 
Garde-toi de saignée et de mets farineux; 
D'un amour trop ardent fuis Texcès dangereux. 

Hiver. 

L'Hiver, saison glacée, humide et rigoureuse. 
Chargera de mets chauds la table copieuse^; 
Satisfais à ton aise un appétit actif; 
Qu'on te saigne, mais peu; jamais de purgatif. 
Mange rôtis les mets que la campagne donne ; 
Toute viande de poivre assaisonnée est bonne. 



Aiitumnns. 

Frigidus Autumnus siccus prohibet tibi fructus : 
Humida cum calidis prosunt ; vina sunt capienda ; 
De farinacea caveas et phlebotomia; 
Proficit ac usus veneris tibi tune moderatns. 

Hiems. 

Est Hiems tempus frigidum, huniidum, gelidumque ; 
Calida cum siccis, quantum poteris, tibi toUis : 
Phlebotomia modo dabitur, purgatio nulla. 
De rusticis simul assatis comedemus. 
Omnia carnosa bona sint mixta pipcrito, 



PreiJiière partie. — Hygiène. 6i 



Un seul rapprochement par mois te suffira, 
S'il n'a rien de suspect ; sinon, il t"'en cuira. 
A ce prix, des docteurs l'aréopage illustre 
De vie et de santé te garantit maint lustre. 



DU REGIME SUIVANT LES MOIS 

Janvier. 

Janvier se réjouit de vins chauds, généreux. 
L'hydromel est trop fade et rend moins vigoureux ; 
Prends contre les langueurs des boissons salutaires. 
Ecarte les soucis et fuis les mets vulgaires ; 



Et tune venereus semel in mense valet usus : 
Venereum do consilum, si lex patialur, 
Quae si non patitur, tune bis stultum videatur, 
Hxc definivit medicorum concio tota ; 
Nam qui sic vivit, saluti sit sibi vita. 

DE MEN5IBUS 

JaniLariiis. 

In Jane claris calidisque vinis ^ potiaris ; 
Lsedit enim medo tune potus, ut bene credo 2; 
Ne tibi languores sint, aptos sume liquores; 
Nec nimium cogita; communia fercula vita. 

I, Les manuscrits portent cibis ; mais il faut évidemment 
lire vinis. — 2. Voy, du Gange, GZ055. yned. et inf. lat. sub 
voce medo. Les manuscrits de TÉcole de Salerne ont : Cedit... 
poiatus bene credo. 

ÉCOLE. A 



62 U Ecole de Salerne. 



Les bains sont bienfaisants ; bois sans faire d'excès ; 
Les mets chauds en janvier méritent leur succès. 

Février. 

La fièvre, en Février, se glisse dans tes veines. 
Pour écarter le froid n'épargne pas tes peines ; 
De boissons, de mets chauds emprunte le secours. 
Oie, aneth et poirée entretiendront tes jours ; 
Arrose-les de vin. Ta santé souffre-t-elle ? 
Fais-toi saigner au pouce, adieu le mal rebelle. 

Mars. 

Mars, rouvrant des humeurs les sources jaillissantes, 
Enfante dans le corps cent douleurs renaissantes. 
Aux veines garde-toi de dérober leur sang, 
Mais de racines bois le suc rafraîchissant. 



Balnea sunt grata; sed potio sit moderata. 
Escas per janum calidas est sumere sanum. 

Fehniarius. 

Nascitur occulta febris Februo tibi multa : 
Potibus et escis, si caute vivere velis, 
Tune cave frigora; de poUice sume cruorem. 
.Si comedis betam *, nec non anserem ' vel anethum ^, 
Potio sumetur j in pollice tune minuatur. 

Marlius. 
Martius humores pandit, generatque dolores. 
Venas non pandes ; radiées sedulo mandes ; 

I. Beta vulgaris. — 2. Anser anas. — 3. Anethum graveolens. 



Première partie. — Hygiène. 63 

Plonge-toi lentement dans de chaudes ctiives 
Qui raniment ta force à leurs tièdes effluves. 
Des mets avec leur jus, des aliments sucrés 
Réparent la vigueur d'estomacs délabrés. 

Avril. 

Quand Avril fleurissant vient rajeunir le monde, 
Quand s'entr'ouvre le sein de la terre féconde, 
Tout revit. Le sang pur se gonfle en bouillonnant ; 
Dégage alors le ventre, au pied soustrais du sang. 

Mai. 

Tu pourras en ce mois te purger à loisir ; 
Fais-toi saigner ; des bains goûte le doux plaisir, 



Sume cibum modice coctum; si placet, jure. 
Balnea sint assa, nec dulcia sint tibi cassa. 

Aprilis. 

Se probat in vere Aprilis vires inhabere ; 
Cuncta renascuntur; pori terrae aperiuntur. 
In quo calefit sanguis recensque recrescit. 
Venter solvendus, cruor pedis est minuendus. 

Majiis. 

Majo secure laxari sit tibi curse ; 

Scindatur vena ; sic balnea dantur amœna : 



6/[ U Ecole de Salerne. 



Parfume Peau des bains d^un arôme sauvage; 
L^absinthe en lotion est utile au visage. 



Juin. 

Uhydromel trouble en Juin le cerveau du buveur ; 
Du houblon fermentant crains la jeune liqueur; 
Prends la verte laitue et bois Peau des fontaines, 
La bile malfaisante évitera tes veines. 



Juillet. 

La saignée en Juillet est chose redoutable ; 
Ne charge pas de vin un viscère irritable ; 



Cum validis rébus sint balnea, vel cum speciebus. 
Absinthi ^ lotio ; edes cocta lacté caprino 2 . 

Jiinius. 

In Junio gentes perturbât medo bibentes ; 
Atque novellarum fuge potum cerevisiarum . 
Re noceat choiera valet ita refectio vere : 
Lactucie ^ frondes ede ; jejunus bibe fontes. 

Juliiis. 

Cui vult solamen Julius prœbet hoc medicamen : 
Venam non scindas, nec ventrem potio lœdat ; 

I. Artemisia absinthium. — 2. Je crois que ce vers signifie : 
On fera des lotions avec l'absintlie; on mangera des légumes 
cuits avec du lait de chèvre. — 3. Lactuca sativa. 



Première partie. — Hygiène. 



Abrège ton sommeil : fuis les bains, le plaisir, 
Et de sauge et d'aneth compose un élixir. 

Août. 

Pour garder en ce mois un tempérament sage, 

Dors peu, crains la fraîcheur, de l'amour fuis Tusage, 

Abandonne les bains, fais de sobres repas. 

Évite la saignée et ne te purge pas ; 

De vins, de lotions crains la suite fatale ; 

Surtout qu'aucun mets chaud à tes yeux ne s'étale. 

Septembre. 

Que Septembre en tes mains prodigue ses fruits mûrs, 
Poires, pommes, raisins, lait de chèvre et vins purs ; 



Somnia compescat et balnea cuncta pavescat, 
Ac Veneris vota ; sit salvia ' ; anethum nota. 

Atigustîis. 

Quisquis sub Auguste vivat moderamine justo, 
Raro dormitet; frigus, coitum quoque vitet; 
Balnea non curet, nec multa comestio ducet; 
Nemo laxari débet, nec phlebotomari ; 
Potio \iietur ac lotio nulla paretur; 
Hic calidos vitare cibos hoc mense nocivos, 

September, 

Fructus maturi Septembri sunt valituri, 

Et pyra ^ cum vino, poma ^ cum lacté caprino ; 

I. Salvia officinalis. — 2. Fructus Pyri communis. — 3. Fruc- 
tus Pyri Mali. 

4. 



66 U École de Salerne, 

QuMn doux jus dafns ton sang coule et le renouvelle, 
Fais-toi saigner au bras; mange amande nouvelle. 

Octobre. 

Qu^Octobre en tes celliers verse ses vins nouveaux, 
Entasse autour de toi gibier, oiseaux, chevreaux; 
Mange autant qu'il te plaît sans charger tes viscères, 
Que lasserait Tabus d'aliments salutaires. 
Mange et le lait de chèvre et le lait de brebis. 
En disques savoureux, épaissis et durcis. 

Novembre. 

Observe de Novembre un précepte formel : 
Mange miel et gingembre, et bois doux hydromel. 



Atque diuretica tibi potio fertur amœna. 
Tuncvenam pandes, species cum semiiie mandes. 

October. 

October vina pr^stet, cibos atque ferinos ; 
Nec non arietina caro valet et volucrina. 
Quatenus vis comede ; sed non prsecordia lasde. 
Lac ede caprinum, caryophyllum lacque ovinum. 

November. 

Ipsa Novembri dat régula : medoque bibatur, 
Spica recipiatur, mel, zingiber comedatur. 



Première partie. — Hygiène. 6j 

De l'amour et des bains néglige la pratique 

Qui rend Fépoux débile et la femme hydropique. 

Décembre. 

Les mets chauds en ce mois sont chose capitale ; 

Point de choux. Qu'on te saigne à la veine frontale. 

Les lotions du corps n'ont pas d'utilité. 

Bois sec, mange faisans avec sécurité. 

Contre le froid piquant couvre avec soin ta tête, 

Au mal le cinnamome et s'oppose et l'arrête. 

POUR FORTIFIER LE CERVEAU, 

POUR RÉCRÉER LA VUE ET LES AUTRES ORGANES. 

D'eau froide, en te levant, baigne au matin tes yeux; 
Frotte avec soin tes dents, et peigne tes cheveux : 



Balnea cum venere tune nuUum constat habere ; 
His vir languescit, mulieris hydrops quoque crescit . 

Decemher. 

Sanse sunt menibris calida; res mense Decembri ; 
Caulis ■* vitetur; capitalis vena secetur; 
Lotio sit rara, sed phas ^ et potio cara ; 
Frigore saepe tegas caput ut sanus ibi degas. 
Ut minus aegrotes, cinnaraoma reposita potes. 

CONFORTATIO MEMBRORUM 

CONFORTATIO CEREBRI, RECREATIO VISUS, LOTIO MANUUM. 

Lumina mane manus surgens lavet unda. 

Hac, illac modicum pergat, modicum sua membra 

I. Brassica oleracea. — 2. Phasianus. 



68 U Ecole de Salerne. 

Tes membres, par la marche, exerçant leur souplesse. 
Tu rends à Pâme, au corps, la force et Pallégresse. 
Chauffe-toi, hors du bain ; saigné, rafraîchis-toi ; 
Après tes repas, marche, ou bien demeure coi. 
Le cristal d^une eau pure et Fherbe des campagnes 
Charme et repose Poeil : gagne donc les montagnes, 
Au lever de l'aurore ; à midi, les berceaux [seaux. 
Et Fombre des grands bois ; au soir, les clairs ruis- 
De ces objets mouvants les teintes azurées. 
De violet, de pourpre, ou de vert colorées, 
Apaisent l'œil ravi par leur calme beauté. 
Laver souvent ses mains profite à la santé : 
Au sortir des repas suis un facile usage 
Qui te ménagera toujours double avantage : [çants, 
Des mains propres d''abord, puis des yeux plus per- 
Grâce aux nerfs raffermis dans leurs ressorts puissants. 



Extendat, crines pectat, dentés fricet; ista 
Confortant cerebrum, confortant cetera membra. 
Lote, cale; sta, pranse, vel i; frigesce, minute. 
Fons, spéculum, gramen, hsec dant oculis relevamen. 
Mane petas montes ; medio nemus ; vespere fontes, 

Sero frequentemus littora, mane nemus. 
Hi prsesertim oculos recréant, visumque colorant : 
Cœruleus, viridisque et janthinus ^, addito fusco. 

Si fore vis sanus ablue sœpe manus, 
Lotio post mensam tibi confert munera bina : 
Mundificaî palmas et lumina reddit acuta. 

Est oculis sanum ssepe lavare manum. 

I, Color violaceus. 



Première partie. — Hygiène. 69 

CONDITIONS D'UNE VIE AGRÉABLE 

Recherche des beaux vers le charme adoucissant, 
L'enjoùment de la femme, et Tattrait caressant. 
Tout ce qui rend la vie et plus douce et plus belle ; 
Fuis des procès bavards la lenteur immortelle. 
Revêts d'habits nouveaux les riantes couleurs. 
D'une aimable maîtresse implore les faveurs, 
Sieds-toi, non sans amis, à table savoureuse, 
Bois du vin qui te plaît la coupe généreuse. 
Veux-tu de tes plaisirs prolonger le succès ? 
Du vice et de la table évite les excès. 

SOMMEIL 

EN QUEL TEMPS ET COMMENT IL FAUT DORMIR. 

Six heures de Sommeil, c'est la bonne mesure 

Pour rhomme vieux ou jeune ; au paresseux, Pusure 



LiETIFICANTIA 

Carmina laetificant animum, pers^pe jocosa 
Femina; jucunda cole, desere litigiosa : 
Saepe tibi vestis novitas sit speciosa, 
Interdumque thoro sit arnica tibi generosa , 
Fercula sic sapias, et pocuia sume morosa ; 
Indulgere guise caveas, contemne gulosa ; 
Vivere morose studeas, fugias vitiosa. 

SCMNUS 

TEMPUS ET -MODUS DORMIEXDI. 

Sex horis dormire sat est juvenique senique; 
Septem vix pigro, nulli concedimus octo. 



yo U Ecole de Saler ne. 



D^une heure encor s''accorde avec peine ; jamais 

La mollesse de moi n"'obtient plus longs délais. 

Que, sept heures, votre œil pour le sommeil se ferme ; 

Neuf heures, j''y consens; ne passez point ce terme. 

Réglez votre sommeil aux heures de la nuit ; 

C'est le mieux : si la règle à votre santé nuit. 

Prolongez-en le cours quand renaît la lumière. 

Mieux vaut dormir le jour que, par rigueur austère, 

Priver ses membres las d^un repos précieux. 

Le sommeil du matin est plus délicieux. 

Tout être de sommeil veut sa juste mesure; 

Trop de repos fait mal. Détestable posture, 

Le coucher sur le dos est rejeté par vous ; 

Le coucher sur le ventre est bon contre la toux, 



Ad minus horarum septem fac sit tibi somnus^ 
Si licet ad nonam, nuiiquam ad decimam licet horam ^ . 
Si potes, ad noctis normam rege tempora somni ; 
Si natura dolet, lucis primum adde trientem ; 
Prsestat enim dormire die. quam membra quiète 
Frustrare ; et lucis pars prima aptissima somno est. 
Utilis est somnus moderatus cuique animali, 
At nimium diuturna quies mala plurima profert. 
Pessima forma recumbendi est dormire supinus, 
Utilis est tussi prona, sed lumina liedit; 

I. Ces deux vers sont une rédaction plus libérale des deux 
vers précédents. 



Première partie. — Hygiène. 71 

Mais il blesse les yeux où le sang se déverse. 

Sur Fun ou l'autre flanc que le sommeil vous berce : 

Si le flanc droit d'abord est par vous adopté, 

Plus tard, jusqu'au réveil, vous changez de côté. 



SOMMEIL DE JOUR. 

Ne dormez pas le jour, ou bien ne dormez guère. 
De ce fâcheux sommeil le cortège ordinaire, 
Fièvre, langueur, migraine^ assiégerait vos pas, 
Et le catarrhe aussi ne vous lâcherait pas. 
D'un tel sommeil pourtant si vous avez l'usage, 
Goûtez-en le plaisir, sans craindre un grand dommage, 
Pourvu qu'il soit très-bref, et surtout des repas 
Que le moment choisi ne le rapproche pas. 



In latus alterutrum prœstat se pr^ebere somno 
Intentum, et, si nihil prohibet, latus elige dextrum. 
In dextro latere somnus tuus incipiatur ; 
Ad latus oppositum finis tibi perficiatur. 



SOMXUS MERIDIANUS. 



Sit brevis, aut nullus somnus tibi meridianus : 
Febris, pigrities, capitis dolor atque catarrhus, 
Quatuor haec somno veniunt mala meridiano. 
Si quis forte cupit somno indulgere diurno, 
Si consuevit ita, minus illi culpa nocebit; 
Dummodo non longus somnus, nec proximus esc^; 
Sed brevis, capite recto sumetur^ et ipsi 



7 2 U École de Saler ne. 



Dormez la tête haute. Un somme est redoutable, 
Dans les mois pourvus d'R, au sortir de la table ; 
S'ils finissent en US \ il n'offre aucun danger. 
Que le plus léger bruit rompe un sommeil léger. 



TEMPS DE L'AMOUR 

Le printemps de l'Amour est la saison propice ; 
L'hiver permet encore un si doux sacrifice ; 
L'automne, en l'exigeant, assure la santé. 
Mais au printemps languit l'appétit rebuté ; 
L'hiver refroidit vite un amour éphémère ; 
L'automne trop souvent nous ravit la lumière. 
L'amour est salutaire avec sobriété ; 
Impur, il est fatal et détruit la santé. 



Qui dormit, liceat sonitu finira modesto. 

Mensibus in quibus R, post prandia somno fis œger, 

Mensibus in quibus US *, somnus post prandia bonus. 

DE TEMPORE COEUNDI 

Vere coire juvat ; hiems quoque tempore confert ; 
Sanus in autumno si tu vis fore coito. 
Prima cibum, coitum necat altéra, tertia lucem. 
Prolongat vitam coitus moderamine factus 
Quibus sit licitus; e contra valde nocivus. 

i.^ Pour comprendre le sens de ce précepte, il faut se repor- 
tera la terminaison des mois latins. 



Première partie. — Hygiène. 73 



DES EXCREMENTS 

DES VENTS ET DE l"'uRINE. 

Pissez six fois par jour, et dans le même temps 
Rendez deux ou trois fois les plus gros excréments. 
De péter en pissant ne faites pas mystère, 
C'est un ancien usage, aux reins fort salutaire ; 
Pratiquez-le sans honte, ou bien, dans l'intestin, 
Reste un gaz malfaisant rapporté du festin. 
En grande pompe un roi traversât-il la ville. 
Occupé de pisser, demeurez immobile. 
Ta main, pressant ton ventre, empêchera souvent 
Qu'il ne s'y loge à l'aise et n'y séjourne un vent; 
Aux replis d'intestin sa nuisible présence 
D'un mal long et secret peut hâter la naissance. 



EGESTIO 



VENTOSITAS ET MICTURA, 



In die mictura vicibus sex fit naturalis ; 
Tempore bis tali, vel ter, fit egestio pura. 
Non cesses mingens, si rex processerit iens. 
Antiquo more mingens pedis absque pudore : 
Mingere cum bombis res est saluberrima lombis . 
Non ventrem stringens, rétines bombum veteratum; 
Nam ventum retinens, nutris morbum veteratum . 

ÉCOLE. 



74 L'Ecole de Salerne. 



DE L'USAGE DES BAINS 

Veux-tu, robuste, atteindre à la verte vieillesse, 
Des préceptes suivants pratique la sagesse : 



DE USU BALNEORUM 

Si vitare velis morbos et vivere s anus, 
Hsec prsecepta sequi debes, aliosque docere : 

I, Chez les anciens, un bain pris selon les règles ne con- 
sistait pas seulement en une immersion dans l'eau, mais il se 
composait de quatre parties ou quatre actes, lesquels corres- 
pondaient chacun à un compartiment spécial de l'établisse- 
ment des bains, établissement auquel on donnait le nom de 
thennœ ou de balineœ s'il était public, et celui de balneinn s'il 
était privé (fig. 2). 

Le premier acte du bain s'accomplit soit dans le laconicum 
(fig. 2, C), consistant en une étuve sèche ou en un bain d'air 
chaud et sec. C'était une coupole de forme arrondie, s'ap- 
puyant par le bas sur une espèce de four, et qui recevait la 
chaleur à la fois à travers la voûte du four, et aussi par une 
communication plus ou moins directe entre l'air échauffé de 
ce four et celui de l'intérieur. 

Le second acte du bain s'accomplissait dans le caldariwn 
et consistait dans un véritable bain d'eau chaude. Le calda- 
rium (fig. 2, B) reposait sur le fourneau ou hypocausis et ne 
comprenait quelquefois, au moins dans les bains privés, qu'une 
baignoire pour une seule personne (fig. 3). Souvent, au con- 
traire, il comprenait deux espèces de réservoirs d'eau chaude, 
appelés l'un labriim, l'autre alveus ou piscina (fig. 4). 

Le troisième acte du bain s'accomplissait dans le frigida- 
rium, qui ne contenait qu'un seul réservoir d'eau froide. 

Le quatrième acte se passait dans le tepidarium, pièce où 
l'on entretenait une température modérée, mais où il ne se 
trouvait aucune espèce de baignoire ou de réservoir d'eau. 
Pour plus de détails, voy. Oribase, Œuvres, trad. Daremberg, 
Paris, 1854, tome II, p. 865. 



Première partie. — Hygiène. 75 



Ne va pas boire à jeun quand tu descends du lit ; 
Que ton front découvert redoute un froid subit 
Ou d^un soleil ardent Fatteinte meurtrière. 
Une fraîche blessure, une fièvre, un ulcère, 
Douleur de tête ou d^eux, Testomac irrité 
Ou vide d^aliments, Fair pesant de Tété, 
Te prescriront de bains un entier sacrifice. 
Cherche dans la saignée un prompt et sûr office. 
Le bain, après la table, épaissit, mais avant 
Il amaigrit le corps; sec, il est échauffant \ 
Mais humide il engraisse. Au sortir de la table, 
Pour Pestomac rempli le bain si redoutable, 
Quand les mets sont passés, n'a rien de dangereux. 
Le repos après bain ou commerce amoureux. 
De peur d'épuisement, doit toujours se prescrire. 
Si tu tiens à tes yeux, garde-toi lors d'écrire ; 

Lotus, jejunus, post somnum non bibes statim; 
Detecto capite sub fri'^ore non gradieris, 
Nec sub sole; tibi sunt quia hx.c inimica. 
Rheuma, dolor capitis, oculus flens, ulcéra plagce, 
Repletus venter, densa sestas, balnea vêtent. 
Balnea post mensam crassant, sed ante macrassant, 
Humida pinguescunt, ast arida s^epe calescunt. 
Ventre repleto, balneum intrare caveto, 
Sed cum decoctus fuerit cibus, ipsum habeto. 
Si fornicasti, vel balnea si visitasti, 
Non debes scribere, si vis visum retinere, 

I. Aliénation, bain de sable usité chez les anciens. Consultez, 
dans le Dictionnaire général des eaux minérales et de l'hydro- 
logie médicale, par MM. Durand-Fardel, Le Bret^ Lefort, l'ar- 
ticle Aréxation. Pam, 1860^ t. I, p. ii5. 




Fig. 2. — Coupe d'un bain antique, d'après une peinture trouvée dans les bains 

de Titus à Rome. 

A, fourneau ou hypocausis; B, caldarium ; G, laconicum; D, tepidarium ou 
apodyterium; E, vraisemblablement frigidarium; F,eIceothesium ; a, réservoir 
d'eau chaude ; b, réservoir d'eau tiède: c, réservoir d'eau froide; d, communi- 
cation entre le fourneau et le laconicum ; e, labrum ; s, strigil (d'après 
Vitruve, édit. de Marini). 




Fig. 3. — Baignoire pour une seule personne (d'après Gasali, dans Groaov. 

Thés. anLiq. grœc). 




Fig. 4. — Caldarium avec le lahrurn et la pisctna ou aloeus (d'après Mercuriali, 

De arte gymnastica) . 



78 L'Ecole de Salerne. 



Garde-toi bien encor (le conseil en est sain) 
De boire ou de manger, dès que tu sors du bain. 
Eau de mer pour le corps est acre et desséchante; 
Eau de lotion, froide ; eau de fleuve, astringente. 
Ne siège pas longtemps au bain chaud apprêté, 
Un tel contact, du corps accroît Fhumidité. 

DES REPAS 

AVANT ET APRÈS LE REPAS. 

Jamais ne mange, avant que ton estomac vide 
De nouveaux aliments marque un désir avide. 
A ce signe évident l'appétit se connaît : 
La salive abondante en la bouche renaît. 
Contre ventre affamé les raisons sont frivoles. 
Tu perds à discourir ton temps et tes paroles. 



Balneo peracto non immédiate cibato; 
Dimittas potum, nam expertis est bene notum. 
iEquoreum lavacrum desiccat corpora multum, 
Dulcis aqua stringit, infrigdat membra lavacrum. 
Balnea sunt calida, sit in illis sessio parva, 
Corporis humiditas ne continuetur in illis . 

CIBATIO 

DISPOSITIO ANTE ET POST CIBI SUMPTIONEM. 

Tu nunquam comedas, stomachum nisi noveris esse 
Purgatum, vacuumque cibo quem sumpseris ante ; 
Ex desiderio poteris cognoscere certo. 
Hoc tibi sit signum : subtilis in ore saliva. 
Inanis venter non audit verba libenter. 



Première partie. — H)[^iêiie. 79 



ORDRE DU DINER. 

Commence avec la viande un dîner que termine 
La tasse de café, liqueur chaude et divine; 
Crains Fesprit enivrant, distillé du raisin, 
Qui caresse d'abord, puis brûle Tintestin. 
Cesses-tu de manger? affermis ta gencive. 
En mâchant une croûte. Une flamme trop vive 
Dans un ardent foyer nuit après le repas ; 
Reste assis et tranquille, ou marche mille pas. 

RÈGLES GÉNÉRALES POUR TOUS LES REPAS. 

Un Repas te nuira, s'il n'est dans ton usage : 
D'aliments étrangers, fruit, poisson, ou breuvage. 
Crains la saveur perfide, et défends ta santé 
De l'ivresse fréquente et du vin frelaté. 

ORDO CŒX.E. 

Praeludant off^e ^, prœcludant omnia coffe. 
Dulciter invadet, sed duriter ilia radet 
Spiritus ex vino quem fandit dextra popino. 

Sit tibi postremus panis in ore cibus. * 

Non juvat a pastu sumpto flagrantior ignis. 
Post cœnam stabis aut passus mille meabis. 

GENERALES REGUL.E CIBATIONIS. 

Si non consuesti Cœnam, cœnare nocebit '-. 
Res non consuetas, potus, cibos peregrinos, 
Pisces et fructus, fuge crebras ebrietates. 

I. Placenta far inacea. — 2. Voyez Hippocrate, Œuvres com- 
plètes, traduites par E. Littré. Du régime dans les maladies 
aiguës, l 9. Paris, 1840, t. II, p. 283 et suiv. 



8o V École de. S al crue. 



Boire après chaque mets est un précepte utile, 
Auquel applaudira ton estomac docile. 
Ne bois jamais sans soif, ne mange pas sans faim : 
L"'excès en ces deux points enfante un mal certain. 
Consulte la raison, et, si tu mVn veux croire. 
Quand tu quittes le bain, souviens-toi de peu boire. 
Instruit des soins à prendre, un médecin prudent 
Les trace avec méthode, et des écueils défend 
Son client rassuré. D''une table modeste. 
Convive rarement (la chose est manifeste) 
Sortit malade, au lieu qu'un repas somptueux 
Attire et médecins et cent maux avec eux. 
Ne prends, que pour céder à prière trop forte, 
Des mets très-différents, des vins de mainte sorte; 



Omnem post esum bibere, ne te fore Isesum. 
Qui possit vere débet h^ec jussa tenere : 
Non bibe ni sitias, et non comedas saturatus ; 
Est sitis atque famés moderata bonum medicamen; 
Si super excédant, important si^pe gravamen. 
Cures quando bibes; sanus post talia vives. 
Quandocumque potes parce; post balnea potes. 
Quale, quid et quomodo, quantum, quoties, ubi, quando; 
Ista notare cibo débet medicus dietando K 
Cœna brevis, vel cœna levis fit raro molesta; 
Magna nocet; medicina docet, res est manifesta. 
Nunquam diversa tibi fercula neque vina 
In eadem mensa, nisi compulsus, capienda. 
Si sis compulsus, toile quod est levius. 

I. J'ai corrigé ces deux vers en combinant les leçons 
d'Ackermann et de plusieurs manuscrits. 



Première partie. — Hygiène. 8i 

Crains du lait et des vins le mélange odieux : 
Sinon, sur toi la lèpre étend son voile affreux. 
Avant les mets servis comme en quittant la table, 
Lave tes mains selon Tusage respectable. 
Nul écart de régime, à moins que ta santé 
N^approuve un changement qu''elle-même a dicté. 
Le malaise suivrait, Hippocrate Patteste, 
Du régime adopté le changement funeste. 
Un régime uniforme, excellent médecin. 
Surpasse des docteurs l'art et le savoir vain. 
Pauvres, de simples mets couvrez la pauvre table. 
Le régime est pour vous un repas délectable. 
Un superbe festin gâte les estomacs. 
Tandis qu'un sommeil pur suit un léger repas. 
La santé se conserve avec l'économie; 
La lourde gourmandise abrège et rompt la vie. 
Un médecin l'a dit : Le sage ne meurt pas, 
Qui jamais ne s'assit qu'à modeste repas. 

Si sumis vina simul et lac, sit tibi lepra. 

O puer ante dabis aquam; post prandia dabis. 

Omnibus assuetam jubeo servare di^tam. 

Approbo sic esse, ni sit mutare necesse. 

Est Ypocras testis, quoniam sequitur mala pestis ; 

Fortior est meta medicinoe certa diceta; 

Quam si non curas, fatue régis et maie curas. 

Pauperibus sanse sint escje quotidianae ; 

Cœna compléta completur tota diseta. 

Ex magna cœna stomacho fit maxima pœna ; 

Ut sis nocte levis, sit tibi cœna brevis ; 
Pone gul^e metas ut sit tibi longior aetas ; 
Ut medicus fatur : parcus de morte levatur. 

5. 



82 L'École de Salerne. 

Es-tu seul? Baigne d'eau ta bouche et ton visage, 
Ta face uniquement, si quelqu'un t'envisage. 

DES REPAS AUX DIVERSES SAISONS. 

Au printemps mange peu, fuis un fatal excès; 
Crains de Fêté brûlant les innombrables mets ; 
Crains l'automne homicide et ses fruits redoutables; 
L'hiver, puise sans peur à d'abondantes tables. 

DE LA BOISSON 

BOISSON AMIE DE LA SANTE. 

Souviens-toi, le conseil importe aux estomacs. 
De boire fréquemment, mais peu dans les repas. 
Prélude à tout festin en te versant rasade ; 
Boire entre tous les mets est un excès maussade. 



Os extra madefac, dum pluribus associatus ; 
Si solus fueris, potes interiora lavare. 

VICTUS RATIO SECUNDUM ANNI TEMPORA. 

Temporibus veris modice prandere juberis, 
Sed calor 3estatis dapibus nocet immoderatis ; 
Autumni fructus caveas ne sint tibi luctus ; 
De mensa sume, quantum vis, tempore brum^. 

DE POTU 

POTUS AD TUENDAM VALETUDINEM CONFERENS. 

Inter prandendum sit saepe parumque bibendum ; 
Ut minus segrotes non inter fercula potes ; 
Ut vites pœnam de potibus incipe cœnam. 



Première partie. — Hygiène. 83 

Après chaque œuf, avale une coupe sans peur; 
Ainsi de l'estomac tu préviens la torpeur : 
Du poids alourdissant des mets il se soulage, 
Et digère aisément mets solide ou breuvage. 
Le vin trop capiteux brûle et dessèche un corps 
Dont la bile allumée irrite les ressorts; 
Et rintestin, dif-on, s'enflamme et se resserre; 
Mais qu'un peu d'eau s'y mêle, il devient salutaire. 
Le vin blanc est plus doux, il est plus nourrissant. 
Trop fêté, le vin rouge échauffera le sang, 
Troublera de la voix la pureté limpide. 
Un vin trop excitant produit la lèpre aride ; 
Trempe donc toujours d'eau ce nectar si vanté. 
Veux-tu, sage et discret, ménager ta santé. 
Apprends à boire peu ; plus discret et plus sage, 
Des chaînes de Vénus dédaigne l'esclavage. 



Singula post ova, pocula sume nova. 
Vinum corde vêtus corpus desiccat et urit, 
Et choleram nutrit ; ventrem constringere fertur ; 
Si jungas aquam moderanter, corpora nutrit. 
Saspe bibendo parum, pondus laxas epularum, 

Et liquoripse tibi proderit, atque cibus. 
Sunt nutritiva plus candida dulcia vina. 
Si vinum rubeum nimium quandoque bibatur, 
Venter stipatur, vox limpida turbificatur, 
Vinum lymphatum générât lepram cito potum ; 
Illud ergo convenit non sumere, ni bene mixtum. 
Si yis perfecte, si vis te vivere recte, 

Disce parum bibere, sis procul a venere. 



84 L'École de Salerne. 

Le soir, par aventure, as-tu bu trop de vin ? 

Pour guérir cet excès, bois encor le matin. 

Si le vert gazon pousse aux gouttes de la pluie, 

La langue au vin jaseur s^humecte et se délie, 

L^esprit fiaît de Tétude et meurt d'oisiveté, 

Le fruit succède aux fleurs, le deuil suit la gaîté. 

Pour vaincre un enroûment, bois, en fait de liquide, 

Le vin qu'absorbe Toie ou le canard avide. 

Le meilleur vin. 

Le Vin dans les humeurs verse son influence : 
Est-il noir? dans le sang il répand Pindolence. 
J'estime un vin mûri, dont la chaude liqueur 
Fait sauter le bouchon et ravit le buveur; 



Si tibi serotina noceat potatio vini, 
Hora matutina rebibas, et erit medicina. 
Post vinum verba, post imbrem nascitur herba ; 
Post studium scire, post otia multa perire; 
Post florem fructus sequitur, post gaudia luctus. 
Si vox est rauca, bibe vinum 1 quod bibit aucha. 

Melius vinum. 

Gignit et humores melius Vinum meliores. 

Si fuerit nigrum, corpus reddet tibi pigrum. 

Vinum sit clarum, vêtus, subtile^ m.aturum, 

Ac bene lymphatum, saliens, moderamine sumptum. 

I. Il va sans dire que c'est de l'eau qu'il s'agit. — L'École 
de Salerne n'est pas avare de jeux de mots. 



Première partie. — Hygiène. 85 

Quand sa vertu dénote une illustre vieillesse, 

De ses dons généreux usons avec sagesse. 

Je cherche dans un vin le brillant, la couleur; 

J'y cherche plus encor le bouquet, la chaleur; 

Je veux qu'il ait du corps, une teinte écarlate, 

Que pétillant, mousseux, en écume il éclate. 

A récume le vin se jugera d'abord : 

Bon, elle reste au centre, et, mauvais, court au bord. 

Effets du bon vin. 

Le bon Vin au vieillard rend vigueur de jeunesse ; 
Au jeune homme un vin plat prête un air de vieillesse. 
Le vin pur réjouit le cerveau contristé 
Et verse à l'estomac un ferment de gaîté. 
Il chasse les vapeurs et les met en déroute. 
Des viscères trop pleins il dégage la route. 



Dum saltant atomi, patet excellentia vini. 
Vina probantur odore, sapore, nitore, colore. 
Si bona vina cupis, quinque F plaudentur in illis : 
Fortia, formosa, fragrantia, frigida, fusca. 
Vinum spumosum, nisi defluat, est vitiosum. 
Spuma boni vini in medio est, in margine pravi. 

Vini siibtilis effectiis. 

Vinum subtile facit in sene cor juvénile ; 

Sed vinum vile reddit juvénile senile. 

Dat purum vinum tibi plurima commoda : prlmum 

Confortât cerebrum^ stomachum reddit tibi Isetum, 

Fumos évacuât, et viscera plena relaxât; 



86 V Ecole de Salerne, 

De Foreille plus fine aiguise les ressorts, 

Donne à Toeil plus d^éclat, plus d'embonpoint au corps, 

De Phomme plus robuste allonge Fexistence, 

Et des sens engourdis réveille la puissance. 

^ Danger du vin pour un ^naïade. 

Quand ton ami se plaint d'un estomac sensible, 
Ne verse pas au mal une coupe nuisible. 

Bonne potion. 

Si la Sauge ou la Rue en ta coupe est versée. 
Vide-la hardiment : ton ivresse est chassée. 
Du rosier .la fleur jointe à des vins généreux 
Affranchira ton cœur du tourment amoureux. 



Acuit ingenium, visum nutrit, levât aures, 
Corpus pinguificat, vitam facit atque robustam. 

Vinum cardiaco nociviim ^ . 
Numquam cardiaco cyathum missurus amico. 

Bona potio. 

Salvia cum Ruta 2 faciunt tibi pocula tuta : 
Adde rosae ' florem, minuit potenter amorem. 

I. Ce vers est cité par Magister Bartholomaeus dans le traité 
De curatione œgritudinum. Voy. Collect. Salernitana, t. I, 
p. 287 {De passione cardiaco) : Dabis etiam subtilissimum 
vinum, de quo dixit auctor : Nunquam, etc. — 2. Ruta gra- 
veolens, — 3. Rosa centifolia. 



Première partie. — Hygiène. 87 



Effets nuisibles du vin nouveau. 

Au cœur le Vin nouveau provoque la chaleur, 
Mais il monte au cerveau du confiant buveur, 
Et de vapeur confuse il étourdit sa tête : 
D'urine un flot soudain coule et plus ne s'arrête. 
Tout vin, en général, échauffe, appesantit; 
D'ivresse plus rapide un vin noir abrutit; 
Il charge l'estomac, le trouble, le resserre, 
Irrite l'intestin et brûle ce viscère. 

Vin doux. 

Le Vin doux de l'urine accélère le cours, 
Du ventre qu'il dégage arrondit les contours. 
Et du foie obstruant les vaisseaux engorgés. 
Engendre des calculs dans la bile logés. 



Vini novi effechis. 

Dant nova pectori majorem Vina calorem; 
Urinam procurant, capiti nocumenta ministrant. 
Sunt calefactiva generaliter omnia vina. 
Ebrius efficitur citius potans vina nigra ; 
Ventres constringunt, urunt, et viscera Isedunt. 

Mîisium. 

Provocat urinam Mustum, cito solvit et inflat ; 
Hepatis enphraxin, splenis générât lapidemque. 



88 L Ecole de Saler ne. 



Bière. 

La Bière qui me plaît iVa point un goût acide; 

Sa liqueur offre à Toeil une clarté limpide. 

Faite de grains bien mûrs, meilleure en vieillissant, 

Elle ne charge point Testomac faiblissant; 

Elle épaissit Fhumeur, dans les veines serpente 

En longs ruisseaux de sang, nourrit la chair, augmente 

La force et Tembonpoint; Turine accroît son cours; 

Et du ventre amolli se gonflent les contours. 

Café. 

Il invite au sommeil ou bien le met en fuite, 
Guérit maux d'estomac et migraine maudite, 



Cerevisia. 

Non sit acetosa Cerevisia, sed bene clara, 

De validis cocta granis satis ac veterata ^ ; 

De qua potetur, stomachus non inde gravatnr. 

Grossos humores nutrit cerevisia ; vires 

Praestat, et augmentât carnem, generatque cruorem; 

Provocat urinam, ventrem quoque mollit et inflat. 

Coffceum. 

Impedit atque facit somnos, capitisque dolores 
ToUere Cofifoeum novit, stomachique vapores ; 

I. Alii : humulata. 



• Première partie. — Hygiène. 89 

D'une urine abondante il provoque le cours, 
Et du flux menstruel il rapproche les jours : 
Choisis donc avec soin une graine odorante, 
Peu brûlée, et Técrase en liqueur enivrante. 

Viftaigre. 

Il dessèche beaucoup et refroidit un peu, 
De bile noire au corps il allume le feu, 
Il agace les nerfs, amaigrit, exténue. 
Et du sperme amoindrit la semence ténue. 

Cidre et poiré. 

Plaines et champs fameux de Fantique Neustrie, 
Des Pommiers, des Poiriers ô féconde patrie. 
De tes riches pressoirs le doux jus si vanté 
Prodigue à tes enfants la graisse et la santé. 



Urinare facit; crebro muliebria movit. 

Hoc cape selectum, validum, mediocriter ustum. 

Acetiini. 

Infrigidat modicum, sed plus desiccat Acetum : 
Emaciat, macérât, melan ^ dat, sperma minorât; 
Siccos infestât nervos et pinguia siccat. 

Liqiiores e porno et e pyro. 

Jam sua Neustriaci jactent Pyra Pomaque campi, 
De quibus elicies mustum, calidosque liquores ; 
Quod si sorbebis, pinguesces atque valebis. 

I, Apocope, pour melancholiam. 



90 L! Ecole de Salerne. 



Hydromel. 

Bienfaisant Hydromel, ta suave liqueur 

Dégage Tintestin et ranime le cœur, 

Et, resserrant le cours d^une veine trop pleine, 

Donne à la voix plus pure un charme qui m^entraîne. 

i 
Eau comme boisson. 

L'eau, fatale boisson, nuisible en un repas, 
Refroidit Testomac qui ne digère pas : 
Bois-en, soit, mais très-peu, si la soif te talonne ; 
Assez, pas trop : ainsi la sagesse l'ordonne. 



Medo. 

O dulcis Medo, tibi pro dulcedine me do M 
Pectus mundificas, ventrem tu, medo, relaxas. 
Hoc dicit medo : qui me bibit hune ego laedo ; 
Hoc sic vult medo : cum confestim sibi me do, 
Stringit medo venam et vocem reddit amœnam. 

Totiis aquce. 

Potus aqu^e sumptus fit edenti valde nocivus. 
Hinc friget stomachus, crudus et inde cibus. 
Si sitis est, bibe quod satis est, ne te sitis urat ; 
Quod satis est, non quod nimis est, sapientia curât. 

I. Nous n'avons pas cherché à rendre ce jeu de mots intra- 
duisible, répété deux fois en quatre vers. 



Première partie. — Hygiène. 91 

D'une eau trop abondante en l'estomac noyé, 

Ne va pas submerger Faliment délayé. 

Pour éteindre le feu de ta soif dévorante, 

Ne bois pas à longs traits une eau froide et courante, 

D'un peu d'eau fraîche humecte un gosier irrité. 

Au tempérant buveur, inspirant la gaîté, 

Dissolvant et cuisant tous mets, Teau pluviale, 

Propice à la santé, ne craint pas de rivale. 

La source, à Test coulant, se boit avec plaisir; 

Descend-elle au midi? réprime ton désir. 

NATURE ET QUALITÉS DES ALIMENTS 

ALIMENTS NOURRISSANTS. 

Vin rouge, œufs frais, purée et coulis gras, d'un corps 
Nourri solidement accroissent les ressorts. 



Potus aquos nimium stomachura confundit et escas. 
Si sitiant homines calidi potare fluentem, 
Temporis ardore, modice tune frigida detur. 
Est pluvialis aqua super omnes sana, laetosque 
Reddit potantes; bene dividit et bene solvit. 
Est bona fontis aqua,qu£e tendit solis ad ortum, 
Sed, ad meridiem tendens, aqua nocet omnis. 

CIBORUM NATURA AC VIRES 

CIBI MULTUM NUTRITIVI. 

Ova recentia 1, vina rubentia, pinguia jura, 
Cum simila pura, natures sunt valitura. 

I. Alii : trenientia. 



92 L'Ecole de Salerne. 

Un léger incarnat fleurira ton visage, 
Si pour mets tu clioisis pain de froment, laitage, 
Cervelle, chair de porc, nouveau fromage, œufs frais, 
Moelle, tous aliments savoureux au palais; 
Vins sucrés; au dessert, les grappes de la treille. 
Et les fruits du figuier, mûrs, à face vermeille. 
Adopte, à mon avis, pain frais et vin très-vieux. 
Chair jeune et vieux poisson, tu t'en porteras mieux. 
Du pain frais rempli d'yeux, un large et rond fromage, 
Tendre et jeune poulet, et poisson d'un bel âge. 
Sont les mets préférés que mon goût a choisis; 
Le vin qui les arrose est pétillant, exquis. 

ALIMENTS NUISIBLES. 

Poires, pommes et lait, fromage et chair de lièvre. 
Chair de bœuf ou de cerf, chair salée ou de chèvre, 



Nutrit et impinguat triticum, lac, caseus infans, 
Testiculi, porcina caro, cerebella^ meduUœ, 
Dulcia vina, cibus gustu jucundior, ova 
Sorbilia, maturas ficus, uvseque récentes. 
Pane novo, veteri vino, si possit haberi, 

Carne frui juvene, consulo, pisce sene. 
Caseus orbatus, panisque recens oculatus, 
Et pulli stulti, piscesque senes et adulti, 

Et vinum saliens, hoc mihi conveniens, 
Talis pastura non est sanis nocitura. 

CIBI NOCIVI. 

Persica, poma, pyra, lac, caseus et caro salsa, 
Et caro cervina, leporina, bovina, caprina, 



Première partie. — Hygiène. 95 



Sont tous mets dangereux en un corps languissant, 
Où d'une bile noire ils allument le sang. 
Le canard, comme Foie, offre une chair salée, 
Qui d'un estomac faible est mal assimilée. 
Redoute les mets frits; pour la plupart des gens, 
Les bouillis sont fort bons, et les rôts, astringents. 
Les crudités de vents provoquent la naissance. 
Les salaisons d'un corps arrêtent la croissance. 
En dessèchent le suc, tandis que les amers. 
Le purgeant des humeurs, en ravivent les chairs. 
Ne mange pas de croûte, elle enflamme la bile; 
Les salaisons du sperme en un corps trop débile 
Amoindrissent le germe; elles brûlent les yeux, 
Enfantent lèpre immonde et prurit ennuyeux. 



H^c melancholica sunt, infirmis inimica; 

Anserina caro salsa sicut est anatina. 

Frixa nocent, elixa fovent *, assata coercent; 

Acria purgant, cruda sed inflant, salsaque siccant. 

Non comedas crustam, choleram quia gigait adustam. 

Urunt res salsae visum, spermaque minorant, 

Et générant scabiem, pruritum sive rigorem. 



I. Alii : favent. 



94 L'École de Saler ne. 



CONDIMENTS. 

Le sel à ton convive est d^abord présenté ; 

Sans le sel, plus d'un mets est fade et peu goûté. 

A chasser les virus ce condiment habile, 

Change un mets sans saveur en un mets fort utile. 



ASSAISONNEMENTS . 

Ail, sauge et serpolet, sel, persil, poivre unis. 
Dans le vinaigre à point assemblés et confits. 
Offrent aux mets divers un condiment utile, 
Qui réveille et stimule un estomac débile. 



CONDIiMENTA. 

Vas condimenti prœponi débet edenti, 

Nam sapit esca maie, quse datur absque sale. 

Sal primo poni débet, primoque reponi, 
Non bene mensa tibi ponitur absque sale. 

Sal virus refugat, et non sapidumque saporat. 

BONA SALSA, 

Salvia, serpillum, piper *, allia ^, sal, petrosillum 3, 
Ista simul redolent, suntque terenda simul. 



I. Piper nigrum. — 2. Allium sativum. — 3. Apium petrose- 
linum. 



Première partie. — Hygiène. 95 



Le cardamome frais, le pyrèthre entassé, 
Relèvent la saveur du mélange épicé; 
La muscade broyée et le pur cinnamome 
De leur piquante essence y répandront Tarome. 
De ces variétés Taccord unique, heureux, 
Rehausse encor le goût d^aliments savoureux. 
Et Tappétit blasé, Tavide gourmandise 
Y ranime le feu d''une ardeur qui s'épuise. 

SAVEURS CHAUDES, TEMPEREES, FROIDES. 

Les saveurs chaudes sont : salée, amère, acide. 
La douce est tempérée ainsi que Tinsipide, 
La grasse également; mais Taigre rafraîchit; 
L"*âcre saveur des mers resserre et refroidit. 



His adde recens cardamomum pyrethrumque, 
Cinnama, muscatas, singula trita diu; 

Sic, cum miscueris herbis speciebus acetum, 
Conficiendus erit nobilis iste sapor. 

Sic sapor ex multis, concordi lite, fit unus, 
Provocet et stomachum, sollicitetque gulam. 

Si bene condantur et aceto confiteantur, 

Ex his fit salsa, si non sit régula falsa. 

SAPORES CALIDI, TEMPERATI, FRIGIDI. 

Hi fervore vigent très : salsus, amarus, acutus. 
Unctus, insipidus, dulcis dant temperamentum . 
Alget acetosus, sic stipans, ponticus atque. 



96 LEcclc de Salerne. 

METS DIVERS 
Pain . 

J^estime un Pain salé, bien fermenté, bien cuit, 

De pur froment, qu*'on mange avec aise et profit. 

Je ne veux pas d"'un pain fait dans la poêle à frire; 

Qu'on se garde surtout deux fois de le recuire. 

Je Faime d*'yeux pourvu, ni trop sec ni trop chaud, 

De farine choisie et d'un grain sans défaut. 

Toute réplétion est dangereuse à table; 

Celle du pain encore est la plus redoutable. 

Le pain s''unit à Fherbe;, aux poissons, aux fruits mûrs, 

A la viande très-peu, moins encore aux œufs durs. 



CIBI VARII 

Panis. 

Panis salsatus, fermentatus, bene coctus, 

Purus, sit sanus; qui non ita, sit tibi vanus. 

Panis nec calidus, nec sit nimis inveteratus, 

Sed fermentatus, oculatus ac bene coctus, 

Et salsus modice ; frugibus validis sit electus ; 

Non bis decoctus, non in sartagine tostus. 

Est omnis vitiosa repletio, pessima panis. 

Plus panis comedas cum pisce, fructibus, herbis, 

At cum carne minus, duris sed adhuc minus ovis. 



Première partie. — Hygiène. 97 

Pain trempé de vin. 

Le Pain trempé de vin, ce déjeuner antique 
Des aïeux du bon temps, par ses vertus s'explique : 
Il émonde les dents, il éclaircit les yeux 
Et calme de la faim les abois furieux, 
Balaye en Testomac Timpureté, Tentraîne ; 
Et de Tessoufïlement guérit la courte haleine; 
Es-tu maigre, il t'engraisse, et trop gras, f amaigrit, 
Et, ce qu'on croirait moins, il aiguise Tesprit. 

Chairs diverses. 

Sans vin, la Chair de porc cède à la chair d'agneau ; 
Le vin fait d'elle un mets, un remède nouveau. 
La même chair de porc, d'oignons assaisonnée. 
Souvent avec succès en remède est donnée : 



^^ippa. 

Bis duo Vippa 1 facit : dentés mundat, dat acutum 
Visum; quod minus est implet, minuit quod abundat; 
Vippa famem frenat, oculos dentesque serenat, 
Et stomachum mundat, sic anhelitum quoque fugat ; 
Ingeniumque acuit ; replet, minuit simul offa. 

Carnes varia. 

Est Caro porcina, sine vino, pejor ovina; 
Si tribuis vina, tune est cibus et medicina; 
Carnes porcinse cum cepis sunt medicinae. 

I. Erat veteribus jentaculum buccea ex vino, quod genus 
barbari a vino et pane vippam (soupe au vin) vocant. Ermol 
Barbai', in Comment, super Dioscor. Lib. V, c. lxv. 

ÉCOLE. 6 



98 V École de Salerne. 

Mange à ce titre encor poule, faisan, chevreau ; 
Ne point le manger froid, c^est perdre son perdreau. 
Du veau choisis la chair et tendre et nourrissante ; 
Dans le cœur de Tété, la chèvre est succulente ; 
Plus tard, mange moineau, grive, renard ; Tété, 
Grenouille, anguille et cerf sont un mets redouté. 
Charge, Fhiver venu, table grasse et complète 
D'oie et de sanglier, de poule et d'alouette. 

Viscères des animaux. 

Le cœur des animaux se digère avec peine, 
Le long des intestins lentement il se traîne ; 
Leur estomac aussi cause un grave embarras, 
Mais leurs extrémités sont des mets délicats. 



Sunt gallinacege, perdicinae et phasian^, 
Ast hedulinae carnes, tibi sunt medicinse. 
Perdix perditur 1 , si frigida non comedetur . 
Sunt nutritivae multum carnes vitulinœ. 
In medio ^estatis, caprae caro suavior exstat; 
Autumno vulpes, passer, ficedula, turdus. 
jEstate, anguilla et cervus ranaeque cavendae; 
Pingues sunt, bruma, gallina, aper, anser, alauda. 

Animalium viscera. 

Egeritur tarde cor, digeritur quoque dure ; 
Similiter stomachus, melior fit in extremitates. 

I, Jeu de mots sur perdix perditur. On connaît la fable an- 
cienne et la métamorphose en perdrix du neveu de Dédale. 
Ovid., Métam., VIII, 241, sq. 



Première partie. — Hygiène. 99 

Comme un aliment sain la médecine vante 
La langue ; le poumon d'une facile pente 
Dans les viscères glisse et s''échappe aisément. 
La cervelle de poule est passable aliment, 
Du pigeon la cervelle encore est préférable, 
Mais évite avec soin tout autre mets semblable. 
Hormis chez le canard, le foie a peu d'appas. 
Du seul chevreau les reins ne se refusent pas. 
D'une rate parfois naît la mélancolie, 
Et par elle se voit la puissance affaiblie 
D^un estomac souffrant. La rate de chevreau 
Pour la rate obstruée est remède nouveau. 
Le cœur du cerf fait fuir les douleurs irritantes, 
Et le cœur du pourceau, les tristesses constantes. 



Reddit lingua bonum nutrimentum medicin^ ; 

Digeritur facile pulmo, cito labituripse; 

Est melius cerebrum gallinarum ac reliquorum, 

Sed bene turturis, aliud quodcumque vitare. 

Cessât laus hepatis, nisi gallin^e vel anatis; 

Dissuadentur edi renés nisi solius hœdi ; 

Splen melancholiam gignit, digestivam ^ tibi tollit 

Splen caprœ, spleneticis mansus, ssepe salubris; 

Corda cervorum removebunt sella (?) dolorum ; 

Corda suillarum sunt demptio tristitiarum. 

I . Sous-entendu facultatem. 



100 V Ecole de Salerne. 

Les viscères du porc n^offrent aucun danger, 
Ceux d'autres animaux ne se peuvent manger. 
Respecte les petits jusqu"'au temps où leur mère, 
Déjà sacrifiée, a perdu la lumière. 

Volatiles sains. 

Poule, grive, chapon, colombe, tourtereau. 
Merle, faisan, plongeon, perdrix, râle, étourneau 
Offrent tous une chair et saine et délicate 
A Pestomac gourmand qu'elle caresse et flatte. 
Morte, l'oie est baignée en un vin bouillonnant. 
Vivante, elle plongeait dans un fleuve écumant ; 
Noyée au vin de Cos sur la table insensible. 
Naguère elle jouait sur un beau lac paisible. 
O canard des marais, que ton mol aliment. 
Au fond de Pestomac, glisse légèrement ! 



Ilia porcorum bona sunt, mala sunt reliquorum, 
Nec nisi natorum desuta matre siiorum. 

Volatïlia sana. 

Omne genus volucris perhibetur mollius esse, 
At laudabilis, caro cujus candida restât. 
Sunt bona gallina, capo, turtur, sturna ^, columba. 
Quiscula ^, vel merula ^, phasianus, oitygometra '', 
Perdix^ frigellus *, orex ^, tremulus '^ , amarellus ^. 

Aucha petit bacchum, mortua ; viva, lacum. 
Aucha sitit Coum mensis, campis Acheloum. 
O fluvialis anas, quanta dulcedine manas! 

I. Sturnus viilgaris. — 2. Coturnix. — 3. Tiirdus merula. 
4. Rallus cvex. — 5. Turdus iliacus. — 6. Tetvao Bonasia. 
7, Motacilla alba. — 8. Mergus. 



Première partie. — Hygiène, loi 



Eussé-je de ma gueule arrêté la licence, 
La fièvre n'aurait pas lassé ma patience. 

Poissons. 

Choisis gros le Poisson d'une molle nature, 
Préfère-le petit, lorsque sa chair est dure. 
Poissons et mets salés disposent à Pamour, 
Et de la mer, dit-on, Vénus naquit un jour. 
Perche, carpe et saumon, raie, ésoce et morue. 
Tanche, plie et brochet, goujon, truite et barbue. 
Distingués entre tous par leur goût merveilleux, 
A la table offriront des mets délicieux. 
Bonne au palais, Tanguille à la voix est contraire. 
L'homme instruit ne saurait ignorer ce mystère. 

Si mihi cavissem, gulos si fr^ena dedissem, 
Febres quartanas non revocasset anas. 

Fisces. 

Si Pisces molles sunt, magno corpore toiles; 

Si pisces duri, parvi sunt plus valituri : 

In Venerem impellunt pisces atque omnia salsa, 

Hinc est quod pélago dicitur orta Venus. 
Lucius 1 et perça -, saxaulis 3 et albica *, tinca ^, 
Gornus ^, plagitia '^ cum carpa ^, galbio 9, truta '^ 
Grata dabunt pisces hi, prie reliquis, alimenta. 
Vocibus anguill:^ nimis obsunt, si comedantur; 
Qui physicam non ignorant, hoc testlficantur. 

I. Esox Lucius. — 2, Perça fluviatilis. — 3. Cobitis barbatula. 
— 4. Gadus viorrhua. — 5. Cyprimis tinca. — 6. Parvus piscis 
albus. — 7. Pleuronectes platessa. — 8. Cyprimis carpio. — 
9. Raja. — 10. Salmo fario. 

^ 6. 



102 U École de Salerne. 

L^anguille ou le fromage au convive est fatal, 
Si, par force boissons, il ne prévient le mal. 
Sur qui mange des deux la lèpre se déploie. 
L^anguille ne nuit pas, si de vin on la noie. 
Redoute des poissons l'aliment dangereux, 
Ou choisis-les, du moins, énormes, écailleux, 
Vivant sous Teau de roche et claire et transparente^ 
Et cuis-les dans un vin baigné d'herbe odorante. 
La queue au gouvernail de modèle a servi, 
La tête au sommeil porte un mangeur assoupi. 
L'homme sans nul danger se nourrira du reste. 
La chair de poisson rouge au malade est funeste. 
L'anguille est innocente et flattera son goût ; 
S'il est convalescent, qu'il réclame avant tout 
Le poisson délicat qui, sur un fond de pierre, 
De sa luisante écaille argenté la rivière. 



Caseus, anguilla, mortis cibus ille vel illa, 
Vel cui, vel quibus est ille, vel illa, cibus. 

Percutitur lepra, qui manducat insimul ista, 
Ni tu ssepe bibas et rebibendo libas. 

Non nocet anguilla, vino si mergitur illa. 

Carnes proposit^e piscium tibi sunt evitandse ; 

Si comedas pisces, cetosi sint atque squamosi, 

Tracti super aquam mundam, claramque, petrosam, 

Et sint bulliti vino cum petroselino. 

Cauda régit, médium nutrit, caput est soporosum. 

Piscis, habens rubeas carnes, multum nocet cegris : 

Anguillîe caro taie nunquam competit illis. 

Per loca petrosa pisces nantes, fluviales, 

Exstant, ^egrotos ad vescendum, potiores. 



Première partie. — Hygiène. 103 

Crains le poisson de mer : ton humeur s'en aigrit ; 
Crains le poisson trop gras : ta fièvre s'en nourrit. 

Anchois. 

D'Anchois grillés l'aspect réjouira les tables, 
La tête suffit seule à cinq mets délectables. 

Œufs. 

Fais cuire à ton repas des Œufs frais et mollets, 
Imite du curé la servante : prends-les [connaître, 

Blancs, longs, nouveau pondus ; et, pour les mieux 
Préfère à tous, les œufs que ta maison vit naître. 
Boire, en mangeant un œuf, est un précepte sain ; 
J'échappe, en le suivant, au mal, au médecin. 



iEquoreus piscis humores nutrit amaros, 
Et pinguis piscis febres alit, et caro pinguis . 

Halec. 

Halec assatum convivis est bene gratum ; 
De solo capite faciunt bene fercula quinque. 

Ova. 

Si sumas Ovum, molle sit atque novum, 
Filia presbyteri jubet hsec pro lege teneri : 

Quod bona sunt ova candida, longa, nova ; 
Haec tria sunt norma ; vernalia sunt meliora ; 
Et gallinarum tibi sint, non aliarum. 
Post ovum bibens, medico clam surripo pœnam. 
Anseris ovum non bene nutrit, nec bene solvit ; 



104 L! École de Salerne. 



L^œuf de poule, admis seul, mais non frit, sur la table, 
De Poie exclura l'œuf, plus lourd, moins profitable. 
Après un œuf mollet, bois : un coup suffira ; 
Deux coups, si Tœuf est dur; sinon, il t'en cuira. 

Lait. 

De chèvre, ou de jument, de chamelle ou d'ânesse, 

Le lait de la poitrine allège la faiblesse. 

Ce dernier parmi tous est le plus nourrissant. 

Mais le lait de brebis, de vache passe avant. 

Si ton crâne est en feu, si la fièvre cruelle 

Te brûle, crains le lait, il double un mal rebelle. 

Le lait de Testomac tempère la chaleur, 

En revanche du foie il entretient Fardeur ; 



Gallin;s coctum, non ex toto bene nutrit. 
Et leviter solvit : non est sanabile frixuni. 
Post ovum molle, bonum hausium tibi toile ; 
Post durum, bibe bis; sic sano corpore vivis. 

Lac. 

Lac eticis sanum : caprinum post chamelinum ; 

Postque jumentinum, chamelinum; et post asininum; 

Ac nutritivum plus omnibus est asininum ; 

Plus nutritivum vaccinum sit et ovinum. 

Si febriat caput et doleat, non est bene sanum. 

Humectât stomachum, proprium nutritque calorem 

Hepatis, et stomachi contemperat immoderatum ; 



Première partie. — Hygiène. 105 

Il provoque l'urine et fond Texcès de graisse, 
Amollit rintestin et lui rend sa souplesse. 
Surtout le lait de vache accroît les chairs du corps, 
Des muscles qu^il nourrit humecte les ressorts, 
D^une humeur corrosive adoucit la morsure. 
De Futérus souffrant amortit la blessure, 
Et, des aliments crus corrigeant Pàpreté, 
Préserve l'estomac de leur rude àcreté. 



Beurre et sérum. 

Le Beurre, émollient, doux et frais laxatif, 
Sans te donner la fièvre, au ventre est purgatif. 
Incisif et mordant, le petit-lait nettoie 
Les conduits qu'il pénètre, en émonde la voie. 



Provocat urinam, confert pinguedine dempta, 
Et mollit ventrem : humores solvere fertur. 
Lac vaccse multum confortât membra calore ; - 
Dissipât humorum morsum nocivum calidorum ; 
Carnes augmentât, matricis vulnera sanat ; 
Humectât corpus hominis lac, atque refrigdat 
Qua^que cibaria dura turbida viscera reddunt. 

Butyriim et sérum. 

Lenit et humectât, solvit sine febre Butyrum. 
Incidit atque lavât, pénétrât, mundat quoque Sérum. 



io6 L^ École de Salerne. 

Fromage. 

Astringent, indigeste et froid est le Fromage : 
Que ton avare main l'enferme et le ménage. 
Fromage et pain sont bons pour qui se porte bien. 
Autrement ce mélange est lourd et ne vaut rien. 
Le fromage est nuisible, et sa présence altère 
Les mets que Festomac avec peine digère. 
Si le fromage seul peut servir d'aliment, 
A la fin du repas, c'est un médicament ; 
Les oignons, le fromage au souper que j'apprête, 
Sont bienvenus toujours, toujours je leur fais fête. 
D'ignorants médecins me prétendent fatal. 
Impuissants à prouver que je cause aucun mal ; 
Profonde est leur erreur : toujours l'expérience 
Montre qu'estomac faible en moi trouve assistance. 

Caseus, 

Caseus * est frigidus, stipans, crassus, quoque durus; 

Caseus ille sanus, quem dat avara manus. 
Caseus et panis, bonus est cibus hic bene sanis; 
Si non suntsani, non jungito casea pani. 
Caseus est nequam, quia concoquit omnia sequam. 

Caseus, ante cibum, cibus est, post, medicina. 
Caseus et cepce veniant ad prandia saape. 
Ignari medici me dicunt esse nocivum : 

Sed tamen ignorant cur nocumenta feram ; 
Expertis reor esse ratum, nam commoditate 

I. On remarquera la diversité d'opinions professées sur les 
mérites du fromage. Chacun peut choisir celle qui est d'accord, 
avec son goût. 



Première partie. — Hygiène. 107 

Contre un ventre lâché, bon avant le repas, 
Au dessert le fromage offre encor son appas. 
L'homme instruit reconnaît son bienfaisant usage 
Qui des mets entassés hâte le prompt partage, 
Et de l'estomac plein active la lenteur. 
D'un languissant organe il ranime l'ardeur, 
Stimule un estomac qui s''éveille avec peine. 
Et facilite aux mets un cours exempt de gêne. 
Choisis donc avec soin : de sa croûte vêtu, 
Le fromage sera, moins qu^ Argus, d'yeux pourvu ; 
Du vieux Mathusalem qu'il n'emprunte pas Page, 
Que Madeleine en pleurs inonde son visage. 
De Pierre qu'il n'ait point Pingrate dureté. 
Mais de Lazare affreux Pulcère ensanglanté. 



Languenti stomacho caseus addit opem ^. 
Caseus ante cibum confert, si defluat alvus ; 

Si post sumatur, terminât ille dapes : 
Qui physicam non ignorant, h^c testificantur. 
Ad fundum stomachi dum sumpta cibaria condit, 

Vim digestivam non minus ille juvat. 
Si stomachus languet, vel si minus appétit, iste 

Fit gratus stomacho, conciliatque cibum. 
Si sit crustosus, per lucem non oculatus, 

Ejusdem sic onus dicitur esse bonus. 
Non Argus, Largus; non Matusalem, Magdalena: 

Non Petrus, Lazarus; caseus iste bonus. 

I . Le fromage lui-même plaide en sa faveur et se défend con- 
tre des accusations téméraires. 



io8 IJ Ecole de Salerne. 

Vieux, salé, Testomac le digère avec peine ; 
Échauffé Fintestin en ressent de la gêne. 
De brebis le fromage est le plus nourrissant ; 
Sans sel, plus digestif, il est plus relâchant. 

Pois et fèves. 

Le Pois mérite ensemble et le blâme et Féloge : 

Dure, épaisse et venteuse est la peau qui le loge ; 

Ote la pellicule, et le reste en est bon. 

Pour la goutte des pieds la fève est un poison. 

Nourrissante est la pulpe, astringente Pécorce; 

De Pestomac, des yeux elle abolit la force ; 

Détruit le phlegme; émonde; excite, accroît les vents; 



Caseus incendit stomachum salsus, veteratus ; 
Si sero digeritur, ventrem constringere fertur, 
Ac defrigdare. Salsus, plus nutrit ovinus 
Caseus, et modicum perhibetur stringere ventrem. 
Caseus, insulsus, bene digerit et bene solvit. 

De piso et faha. 

Pisum * laudandum decrevimus ac reprobandum : 
Est inflativum cum pellibus atque nocivum, 

Pellibus ablatis, sunt bona pisasatis. 
Corpus alit faba, constringit cum cortice ventrem ; 
Desiccat phlegma, stomachum lumen que relidit, 
Manducare fabam caveas, parit illa podagram ; 

I. Pisum sativum. 



Première partie. — Hygiène. 109 



Rend la tête plus lourde et plus obtus les sens. 

Des légumes, des pois le jus est agréable 

Et fort sain ; mais la chair, nuisible et détestable. 

DES HERBES ALIMENTAIRES 
LÉGUMES DE PRINTEMPS. 

Quand renaît le printemps, toute herbe est bienvenue : 
La bétoine surtout, la rave et la laitue, 
Le persil, le houblon, Tépinard onctueux, 
Et Toseille aigrelette, et le chou savoureux. 

LÉGUMES d'été. 

De légumes Pété donne moisson complète : 

Mundat, constipât, nec non caput aggravât, inflat. 
Jus olerum cicerumque ^ bonum; substantia, prava. 

DE HERBIS EDULIBUS 

OLERA YERIS. 

Omne virens, vere, tibi dicitur esse salubre; 
Maxime betonica, lactuca, spinachia, radix -, 
Lupulus et caules ; petrosillo junge lapasses ^. 

OLERA .'ESTATIS. 

Blitus cum bleta, violaria chrysolacanna *, 

I, Cicer arietinum. — 2. Raphanus sativus. — 2. Pro Lapatio 
{rumex). — 3. Forsan Chrysolachanum Plinii, XXVII, 43. 

ÉCOLE. 7 



iio L Ecole de Salerne. 



La mauve et le pourpier, la laitue et la blette, 
La rave et Tépinard, Fendive et le panais, 
Beaucoup d^autres encor qui ne manquent jamais. 



LÉGUMES D** AUTOMNE. 



Tes dons sont précieux, excellente Bourrache ! 
Tu ramènes bientôt la gaîté qui se cache, 
D''un infirme estomac tu guéris les douleurs, 
Tu ranimes la joie et tu sèches les pleurs. 



LÉGUMES d"'hIVER. 



Cerfeuil, poireaux, oignons, persil, cresson, cataire 
Voilà ce que pour toi Fhiver cueille et resserre. 



Atriplices, malvœ i, lactucse, portaqueIacc?e 2, 
Sunt apium ^, râpa "*, sic baucia, pastiquenaca ^. 

OLERA AUTUMNI. 

O Borrago bona ! tam dulcia sunt tua dona ! 

Dicit borrago : gaudia semper ago. 
Cardiacum aufert borrago ; gaudia confert. 

OLEUA HIBERNA. 

Nastur ^ sub bruma, cerefolia ' petroselina, 

I. Màiva sîlvesfris... votundifoUa. — 2. Portiilaca oleracea. 
— 3. Apium ^raveolens. — 4. Brassica râpa. — 5. Pastinaca 
sativa, aut etiam Dauciis carotta. — 6. Apocope pour nastur- 
tium. Sisymhrium nastiirtium, — 7. Scandix cerefolium. 



Preniiêre partie. — Hygiène. m 



RAVE. 

Bonne pour l'estomac, elle enfante des vents, 
Elle excite Furine, elle ébranle les dents ; 
Mal cuite, elle provoque une obstruction lente, 
Et creuse, elle produit colique violente. 
La rave, aliment sain, fait trois dons précieux : 
Elle amollit le ventre, elle éclaircit les yeux, 
Soulage par des vents. Mange souvent la rave. 
De vents continuels tu deviendras esclave. 

CHOU. 

Le jus de Chou relâche, et la plante resserre; 
Qu'on les mange à la fois, le ventre se desserre. 



Neptam i, cretanos ~, cum csepis addito porros '^. 



RAPA. 



Râpa juvat stomachum ^, novit producere ventum. 
Provocat urinam, faciet quoque dente ruinam, 
Si maie cocta datur, hinc emphraxis generatur; 
Si maie plena datur, tibi tortio ^ sic generatur. 
Radix râpa bona est, comedenti dat tria dona»: 
Visum clarificat, ventrem mollit, bene bombit. 
Ventum sœpe rapis, si tu vis vivere rapis. 

CAULIS, 

Jus Caulis solvit, cujus substantia stringit; 

I. Nepeta vidgaris, aut Cataria vulgaris. — 2. Balzac legit 
cretanos (cretenses) porros. — 3. Alliiim porrum. — 4. Alii 
coïtum. — 5. Alii : tortio tune. 



112 U Ecole de Salerne. 



BETTE. 



Par elle peu nourri, le ventre se resserre ; 
Mais sa décoction le relâche au contraire. 



LAITUE. 



Elle donne du lait, elle éclaircit la vue ; 
Le feu sacré s'éteint, le sperme diminue ; 
De Fhomme refroidi détendant les ressorts, 
Et relâchant le ventre, elle engourdit le corps. 



PANAIS. 



Légèrement acide et peu substantiel, 

Il excite à Pamour, aide au flux menstruel ; 



Utraque quando datur, venter laxare paratur. 

GICLA. 

Cicla 1 parum nutrit, ventrem constipât, et ejus 
Coctio si detur, ventrem laxare videtur. 

LACTUCA. 

Lac Lactuca facit; scotosim, spermamque minorât; 
Semine pollutos juvat; sacro convenir igni. 
Lactuca, cibus, frigidat hominum bene corpus, 
Et ventrem laxat, ut sic somno requiescat. 

PASTINACA. 

Pastinaca parum nutrit, quoniam subacuta ; 
I. Beta cicla. 



Première partie. — Hygiène. 113 

Sur toute autre racine il prend le pas ; on Taime : 
Sa vertu nutritive engendra son nom même ^ 

ÉPINARD. 

De rÉpinard moelleux Testomac est avide, 
Lorsqu'il est enflammé par une bile acide. 

ACHE. 

L'Ache, qui des humeurs hâte le cours trop lent, 
De Taffreux mal caduc accable un pauvre enfant. 

BLETTE. 

Dans le corps elle enfante une humeur favorable, 
Et du phtisique éteint la soif insatiable. 



Confortât coitum, nec est_, ad menstrua, muta. 
Quod pastum tribuat est pastinaca vocata ; 
Namque cibum nullse radiées dant meliorem. 

SPINACHIA, 

De choiera Iseso Spinachia convenit ori, 

Et stomachis calidis; hujus valet esus amorl. 



Humores Apium subito totius adjuvat 
Corporis et capitis, vulvae ; pueris epilem ^ dat. 

BLITUS. 

At Blitus générât humores convenientes, 
Irrorat phthisicos et compescit sitientes. 

I. Panais vient de panis, pain, — 2. Apocope, pour epilepsiam. 



114 L'Ecole de SaJerne. 



CHAMPIGNON. 

Crains la séduction des Champignons perfides : 
S^il en est d^innocents, il en est d^homicides. 

AIL. 

UAil, mâché le matin, corrige la saveur 
Des liqueurs et des eaux nouvelles au buveur, 
Chasse l'odeur puante, anime le visage; 
Cuit, cru, de la voix rauque il adoucit Pusage. 
La piquante moutarde est favorable aux yeux. 
Et l'ail pour la poitrine est un tonique heureux. 

OIGNON. 

On discuta longtemps les vertus de l'Oignon : 
Galien pour le fiel prétend qu'il n'est pas bon ; 



FUNGUS. 

Usum Fungorum fugias, ne decipiaris; 
Nam sunt mortiferi, vitiorum generativi. 

ALLIA. 

Allia qui, mane, jejuno sumpserit ore, 
Hune ignotarum non l^det potus aquarum, 
Nec diversorum mutatio facta liquorum. 
Allia fœtorem pellunt, variantque colorem. 
Clarificant raucam, cruda coctaque, vocem. 
Sinapis oculis, pectoribus allia prosunt. 

CEPA. 

De Cepis medici non consentira videntur : 



Première partie. — Hygiène, 115 

Mais, dit-il, pour le phlegme il est fort salutaire. 

Asclépiade aussi, ce médecin austère, 

Vante pour Testomac ses sucs, dont la douceur 

D^un visage pâli ravive la couleur. 

De miel et de vinaigre imbibe la blessure, 

Il guérira du chien la cruelle morsure. 

Frotte d^oignons broyés un crâne dénudé : 

Bientôt fleurit au front Tornement demandé. 

POIREAU. 

Une vierge au Poireau doit la fécondité. 
Grâce au poireau, du nez le sang est arrêté ; 
Il suffit d^en frotter au dedans la narine, 
L'épanchement, soudain suspendu, se termine. 
Cuits, les poireaux meilleurs et plus fortifiants. 
Crus, engendrent la bile et suscitent les vents. 



Fellitis non esse bonas, inquit Galienus, 
Phlegmaticis vero multum docet esse salubres ; 
Prcesertim stomacho ; pulchrumque creare colorem : 
Nam medicus sanas Asclepius asseritillas. 
Appositas perhibent morsus curare caninos, 
Si trit^e cum melle prius fuerint et aceto. 
Contritis cepis, loca denudata capillis, 
Saepe fricans, capitis poteris reparare decorem. 

PORRUS. 

Reddit fœcundas permansas s^pe puellas; 
Illo stillantem poteris retinere cruorem, 
Ungis si nares intus medicamine tali. 
Si fuerint cocti, porri sunt plus valiiuri ; 



Ii6 L Ecole de Salerne. 

FRUITS. 
NOIX. 

Après chair et poisson, servez Noix et fromage : 
Une noix passe encor ; deux noix, grave dommage ; 
Mais trois noix, c^est la mort. Mon avis sur les noix, 
En résumé, c^est qu^une est préférable à trois. 
Au buveur titubant la pomme vient en aide. 
Et la noix au poison est un parfait remède. 

POIRE ET POMME. 

Au dessert souviens-toi, quand tu manges la Poire, 
De boire, en commençant ; en finissant, de boire. 
La poire est, sans le vin, un dangereux poison 

Crudi, detestabiles cholerico ventove feraces. 
DE FRUCTIBUS 

NUX. 

Post pisces Nux i sit, post carnes caseus adsit : 
Poma meri pleno; nux est medicina veneno. 
Unicanux prodest, nocet altéra, tertia mors est 2; 
Judico de nucibus : plus valet una tribus. 

PYRA ET POMA. 

Adde Pyro potum; namque est medicina veneno. 

I. Fructus Juglandis regiœ. — 2. Arnaldus Villanova inter- 
pretatur très nuces non quoad numerum, sed quoad species : 
prima nux muscata, secunda nux communis (fructus Jugi. reg.); 
tertia nux balistœ, vel potius nux MetJiel quam Michel Lelong 
etiam nucem vomicam esse putat. (Renzi.) 



Première partie. — Hygiène. 117 

Que la santé redoute avec juste raison. 

Mais si la poire crue est un fruit indigeste, 

Cuite, elle sait guérir un désordre funeste, 

Soulage un estomac qu'elle appesantissait. 

Et répare le mal qu'elle-même avait fait. 

De vin après la poire un convive est avide ; 

Après la pomme, il faut que son ventre se vide. 

Dure avant le dîner, laxative au dessert, 

Cuite, de médecine ou de mets elle sert. 

De grâce, abstenez-vous des figues de Syrie, 

Vieille, ou bientôt j'entends votre ventre qui crie. 

A mes yeux, toute pomme est mauvaise, sinon 

Celle qui d'Appius autrefois prit le nom. 

De la pomme cueillie enlève la pelure. 

Pour la poire de mêm.e, ôte d'une main sûre 

Son enveloppe lisse, et, jetant de côté 

Les noirs et secs pépins, mange un fruit trop vanté. 



Fert pyra nostra pyrus, sine vino sunt pyra virus ; 

Si coquis, antidotum pyra sunt, sed cruda venenum. 

Cruda gravant stomachum; relevant pyra cocta gravatum. 

Post pyra, da potum : post poma, vade cacatum; 

Ante cibum, stringunt, et post, pyra sumpta, resolvunt. 

Pyra sumantur, sed post bona vina sequantur. 

Anus pedit dum coctana cruda comedit ; 

Si fuerit cocta, tune est cibus et medicina. 

Omnia mala mala, praeter Appia Salernitana. 

Quando capis poma, de vertice duc perizoma, 

Quando capis pyra, tune primo de vertice gyra ; 



ii8 L'École de Salerne. 



A la pomme, à la poire, à la pêche acidulé, 
Le goût en est meilleur, laisse sa pellicule. 



CERISE. 



Mange sans la compter la juteuse Cerise ; 
De trois dons précieux elle te favorise : 
Elle purge la bile, ôte un calcul pesant. 
Et d'un suc doux et pur te rafraîchit le sang. 



PRUNE. 



La Prune est laxative : elle est rafraîchissante ; 
Elle apaise le feu de la gorge brûlante. 



MURE. 



La Mûre fraîche et douce éteint la soif ardente, 
Et calme du gosier la chaleur irritante. 



Toile peripsma ^, post ede pulpam, sperne arullam. 
Persica, pyra, poma cum cortice sunt meliora. 

CERASUM, 

Cerasa ^, si comedas, tibi conferet hxc tria dona : 
Expurgat stomachum, nucleus lapidem tibi tollet, 
Et de came sua generatur sanguis opimus. 

PRUNA. 

Infrigidant, laxant, sedantque sitim tibi Pruna. 

iMORA. 

Mora ^ sitim tollunt, recréant cum faucibus uvam. 

I. Peripsma pour periptisma {nspînTi'jfJiof.), pelure.— 2. Fruc- 
tus Priini CerasL — 3. Fructus Mori nis^rœ. 



Première partie. — Hygiène. 119 



PECHE, RAISIN SEC ET RAISIN FRAIS. 

De même qu'à la noix s'ajoute le raisin, 
A la Pêche, de même, on joindra le doux vin. 
Le Raisin cuit et sec au foie est dommageable ; 
Il est bon pour les reins ; à la toux, favorable. 
De pépins et de peau le raisin dépouillé. 
Eteint le feu du foie et du phlegme brûlé. 

FIGUE. 

La Figue du poumon adoucit l'âcreté; 

Elle apaise, amollit Tintestin irrité. 

Soit qu'on la mange cuite ou qu'on l'avale crue. 

Elle engraisse et nourrit la chair bientôt accrue; 

Elle fond et résout les diverses grosseurs, 

Et son suc, appliqué sur d'épaisses tumeurs. 

Dissipe la scrofule et la glande rebelle : 

Au suc de pavot jointe, au dehors elle appelle 



PERSICA^ PASSULA^ UVA. 

Persica cura musto vobis datur ordine justo 
Sumere. Sic est mos nucibus sociare racemos. 
Passa nocet spleni, tussi valet, est boaa reni. 
Utilitas uv3e sine granis et sine pelle : 
Dat sedare sitim jecoris, cholérique calorem. 

FICUS. 

Pectus lenificant Ficus, ventremque relaxant, 
Seu dentur crudse, seu cum fuerintbene coctse. 
Impinguant et alunt, varios curantque tumores. 
Scrofa, tumor, glandes, ficus cataplasmate cedunt; 



120 



U École de Saler ne. 



Les fragments d'os rompu séjournant sous la peau; 
Elle enfante de poux un dégoûtant troupeau ; 
Inconstante, elle allume un amour qu'elle excite, 
Ou prévient de Famour l'impulsion subite. 

GLAND, NÈFLE. 

Le Gland serre le ventre, accroît l'urine lente ; 
Dure, la Nèfle est bonne, et molle est excellente. 

GRENADE. 

Le suc adoucissant de la jaune Grenade 
Provoque la sueur, rafraîchit le malade. 

CHATAIGNE. 

Prise avant le repas, la Châtaigne astringente, 
A la fin du repas, redevient relâchante 

Junge papaver i ei, confracta foris trahit ossa. 
Pediculos veneremque facit, sed cuilibet obstat. 

MESPILA, ^SCULA. 

Multiplicant mictum, ventrem dant iEscula strictum. 
Mespila dura bona ; sed mollia sunt meliora . 

GRANATUM. 

Sudorem profert Granatum 2, lenit et alget. 
Psida granati cortex, balaustia flos est. 

GLANS CASTANEA. 

Ante cibum stringit, post, Clans castanea solvit. 

I. Papaver somniferum. — 2. Fructus Punici Mali, cujus 
cortex vocatur Psida, et flores Balaustiœ. 



Première partie. — Hygiène. 121 

AMANDE. 

Cueille de ramaiidier la verte et douce Amande : 
Au dessert, frais encor, ce fruit se recommande. 



AMYGDALA, 

Laudabilis cibus adest Amygdala dulcis. 




DEUXIÈME PARTIE 

MATIÈRE MÉDICALE 



VERTUS DE QUELQUES SIMPLES 

AURONE. 

E l'estomac l' Aurone expulse les humeurs ; 

D'une poitrine faible apaise les dou- 
ceurs ; 

Réconforte les nerfs; met les serpents en 

[fuite ; 
Prévient d^un poison bu la trop funeste suite. 




DE SIMPLICIUM VIRTUTIBUS 

ABROTANUM, 

ABROTANO ^ crudo stomachi purgabitur humor 
Confortât nervos et causas pectoris omnes ; 
Serpentes nidore fugat, bibitumque venenum. 

I. Artemisia Abrotanum. 



Deuxième partie. — ■ Matière médicale. 12 

ABSINTHE. 

L'Absinthe, unie au vin, de la ciguë amère 

Corrige, anéantit la saveur délétère; 

Mêlée au fiel de bœuf, de Toreille aisément 

Elle dissipera Pennuyeux tintement ; 

Bois-la de vin trempée, embarque-toi sans crainte, 

De Taffreux mal de mer tu braveras Tatteinte. 

OSEILLE. 

Tout flux est réprimé par Toseille, dit-on. 
Qu'on en porte, on défie un dard de Scorpion. 

AGARIC. 

Il dissipe le phlegme, expulse le poison, 



ABSIXTHIUM ^. 

Aurium depellit sonitum cura felle bovino ; 
Obstat pestiférée, cum vino sumpta, cicut^e . 
Xausea non poterit quemquam vexare marina, 
Antea commixtam vino qui sumpserit istam . 

ACIDULA. 

Omne genus fluxus Acidulam - stringere dicunt ; 
Qui portât secum, non pungit scorpius ipsum. 

AGARICUS, 

Pectus phlegmaticum solvit, pellitque venenum; 

1. Artemisia Absinthium. — 2. Rumex acetosa seii Oxalis 
acetosella. 



124 L'Ecole de Salerne, 

Dissout tumeurs de rate, est propice au poumon ; 
Il combat et guérit la fièvre meurtrière, 
Et détruit des venins la vertu délétère. 

AIGREMOINE. 

Elle guérit la goutte et les humeurs des yeux, 
Et ramollit du cou les replis scrofuleux. 

ALOÈS. 

Il sèche une blessure, il ravive la chair ; 
Du prépuce malade il détruit le cancer ; 
Purge d'humeurs les yeux, la tête dégagée, 
L'oreille oblitérée et la langue chargée ; 
D'un débile estomac ranime la vigueur. 
Arrête des cheveux la chute et la langueur ; 



Prodest pulmoni, splenis solvitque tumores ; 
Febribus occurrit, sic prodest sumpta venenis. 

AGRIMONIA. 

Sciaticis simul ac oculis sanantur humores. 
De collo scrofulas maculas haec unguine curât. 

ALOES. 

Vulnera desiccat aloe », carnem créât ; aufert 
Prgeputii cancrum, cilii cum melle nigrorem ; 
Auriculas, oculos, caput et linguam bene purgat, 
Confortât stomachum, juvat icterum; hepar reparabit, 

I. Extractum s,Vimmosnm Aloes perfoUatœ. 



\ 



Deuxième partie. — Matière médicale. 12^ 

Il soulage le foie et guérit les ictères , 
Ingéré seul, sans miel, il blesse les viscères. 

ALTH^A. 

L'Althsea, de guimauve espèce reconnue, 
A du vin pur mêlée, arrête et diminue 
Les scrofules, la pierre et la grosseur du sein, 
Et raffermit les dents avec un piquant vin. 

AMBROISIE. 

L'ambroisie, à l'odeur aromatique et forte, 
Guérit cancer, fistule et chair livide ou morte. 

ANETH. 

L'Aneth chasse les vents, amoindrit les tumeurs 



Canitiem prohibet ; sed solus viscera laedit. 

ALTH.EA. 

Althseam ^ malvae speciem nullus negat esse : 

Ipsa scrofas, lapidem, partum, mammasque minorât ; 

Juncta mero, dentés juvat acri condita vino. 

AMBROSIA. 

Ambrosiam 2 fugiunt mala mortua, fistula, cancer. 

ANETHUM. 

Anethum ^ ventos prohibet, minuitque tumores; 

I. Althcea officinalis. — 2. Ambrosia maritima. — 3. Anethum 
graveolens. 



126 V École de Salerne. 



Et d^un ventre replet dissipe les grosseurs. 

ANIS. 

Propice à Festomac, il éclaircit la vue : 
Que d^anis excellent ta maison soit pourvue. 

ROMARIN. 

Le Romarin guérit ténesme douloureux, 
Conforte l'estomac, ranime et rend joyeux. 

ACHE. 



i 



UAche, par qui du corps toute humeur coule mieux, 
Produit chez les enfants le mal caduc affreux. 
De miel assaisonné son suc aromatique 
Calme les nerfs émus, par sa vertu tonique. 

Ventres repletos parvis facit esse minores. 

ANISUM. 

Emendat visum, stomachum confortât Anlsum ', 
Copia dulcoris anisi sit melioris. 

ANTHOS, ID EST ROSMARINUS 2. 

Confortât stomachum, tollit nocumenta tenesmi 
Anthos, exhilarat, membra sapore juvat. 

APIU.AI. 

Humores Apium ^ subito totius ad juvat 
Corporis, et capitis, vulvce; pueris epilem dat, 
Quod cadit ex apio nervis de melle probatur. 

I. Pimpinella Anisum seu Apium Anisum. — 2. Rosmarius 
■ojftcinalis. — 3. Apium graveolens. 



Deuxième partie. — Matière médicale. 127 

ARISTOLOCHE. 

Jointe à la chair de bœuf (c'est Pline ^ qui Tassurej, 
Elle forme le mâle, et sa naissance est sûre ; 
Elle apaise bientôt le stupide hoquet ; 
Sa fumée a fait fuir le démon inquiet ; 
Appliqué sur un fer caché dans la blessure, 
Son onguent fait sortir ce fer de la morsure. 

ARMONIACUM (gomme ammoniaque). 

De la rate ce suc relâche les ressorts. 

En fond les duretés ; détruit les vers du corps ; 

Accélère le cours d'une urine abondante ; 

Provoque le rappel d'une règle trop lente. 

Du nitre avec du miel à ce suc ajouté, 

Des scrofules abat le gonflement dompté. 



APaSTOLOCHIA -. 

Plinius hanc formare mares cum came bovina : 
Quidlibet infixum superaddita trita repellit ; 
Demonium fumus depellere dicitur hujus ; 
Singultus sumpta sedare dicitur illa. 

ARMONIACUM. 

Splenis Armoniacum ^ retinacula solvit et ejus 

Duritiem ; vermes, urinas, menstrua ducit. 

Adde nitrum cum melle, scrofas dispergit et aufert. 

I. Employée avec de la chair de bœuf, en pessaire, aussi- 
tôt après la conception, elle procure un enfant mâle. Pline, 
Histoire naturelle, liv. XXV, chap. liv. Trad. par E. Littré. 
Paris, 1848-1850, in-8, — 2. Aristolochia longa et rotunda. — 
3. Succus concretus Heraclei gummiferi. 



128 E Ecole de Salerne. 



ARMOISE. 

Elle excite l'urine, elle écarte la pierre ; 
Par elle, promptement Favortement s"'opère. 
En pessaire, en boisson, produit le même essor ; 
Broyée, sur l'estomac elle s'applique encor. 

ARROCHE. 

UArroche, un aliment, dit-on, peu nutritif, 
Guérit le rein malade et sert de vomitif. 

BÉTOINE. 

De la verte Bétoine entoure des serpents 
(Pline Fatteste ainsi) ; ces animaux rampants 



ARTEMISIA 1. 

Urinas potata ciet, lapidemque repellit; 

Trita super stomachum viridis et ponitur herba, 

Pellit abortivum potu vel subdita ^ tantum. 

ATRIPLEX. 

Atriplex fertur modicum nutribilis esse. 

Dat vomitum juncta [malvœ] ; renés curât ex se. 

BETONICA. 

Si de Betonica viridi sit facta corona, 
Circa serpentes, ut Plinius '^ asserit auctor, 

I. Artemisia vulgaris. — 2. Mise en pessaire. — 3. On appli- 
que sur les plaies (produites par les morsures des serpents) la 
bétoine principalement, dont la vertu, dit-on, est si grande, 
que des serpents renfermés dans un cercle formé avec cette 
plante, se flagellent de leur queue au point d'en mourir. Pline, 
Histoire naturelle, liv, XXV, chap. lv, trad. par E. Littré. 
Paris, 1848-1850, in-8. 



Deuxième partie. — Matière médicale. 129 

D'un tel cercle jamais ne franchiront Tenceinte ; 
Se mordant, s'enlaçant d'une cruelle étreinte^ 
Leur bande s'entre-tue. Elle guérit des yeux, 
Qu'on la boive ou la mâche, un larmoiement fâcheux. 

BOL. 

Ce Bol est précieux contre mainte faiblesse : 
Au testicule il rend son antique mollesse ; 
Mais, pour en obtenir un succès plus certain. 
Ne Favale jamais sans y joindre du vin. 

BUGLOSSE. 

La Buglosse, dit-on, dans le vin macérée, 
Préserve du buveur la mémoire altérée ; 
Ranime le convive, et son esprit dispos, 
Dans un festin joyeux, s'exhale en gais propos. 



Audebunt nunquam positam transire coronam; 
Sed morsu proprio pereunt et verbere caudse. 
Restringit lacrymas oculorum, mansa vel hausta. 

BOLUS. 

Est Bolus ad pestes ; remollit in inguine testes ; 
Sed si sumis eum, studeas sociare Lycsum K 

BUGLOSSA. 

Vim memorem cerebri dicunt servare periti 
Vinum potatum, quo sit macerata Buglossa ^. 
Laetos convivas decoctio reddere fertur. 

I. Pour vinum. — 2. Anchusa Italica. 



130 U Ecole de Salerne. 



CALAMENT. 

Du Calament la tige amère, aromatique, 
Ranime, échauffe un corps de sa saveur tonique. 

CAMPHRE. 

Le Camphre respiré, par son odeur subtile. 
Au mâle ôte à jamais sa puissance virile. 

CANNELLE. 

Une Cannelle pure offre maint avantage : 
Du foie et de la voix elle affermit l'usage ; 
Le battement de cœur par elle disparaît ; 
La vigueur du poumon et de l'esprit renaît. 

CAPILLAIRE. 

Le Cheveu de Vénus accroît ta chevelure. 
Guérit pierre, scrofule, ictère et rate impure. 



CALAMINTHA. 

Frigoris urgentis mak pellit vis calaminthœ. 

CAMPHORA. 

Camphora per nares castrat odore mares. 

CAXELLA. 

Vera Canella tibi pluriraa dona reportât : 
Mentem, hepar, pectus, vocem, praecordia firmat; 
Innaturalem tollit de corde tremorem. 

CAPILLUS VENERIS. 

Esse capillatos Veneris facit herba Capillus ; 
Ictericis, spleni, scrofulis, lapidique medetur. 



Deuxième partie. — Matière médicale. 1 3 r 

CAPRIER ET SOUCHET. 

Son écorce dissout de la rate et du foie 

L'obstruction fâcheuse ; en outre, elle nettoie 

De ses impuretés Testomac dégagé. 

Le Souchet fond du foie un tissu dégorgé. 

Le Câprier, serrant la rate, détermine 

La dilatation des conduits de l'urine. 

CARVI. 

Il dissipe les vents et provoque Turine ; 
Combat dans Fintestin les vers, qu^il extermine; 
Répare Testomac. S'il vient à me manquer, 
La fièvre rarement hésite à m'attaquer. 

CASSE. 

Un estomac débile, une bouche fétide, 

CAPPARIS ET CYPERUS. 

Capparis ^ emphraxes hepatis splenisque resolvit, 
Fortiter a stomacho, si sunt superflua, tollit. 
Cyperus os sanat, hepar ; sed cappari splenem 
Cogit, et astrictos urinée laxat amictus. 

CARVI . 

Urinare facit Carvi, ventosque repellit, 
Lumbricosque necat, digestivamque refortat. 
Dum carvi carui ~, non sine febre fui. 

CASSIA. 

Ori fœtenti, stomacho, cordique dolenti 

I. Capparis spinosa. — 2. Species senigmatis. Cum C/ et F 
pari modo scribebantur, tune legebatur Di»72 carui carui. 



132 UEcole de Salerne. 

Un cœur endolori de la Casse est avide. 

CENTAURÉE. 

Bonne pour la poitrine et les nerfs irrités, 
DMne plaie elle unit les bords trop écartés, 
Chasse Tarrière-faix, rend la vision pure ; 
Sa racine des chairs rapproche la coupure. 

CERFEUIL. 

Unis au miel si doux le Cerfeuil écrasé : 
Il soulage un cancer ; dans le vin infusé, 
Broyé vert, appliqué sur le mal en compresse, 
D''un côté douloureux il calme la faiblesse ; 
Délivre en vomissant Testomac déchargé 



Cassia ^ , cardiacis commoda multa facit . 

CENTAUREA. 

Centaurea ^ juvat nervos, pectusque, secundas 
Educit ^, et vulnus solidat, visus meliorat; 
Incisas carnes radix contrita resarcit. 

CEREFOLIUM '* . 

Adpositum cancris, tritum cum melle, medetur; 
Cum vino potum, lateris ^ sedare dolorem 
Ssepe solet, tritam si nectis desuper herbam. 

I. Laurus Cassia, seu Cassia lignea. — 2. Erythrcea Centau- 
rium seu Gentiana Centauriiim. — 3, Alii : sudores ejicit. — 
— 4. Cerefolium scandix. — 5. Alii : poteris, et alors le vers 
suivant manque. 



Deuxième partie. — Matière médicale. 133 



Et maintient lâche et libre un ventre dégagé. 



CHELIDOINE. 



A ses petits naissants privés de la lumière, 
L'hirondelle, dit Pline, habile et tendre mère, 
Grâce à la Chélidoine introduite en leurs yeux. 
Quand même ils sont crevés, rend la clarté des cieux ^ 

CIGUË. 

Par ses sucs lents et froids, la mortelle Ciguë, 
Dangereux narcotique, endort l'homme et le tue. 
De taches au mourant elle noircit la peau. 
Dans Finconstante Athène autrefois le bourreau 
Portait aux condamnés Phomicide breuvage. 
Ainsi périt Socrate, un véritable sage. 



Ssepe solet vomitum, ventremque tenere solutum. 

CHELIDONIA -. 

Cascatis pullis hac lumina mater hirundo, 
Plinius ut scribit, quamvis sint eruta, reddit. 

CICUTA, 

Frigida letifer^ vis est natura Cicutse ^, 
Unde nocet gelidi potantes more veneni. 
Qui périt hac herba, cutis ejus fit maculosa. 
Publica pœna reis h^ec esse solebat Athenis : 
Hac sumpta magnus Socrates fuit exanimatus. 

I. C'est avec la chélidoine que les hirondelles rétablissent 
la vue de leurs petits dans le nid, même, assurent quelques- 
uns, quand ils ont les yeux crevés. Pline, Histoire naturelle, 
traduction de E. Littré, liv, XXV, chap. i. Paris, 1848-1850, in-8. 
— 2. Chelidonium majus. — 3. Conium maculatwn. 

ÉCOLE. 8 



134 U Ecole de Saler ne. 

Je n^ai point à conter comment la plante agit ; 
J'explique ce qui sert et non pas ce qui nuit. 
Il suffit de savoir, lorsque le mal te frappe, 
Qu'en buvant du vin tiède, à la mort on échappe. 

CINNAMOME. 

Quatre variétés, dit-on, de Cinnanome 
Existent : le meilleur a le plus lin arôme ; 
Sur la langue à la fois plus piquant et plus doux, 
Il réprime le flux des intestins trop mous ; 
Il donne à l'estomac une force nouvelle ; 
Il réveille Famour languissant et rebelle, 
Au lait de vache frais quand on le boit uni ; 
Excite la mémoire et Tesprit engourdi. 
Mâché, le cinnamome exhale dans la bouche 
Un suave parfum qui détruit Todeur louche. 



Qualiter hoc fiât, non extimo dicere nostrum, 
Cum nil quod noceat, sed quod juvat est référendum. 
Hac si quis sumpta, morti fit proximus, herba, 
Forte bibat vinum tepidum, evadetque periclum. 

CINNAMOMUM. 

Cinnama : quatuor species dicuntur habere ^ 
Sed speciosa magis quce plus subtilis habetur, 
Et qu^ plus mordet, mixta dulcedine, linguam. 
Vim digestivam mire juvat, abstinet alvum, 
Accendit Venerem cum vaccse lacté recenti; 
Vim memorem cerebri confortât ssepius hausta. 
Cinnamomum mane comestum repellit odorem ; 

I. Laurus cinnam. 



Deuxième partie. — Matière médicale. 1 3 5 

A Pesprit épuisé rend son ancienne ardeur, 
Et des sens énervés ranime la vigueur ; 
De Tamour expirant il attise la flamme, 
Et purge Testomac quand il ravive Tâme. 

CORIANDRE. 

Trois grains de Coriandre avalés, du malade 
Ecarteront la tierce et son retour maussade. 
Xénocrate prétend que le sang menstruel 
D'autant de jours retarde un cours habituel. 
Que la femme aura pris de grains de cette plante. 
Bonne pour Testomac par sa vertu piquante, 
Elle dissipe encor les flatuosités 
Et calme des humeurs les courants agités. 



Fœtorem mitigat, si quemquam lœserit ipse , 
Alleviat mentem, tribuit semper bene sensum ; 
Dat bene calorem et auo-et semoer amorem, 
Alleviat mentem, sic et pr^ecordia purgat. 

CORIANDRL'.M. 

Si tria grana voret Coriandri ^ seminis œger, 
Evadet febrem cai dat lux tertia nomen. 
Xenocrates ait totidem cessare diebus 
Menstrua, quot mulier coriandri grana vorabit. 
Confortât stomachum, ventum removet coriandrum, 
Et quod restringit humorum fluxus, amandum. 

I. Coriandrum sativum. 



136 a École de Saler ne. 



CROCUS. 

Le Crocus réconforte et dispose à la joie ; 
Répare la vigueur des membres et du foie; 
Dans la bouche il répand une agréable odeur, 
Mais de l'amour bouillant il refroidit Fardeur. 

CUBÈBE. 

De Cubèbe cinq grains sont admis dans Pusage ; 
En veux-tu donner plus, fais boire davantage. 

CUMIN. 

Il stimule à la fois Tamour et l'appétit, 
D^uriner plus souvent cause un besoin subit ; 



CROCUS. 

Confortare Crocus 1 dicitur Isetificando, 
Membraque defecta confortât, liepar reparando. 
Crocus comestus pulchrum dat semper odorem, 
Omnem fœtorem tollit, et pellit amorem. 

CUBEBE. 

Cubebe plus quinque nunquam sumantur in usu, 
Plus de cubebe si dare vis, bibe bis. 

CUMINUM. 

Confortât stomachum, coitum, et mingere cogit, 
Emphraxes hepatis reserat et menstrua stringit, 

I. Crocus sativus. 



Deuxième partie. — Matière médicale. 137 

Il dissipe du foie une obstruction vaine, 

Et du sang menstruel il resserre la veine ; 

Des vents de Testomac il chasse la vapeur, 

Et, mâché, sur la face étale la pâleur. 

Au temps de la grossesse, une femme prudente 

Refuse du Cumin la graine pâlissante. 

AUNÉE. 

L'Année, à Festomac tonique et bienvenue, 
Pour la hernie est bonne, unie au suc de rue ; 
Si de Tannée encor le poumon est content, 
Pour le foie engorgé le spode est excellent. 

FÈVE. 

D^un flot de lait la Fève inonde la mamelle ; 
Elle amollit et dompte un cheveu trop rebelle ; 



Ventosum stomachum tibi tranquillatque Cuminum ^, 
Et dat pallentem, permansum, Scepe colorem. 
Pallor cumino pr^gnanti nulla feratur. 

ENULA. 

Enula 2 campana reddit praecordia sana; 
Cum succo rut^ succus si sumitur hujus, 
Affirmant ruptis nihil esse salubrius istis . 
Enula pulmonera curât, spodium juvat hepar. 

FABA. 

In mammis Faba ^ lac spargit, mollitque capillos ; 

I. Cuminum cyminum. — 2. Inula helenium. — 3. Vicia Faba. 



138 V Ecole de Salerne. 

Le sang d'une piqûre est par elle arrêté, 
Et son eau de la goutte adoucit l'âcreté. 

FENOUIL. 

La graine du Fenouil, dans le vin détrempée, 
Ranime, excite une âme à Tamour occupée, 
Du vieillard rajeuni sait réveiller Pardeur, 
Du foie et du poumon dissipe la douleur ; 
De la semence encor le salutaire usage 
Bannit de l'intestin le vent qui faisait rage. 

FENUGREC. 

Du Fenugrec tonique un estomac avide, 

Le prend avec succès contre le phlegme humide. 



Sistit eum fluxum, quem fecit hirudo, cruoris. 
Mitigat arthritis, cocta cum lympha, dolorem, 

FŒNicuLUM 1. 

Semen, cum vino sumptum, veneris movet actus, 
Atque senes ejus succo juvenescere dicunt ; 
Hic quoque pulmonis obstat jecorisque querelis. 
Fœniculo, fœtor, niger humor lente terantur. 
Semen fœniculi fugat et spiracula culi . 

FŒNUGR^CUM. 

Ad grossum phlegma fœnugraecum ^ est cura salubris ^. 

I. Anethum Fœniculum. — 2. Trigonella fœmigrœcum. — 
3. Alii : causa salutis. 



i 



Deuxième partie. — Matière médicale. 139 



SON. 

De vinaigre ou de vin le Son bien humecté 
Purifie et la gale et Tulcère encroûté ; 
Contre le même ulcère offre un facile usage, 
Quand on l'applique encor saupoudré de fromage. 

GALANGA. 

D'un estomac souffrant il dissipe Phumeur, 
De son épuisement répare la langueur ; 
Chasse des intestins Pirritante colique, 
Exhale dans la bouche un souffle aromatique. 
Donne aux reins la chaleur, rend le crachat aisé, 
Et ranime le feu de Tamour épuisé. 



FURFUR, 



Ulcéra cum scabie Furfur bene mundat aceto, 
Cum vino ; valet ulceribus cum lacté coacto. 

GALANGA. 

Phlegmonem stomachi ^ sumptum Galanga ^ resolvit, 
Et si phlegmaticus fuerit, corroborât illum. 
Inclusum ventum, sumptum, fugat interiorem. 
Vim digestivam juvat, colicisque medetur, 
Oris non modicum, mansum, confortât odorem. 
Augmentât sputum, Veneris renumque calorem. 

I. Alii : pulmonem stomaclium. — 2. Alpinia Galanga. 



140 JJ École de Salerne. 



NOIX DE GALLE. 

La noix de galle arrête et le flux de matrice 
Et le sang de la lèvre, unit la cicatrice ; 
De Panus douloureux et du pied impotent 
Elle guérit bientôt un ulcère dolent. 

GIROFLE. 

La fleur prise au matin débarrasse la tête, 

De son bouillonnement dissipe la tempête ; 

Dessèche les humeurs ; excite les amours ; 

Au cerveau, qu"'elle allège, envoie un prompt secours, ^ 

Et Fesprit épuisé, réparant un long trouble. 

Rappelle les douceurs d'un sommeil qui redouble. 

HELLÉBORE. 

La poudre d'Hellébore, aux aliments mêlée. 



GALLA. 

Galla necat fluxum matricis ; sistit et ani 
Ulcéra tumque pedum ; labiorum vulnera sanat. 

GARYOPHYLLUS. 

Garyophyllus *, sumptus mane, caput bene purgat; 
Fervorem capitis inflicti deprimit idem ; 
Humores siccat et auget cordis amorem . 
Alleviat caput cerebro praestatque levamen ; 
Addet et somnum, confortât utique caput. 

HELLEBORUS 2. 

Pultibus admixtus pulvis mures necat ejus, 

I. Eugenia garyophyllata. — 2. Helleborus albus aut niger. 



Deuxième partie. — Matière médicale. 141 

Extermine les rats ; aux mouches, emmiellée, 
Elle apporte la mort. Elle guérit nos maux : 
Podagre, hydropisie et lèpre et tétanos. 

HYSOPE. 

UHysope du poumon purge le phlegme humide ; 
D^hysope cuit au miel le poumon est avide, 
Lorsqu'une toux chronique allume sa chaleur; 
L''hysope du visage embellit la couleur. 

GENÉVRIER. 

Bonne pour le poumon, sa baie aromatique 
Dissipe encor Taccès de toux vive et chronique. 
Elle expulse du corps un venin dangereux ; 
Son grain brûlé de tête apaise un mal affreux. 



Et, cum melle datus, est muscis perniciosus. 
Hydropisin, tetanum, lepram fugat atque podagram. 

HYSSOPUS, 

Hyssopus ^ est herba purgans a pectore phlegma ; 
Ad pulmonis opus cum melle coquatur hyssopus ; 
Vuhibus eximium fertur prasstare ^ colorem. 

JUNIPERUS. 

Juniperi grana pectus comesta reformant, 
Et tussim nimiam sedant atque inveteratam ; 
Expellunt sedulo semper de carne venenum, 
Et prosunt capiti carbonibus ista projecta. 

I. Origanum Smyrnœum. — 2. Alii : reparare. 



142 L'École de Saler ne. 



K ARABE. 

Du Karabé Pâmant sait la force erotique, 
Et double sa vigueur par ce sirop tonique. 

LAPATHUM ACUTUM (patience). 

Le prurit irritant et la gale lui cède. 
Donne la Patience en infusion tiède, 
De la luette ardente elle éteint la chaleur 
Et de la dent souffrante apaise la douleur. 

LIVÈCHE. 

Le foie oblitéré par trop grande froidure, 
Le vent de Fintestin et la colique impure, 
Et le sang menstruel arrêté dans son cours, 
De la Livèche amie empruntent le secours. 



KARABE VEL CARABE. 

Quam sit eroticus Karabe ^, bene noscit amicus. 

LAPATHUM ACUTUM -. 

Pruritus mordax, scabies hypozomate cedunt 
Ejus sœpe tepens si coctio gargarizetur, 
Uvas sedabit, dentis tundetque dolorem. 

LEVISTICA. 

Hepar opilatum frigore Levistica ' quxrunt, 
Torsio ventosa, medicina, menstrua clausa. 

I. Succinum seu Ambra. — 2. Riimex seu Polygonum. 
3. Ligusticum Levisticum. 



1 



Deuxième partie. — Matière médicale. 143 

LIS. 

Au miel adjoint, des nerfs il guérit la coupure, 
Et d^un membre noirci la récente brûlure ; 
Il efface la ride au visage altéré, 
Et la tache livide au corps régénéré. 

RÉGLISSE. 

Abreuve tes poumons de poudre de Réglisse : 
Dans leur cavité molle elle pénètre et glisse ; 
Elle arrose la veine et réchauffe le sang ; 
Elle étanche la soif; son suc rafraîchissant 
Chasse de Festomac toute matière impure ; 
La respiration et s'active et s'épure. 

LUPIN. 

La cendre de Lupin aux vers ôte le jour; 



LILIUM 1. 

Prsecisis nervis cum melle, combustaque membra ^ ; 
Vultus deducit rugas, maculas fugat omnes. 

LIQUIRITIA. 

Sit tibi contenta Liquiritia ^ pulverulenta, 
Pectus, pulmonem, venas refovendo rigabit ; 
Pellit namque sitira stomachique nociva repellit ; 
Spirituum cunctis sic subvenit ipsa strumentis. 

LUPIXUS. 

Lumbricos vermes mundat cinis fasxque Lupini * ; 

I. Lilium candidum. — 2. Il faut sous-entendre medetur 
3. Glycyrr]ii:{a glabra. — 4. Lupiniis Iiirsutus. 



144 Lncole de Salerm. 

Son eau détruit les poils et prévient leur retour. 

MALANGIA. 

Cette plante a, dit-on, une graine piquante 
Qui jamais ne rendit Patrabile plus lente. 

MAUVE. 

Elle amollit le ventre avec son suc vanté, 
Et ce don lui valut le nom qu'acné a porté; 
Ce suc de Fintestin expulse la matière. 
Excite Tutérus et son flux ordinaire. 

MARATHRUM (fenouil). 

L'agreste Marathrum sert à dMtiles fins : 
Il purge l'estomac, chasse fièvre et venins, 



Lympha pilos vellit, atque redire negat. 

MALANGIA. 

Semen nature Makngia fertur acutae, 

Et choleram nîgram viri non reddere pigram. 

MALVA. 

Dixerunt Malvam veteres quod molliat alvum ^ ; 
Maivse radices rasse deducere fœces ; 
Vulvam moverunt et fluxum ssepe dederunt. 

MARATHRUM. 

Bis duo dat Marathrum : febres fugat atque venenum 
I. Malvay'ient de moUire ventrem. 



Deuxième partie. — Matière médicale. 145 



Il éclaircit les yeux, rend Turine abondante 
Et réprime des vents l'audace pétulante. 

MENTHE. 

La Menthe mentirait si sa tige nouvelle 
Ne détruisait les vers que l'intestin recèle. 
L'estomac trouve en elle un secours étonnant 
Lorsqu'il veut réveiller son appétit dormant. 

NOIX MUSCADE. 

Elle ranime un cœur que l'affliction tue, 
Et, bonne à l'estomac, elle éclaircit la vue. 



Expurgat stomachum ; lumen quoque reddit acutum ; 
Urinare facit, ventris flatusque repellit. 

MENTHA. 

Mentitur Mentha ^, si sit depellere lenta 
Ventris lumbricos vermes stomachique nocivos. 
Nunquam lenta fuit stomacho succurrere mentha. 

MUSCATA, 

Galla Muscata ^ confortât debilitata 

Corda, juvat stomachum, scotomiara tollens oculorum. 

I. Mentha crispa, viridis, sativa, etc. — 2. Aliqui Balia mus^ 
cata, quam. dicunt esse Ocymum basilicum. 

ÉCOLE. 9 



146 L'Ecole de Saler ne. 



MYRRHE. 

Au poumon épuisé cette gomme est propice ; 
A la tête souffrante, aux vaisseaux de matrice 
Elle apporte secours; elle détruit les vers; 
De fistule secrète amende les travers. 

VERTUS DES MYROBALANS. 

Belliric, indien, citrin, emblic, chébule. 
Des bons Myrobalans c'est la brève formule : ^ 
Contre le phlegme humide administre Temblic, 
Tu peux donner encor chébule et belliric; 
Quant au citrin, du corps il purgera la bile; 
Mais au noir indien obéit Fatrabile. 



MYRRHA. 

Myrrha juvat pectus, matricis vasa, caputque ; 
Ascaris et scotosis, fistula tecta périt. 

MYROBALANORUM VIRES. 

Myrobalanorum species sunt quinque bonorum : 
Citrinus, kebulus, belliricus, emblicus, indus. 
Primo trahit choleram citrinus, phlegma secundo, 
Kebulus contra; belliricus, emblicus ceque. 
lUud et hanc nigrse color ^ niger imperat indus. 

I. Sans doute pour coloris. 



Deuxième partie. — Matière médicale. 147 



CRESSON. 

Le Cresson écrasé sur les cheveux tombants 
En arrête la chute; il soulage des dents 
La douleur vive, aiguë; enduit d'un miel liquide, 
Il guérit de la peau dartre, écaille livide. 

NÉNUPHAR. 

Le Nénuphar te garde une chasteté pure, 
Et du foie obstrué rouvre la route obscure. 

NIGELLE. 

Joint à la rave, au sel, le suc de la Nigelle 
Guérit l'herpès rampant et le cancer rebelle ; 



XASTURTIUM ^. 

Illius succus crines retinere fluentes 

Illitus asseritur, dentis curare dolorem ; 

Et squammas succus curât cum melle perunctus. 

NENUPHAR. 

Nénuphar castos reddit, hepar bene reserat alvum. 

♦ NIGELLA. 

Cancros emundat, pascentia vulnera curât, 
Cum raphano modicoque salis superaddita trita ; 

I. Erucaria aleptica. 



148 L Ecole de Salerne. 



Pour la teigne encroûtée il est mortel encor ; 
De la lèpre écailleuse il arrête l'essor. 



PAVOT. 



Le flux de Tutérus, la morphée et les yeux 
Réclament du Pavot le secours précieux; 
Du pavot sous la dent écrase la racine, 
Bientôt tu vois couler le sang de ta narine. 



PIVOINE. 



Par les sucs de Pivoine au lait d'amande unis, 
La rate avec le foie et les reins sont guéris; 
Contre le mal caduc Dioscoride vante 
La plante au cou pendue ou le suc de la plante. 



Tineas 1 et lepras cura compescit eadem. 

PAPAYER, 

Menstrua, morphasam, visum, Papavere cura. 
Dente minuta, trahit radix de nare cruorem. 

PyEONIA 2. 

Si jungaiitur eî violenter amygdala trita, 
Splen, jecur et renés cum mulsa sumpta juvabit ; 
Ipse Dioscorides cunctis ait esse caducis 
Aptam, si bibitur, vel si suspenditur ipsa. 



i. Alii : Zeinas, id est species iinpetiginis cum ulcera- 
tione. — 2. Pœonia officinal is. 



Deuxième partie. — Matière médicale. 149 



PIN. 

Pour la fièvre éphémère et la toux, bon calmant. 
Le Pin guérit encore un long épuisement; 
Si le mâle vaut mieux contre la toux rebelle, 
Au ventre relâché meilleure est la femelle. 

POIVRE. 

Au matin, pris à jeun, le Poivre du malade 

Expulse les humeurs, dissipe Todeur fade 

Que sa bouche répand; sa piquante saveur 

Ranimera du corps le ton et la chaleur; 

Du poivre noir la force à dissoudre est active ; 

Il rend à l'estomac sa vertu digestive, 

Et purge ses humeurs. L'ébranlement nerveux, 

L^opiniâtre toux, l'estomac douloureux, 



PINEA. 

Tussim, ephemeras, eticam tibi Pinea 1 tollit : 
Mascula plus tussi valet, et passiva - diarrhœ^e. 

PIPER. 

Piper 3 de mane comestum purgat segrotum.. 
Humores tollit de corpore mane comestum. 
Dat bene calorem, pravum depellit odorem, 
Est humidum, certum sic sanum débet esse. 
Quod piper est nigrum, non est dissolvere pigrum, 
Phlegmata purgabit, digestivamque juvabit. 

I. Pinus Pinea. — 2. Id est : Femina. — 3. Piper longum et 
nigrum. 



150 U Ecole de Salerne. 

Au poivre blanc emprunte une aide bienvenue; 
Il prévient le frisson, le brouillard de la vue. 

PLANTAIN. 

Au crachement de sang le Plantain consacré, 
Par sa vertu styptique, apaise un feu sacré. 

POURPIER. 

Si la dent s'engourdit, il lui rend sa morsure ; 
Son suc guérit des reins la cruelle blessure ; 
Du feu de la matrice il éteint la chaleur, 
Et calme de la tête une vive douleur. 



Leucopiper * nervis, stomacho, tussisque dolori 
Utile ; praeveniet scotosim febrisque rigorem. 

PLANTAGO. 

Hepar tum parit, Plantago * styptica cum sit ; 
Prodest hemoptoïcis, sacrumque coercet et ignem. 

PORTULACA. 

Portulaca ^ caput juvat, dentisque stuporem 
Curât, et ardorem matricis, vulnera renum. 
Portulaca solet dentés curare stupentes. 



I. Piper cortice maceratione orbaturn. — 2. Plantago major. 
— 3. Portulaca oleracea. 



Deuxième partie. — Matière médicale. 1 5 1 

ORIGAN. 

Son suc de la poitrine apaise la douleur; 
D'un long enfantement abrège la lenteur, 
Et de l'utérus vide expulse le délivre. 
Des douleurs de côté ce suc aussi délivre. 

POULLIOT. 

Son suc trempé de vin expulse l'atrabile ; 

L^herbe, dit-on, guérit la podagre débile, 

Quand on l'applique verte; et, purgeant nos humeurs, 

Elle réprime encor les diverses tumeurs. 

PYRÈTHRE. 

Le Pyrèthre mâché, de vinaigre trempé, 



PRASSIUM 1. 

Pectoris haec varios compescit potio morbos ; 
Accélérât partus eadem, pellitque secundas. 
Dicitur haec eadem lateris sedare dolorem. 

PULEGIUM 2. 

Cum vino choleram nigram potata repellit ; 
Adpositam viridem dicunt curare podagram ; 
Et quosvis alios solet emendare tumores. 

PYRETHRUM ^. 

Masticet patiens vel gargarizetur aceto, 

I. Forte Marrubium album aut nigriim. Matthiolus in Dioscor. 
vult esse speciem Origani aut Tragorigani. — 2. MentJia Pu- 
legium. — 3. Antliemis Pyrethrum. 



152 V Ecole de Salerne. 

Balaye en ton palais le phlegme dissipé. 
A ton cou porte encor sa racine pendue, 
Du mal caduc sa force arrête la venue. 

RHAMNUS (nerprum). 

La lèpre et le lupus, la pierre et le pannus 
Succomberont bientôt à l'emploi du Rhamnus. 

RHUBARBE. 

Son suc, en réparant la fonction du foie, 
Rétablit les tissus raffermis dans leur voie, 

' ROSE. 

Semence, écorce à part, la Rose adoucissante 
Contre l'hémorrhoïde oflre une eau bienfaisante; 



Hocque modo tumidam reprimit de phlegmate linguam, 
Suspensum collo poterit prodesse caducis. 

RHAMNUS 1 . 

Lepra, lapis, pannî, lupus intereunt ope Rhamni. 

RHEUBARBARUS, 

Rheu partes laxas firmat hepar reparando. 

ROSA, 

Curât haemorrhoidas Rosa, semine, cortice demptis ; 
I. Rhamnus catharticus. 



Deuxième, partie. — Matière médicale. 1 5 3 

De colique irritante elle apaise Taccès ; 

A la tête, à la bouche obtient double succès. 

RONCE. 

De Ronce le feuillage, âpre, amer, astringent, 
Arrête l'utérus, le ventre incontinent, 

RUE. 

Que rhomme chassieux rende hommage à la Rue, 
Il affermit par elle une débile vue; 
Il suffit d'en manger le suc frais : sans retard 
L'œil éclairci dissipe un nuageux brouillard. 
Chez rhomme il affaiblit Tamoureuse puissance; 
Chez la femme au désir il joint la jouissance. 
Du continent la rue accroît la chasteté, 
Et des yeux obscurcis ravive la clarté. 



GcngivaSj colicam, caputque juvat ipsa dolentis. 

RUBUS. 

Styptica sunt folia Rubi 1 , ventremque fluentem 
Continent, et fluxum etiam stringunt muliebrem. 

RUTA. 

Nobilis est Ruta ^, quia lumina reddit acuta. 
Auxilio rutse, vir lippe, videbis acute. 
Ruta comesta recens oculos caligine purgat. 
Ruta viris coitum minuit, mulieribus auget ; 

I, Rubiis Idœus seu Rubus tomentosus. — 2. Ruta gvaveolens. 

9- 



154 L'École de Salerne, 

De la puce infesté tout lieu se débarrasse, 
Lorsque son eau bouillante a balayé la place. 

SAULE. 

Le suc atteint les vers dans Toreille et les tue; 
Le vinaigre d"'écorce amollit la verrue ; 
La fleur prise dans Peau refroidit le plaisir, 
Et de Famour éteint Pâcre et brûlant désir : 
L'amour tombe si bien que sa flamme mourante 
Ne fait naître aucun fruit d'une ardeur expirante. 
La fleur sèche en son germe un fœtus avorté, 
La feuille unit la plaie et son bord écarté. 

SAUGE. 

Homme, pourquoi meurs-tu, lorsqu'en ton jardin 

[pousse 

Ruta facit castum, dat lumen et ingerit astum. 
Cocta facit ruta de pulidbus loca tuta. 

SALIX 1. 

Auribus infusus vermes succus necat ejus ; 
Cortex verrucas in aceto cocta resolvit ; 
Hujus flos, sumptus in aqua, frigescere cogit 
Instinctus veneris omnes, acres, stimulantes ; 
Et sic desiccat, ut nulla creatio fiât ; 
Pomorum succus, flos partus destruit ejus. 
Vulnera frondes ejus valent solidare cruenta. 

SALVIA. 

Cur moriatur homo, cui Salvia crescit in horto ? 
I. Salix alba. 



Deuxième partie. — Matière médicale. 155 

La Sauge? Sur la mort tout remède s'émousse. 
Elle affermit les nerfs, dissipe de la main 
Le tremblement nerveux ; de la lièvre soudain 
Le feu languissant meurt. Sauge préservatrice, 
Prête à nos maux toujours ta vertu protectrice ! 
A la tête souffrante elle apporte secours. 
L'^-i^tidote Adrien offre même recours. 

SUREAU. 

Ascaride et lombric périt par le Sureau : [seau ; 

Mais la fleur pour leur mort vaut mieux que Tarbris- 
La fleur garde une odeur plus acre et plus vireuse. 
A Testomac il rend une mollesse heureuse, 
En lui faisant vomir une indolente humeur; 
En compresse, la feuille enlève une tumeur. 



Contra vim mortis non est medicamen in hortis ! 
Salvia confortât nervos, manuumque tremorem 

Tollit, et ejus ope febris acuta fugit. 
Salvia salvatrîx, nature consiliatrix ; 
Salvia dat sanum caput, et facit hoc Adrianum ^ 

SAMBUCUS. 

Lumbros ^, ascarides Sambuci sunt perimentes, 

Et stomachum mollem reddunt, vomitum facientes. 

Sambuci flores sambuco sunt meliores, 

Nam sambucus olet, flos redolere solet. 
Frondes appositce possunt auferre tumorem. 

I. Nom d'un antidote dont la sauge faisait partie. — 2. Id 
est : lumbricos. 



156 L'École de Salerne. 

SARCOCOLLE. 

De larmes et de sang elle arrête le cours ; 

Comblant de chair la plaie, elle en remplit les jours, 

SCABIEUSE. 

Le citadin frivole ignore sa valeur : 

La scabieuse rend au poumon sa chaleur, 

A ce poumon que glace une morne vieillesse ; 

D'un côté douloureux amortit la faiblesse ; 

Attendrit du poumon la sèche aridité. 

Dans du vin qu'on la boive, un virus redouté 

Avec elle s'écoule; à la molle apostume, 

Qu'elle ouvre doucement, elle ôte l'amertume. 

De son emploi l'esprit approuve le succès : 

Des troupeaux languissants elle guérit l'accès; 

Sur un anthrax que d'elle un topique demeure. 

Le fléau disparaît après la troisième heure. 



SARCOCOLLA. 

Sarcocolla tenet lacrymas fluxumque cruoris, 
Vulnera carne replet, lacrymas depellit ocelli. 

SCABIOSA. 

Urbanus per se nescit pretium Scabiosœ : 
Confortât pectus, quod deprimit gegra senectus ; 
Lenit pulmonem, tollit laterumque dolorem. 
Si vino potatur, sic virus evacuatur. 
Rumpit apostema leniter : ratione probatur. 
Emplastrata foris necat anthracem tribus horis. 
Languorem pecudum tollit, dirimitque venenum, 



Deuxième partie. — Matière médicale. i^j 



LASER. 

Du Laser montagnard la feuille, quoique amère, 
Aux yeux, qu'elle éclaircit, épure la lumière; 
Extermine les vers dans Tintestin battu 
Et rend à Testomac sa première vertu. 

MORELLE. f 

Le foie est soulagé par la plante qu'il aime, 
Mais ne rapprochez pas de l'horrible apostème 
Dont elle aigrit le mal; s'il est chaud, astringent; 
Son suc à l'utérus rend son écoulement. 

ASPERGE. 

L'Asperge accroît le sperme, apaise la colique, 
Pour la dent ébranlée est un bon spécifique, 



SILER. 

Siler montanum i non sit tibi sumere vanum : 
Dat lumen clarum, quamvis gustu sit amarura, 
Lumbricosque necat, digestivamque refortat. 

SOLATRUM. 

Hepar amat Solatrum ^, sed apostasis illud abhorret, 
Si calet, stringit ; menstrua clausa ciet. 

SPARAGUS. 

Augmentât sperma Sparagus, colicoque dolori 
Subvenit ; in motoque dente convenit ori. 

i. Laserpitium montanum; L. ombelliferum. Moreau crédit 
esse Ligusticum. — 2. Solatrum pro Solanum, aut Morella, id 
est Solanum hortense aut Solanum nigrum. 



158 V Ecole de Salerne. 



PRUNELLIER. 

Astringente est l'écorce, acide est la Prunelle 
Et bonne à réprimer un flux de sang rebelle. 

OIGNON (scille). 

Les lieux où croît TOignon du loup sont redoutés; 

Il arrête Fessor des flux trop excités; 

Contre Fhydropisie et Fictère, propice, 

Aux crevasses des pieds seul il rend bon office. 

MOUTARDE. 

La Moutarde au grain sec, petit et chaud, des yeux 
Tire des pleurs, détruit un venin odieux ; 
D'incommodes humeurs débarrasse la tête ; 
Comme assaisonnement des mets on lui fait fête ; 



SPODIUM 



Si cruor émanât, Spodium sumptum cito sanat. 

SQUILLA. 

In quibus est Squilla, loca devitat lupus illa ; 
Squilla vetat fluxum ; valet ictericis et hydropi. 
Fissurasque pedum sola reperta juvat. 

SINAPIS. 

Est modicum granum siccum calidumque Sinapi. 
Dat lacrymas, purgatque caput. tollitque venenum. 

I. Spodium Theophrasti es,t prunus sylvestris spinosa. 



Deuxième partie. — Matière médicale. 159 

Si Pail de la poitrine apaise les douleurs, 
La moutarde de Toeil exprimera les pleurs. 

ENCENS. 

Il accroît la mémoire; il éclaircit la vue ; 
Il expulse le phlegme; il guérit la verrue, 
La gerçure gênante et l'ulcère irrité; 
Du filet de la langue abat Paspérité; 
Chez une jeune fille arrête un flux stérile, 
Et réprime le lait dans un sein trop fertile. 

ORTIE. 

De longs vomissements elle adoucit l'effet; 
Du sommeil disparu rappelle le bienfait; 



Esca mihi napi ; cum bove suntque sinapi 1. 
Sinapis oculis, pectoribus allia prosunt. . 

THUS. 

Thus ^ videt et memorat ; phlegma necat ; medicatur 
Ulcéra, fissuras, verrucas, falsataque lingu^e ; 
Atque puellares fluxus mammasque coercet, 

URTICA. 

Pacat et insomnes, pacans Urtica ^ vomentes ; 
Illius semen colicis, cum melle, medetur ; 

I. Il y a là un jeu de mots : les navets (napi) me sont une 
nourriture, et avec le bœuf, cum bove (aùv 'Aiti, avec le bœuf 
Apis), je prends la moutarde (sinapis). — 2. Gummi-resina 
Juniperi Lycice, seu Boswelliœ thuriferce. — 3. Urtica dioica 
vel urens. 



i6o L'Ecole de Saler ne. 



La semence emmiellée apaise la colique; 
Sa fréquente boisson calme une toux chronique; 
Réchauffe le poumon; amollit la tumeur; 
D'articulation guérit toute douleur. 

VIOLETTE. 

Contre les pesanteurs donnez la Violette, 

Qui chasse les vapeurs d'une ivresse complète. 

La purpurine encor guérit du mal caduc, 

Surtout le jeune enfant qui dans l'eau prend son suc; 

Au malade elle amène un sommeil favorable ; 

Dans le vomissement son aide est secourable. 

VERGE DU PASTEUR. 

La Verge du pasteur au sang retient la bride, 
Guérit douleurs de tête, arrête un fie avide. 



Compescit tussim veterem, si saepe bibatur ; 
Pellit pulmonis frigus, ventrisque tumorem. 
Omnibus et morbis h^ec subvenit articulorum. 

VIOLA. 

Crapula discutitur, capitis dolor atque gravedo. 
Purpuream dicunt Violam i curare caducos, 
Praecipue pueros, si mixto sumitur amne, 
^gris dat somnum, vomitum quoque tollit ad usum. 

VIRGA PASTORIS. 

Virgula pastoris tenet omnia fraena cruoris, 
Est medelâ foris ficus, capitisque doloris. 

I. Viola odorata. 



Deuxième partie. — Matière médicale. 1 6 1 



ZEDOAIRE. 

Au moment du repas prenez cette racine : 
Elle combat un mal chronique et l'extermine ; 
Contre les vains dégoûts Pestomac affermi 
Se purge des humeurs dont il était rempli ; 
L'aliment arrêté poursuit et se digère. 
Le repas achevé, prenez la zédoaire : 
Des aliments nouveaux elle règle le cours, 
Et du ventre pour eux amollit les contours; 
Enlève la nausée. Ainsi donc cette plante, 
Donnée au patient, lui sourit et Penchante. 

GINGEMBRE. 

Au froid de l'estomac, des reins et du poumon, 
Le gingembre brûlant s'oppose avec raison ; 



ZEDOARIA. 

Zedoar ^, ante datum^ morbum fugat inveteratum, 
Si post sumatur, bene digerit et sanat segrum : 
Postque datum, mollit ventrem, fastidia tollit, 
Et pectus purgat ; stomachi fastidia tollit ; 
Expellit phlegma, constipatam digerit escam. 
Tu me semper ama, quoniam bona do Zedoara. 

ZINZIBER. 

Algores stomacho, thoraci, renibus aufert ; 
Idem, conditum, solamen zinziber ^ affert. 

I. Curciima Zedoaria. — 2.Radix Amomi Zin'^iberi. 



i62 UÉcok de Salenic. 

Confit encore il rend un semblable service. 

Mâché dès le matin, aux poitrines propice, 

Il sait les amollir, épurer leur humeur, 

Et des reins écarter un phlegme corrupteur. 

Son usage fréquent éclaircira la vue. 

Il dessèche Thumeur ou prévient sa venue; 

Il expulse le sang que renferme le cœur ; 

De l'estomac plus fort il accroît la chaleur, 

Chaleur bonne à dompter l'aliment qu'on digère, 

Le purge d'une humeur désagréable, amère; 

Eteint la soif; ranime, excite le cerveau ; 

En la jeunesse éveille amour jeune et nouveau. 



Zinziber mane comestum pectus bene purgat ; 
Mollificat pectus, renum phlegmaqiie repellit. 
Clarificat visum zinziber saepe comestum, 
Humores siccat, cruorem de corde repellit, 
Auget calorem stomacho ; sic digerit escam. 
Zinziber expurgat stomachum, cerebrumque refortat 
Atque sitim pellit, juvenes quoque cogit amare. 



^M^ 



TROISIÈME PARTIE 



ANATOMIE 




NOMBRE DES OS, DES VEINES 

ET DES ORGANES. 

^^ EUX cent et dix-neuf os forment le corps 

[humain. 
Trois cent soixante-cinq veines baignent 

[son sein. 
Il a trente-deux dents et possède en partage 



Membrane, os, veine et chair, tendon, nerf, cartilage. 



NUMERUS OSSIUM ET VENARUM 

ET MEMBRORU.M OFFICIALIUM. 



NERVus et arteria, cutis, os, caro, glandula, vena, 
Pinguedo, cartilage, et membrana, tenontes : 
Hae sunt consimiles in nostro corpore partes. 
Ossibus ex dénis bis centenisque novenis 



164 



U Ecole de Salerne. 



Graisse et peau, chacun d^eux agent essentiel : 
Estomac, pied et main, tête et cœur, rate et fiel. 
Matrice, reins, vessie, et conduits hépatiques 
Accomplissent du corps les actes organiques. 



Constat homo, dénis bis dentibus et duodenis, 

Ex tricentenis decies sex quinque venis. 

Hepar, fel, stomachus, caput, splen, pes, manus et cor, 

Matrix et vesica sunt officialia membra. 








QUATRIÈME PARTIE 



PHYSIOLOGIE 



DE LA NATURE HUMAINE 

[| A nature à nos yeux présente : Tair, Thu^ 

[meur, 
Le corps, la fonction, le membre, la vi- 

[gueur 
Et la complexion. Joignez à ce partage : 
Le sexe différent, le teint, la forme et Page. 




RES NATURALES. 



RES naturales septem sunt : scilicet aer, 
Corpus, humor, opus, membrum, complexio, \4rius. 
Istis annexa dicuntur quatuor ista 
Esse : figura, color, ^tas, distantia sexus. 



i66 L'École de Salerne. 



DE LA PERFECTION DES SENS. 

L'animal passe l'homme en finesse des sens : 
Ainsi le fameux lynx a les yeux plus perçants; 
Du ciel fond le vautour à Podeur du carnage; 
Le loup d'exquise ouïe a Tinsigne avantage; 
Le singe pour le goût ne craint pas de rival ; 
Le tact de l'araignée au monde est sans égal. 

DES QUATRE HUMEURS DU CORPS HUMAIN. 

On trouve quatre humeurs dans le corps circulant 
L'atrabile et le phlegme et la bile et le sang. 
Le phlegme est formé d'eau, de terre l'atrabile; 
L'air entre dans le sang, et le feu dans la bile. 
Le sang coule et de l'air absorbe la chaleur: 
Le phlegme dans son cours a de l'eau la fraîcheur; 



PERFECTIONES SENSUUM. 

Vultur odoratu, lynx visu, simia gustu, 
Nos lupus auditu praecellit, aranea tactu. 

DE aUATUOR COMPLEXIONIBUS HUMORUM. 

Quatuor humores humano corpore constant : 
Sanguis cum choiera, melancholia quoque, phlegma. 
Terra melancholicis, aqua confert pituitse, 

Aer sanguineis, ignea vis cholerse. 
Humidus est sanguis, calet vis aeris illi ; 
Alget, humet phlegma, ac iUi vis fit aquosa ; 



Quatrième partie. — Physiologie. 169 



Par là semblable au feu, chaude et sèche est la bile ; 
Comme la terre, froide et sèche est Tatrabile. 

. DES GENS SANGUINS. 

Leur joviale humeur se lit sur leur visage : 

Cherchant avidemem bruit nouveau, commérage. 

Serviteurs de Vénus, de Bacchus favoris. 

Ils aiment les bons vins, les longs repas, les ris. 

Un embonpoint fleuri brille sur leur personne. 

Facile aux doux propos, leur langue s'abandonne. 

Leur esprit, à l'étude avec ardeur porté. 

Triomphe de Pobstacle aisément surmonté. 

Un motif sérieux pique seul leur colère; 

Généreux, souriant, d'aimable caractère, 

Sur leur ligure pleine éclate la gaîté. 

Et son frais vermillon respire la santé. 

Leur cœur, en chants joyeux exhalant son ivresse, 

A la bonté facile unit la hardiesse 



Sicca calet choiera ; sic est igni similata ; 
Melan ^ vero friget et desiccat quasi terra. 

SANGUINEI. 

Natura pingues isti sunt atque jocantes, 
Rumoresque novos cupiunt audire fréquenter 
Hos Venus et Bacchus délectant, fercula, risus 
Et facit hos hilares et dulcia verba loquentes. 
Omnibus hi studiis habiles sunt et magis apti. 
Qualibet ex causa non hos leviter movet ira. 
Largus, amans, hilaris, ridens, rubeique coloris, 
Cantans, carnosus, satis audax atque benignus. 

I. Apocope, pour melancholia. 

ÉCOLE. 10 



lyo L Ecole de Saleme. 



DES GENS BILIEUX. 

Leur caractère ardent, vif, fougueux, irascible, 
Sent de primer autrui le besoin invincible; 
Disciples prompts, zélés, et mangeurs complaisants, 
Leur taille longue pousse et croît en peu de temps. 
Brûlant de parvenir, leur esprit magnanime 
Des plus hautes faveurs cherche à gravir la cime. 
Leur cœur hardi, prodigue, à Tastuce est porté. 
Leur corps sec, grêle et jaune est chétif de santé. 

DES PHLEGMATIQUES. 

Grâce au phlegme, la taille est courte, large, épaisse ; 
Dans la veine stagnante il verse un flot de graisse; 
Pour l'étude sans goût, leur esprit sans désir 
Chérit du sommeil seul l'insipide plaisir; 



CHOLERICl. 

Est et humor choiera qui convenit impetuosis. 
Hoc genus est hominum cupiens praecellere cunctos : 
Hi leviter discunt, multum comedunt, cito crescunt ; 
lidem magnanimi sunt, largi, summa patentes. 
Versutus, fallax, irascens, prodigus, audax, 
Astutus, gracilis, siccus, croceique coloris. 

PHLEGMATICI. 

Phlegma vif os modicos tribuit, Litosque^ brevesque ; 
Phlegma facit pingues, sanguis reddit médiocres. 
OtiO) non studio, tribuunt, sed corpora somno ; 
Sensus hebes, tardus motus, pigritia, somnus ; 



Quatrième partie. — Physiologie. 17 r 

Ils s'y livrent entiers; leur triste intelligence 
S'engourdit et s^endort. Une froide indolence, 
Comme leurs sens glacés, éteint leur sentiment. 
Paresseuse est leur marche et lent leur mouvement. 
Ils crachent fréquemment. Sur leur face immobile 
Au teint blafard s'étale une graisse inutile. 

DES MÉLANCOLIQUES. • 

Marquons les traits distincts de la bile noirâtre : 
Elle rend l'humeur sombre, amère, acariâtre, 
Peu communicative; à Fétude assidu, 
L'esprit d'un doux sommeil n'est jamais détendu, 
Et couve ses projets d'une ardeur obstinée 
Qui d'éternels périls se rêve environnée. 
Leur humeur, envieuse et jalouse à l'excès. 
Rit des revers d'autrui, s'irrite des succès; 
Prompte à saisir, leur main à s'ouvrir est rétive ; 
Et la ruse se glisse en leur âme craintive. 



Hic somnolentus, piger, in sputamine multus ; 
Hebes ei sensus, pinguis faciès, color albus. 

MELANCHOLICI. 

Restât adhuc choieras virtutes dicere nigrae : 
Quae reddit tristes, pravos, perpauca loquentes ; 
Hi vigilant studio, nec mens est dedita somno : 
Servant propositum, sibi nil reputant fore tutum. 
Invidus et tristis, cupidus, dextrseque tenacis, 
Non expers fraudis, timidus, luteique coloris. 



172 V École de Salerne. 



DE LA PHYSIONOMIE SUIVANT L HUMEUR. 

De Phumeur le cachet sur la personne empreint, 
Si le phlegme domine, en blanc pâlit le teint; 
De sa pourpre le sang rougira le visage ; 
La bile sur le corps inscrit sa jaune image; 
De Tatrabile enfin la livide couleur 
Revêt le corps bruni de sa triste noirceur. 
Si le sang et le phlegme à Pembonpoint dispose, 
L"'atrabile au contraire et la bile morose 
Amaigrit et dessèche un corps exténué. 
Qu'elles craignent les maux d'un corps émacié; 
Que le phlegme et le sang combattent par avance 
Les ennuis d'une obèse et lourde corpulence. 

RÉCEPTACLES, DERIVATION ET EXPULSION DES HUMEURS, 

L'esprit, subtil fluide, au cerveau naît; l'humeur 
Vient du foie; et la vie est attachée au cœur. 



DE COLORIBUS SECUNDUM HUMORES. 

Hi sunt humores qui praestant cuique colores : 
Omnibus in rébus ex phlegmate fit color albus ; 
Sanguine fit glaucus, choiera rubea quoque rufus. 
Corporibus fuscum biiis dat nigra colorem ; 
Esse soient fusci quos bilis possidet atra. 
Istorumduo sunt tenues, alii duo pingues, 
Hi morbos caveant consumptos, hique repletos. 

RECEPTACULA, DERIVATIO ET EXPULSIO HUMORUM. 

Dat cerebrum spiritus, vitani cor, hepar humores, 
Nigra spleni choiera, dicatur sanguine vena. 



Quatrième partie. — Physiologie. 173 



La veine tient le sang; la rate, Tatrabile; 

Le phlegme est au poumon; la vessie 1 a la bile. 

Dans la veine circule et se purge le sang, 

Par l'urine au dehors le phlegme se répand, 

Par l'acide sueur s'évapore la bile 

Et par Tanus enfin s'échappe Tatrabile. 

Dans le foie engendré, grâce aux vaisseaux le sang 

Parcourt le corps nourri de son flot jaillissant. 

Dans un membre invalide une brusque influence 

De la rétention détruisant la puissance, 

Par les pores ouverts, lâche et glissant chemin, 

Entraînera l'humeur eii un membre voisin. 

Le chyle en Testomac, le chyme dans le foie 

S'engendre et de là suit une diverse voie. 

L'aliment digéré subit un triple sort : 

Sous forme d'excrément par Tintestin il sort. 

Une autre part s'écoule en urine liquide, 

L'autre nourrit le corps d'un sédiment solide. 



Pulmo phlegma capit, fel choleramque rapit. 
Sanguis per venas purgatur, phlegma veretro, 
Fel per sudores, sed melancholia rétro. 
Débile suscipiens, impellens forte, cadens vis 
Retentiva simul fragilis, via larga pororum, 
Sunt causse cur ab hoc menibro fluit humor in illud. 
Fit stomacho chylus, generatur in hepate chymus. 
Vis digestiva se purgat prima fsecando, 
Altéra mingendo, trina sedimen tribuendo. 

I. C'est la vésicule du fiel. 

10. 



iy4 V École de SaJerne. 



RAPPORT DES QUATRE ELEMENTS, 

DES QUATRE HUMEURS, DES QUATRE SAISONS 
ET DES QUATRE AGES DE LA VIE. 

Il règne évidemment certaine convenance 
Entre Pair et le sang, le printemps et Tenfance ; 
Il en existe aussi, le fait est non moins sûr, 
Entre le feu, Tété, la bile et Page mûr; 
L'harmonie apparaît entre Paride terre, 
L'automne, Tatrabile et la vieillesse austère ; 
L'eau, le phlegme et l'hiver offrent plus d'un rapport 
Avec l'âge caduc qui précède la mort. 

NATURE DES ELEMENTS HUMAINS. 

Des éléments l'essence ou pesante ou légère, 
D'un petit monde, l'homme, a fourni la matière : 
Le feu donna clarté, mobilité, chaleur ; 



CONSENSUS aUATUOR ELEMENTORUM, 

QUATUOR HUMORUM, QUATUOR ANNI TEMPORUM 
ET QUATUOR VIT^ tETATUM. 

Consona sunt aer, sanguis, pueritia, verque : 
Conveniunt ignis, sestas, choleraque, juventus ; 
Autumnus, terra, melancholia, senectus ; 
Decrepitus vel hiems, aqua, phlegmaque sociantur. 

ELEMENTORUM HUMANORUM NATURA. 

Aeris, ignis, aquae, terrae gravitas levitasque, 
Dum convenere, microcosmum constituere : 
Ignis fervorem, visu m, dat mobilitatem ; 







RAPPORT DU CORPS HUMAIN AVEC LES SIGNES 



DU ZODIAQUE. 



Quatrième partie. — Physiologie. i/y 

La terre lit la chair avec la pesanteur; 

L'air lui porta le vent, la voix, Todeur lointaine; 

L'eau transformée en sang circula dans la veine. 

RAPPORT DU CORPS HUMAIN ET DES SIGNES DU ZODIAQUE. 

Aux signes éclatants dont le ciel est paré, 

Dans ses membres divers Phomme s'est comparé. 

Comme lui, le Bélier lève sa tête fière; 

Le Taureau de son cou dresse la force altière; 

Des bras unis aux mains les Gémeaux ont le don; 

Du Cancer la poitrine enfle un large poumon ; 

Sur Testomac, les reins, le Lion veut Pempire; 

Sur le seul intestin la Vierge le désire ; 

La Balatice adopta fesses, côtés égaux; 

Le Scorpion Fanus, les membres génitaux; 



Externa carnem trahit et gravitatem ; 

Aer huic donat quod flat, sonat, audit, odorat, 

Gustum et olfàctum; humor est et sanguinis usus. 

PARALLELISMUS SIGNORUM CŒLESTIUM CUM PARTIBUS, 

Ut cœlum signis prasfulgens est duodenis, 

Sic hominis corpus assimilatur eis. 
Nam caput et faciem Aries sibi gaudet habere, 

Gutturis et colli vis tibi, Taure, datur. 
Brachia cum manibus Geminis sunt apta decenter ; 

Intima Cancer pectoris antra régit. 
Ast Léo vult stomachum, renés sibi vindicat ambos 

Atque intestinis Virgo prasesse cupit. 
Ambas Lihra nates, ambas sibi vindicat anchas, 

Scorpio vult anum, vultque pudenda sibi. 



lyS 10 École de Salerne. 

Sur les cuisses monté s^arme le Sagittaire ; 

Le Bouc sur les genoux saute non loin de terre ; 

Sur les jambes répand son urne le Verseau; 

A la plante des pieds les Poissons cherchent Peau. 

PROPRIÉTÉ PSYCHIQUE DES ORGANES. 

Le cœur a du savoir l'inestimable don ; 
La voix pour s'échapper réclame le poumon ; 
Du fiel naît le courroux qui brusquement éclate ; 
On aime grâce au foie, on rit grâce à la rate. 

DE LA VOIX. 

Il faut neuf instruments pour faire une harangue ; 
Deux lèvres, quatre dents, gosier, palais et langue. 



Inde Sagittarîus in coxis vult dominari, 

Amborum genubus vim Capricornus habet ; 

Régnât Aquario crurum vis apta decenter ; 
Piscibus est demum congrua planta pedum. 

ORGANORUM VIS PSYCHICA, 

Cor sapit, pulmo loquitur, fel commovet iram, 
Splen ridera facit, cogit amare jecur. 

VOCIS INSTRUMENTA. 

Instrumenta novem sunt : guttur, lingua, palatum, 
Quattuor et dentés, et duo labra simul. 



Quatrième partie. — Physiologie. 179 



DU FŒTUS HUMAIN ET DE SES PROGRÈS. 

Masse informe d'abord, embryon, puis fœtus. 
Dans les six premiers jours les germes sont conçus. 
Neuf jours changent en sang le blanchâtre liquide. 
Dans douze jours ce sang deviendra plus solide ; 
Dix-huit jours écoulés ébauchent un contour. 
Dont l'incessant progrès produit Fenfant au jour. 

DE LA RESSEMBLANCE DES ENFANTS AVEC LES PARENTS. 

Si de Tarbre à ses fruits on reconnaît la race, 
A son père semblable, un hls suivra sa trace. 



DE PROGRESSU FŒTUS HUMANI. 

Massa rudis primo, post embryo, postea fœtus. 
Conceptum semen sex primis crede diebus. 
Est quasi lac, reliquisque novem fit sanguis, et inde 
Consolidât duodena dies, bis nona deinceps 
Effigiat, tempusque sequens augmentât in ortum. 

DE SIMILITUDINE NATORUM CUM PARENTIBUS. 

Fructibus ipsa suis, quœ sit, dignoscitur arbor, 
Séepe solet similis filius esse patri. 



CINQUIEME PARTIE 

ÉTIOLOGIE 



SIGNES ASTROLOGIQUES 

ANS Péclatant Bélier quand la lune s'en- 

[gage, 
Garde qu'un fer ne touche aux poils de 

[ton visage, 
Ne porte pas tes soins sur la tête ; à la main 
Soustrais du sang; tu peux, sans crainte, entrer au bain. 
La lune du Taureau perçant Fespace immense, 
Plante, bâtis, confie à tes champs leur semence ; 
Que, du cou, le docteur éloigne un fer tranchant. 




SIGNA ASTROLOGICA. 

NIL caplti fades, Aries cum luna refulget ; 
In manu minuas et balnea tutius intres ; 
Non tangas nares, nec barbam radere debes, 
Arbor plantetur, cum luna Taurus habetur, 
iEdificare potes, et spargas semina terrae ; 
Et medicus timeat cum ferro tangere collum, 



Cinquième partie. — Etiologie. i8i 



Lorsqu'aux Gémeaux paraît le disque étincelant, 
La veine de ton bras au fer sera sacrée ; 
Accomplis dMn serment la promesse jurée ; 
Que le fer oublieux n'effleure ongle ni main^ 
Lorsque brille au Cancej" l'astre au retour certain; 
Poumon, poitrine ou foie obstinément refuse 
Du sang; des songes faux peuplent ta nuit confuse; 
Bois quelque doux breuvage; avec sécurité 
Achète, et suis sans peur un chemin redouté. 
De Fastre voyageur quand la lueur divine 
A frappé le Lion^ ne prends pas médecine; 
L'estomac alangui craint un festin pompeux, 
Et du vomissement le dégoût odieux; 
Laisse Thabit usé sans réparer Toutrage. 
Quand la Vierge aperçoit la lune à son passage. 
Livre aux champs leur semence; entre au lit, mais plus 

[tard ; 
Surtout à prendre femme apporte du retard ; 



Brachia non minuas, cum lustrât luna Gemellos ; 
Unguibus et manibus cum ferro curam neges, 
Nunquam pr£estabis a promissiojie petitum. 
Pectus, pulmo, jecur in Cancro non minuatur; 
Somnia falsa vides ; est utilis emptio rerum ; 
Potio sumatur; securus perge, viator. 
Cor gravât stomachum, cum cernit luna Leonem; 
Non sarcies vestes, nec ad convivia vades; 
Et.nil ore vomas, nec sûmes tune medicinas. 
Lunam Firgo tenet : uxorem ducere noli ; 
Detur agro semen, dubites intrare cubile; 

ÉCOLE. I I 



i82 UEcole de Salerne. 



D^onguents chirurgicaux tente un côté débile ; 
Pour ta maison néglige un chemin difficile. 
La lune traversant la Balance^ au repos 
Laisse fesses et reins et membres génitaux ; 
Ta santé s'applaudit de ce conseil austère. 
Quand Forbe à Thorizon profile sa lumière, 
Ou le Scorpion règne, il augmente le mal 
Des organes honteux; pour TOcéan fatal 
Sans toi que la nef parte ; oublie une blessure, 
Autrement la mort vient et ta ruine est sûre. 
Lorsque le Sagittaire a revu Tastre errant, 
De ton bras avec fruit s'écoulera le sang; 
Ainsi ton art déjoue une triste influence; 
D'un mauvais débiteur laisse en paix la créance ; 
Rase-toi hardiment, cherche les bains encor ; 
D'ongles et de cheveux retranche un vain essor. 
Aux genoux nuit le Bouc quand la lune l'éclairé ; 
Affermis ta santé par boisson salutaire , 



Costas unguentis tîntes curare chirurgis. 
Libra tenet lunam : nemo genitalia tangat, 
Et renés, nates; nec iter capere tentes, 
Extremam partem Libras cum luna tenebit. 
Scorplus augmentât morbos in parte pudenda ; 
Vulnera ne cures ; timeas ascendere naves ; 
Ne capias iter; caveas de morte ruinam. 
Luna nocet femori, per partes mota Sagitta; 
Phlebotomia prodest, sed débita qu^rere noli ; 
Rade caput ; minuantur brachia, balnea quœre ; 
Ungues et crinem poteris abscindere tute. 
Caper nocet genibus^ ipsa cum luna tenebit ; 



Cinquième partie. — Etioîogie. 183 

Des pieds endoloris diffère un traitement, 

Pour voyage lointain pars et ceins-toi gaîment ; 

Mordu par un serpent guérit vite un malade ; 

A temps plus favorable ajourne une ambassade. 

Quand la lune pénètre en Phumide Verseau^ 

De planter vient le temps : plante maint arbrisseau ; 

Dresse encor dans les airs les murs d^une tour haute ; 

Mais toucher à la jambe est une grave faute ; 

L'obstacle des chemins au but plus tard conduit. 

A travers les Poissons quand la lune poursuit, 

D'un remède trop vain n'irrite pas la goutte 

Qui tourmente tes pieds ; mets-toi sans peur en route ; 

Soigneux de ta santé, prends quelque potion; 

Du sein maternel sort un informe embryon. 

MOIS DANGEREUX DE LA GROSSESSE. 
Certains mois de grossesse à toute femme enceinte, 
Pleins de périls croissants, inspirent plus de crainte : 

Intrat anguis novis cito curabitur aeger ; 
Inducias timuit, nihilque durabit in ipso; 
Capere viam tutius est, potio sumpta salubris ; 
Plantas ne medices, legatos mittere noli. 
Aquarius lunam tenet : tune crura tangere cave ; 
Insère tune plantas ; excelsas érige turres ; 
Et si capis iter, ad locum tardius ibis. 
Piscis habet lunam : noli curare podagram ; 
Carpe viam tutus; fuit potio sumpta salubris; 
Embryo conceptus, epilepticus exit ab alvo. 

DE MENSIBUS 

PLUS L^DENTIBUS IMPR^GNATAS. 

Primus, post quartus^ post septimus, inde novenus, 



184 V Ecole de Salerne. 



Le premier, réprimant le flux liabituel, 
Atteste par la fièvre un trouble menstruel. 
Le quatrième mois plus encor la tourmente : 
Cet étrange désordre est la preuve vivante 
Du fœtus qui s'agite et montre qu^il est né. 
Dans le septième mois, comme un glaive obstiné. 
Il pèse lourdement et rampe, douce charge. 
Le dernier mois si dur du fardeau la décharge. 

CHOSES DÉBILITANTES ET DESSÉCHANTES. 

Aliments frits, salés, et boisson trop petite 
Affaiblissent le corps, qui sèche et périclite. 
Redoute encore un vin trop vert ou trop âgé, 
Veille aride, assidue, et travail prolongé ; 
D^un somme avant dîner fuis la douceur tentante 
Et des soleils d'été la chaleur accablante ; 



Quatuor hi menses plus vexant parturientes. 
Primo vexantur, cum menstma detineantur, 
Quae quia stringuntur, a febribus accipiuntur. 
Quarto vexari debent, quia vivificari 
Fœtum testatur, ita repperis unde gravetur. 
Septimus his mensis gravis est, quia jam velut ensis 
nias incidit graviter trepidansque resedit. 
Lsedit eas nonus, quo debent ponere onus. 

DEBILITANTIA ET DESICCANTIA. 

Débilitât et desiccat potus minus haustus, 
Permodicusque, et salsa cibaria, frixa, 
Ante cibum somnus, studium^ vinum veteratum, 
Et labor assiduus, et solis fervidus asstus. 



Cinquième partie. — Étiologie. 185 

Evite de saignée un déplorable excès, 
De chagrins, de soucis, les dangereux accès; 
Crains d'un amour trop vif la périlleuse ivresse, 
Et d'un jeûne obstiné la durable faiblesse. 

CAUSES DU BÉGAIEMENT. 

Abondance de fruits et salive indigente, 
Embarrassent la langue et la rendent plus lente; 
Trop de vivacité, l'effroi, l'égarement, 
Un vice naturel produit le bégaiement. 

EMBARRAS D'OREILLE. 

Excès d'amour, de table, et sel, vomissement. 
Bains, cris tumultueux, et trop vif mouvement, 
Le sommeil du repas trop voisin et l'ivresse. 
De l'oreille assourdie augmentent la faiblesse. 



Phlebotomia frequens, motus, immoderata libido, 
Et cura gravis, studium, jejunia longa. 

CAUSiE TITUBATIONIS. 

Impediunt linguam fructus, brevis humor, ineptus 
Victus, mens praeceps, mens peregrina, timor. 

IMPEDIMENTA AUDITUS. 

Balnea, sal, vomitus, Venus, repletio, clamer, 
Et mox post escam dormire, nimisque moveri, 
Ista gravare soient auditum, ebrietasque. 



i86 V École de Salerne. 



CAUSES DU TINTEMENT D'OREILLES. 

Sensation aiguë et chaleur étouffante, 
Marche précipitée et force défaillante, 
Coups à la tête, froid, chute ou vomissement, 
Ivresse, longue faim, causent le tintement. 

CAUSES DE LA DOULEUR D'OREILLES. 

Le vent, l'abcès, la faim, les coups et la chaleur 
Et les cris à Foreille apportent la douleur. 

HYGIÈNE DES YEUX. 

Veux-tu d'yeux délicats ménager la faiblesse ? 
Fuis les soupers joyeux et la nocturne ivresse ; 
Redoute la poussière et les vents, les bons vins. 
Les soucis et les pleurs, et l'amour et les bains. 



CAUSiE TINNITUS. 

Virtus defecta, vapor ulcerans, sensus acutus, 
Motus, longa famés, capitis percussio, casus, 
Ebrietas, frigus, tinnitum causât in aure. 

CAUSiE DOLORIS AURIUM. 

Ventus, apostema, dolor, famés, ictus et œstus, 
Atque clamor causse sunt quales quatuor ist^. 

NOCENTIA OCULORUM. 

Ista nocent oculis : nocturna refectio, potus, 

Pulvis, scriptura, fletus, vigilia, cura, 

Balnea, vina, Venus, ventus, piper, allia, fumus, 



Cinquième partie. — Étiologie. 1S7 

Poivre, ail, poireau, moatarde, oignon, fève et lentille, 
Soleil ardent, fumée, et feu vif qui pétille. 
Coup mauvais à la tête, et travail trop ardu. 
Aux heures de la nuit persistant, assidu : 
De ces dangers pour Toeil crains la lente menace. 
Crains la veille avant tout qui te brûle et te lasse. 
Bain chaud, coupe trop pleine et sommeil trop borné, 
De la chassie aux yeux crée un mal obstiné. 

CAUSES DE L'ENROUEMENT. 

Froid à la tête, noix, fruits crus, anguille, ivresse. 
Huile, de Tenrouement accroissent la rudesse. 

CAUSES DE LA FIÈVRE. 

La fièvre a pour principe un sang de veine impure. 
Des pores trop serrés, mauvaise nourriture. 



Porri cum csepis, lens, iletus, faba, sinapis, 
Sol, coitus, ignis, labor, ictus, acumina, pulvis. 

Ista nocent oculis : sed vigilare magis. 
Balnea fervida, pocula grandia, somnia pauca, 

H^c tibi lipposos perficient oculos. 

CAUS.E RAUCITATIS. 

Nux, oleum, frigus capitis, anguillaque, potus, 
Ac crudum pomum, faciunt hominem fore raucum. 

CAUSEE FEBRIS. 

Triplex causa febrem générât, custodit et auget. 
Ut putredo, pori constrictio, prava diceta. 



i88 V Ecole de Salerne. 

Emportement, ennui, froid vif, lourde chaleur, 
Bains secs, veille et bubon, long jeûne et dur labeur, 

MALADIES RÉSULTANT DES VENTS. 

La flatuosité dans le ventre est suivie 

De spasme, tournoiement, colique, hydropisie. 

EFFETS DE L'ABONDANCE DU SANG. 

L'excès d'un sang trop vif rougit la face humaine, 

Rend les yeux tout saillants, gonfle, élargit la veine, 

Et fatigue le corps épuisé de chaleur. 

Le pouls est plein, fréquent ; une vive douleur 

Appesantit le front ; le ventre se resserre ; 

La soif brûle un gosier que rien ne désaltère ; 

De rouges visions le sommeil est hanté ; 

Doux breuvage ou crachat se tourne en âcreté. 



Iras, tristitise, calor, algor, baliiea sicca, 
Fervor et esca, labor vigilans, jejunia, bubo. 

MORBI EX VENTOSITATE. 

Quatuor ex vento veniunt in ventre retento : 
Spasmus, hy drops, colica, vertigo : quatuor ista. 

ABUNDANTIA SANGUINIS. 

Si peccetsanguis, fades rubet, exstat ocellus, 
Inflantur venas, corpus nimiumque gravatur; 
Est pulsus frequens, plenus, mollis, dolor ingens 
Maxime fit frontis, fit constipatio ventris, 
Siccaque lingua, sitis, et somnia plena rubore, 
Dulcoradest sputi, sunt acria dulcia quaeque. 



Cinquième partie. — Etiologie. 189 



MALADIES PRODUITES PAR LE SANG. 

Synoque et pleurésie, et crachement de sang; 
Au corps tache rougeâtre et bouton large, ardent ; 
Après un temps fort long Tascite enfin mortelle, 
Tels sont les maux qu'enfante un sang vif et rebelle, 

EFFETS DE L'ABONDANCE DE LA BILE. 

Douleur de front cuisante et tintement d'oreille, 
Vomissement fréquent, langue âpre et longue veille, 
Soif vive, excréments mous, colique d'intestin 
Accusent de la bile un désordre certain : 
Dégoût, angoisse au cœur, tout mets semble insipide; 
Le pouls est grêle et dur, puis brûlant et rapide; 
La bouche est sèche, amère, et, sous les yeux, errants 
Voltigent en sommeil des feux étincelants. 



MORBI SANGUmiS. 

Pleuresis, synochus, hemoptois hinc generantur ; 
Pustula lata, rubens, sic synocha, morph^a talis, 
Ascitis si sit diuturna, repletio talis. 

ABUNDANTL\ CHOLÉRiE. 

Accusant choleram frontis dolor, aspera lingua, 
Tinnitus, vomitusque frequens, vigilantia multa, 
Multa sitis, pinguis egestio, torsio ventris. 
Nausea fit, morsus cordis ; languescit orexis ; 
Gravantis choler;s motus hgec signa sequuntur ; 
Pulsus adest gracilis, durus, veloxque, calescens ; 
Aret, amarescit, sitit os, tenebroso 



Contrahitur somnus ; incendia visio fingit. 



II, 



1^0 L'École de Salerne. 



A droite bat la tête, et Poreille bourdonne. 
A son ardent midi, quand le soleil rayonne, 
La bile s'allumant, sèche, embrase le corps; 
Du jour la troisième heure irrite ses efforts. 

EFFETS DE L'ABONDANCE DU PHLEGME. 

Quand le phlegme a du corps détendu la vigueur, 
Il ôte aux aliments leur ancienne saveur, 
Provoque les dégoûts, Tabondante salive, 
D^estomac et de flancs une douleur très-vive ; 
Le pouls rare, mou, lent, parfois ne se sent pas; 
Dans des songes trompeurs Teau jaillit sous les pas. 
Le phlegme refroidit la chaleur naturelle. 
Il déprave du goût Tinstinct sûr et fidèle : 
Du capricieux phlegme, esclave obéissant, 
Il devient tour à tour salé, doux et mordant; 



Pulsatur capitis pars dextra, buccinat auris ; 

Dum lucis médias librat sol igneus horas, 

Ipsa movet, quoniam lux tertia suscitât humor * . 

ABUNDANTIA PHLEGMATIS. 

Phlegma supergrediens proprias in corpore vires, 
Os facit insipidum, fastidia crebra, salivas, 
Costarum, stomachi simul, occipitisque dolores ; 
Pulsus adest gracilis, tardus, mollis, et iiianis ; 
Prcecedit fallax plantasmata somnus aquosus. 
Irritât et minuit nativi jura caloris ; 
Insipidum reddit gustum, plurimumque salivas. 
De salso salsus, de dulci phlegmate dulcis, 

I, Sans doute pour hiimorem. 



Cinquième partie. — Etiologie. 191 

La nuit est sans sommeil, et la vue émoussée ; 
La marche est lente, lourde, et la tête affaissée. 
Maîtresse à Tocciput, la douleur Tengourdit; 
L^humeur, la nuit, s'éveille et bouillonne et sévit. 

MALADIES OCCASIONNÉES PAR LE PHLEGME. 

Des nerfs paralysés-l'active médecine 
Préviendra le péril dont la mort est voisine : 
Pour vaincre et conjurer ces effroyables maux, 
A ton malade enjoins de longs et doux repos, 
Où sa force épuisée, oisive, refleurisse. 
Des climats tempérés Fhiver chaud et propice, 
Un air mou, pur et tiède, un exquis aliment 
Qui ranime sa force et son tempérament. 

EFFETS DE L'ABONDANCE DE L'ATRABILE. 

Lorsque la bile noire aux viscères domine, 
Lent et dur est le pouls, et ténue est Turine ; 

Et sit acetosus simili de phlegmate gustus. 
Visus hebes, motus tardus, pigritatio, somnus, 
Et sopitivus dolor occipitis comitatur. 
Humor phlegmaticus nocturnis sestuat horis. 

MORBI PHLEGMATIS. 

Proxima paralysis, nisi praecedat medicina : 
Excubat in foribus nervorum passio fera. 
Longa quies tali dominantur suspicione, 
Mollis hiems, senium, regio conformis et esca. 

ABUNDANTIA MELANCHOLLE. 
Humorum pleno dum f^x in corpore régnât, 
Ni^a cutis, pulsus durus, tenuisque urina, 



192 VÊcoh de SaJerne. 

L'inquiétude trouble un esprit tourmenté, 
Et de songes affreux un sommeil agité, 
Un éternel souci prend Tâme et la dévore. 
Bientôt d'aigres rapports, d'aigres crachats encore 
La bouche se remplit. D'un obscur tintement 
L'oreille gauche sonne ou d'un lent sifflement. 

MALADIES NAISSANT DE L'ATRABILE. 

L'oreille gauche tinte ; au corps la cachexie 

Survient ; plus tard, cancer, syncope, hydropisie, 

Manie, hémorrhoïde, éléphantiasis. 

Cet outrage éternel des traits qu'il a saisis : 

Le germe couve en toi du mal opiniâtre. 

Quand sur ta peau s'étale une tache noirâtre ; 

Lèpre ou gale s'attaque à ton corps irrité, 

Et de mélancolie il demeure affecté. 

Des aliments, saison, contrée, âge, habitude, 

Pour détourner ces maux, fais ta constante étude. 

Sollicitudo, timor, et tristitia, somnia tetra ; 
Acescens ructus, sapor et sputaminis idem, 
La^vaque pr^cipue tinnit, vel sibilat auris. 

MORBI MELANCHOLIiE. 

Ahuris laeva sonat, corpus patitur cacheciam ; 
Mania, cancer, hydrops, hcemorrhois hinc generantur ; 
Syncopis et sanies, elephantica fœda creantur. 
Hinc pars nigrescens hujus est meditatio pestis : 
Cancer, lepra, elephas, scabies, quartanaque febris, 
Atque melancholicus morbus de nomine dictus. 
Temporis, œtatis, morum, regionis, et esc^ 
Consule natnram, poteris prudentior esse. 



SIXIÈME PARTIE 



SEMIOTIQUE 



SIGNES DES iMALADIES 

A fonction lésée indique un mal latent, 
La tumeur ou Tenflure est un signe im- 

[portant, 
Comme aussi la douleur pongitive, inci- 

[sive, 

Errant par tout le corps, mobile, gravative ; 
En certains cas aussi le corps se remplissant 
D'une jaunâtre humeur, d'atrabile ou de sang; 
La matière vomie ou par le bas rendue, 
Le crachement fréquent, la sueur assidue, 




SIGNA MORBORUM. 

MoxsTRAT opus l:£sum, tumor egestum, dolor œgrum, 
Infligit, pungit, extendit, aggravât, errât, 
Sanguineus, croceus, juvenis, niger humor et aura. 
Sanguis et vomitus, ventris purgatio, sputum, 
Sudor, apostema, medico dant critica signa. 



1^4 L'École de Salerne. 

Enfin l'abcès caché, tous ces signes muets 
Parlent au médecin qu^ils ne trompent jamais. 
Veut-il, en homme expert, traiter la maladie? 
D^abord, chez son malade, il observe, étudie 
Tempérament, sexe, âge, habitudes, santé, 
Causes, symptômes clairs du mal, air habité. 

SIGNES DE GUÉRISON. 

D'un malade vois-tu renaître la gaîté, 

Le sentiment, la force et la vivacité, 

Le besoin d'action, le sommeil salutaire ? 

Le mal touche à son terme, et ta voix tutélaire. 

Hâtant la crise heureuse avec sincérité, 

Lui prédit son retour prochain à la santé. 

SIGNES TIRÉS DES YEUX. 
L'œil offre au médecin plus d'un signe fatal : 
D'un malade fiévreux il augurera mal, 

Haec a medico bis quinque notentur in ^gro : 
Consuetudo, genus, aetas, complexio, virtus, 
Aer et membrum, morbus, symptomata, causse, 

PROGNOSIS BONA. 

Vis, levitas, sensus, spiritus, mens, somnus et œtas 
Ista notanda prius, post hsec decoctio fluxus, 
Prsestant infirmis verissima signa salutis. 

PROGNOSIS EX OCULO. 

Hsec oculi signant, cum febre novem mala signa 
Peccant : animus i, tenebrse, coitus, minor al ter, 

I, Peut-être faut-il lire œstiis, 



Sixième partie. — Séiniotique. 195 

Si des yeux inégaux retombe la paupière, 
S'ils sont louches, sanglants, blessés par la lumière, 
Pâlissants, chassieux, obscurcis d'un brouillard. 
Dans l'orbite enfoncés, brûlants ou sans regard. 

SIGNES DE LA iMORT. 

D'un malade d'abord examine la face : 
Sur ses traits de la mort se trahit la menace. 
Elle approche, elle est là, lorsqu'en leurs cavités 
Ses yeux mornes, éteints, ou de sang injectés, 
Livides, clignotants, sous leur triste paupière 
Se détournent du jour et craignent la lumière. 
D'autres signes encore éclaireront tes yeux : 
Lui vois-tu le nez mince, un front sec, ténébreux, 
Une oreille engourdie, une tempe creusée, 
Des songes vagues, vains, traversant sa pensée, 
La fatigue accablant son immobilité. 
Une soif dévorante, et toute extrémité 



Sanguineus, pallens, lippus, tremulus, nimis œstus. 

SIGNA MORTIS. 

Prima tibi faciès occurrit, prima notetur, 
In se signa gerit, quibus œgri crisis habetur. 
Lumina si lateant, aut sint subfusa rubore, 
Signa mortis habent, vario distincta colore, 
Livida si fuerint, aut effugentia lumen. 
Hoc tibi désignât ventur^ mortis acumen : 
Auris pulpa rigens, frons arida, tempora plana, 
Naris acuta, labor in motu, somnia vana, 



196 L'Ecole de SaJerne. 

Prise d\m froid mortel : va-f en, Part est stérile ; 
A ceux qu'on peut guérir, porte un secours utile. 

AUTRES SIGNES DE LA MORT. 

A des signes certains un mourant se trahit : 
D'abord ses pieds sont froids, son front moite rougit ; 
Sa paupière retombe et lourdement s'abaisse ; 
L'œil gauche est larmoyant et le menton s'affaisse ; 
Dans l'oreille le son s'éteint, le nez pâlit ; 
Le mourant sent venir sa fin et la prédit. 
Le pouls bat haletant et double de vitesse. 
Le malade est-il jeune? une angoisse l'oppresse, 
Qui l'arrache au sommeil et le jour et la nuit ; 
Vieux ? s'il dort, le trépas pour jamais l'engourdit. 



Algor in extremis, calor et sitis interiorum. 
His visis abeas, curamque géras aliorum. 

SEMIOTICE MORIBUNDI. 

His signis moriens certis cognoscitur aeger : 
Fronte rubet primo, pedibus frigescit in imo ; 
Inde supercilium deponit, fine propinqua, 
Decidit et mentus, l^evus lacrymatur ocellus, 
Déficit auditus, nasus summotenus albet. 
Sponte sua plorans, mortis dum nunciat horas ; 
Antevenit pulsus decurrens propero nisu. 
Excubias patitur juvenis noctuque diuque, 
Sique senex dormit, désignât morte resolvi. 



Sixième partie. — • Sémiotique. 197 



SEMIOTIQUE DU POULS. 

Comme par sa couleur Turine se décèle, 
Ainsi le pouls mobile à ton doigt se révèle : 
Sa plénitude indique une abondante humeur, 
Son aridité sèche en marque la maigreur ; 
Un excès de chaleur hâte le pouls rapide ; 
Au contraire, le froid le rend sec et rigide; 
Le sang du pouls vivace accroît le mouvement, 
Plus grêle, avec la bile il marche activement ; 
Le phlegme paresseux avec la plénitude 
Lui donne sa mollesse et sa lente habitude. 
Des humeurs dans le pouls naît la variété, 
Où s'instruit la science avec sagacité. 



SEMIOTICE PULSUUM. 

Qualiter urinam dirimat forma coloris, 
Sic etiam pulsuum species et forma tenoris. 
Humorum non pulsum plénum déterminât esse, 
Ariditas vero subtilem dénotât esse ; 
Si calor abundat, pulsus citus esse notetur ; 
Causa quidem pigri, sic frigoris esse probatur. 
Sanguis habet pulsum plénum celeremque meatum, 
Felleus humor subtilem multumque citatum, 
Phlegma facit pulsum plénum quoque tarde meantem, 
Sed niger humor subtilem multumque morantem. 
Sicque, secundum quatuor humorum rationes, 
Pulsus habet motus, et certam cognitionem. 



1^8 L'Ecole de Salerne. 

SÉMIOTIQUE DE LA SAIGNÉE. 

Ces vers t'indiqueront par quelle expérience 
D'un sang tout frais versé s'éclaire ta science : 
Le sang qui de la veine en écume blanchâtre 
Jaillit dénote toux, douleur opiniâtre. 
Si d'un sang azuré le flot coule à tes yeux, 
C'est qu'au foie enflammé bouillonne un trouble 

[affreux. 
Sur le sang épaissi, quand le sérum surnage, 
Tu liras de la pierre un menaçant présage. 
S'il est sec, imprégné de diverses couleurs^ 
Comme une étoffe rude et teinte de rougeurs, 
Le malade est en proie à la paralysie. 
S'il distille de chair corrompue et flétrie, 
Un mal ronge, à coup sûr, l'épiderme et la peau. 



SEMIOTICE SANGUINIS AMISSI. 

Versiculos signa cernens quibus experimentis 
Emissus sanguis de venis ordine tali : 
Si cruor est albus hominis, quasi spuma, repertus, 
Tussim désignât, homini dolorque paratur. 
Qui si caeruleus sanguis fuerit speculatus, 

Est de fervore tune dolor in jecore. 
Sanguis prceterea si nare videtur in unda, 

Physicus hominem vultque pati lapidem. 
Si siccus sanguis fuerit, variique coloris, 
Et veluti pannus scripaticus ac rubeusque, 

Talem paralysis vexât ubique satis. 
Si sanguis putid;^ pellis dignoscitur esse, 
Intercutanea pestis ibi dominatur. 



Sixième partie. — Sémiotique. 199 

S'il est d'un rouge pur, si le sérum est beau, 
Dans la bonté du sang prends confiance entière. 
Si le globule y nage, il existe un ulcère. 
Le sang d'un pourpre riche, éclatant de santé, 
D'un corps marque la force et la virilité. 

SÉMIOTIQUE DE LA SUEUR. 

L'abondante sueur du malade exhalée 

Dénote une matière abondante, troublée, 

Fluide, intérieure et filtrant au dehors, 

Dont le départ soulage et raffermit le corps. 

Petite, la sueur apprend que la matière 

Sous autre forme sort par autre barrière ; 

Brûlante, la sueur marque un échauffement 

Ou quelque mal chronique; et froide, un mal dormant; 

Intermittente et rare, une douleur intense. 

Une humeur allumée en accroît la naissance. 



Si rufus, pulcher sit et unda pulchra parumper, 

Est talis sanus, non tibi sit dubium. 
Si natitant globuli, désignât ulcéra carni. 
Sanguis purpureus cito lenis, et undique spissus, 
Indicat hominem tibi mareni fore sanum. 

SEAIIOTICE SUDORIS. 

Multam materiam multus sudor notât segri^ 
Aut fluidam, sed in hoc naturam fortificatam : 
Paucus, contrariam, sed hanc alibi vacuatam ; 
Fervorem, calidus, notât aut morbum diuturnum ; 
Frigidus in lento ; dubius, parcens in acuto ; 
Sudor habet magis a calidis humoribus ortum ; 



200 U Ecole de Salerne. 

L'humeur acre produit une acre exhalaison, 

Et la crise bientôt, favorable ou non, 

Si du corps tout entier la sueur coule, espère ; 

Sort-elle uniquement d'un membre, elle est contraire; 

De la tête ou du cou, Tindice est alarmant ; 

Quand la syncope amène un engourdissement, 

Si la sueur alors distille, froide et fade. 

Elle entraîne la vie, et c'est fait du malade. 

SÉMIOTIQUE DE L'EXCRÉMENT. 

L'excrément tour à tour trop fréquent ou trop rare, 
Le défaut d'habitude est un mal qui prépare 
De fâcheux résultats : épais, gras et visqueux, 
Il marque la faiblesse ; il dénote, glaireux, 
L'échauffement, les vers ; approuvez-le jaunâtre, 
Ou parle phlegme teint d'une couleur blanchâtre ; 



Humores fœtens corruptos signât ubique ; 
Sudor laudatur, crisis quaelibet habeatur : 
Universalis bonus est, sed particularis, 
Vel si capite fit, vel collo desuper adsit, 
Ipse loco morbi malus est, si syncopis adsit. 
Vitam detexit, si sudor frigidus exit. 

SEMIOTICE STERCORIS. 

Si stercus passim nimium aut magis ratione, 
Tempore non solito si fit, dépravât utrumque ; 
Crassum vel pingue, viscosum, membra resolvit ; 
Venter spumosus lumbricos, caumata signât ; 



Sixième partie. — Sémiotique. 201 

Mais, si d^un vert noirâtre il paraît à vos yeux, 
Du trépas imminent c'est le signe odieux. 

SÉMIOTIQUE DES VENTS. 

Un vent qui sort sans bruit est de meilleur présage 
Qu^un vent retentissant qui s'échappe avec rage; 
S'il n'est pas spontané quand il fuit sa prison, 
Il marque ou la douleur ou bien la déraison. 

SÉMIOTIQUE DU SOMMEIL. 

Le sommeil de la nuit est d'excellent présage, 
De la bonne santé c'est l'ordinaire gage ; 
Son absence dénote un esprit tourmenté, 
Ou de vives douleurs un malade agité. 
Aux heures de la nuit le sommeil salutaire 
S'étend même avec fruit quand renaît la lumière ; 



Et subcitrinum, laudabile ; phlegma dat album. 
Si livens, viride, nigrum, de morte figurât. 

SEMIOTICE VENTOSITATIS. 

Ventulus absque sono figurât meliora sonore ; 
Pessimus inclusus, nisl claustris sponte fit usus ; 
Bombus non sponte phrenesim notât atque dolores. 

SEMIOTICE SOxMNI. 

Somnus nocturnus et curtus est bonus usus, 
Sed.nil dormire phrenesim notât atque dolores. 
Somnus conveniens nocturnis competit horis, 
Et si mane, valet ; sed nil dormire, fluoris 



202 L'Ecole de Salerne. 

Mais si, quand on Tinvoque, il s'enfuit, malheureux. 
Tremble, la mort approche ou quelque mal affreux. 
Le sommeil, partageant au corps sa nourriture, 
Rajeunit Tâme, y verse une clarté plus pure. 
D'une vigueur nouvelle y rallume les feux ; 
Les membres, assouplis dans un repos heureux, 
Se raniment ; le corps rasséréné digère, 
Et, frais retrempé, goûte une paix entière. 

EXAMEN DE L'URINE D'UN MALADE. 

Veux-tu que le docteur à loisir l'examine, 
Qu'un flacon transparent garde au matin l'urine, 
Fraîche, entière, avant l'heure où tu prends ton repas. 
Dès que luit le soleil, ne la transvase pas. 
De crainte que le jour, la chaleur ne l'altère. 
Conserve d'autre part la solide matière, 



Est sigiium, mortis, intensi sive dolorls. 
Digerit, impinguat, animi calidumque vigorat ; 
Hinc mens clarescit, requiescunt corpora quando, 
Vires confortât ; dissolvit, digerit escas, 
Appétit et gaudet, préservât, digerit, ardet. 

CONDITIONES URIN^ INSPICIEND^E. 

In vitro puro mane totalem collige sane, 
Non transmutetur, radians sol quando videtur ; 
Dum quis prospiciat, itei-'ato non calefiat ; 
Adsit tota, recens sit, et ante cibum videatur, 
Et ductus ventris absit, tamen esca notetur. 



Sixième partie. — Sémiotique. 203 

Ou note raliment que ton repas t'offrait. 
L'urine en Phomme un peu plus épaisse apparaît. 
En trois couches l'urine au vase se partage, 
Qui sont : énéorème, hypostase et nuage. 
De l'urine souvent Findécise couleur 
Trompe Fart exercé, Toeil instruit du docteur : 
Qu'aucun mot hasardé n'échappe de sa bouche. 
Sans que son œil savant ait percé chaque couche ; 
Sur des indices faux autrement il se perd, 
Mais un juste examen et le guide et le sert. 
Il vérifie ainsi la loi toujours constante. 
L'exacte autorité que l'urine présente ; 
Et d'un secours fidèle emprunte un grand crédit, 
Dont s'accroît la science et dont l'art s'applaudit. 



De prope spissa magis hominis minctura videtur, 
Nec liquor est alius cui talis régula detur. 
Urinse fundo, medio, summo tria constant : 
Hypos. ene. nephel. ^ sedimen genus omnibus istis. 
Dant contenta fidem, fallit color et liquor artem ; 
Tu quoque cuncta vide, nec profer verba repente ; 
Scepius artificem deludit forma coloris, 
Et fraudât plerumque fidem censura liquoris. 
Est in contentis rata lex, descriptio trita, 

Judicii constat régula recta fide, 
Caeterum postponens nature conscius Auctor 

Huic Hippocras vim scientia fîrma trahit. 

î. Hypostasis . . é eneorema... nephele (nebula). 



204 L'Ecole de Salerne. 



DE LA COULEUR DE L'URINE SUIVANT LES 
QUATRE TEMPÉRAMENTS. 

Si d'un sang abondant l'urine se colore, 

Une teinte rougeâtre, y dominant, la dore 

Et l'épaissit; le fiel, dans l'urine versé, 

Y répand du citron le jaune peu foncé : 

Le phlegme rend Turine épaisse et blanchissante ; 

L'atrabile la rend et blanche et très-coulante. 

Mais une urine saine, indiquant la santé, 

N'ajoute à sa couleur aucun ton emprunté. 

SIGNES DE LA CONCEPTION D'UN GARÇON 
ou d'une fille. 

Observe l'excrément de la future mère, 
Le sexe de l'enfant te livre son mystère : 



DE CONDITIONIBUS URIN^ SECUNDUM aUATUOR 
COMPLEXIONES. 

Qualibet urina si sanguis iiiundat abunde, 

Apparent crassae, rubeo dominante colore ; 

Si fel subtiles, citrique colore nitentes ; 

Phlegma quidem grossas, nec non déterminât albas ; 

At niger humor eas subtiles reddit et albas, 

Ast sanse quœ sunt, nil taie videntur habere. 

SIGNA CONCEPTUS MARIS VEL FEMIN^E. 
In muliere patens, atomosa, solutio pingùis, 



Inferius residens amidi quasi lotio, si post 



X 



Sixième partie. — Sémiotique. 205 

S'il est épais, rougeâtre^ arrondi, gras, visqueux, 
Si l'urine abandonne un dépôt granuleux. 
En globules formé, cet enfant sera mâle ; 
Femelle, si tu vois l'excrément plat et pâle. 

TROUBLE DE LA VESSIE MARQUÉ PAR LE SANG. 
Si la vessie émet quelques gouttes de sang, 
La vessie et Tanus éprouve un mal cuisant, 
Une douleur poignante ; en s'écoulant, Turine 
Irrite et mord le bout de la dorsale épine. 

SÉMIOTIQUE DU LAIT DE FEMME. 
De la future mère interroge le lait : 
Le sexe de l'enfant y trahit son secret. 
De la mamelle pleine exprime quelque goutte. 
Qu'un marbre ou que ton ongle accueille dans sa route, 
Si la goutte en tombant forme un cône bien pur, 
Mâle naîtra Tenfant : crois un oracle sûr. 



Exiguum tempus fiât simul imâ globata, 
Et sint subrubeee partes, fsecesque rotund^^ 
Monstrat quod mas sit conceptus ; si magis albse, 
Cum forma plana, quod femina concipiatur. 

SÎGNA SANGUINIS ATTESTANTIS VlTIUM VESICiE. 

Si cruor ex vitio vesicse funditur, ergo 

Et prope vesicam gravitas semitur, et anum, 

Et finem spinse pungit minctura fiuendo. 

SEÎvIIOTICE LACTIS FEMINEL 

Conceptum maris insinuât concretio lactis 

Cujus gutta cadens in marmore, vel super unguem, 

Ducitur in conum, nec defluit in latus ullum. 

ÉCOLE. 12 



SEPTIEME PARTIE 

PATHOLOGIE 




CHOSES A EVITER 

LUS le mal est pressant, plus l'art doit 

[réagir ; 
L'art prévient mieux le mal qu'il ne sait 

[le guérir. 
Air,reposetsommeil, plaisirs et nourriture 
Tiennent l'homme en santé, goûtés avec mesure : 
De ces biens innocents l'abus fait un poison 
Qui ravage le corps et trouble la raison. 

DES CINQ SOURCES DES MALADIES. 

Cinq principes divers engendrent nos fléaux : 
Un sang trop allumé d'abord cause nos maux; 



RES INNATURALES. 

ARS prius insurgat in causam, quo magis urget. 
Aer, esca, quies repletio, gaudia, soninus : 
Hœc moderata juvant, immoderata nocent. 

DE aUINQUE MODIS MORBORUM. 

Quinque modis morbi fiunt : de caumate primus ; 
Corporis ac animae commotio magna secundus ; 



Septième partie. — Pathologie. 207 

Puis un trouble profond et du corps et de F âme ; 
Comme un soleil ardent l'acre aliment enflamme ; 
Trop large ou trop étroit au corps un vaisseau nuit, 
L'humeur putride enfin nous ronge et nous détruit. 

GENRES DE MALADIES. 
De trois sortes de maux le corps est irrité, 
Soit vice des tissus, soit organe affecté. 
Défaut simultané des tissus, de l'organe : 
Notre complexion au premier mal condamne. 
D'un organe incomplet le second mal naîtra, 
Et d'un commun défaut le troisième viendra. 

MALADIES HÉRÉDITAIRES. 
La morphée et la teigne et la goutte du pié, 
La lèpre, la phthisie enlevant sans pitié, 
La gravelle, tels sont les maux héréditaires, 
Que lègue à leurs enfants la faiblesse des pères. 

Ut calor est solis, sic tertius est cibus acris ; 
Quartus adest intra cum sit via larga, restricta, 
Quintus ut in putridis humoribus ex febre factis. 

GENERA MORBORUM. 

Très sunt, non plures, in nostro corpore morbi : 
Morbus consimilis, communis et officialis. 
Morbum consimilem causât complexio prava ; 
Si caret officie, morbum facit officialem ; 
Morbus communis sit, si peccabit utroque. 

MORBI H.EREDITARII. 
. Morphsea cum lepra, tinea, phthisis atque podagra. 
Haec in senibus, ut calculus, h^reditantur. 



HUITIÈME PARTIE 

THÉRAPEUTIQUE 



UTILITÉ DE NOTIONS THÉRAPEUTIQUES. 

E lecteur avec fruit prend quelque con- 

[naissance 
Des soins que peut donner sa modeste 

[science : 
Au malade toujours un retard est fatal, 
Le mal secouru vite épargne un plus long mal. 

TISANE. 

Prescris à ton malade, en tisane, un breuvage 
Qui guérisse son mal ou du moins le soulage. 




UTILITAS THERAPEUTICiE. 

EXPERIMENTA notes, minime reprobanda legenti, 
Per quœ quisque potest curam conferre dolenti, 
Si tune in primis instet adhibere juvamen ; 
Nam diuturna mala pariunt penetrale gravamen. 

PTISANA. 
Ptisana cum datur sicut decet, alleviatur 



Huitième partie. — Thérapeutique. 209 

Accablé de langueur, s'il va s'affaiblissant, 
Écarte de sa lèvre un remède impuissant. 

DE LA SATISFACTION DES DÉSIRS DU MALADE. 

Du malade parfois le désir effronté 
Réclame quelque objet contraire à sa santé. 
Plutôt que de heurter son esprit irritable, 
Satisfais, même à tort, un caprice blâmable. 
Parfois il s^applaudit de téméraires vœux, 
Et digère aliments réputés dangereux. 
S'il déplaît, en revanche^ un utile breuvage 
Est rejeté souvent avec dégoût et rage. 

DIÈTE DU MALADE. 

Au temps du paroxysme, où la fièvre est aiguë, 
Prends de manger, de boire une part exiguë. 



Tune dolor, ac alla procréât aut commoda multa. 
Ptisana vitetur, si virtus debilitetur. 

DE SATISFACTIONE APPETITUS iEGROTL 

Qu£e petit aegrotans, quamvis contraria, dentur : 
Tune natura viget potius, cum vota replentur. 
Saepe fit horrori stomacho quod dulce dolori. 

DliETA .EGROTANTIUM. 

Tempore quo febris summe sentitur acuta, 
Potus et esca simul tenuissima sint tibi parta. 

12. 



210 L École de Salerne. 



SOINS A PRENDRE QUAND ON SE PURGE. 

Évite le sommeil, évite le manger, 

Ou d'un purgatif pris redoute le danger ; 

La bouche le vomit, s'il languit dans la bouche. 

Crains la fatigue encor, Pair libre qui te touche, 

Les rapports nauséeux. Contre un mal opposé. 

Le remède astringent est d'un usage aisé. 

TEMPS ou l'on ne DOIT PAS PRENDE MEDECINE. 

Si le jour est brûlant, s'il vente ou s'il bruine, 
S'il neige, garde-toi de prendre médecine, 

PRÉCAUTIONS DU MEDECIN PRESCRIVANT UNE MÉDECINE. 

A son malade avant de donner médecine, 
Le docteur vigilant avec soin examine 



DUM aUIS LAXATUR. 

Edere, dum laxat, vitandum, somnus et absit. 
Aur^ temperies, motus, vomitus repfimantur, 
Laxativa vomit venter, dum languet in ore. 
Stypticus oppositus usus levitas in medicina, 
Oppositis curis vomitum laxare videbis. 

QUANDO MEDICINA NON DARI DEBET. 

Si calor est nimius, ventus, vehemensque pruina, 
Nulla débet penitus purgans dari medicina. 

DISPOSITIONES AD MEDICINAN CAPIENDAM. 

Ante datam medidnam debent multa videri : 



Huitième partie. — Thérapeutique. 211 



De l'estomac le vide ou la réplétion, 
L'état du corps entier et la digestion, 
L'usage du malade et le mal qui l'oppresse, 
Et du médicament la force ou la faiblesse. 

INTROMISSION D'OBJETS DIVERS. 

L'algalie à la verge, à l'anus le cly stère, 
La seringue à l'oreille, aux femmes le pessaire, 
La tisane à la bouche, au nez son instrument. 
Et pour les yeux enfin le collyre calmant. 

POUR FORTIFIER CERTAINS ORGANES. 

Le spode au foie est doux; le câprier se flatte, 
Ses racines aidant, d'épanouir la rate ; 
La réglisse amollit un poumon irrité. 
Et le macis ranime un cœur débilité ; 
Que Tamer galanga lui donne son écorce, 
L'estomac affaibli recouvrera sa force ; 



Corpus, materia, cibus, et digestio, victus, 
Stomachus et venter, usus quoque, vis medicinae 

INTROMISSORIA. 

Anum clystere purgat, pessaria vulvam ; 
Algalia virgam, syringa convenit auri ; 
Naso nastale, sed potio convenit ori ; 
Visui collyrium pro certo dicitur esse. 

GAUDIUM MEMBRORUM. 

Pulmo liquiritia, mace cor, stomachusque galanga, 



212 L Ecole de Salerne. 

Le musc aromatique excite les cerveaux, 
Et le satyrion les membres génitaux. 

ANTIDOTES. 

Poire, noix ou radis, ail, rue ou thériaque, 
Est, au mortel poison, bon alexipharmaque. 

DU RÉGIME EN TEMPS DE PESTE. 

Evite et fuis l'amour, les malades, les bains ; 
Bois un vin généreux, prends des aliments sains. 
Que ce vin soit trempé d^une eau limpide et pure ; 
Ajoute du vinaigre à toute nourriture ; 
De myrrhe et d'aloès fais des bols odorants; 
De vinaigre au matin frotte tes mains, tes dents ; 



Gaudet hepar spodio, splen cappare, cerebrum moscho ; 
Membra quidem veneris congaudent satyrione. 

AKTIDOTA. 

Allia,nux, ruta, pyra, raphanus et theriaca : 
Haec sunt antidota contra mortale venenum. 

REGIMEN TEMPORE PESTIS. 

Devita coitum, infirmos, balnea, fructus ; 
Sit cibus atque tuus bonus, et vinum tibi potus : 
Illud sit vinum puro quoque flumine mixtum ; ■ 
Adde ciboque tuo, cum prandes, semper acetum. 
Ex aloe myrraque, croco fit pilula firma*: 
Mane laves vultuni, dentés, manus per acetum ;: 



Huitième partie. — Thérapeutique. 213 

Sans qu^il en tombe aux yeux, frotte-en ta figure. 
De pain brûlé parfume une atmosplière impure. 
Ta main qui le retient prend-elle une couleur 
Verdâtre, à Tinstant saigne ou crains un mal trompeur, 
La docilité seule échappe au mal funeste : 
Noix fraîche, figue, rue et muscat, de la peste 
Eloignent le fléau ; pris à jeun le matin, 
Ils écartent du corps le redouté venin. 

DE LA SAIGNÉE. 

Un abondant esprit s'échappe avec le sang; 
Mais bientôt le vin bu le rend plus abondant. 
Et Taliment répare avec profit la perte 
Du sang qu'avait à flots versé la veine ouverte. 
La saignée aux yeux donne un lustre tout nouveau, 
Ranime la mémoire, éclaircit le cerveau, 



Sed caveas oculos ne tangas, nam nocet illis. 
Assatum panem perarctum, propter odorem, 
In manibus serves, sed si fuerint tibi glaucae, 
Sanguine te minuas, infectum teque noscas. 
Sic pestem fugies, hanc formam si bene serves. 
Nux, ficus et ruta, muscatum, quatuor ista. 
Jejune sumpta, depellunt quseque venena. 

PHLEBOTOxMIA. 

Spiritus uberior exit per phlebotomiam, 
Sj^îritus ex potu vini mox multiplicatur, 
Humorumque cibo damnum lente reparatur. 
Lumina clarificat, sincerat phlebotomia 
Mentes et cerebrum ; calidas facit esse medullas. 



214 L'École de Salerne. 

D'une douce chaleur elle échauffe la moelle, 
Purge les intestins et le ventre rebelle, 
Calme en le dégageant l'estomac irrité, 
Rend aux sens rafraîchis vigueur et netteté, 
Donne à la voix plus souple une heureuse mollesse, 
De l'oreille flexible aiguise la finesse. 
Apaise anxiétés, colère, ennuis, dégoûts, 
Abrège le sommeil plus facile et plus doux. 

ÉPOQUES DE LA SAIGNEE. 

Septembre, Avril et Mai sont les mois qu'on préfère ; 
Mais chacun de ces mois renferme un jour contraire. 
Règle-toi sur la lune : en mai, crains le premier; 
En septembre, en avril, redoute le dernier. 
En ces jours, médecine ou saignée est proscrite. 
Tout voyage ajourné, la chair d'oie interdite. 



Viscera purgantur ; ventrem, stomachumque coercet 
Puros dat sensus, dat somnum ; tcedia tollit ; 
Auditus, vocem, vires producit et auget. 
Auditus aperit, memorem reddit, leviorem 
Vocem producit, acuit sensum, minuitque 
Somnos, amollit iratos, anxia tollit, 
Taedia subvertit, oculorum curât aquosos. 

TEMPORA PHLEBOTOMI^. 

Très insunt istis, Majus, September, Aprilis, 

Et sunt lunares, sunt velut hydra, dies ; 
Prima dies primi, postremaque posteriorum, 
Nec sanguis minui, nec carnibus anseris uti ; 



Huitième partie. — Thérapeutique. 215 



Sur l'heure, fais saigner, que tu sois jeune ou vieux, 

Ta veine que corrompt un sang trop vicieux. 

D'un sang trop abondant vois-tu s'enfler ta veine, 

N'importe en quel mois, ouvre une veine trop pleine. 

Jupiter et Vénus approuvent ton dessein, 

Saturne ou Mars sur toi jette un regard malin. 

Mercure et le Soleil par leur triste influence 

Donnent à la saignée une douteuse chance. 

La fête de saint Pierre, avec le frais printemps, 

Est toujours, en revanche, un favorable temps. 

Urbain ouvre l'été, Symphorien l'automne ; 

La fête des deux saints pour la saignée est bonne. 

Inaugurant l'hiver, saint Clément est fêté ; 

Saint Vit, sainte Lucie au solstice d'été, 

Au solstice d'hiver, reçoit un double hommage ; 

Du jour et de la nuit l'équitable partage 

Revient, quand saint Lambert, saint Grégoire est fêté; 

Pour te saigner, choisis un jour si respecté. 



Nec iter arripitur, nec medicina datur. 
In sene vel juvene, si venae sanguine plense, 
Omni mense plante valet incisio ven^. 
Incidunt venas morboso sanguine plenas. 
Jupiter et Venus bona sunt, Saturnus Marsque maligni : 
Sol et Mercurius cum his nam sunt médiocres . 
Ver Petro detur, xstas exinde sequetur ; 
Hanc tenet Urbanus, autumnum Symphorianus ; 
Festum Clementis caput est hiemis venientis ; 
Vitus, Lucia sunt duo solstitia viva ; 
Lamber, Gregorii nox est adcequata diei. 
Credo quod ignoret medicorum concio tota, 



21 6 V Ecole de Salerne. 

L^astrologue Alpharame et le grand Ptolémée, 
Ajax le Sabéen, d^illustre renommée, 
Dotent Part médical d'un précepte fort net 
Qu"'ignore des docteurs le savoir incomplet : 
Douze membres à Thomme étant donnés, limite 
Pour chacun la saignée à Pépoque prescrite. 

JOURS LUNAIRES FAVORABLES OU CONTRAIRES 
A LA SAIGNÉE. 

Bon, le septième jour à propos se choisit ; 

Le cinquième est funeste et de fiel te remplit ; 

Le neuvième, abstiens-toi sous peine de la vie ; 

La saignée, au dixième, est de regrets suivie; 

Le quinzième est propice et brille au premier rang ; 

Tu perds, vingt-quatrième, et la vie et le sang ; 



Cum bis sex hominum membris sint tributa, 
Summopere prohibet Alpharamus, Ptolemseus, 
Astrologi summi, nec non Ajaxque Sabaeus, 
Ut non Isedantur membra, quando respiciuntur. 

TEMPORA fHLEBOTOMI^ AD LUNAM. 

Septima quando datur, tua tune vena minuatur ; 
Quinta nocet, mira vacuatis omnibus ira ; 
Ne careas vita, nonam, quasi toxica, vita ; 
Qui quœrit venas huic dat lux décima pœnas ; 
Sub quintadecima sanguis teneat loca prima ; 
Tela neci porta, vibrât vicesima quarta ; 
Non linquit totos vicesima quinta minutos ; 



Huitième partie. — Thérapeutique. 217 

Le vingt-cinquième laisse une atteinte mortelle. 
Que la lune décroisse ou bien se renouvelle, 
Si le cinquième jour n'est pas encore né, 
Ou si le vingt-cinquième a déjà décliné, 
De son sang appauvri ne prive point ta veine. 
Ménage aussi ton sang lorsque la lune est pleine ; 
Sinon, quand son flambeau brille en sa nouveauté, 
De la ventouse alors s'offre Futilité. 

NÉCESSITÉ DE LA SAIGNÉE. 

Si, jeune homme ou vieillard, de sang ta veine abonde, 
Ne tarde pas d'un jour à répandre son onde. 
Toute heure est favorable et tout mois précieux 
Qui prévient la pléthore et son trouble odieux. 



Ante diem quintam et post vicesimam quintam 
Lunse crescentis vel decrescentis abinde, 
Venae parcantur, quia corpus debilitatur. 
A te vitanda, quasi mors, est phlebotomia. 
Non minuas, nisi luna sit quinque dierum ; 
In luna plana non tangatur tibi vena, 
Sin in momento novitatis : scire mémento ; 
Sed ventosarum vobis ita compatit usus. 



TEMPUS NECESSITATIS. 



Si sanium atqua juvanta sit, si sanguis abundat, 
In sene vel juvane, si vanae sanguine plenae, 
Omni mensa bene confart incisio venee. 

ÉCOLE. 15 



21 8 L'Ecole de Saler ne. 



DES MOIS ou L ON DOIT SAIGNER. 

Veux-tu vivre longtemps, choisis un mois propice, 
Avril, Septembre ou Mai, pour que ton sang jaillisse, 
La Saint-Barthélémy, la fête de Martin, 
De Philippe ou de Biaise, et ta vie est sans fin. 

CAS ou LA SAIGNÉE EST PROSCRITE. 

Un tempérament froid, climat froid, douleur vive, 
Enfance délicate et vieillesse inactive, 
L'estomac d'aliments et de boisson rempli. 
D'un long mal tout le corps languissant, affaibli. 
Amour ou bain récent, estomac trop sensible. 
Proscrivent la saignée et la rendraient nuisible. 



TEMPUS ELECTIONIS. 

Hi sunt très menses, Majus *, September, Aprilis 
In quibus eminuas, ut longo tempore vivas. 
Martini 2, Blasii, Philippi, Bartholomasi 
Venas praecidas, ut longo tempore vivas. 

PROHIBENTIA PHLEBOTOMIAM. 

Frigida natura, frigens regio, dolor ingens, 
Post lavacrum, coitum, minor aîtas atque senilis, 
Morbus prolixus, repletio potus et escse ; 
Si fragilis vel subtilis sensus stomachi sit, 
Et fastiditi, tibi non sunt phlebotomandi. 

I. Alii febnius pour febriiarius. — 2. In festo S. Martini, 
2 novemb.; S. Blasii, 3 februar.; S. Philippi, i maii; S. Bar- 
tholomaei, 24 august. 



Huitième partie. — Thérapeutique. 219 

DE LA PIQURE DE LA VEINE. 

Fais la piqûre large, et plus libre le sang, 
Plus abondant Tesprit s^élance en jaillissant. 

PRÉCAUTIONS A PRENDRE APRES LA SAIGNÉE. 

Quand de ton sang versé le flot vient de tarir, 
Jusqu"'à la sixième heure abstiens-toi de dormir : 
Les vapeurs du sommeil irritent la blessure. 
Redoute auparavant la profonde coupure 
Qui des nerfs délicats trancherait les ressorts. 
Ne va pas à l'instant de mets charger ton corps ; 
Surtout des aliments écarte le laitage. 
Et de ta lèvre avide éloigne tout breuvage. 
D'un refroidissement le danger trop certain 
Te défend d^affronter Tair humide et malsain. 



PLAGA VENiE. 

Fac plagam largam mediocriter, ut cito fumus 
Exeat uberius, liberiusque cruor. 

cautel.ï; post phlebotomiam. 

Sanguine subtracto, sex horis est vigilandum, 
Ne somni fumus l^edat sensibile corpus. 
Ne nervum lasdas, non sit tibi plaga profunda. 
Sanguine purgatus, non carpas protinus escas. 
Omnia de lacté vitabis rite, minute ; 

Et caveat potum phlebotomatus homo. 
Frigida vitabis, quse sunt inimica minutis ; 
Interdictus erit minutis nubilus aer : 



220 LEcole de Salerne. 



Ta chaleur que dissipe et Pair et la lumière 

Fait d^uii entier repos un besoin nécessaire. 

Tout frais de la saignée, évite, au premier jour, 

De céder au sommeil, de céder à Famour ; 

Cherche un doux entretien sans débats ni colère ; 

Bannis loin de tes yeux Téclatante lumière ; 

Et d^un repas frugal mange modérément. 

Le second jour aussi veut du ménagement, 

Le suivant plus encor ; vienne le quatrième. 

Le vin, la bonne chère, et Tamour, Famour même. 

Par des plaisirs plus vifs combleront tes souhaits ; 

Mais crains de les gâter par un coupable excès. 

Les plaisirs innocents que ce jour autorise. 

Aux moines sont proscrits par la rigide Église. 

EFFETS DE LA SAIGNEE. 

Dissipant de Famour la turbulente ivresse. 
Elle éteint la colère, adoucit la tristesse. 



Spiritus exsultat minutis, luce, per auras. 
Omnibus apta quies ; est motus valde nocivus. 
Prima dies veneri non sit data sive sopori. 
Iras colloquia fugiant, comedat moderanter 
Et potet ; obscuris teneantur lumina prima. 
Luce secunda tertia lux gravior solet qssq. 
Quarta dies detur Cereri Bacchoque Venerique ; 
Observare tamen studeat moderamen in istis. 
Quse lux quarta decet ignorant religiosi . 

EFFECTUS PHLEBOTOMIiE. 

Exhilarat tristes, iratos plaçât, amantes 
Ne sint amantes, phlebotomia facit. 



\ 



Huitième partie. — Thérapeutique. 221 

SAIGNÉE SUIVANT LES AGES. 

En un pressant besoin la dix-septième année 
Avec ménagement admettra la saignée; 
L'homme fait, au contraire, en sa maturité, 
Perd un sang abondant sans en être affecté. 
Chez l'enfant, le vieillard, la saignée est légère, 
Double chez l'homme fait dont la force est entière. 
Au printemps, la saignée est double avec raison, 
Qu'elle soit toujours simple en toute autre saison. 

SAIGNÉE SUIVANT LES SAISONS. 

Saigne du côté droit au printemps, en été; 
A l'automne, en hiver^ saigne d'autre côté : 
Pour toi s'allongera le chiffre des années. 
Tels membres tour à tour réclament les saignées : 
C'est le cœur au printemps et le foie en été, 
Puis la tête en automne et dans l'hiver le pié. 



PHLEBOTOMIA SECUXDUil -ETATES. 

Denus septenus vix phlebotomum petit annus ; 
^tate média, multum de sanguine toile, 

Si puer atque senex, tollet uterque parum. 
Ver tollet duplum, reliquum tempus tibi simplum. 

QUO ET QUANDO. 

Vena quadriano vinciri débet in anno : 
.îlstas, ver dextras ; hiems, autumnusque sinistras. 
Incidas venas ut longo tempore vivas. 
Quatuor hœc inembra : cephe *, cor, pes, sunt vacuanda 
Ver cor, hepar ^stas, ordo sequens reliquas. 

I. Sans doute cephale [xspscAîj, tête). 
/ 



222 V École de Salerne, 



EFFETS DE LA SAIGNEE A DIFFERENTES VEINES. 

Le bras cache en ses plis un quadruple rameau, 

La main présente à Foeil un unique vaisseau, 

La jambe en offre trois ; poplitée et saphène 

Et sciatique encor, mais cette triple veine 

Coule d'un tronc commun. Garde-toi bien d'ouvrir 

La veine de la langue aisée à découvrir 

(C'est la veine ranine), et celle de l'oreille 

(Juvénile est son nom), car, bizarre merveille! 

Si Tune ou l'autre veine est ouverte, jamais 

L'homme saigné ne peut engendrer désormais. 

DE LA SAIGNÉE A LA SALVATELLE. 

Contre l'étouffement saigne la salvatelle, 
Du cœur fuit la douleur obstinée et cruelle ; 
Le foie et l'hypochondre et la rate et la voix 
Le poumon rafraîchis accomplissent leurs lois. 



VENiE CONVENIENTES. 

In curvaturis brachii sunt quinque minus una ; 
Est in utraque manu qu^e salvatella vocatur ; 
In pede sunt trina poplitisque, sci^eque, saphena ; 
Unius venae ramos hos dicimus esse. 
Lingua ranimas ; post aures sunt juvéniles ; 
Istis incisis, post hoc homo non generabit. 

SALVATELL.E EFFECTUS. 

Dat salvatella tibl plurima dona minute : 

Purgat hepar, splenem, pectus, praecordia, vocem ; 

Innaturalem tollit de corde dolorem. 



Huitième partie. — Thérapeutique. 223 



EXAMEN DU SANG. 

Quand des veines tu sais et le nombre et le nom. 
Examine le sang, s'il est mauvais ou bon : 
Odeur, couleur, saveur, tout trahit sa nature; 
Regarde encor s'il laisse écume ou bien fissure. 

RÉGIME APRÈS LA SAIGNEE. 

Le premier jour, bois plus et mange beaucoup moins; 
Le second, fais Finverse; au suivant, mêmes soins 
Du manger et du boire; affaibli, le malade 
Au premier jour se borne à la simple panade. 
Parfois le jour troisième, entre tous redouté, 
S'aggrave d'accidents fatals à la santé. ^ 
A récente saignée une poule bouillie 
Passe pour médecine excellente, accomplie : 



JUDICIUM SANGUINIS. 

Postquam venarum numerus nomenque scitur, 
Si bonus aut malus est, inspectio sanguinis adsit, 
Eumque cognosces odore, colore, sapore ; 
Prospicito cuncta, si spuma sit et fissura. 

DI.ETA POST PHLEBOTOMIAM. 

Sit cibus in prima potu minor, inque secunda 
Major, at utrumque lux tertia pondérât asque, 
Tertia lux cunctis gravior solet esse minutis. 
Prima dies paucas tibi sumere pr^ecipit escas ; 
Nam de pane bolum, post sorbile porrigit omne. 
Coctaque gallina minuentibus est medicina ; 
Post clarum vinum, post zinziber atque cuminum. 
Altéra dans pultes modice vult sumere ventres ; 



224 L École de Salerne. 



Tâte donc de la poule et bois doux et clair vin, 

Sans oublier sur table et gingembre et cumin. 

Bientôt ta faim tolère une poule farcie, 

Et pour gagner du ventre, une épaisse bouillie. 

Quelque chevreau bien tendre ou quelque agneau bien 

A Pestomac plus fort s'admet sans embarras. [gras 

Mais pour la chair de porc, sinon quand elle est fraîche, 

Que ta dent la dédaigne et n^ fasse point brèche. 

N'as-tu pas à ton choix et poules et poulets 

Et fèves, sans compter vins sucrés, œufs mollets? 

N'as-tu pas pour boisson bière vieille et mousseuse, 

Pour fruits (crains-en l'abus) poire molle et juteuse? 

Garde-toi de fromage et de beurre et de lait. 

De choux bien plus encor : l'estomac les rendrait. 

DE LA VENTOUSE. 

De la ventouse il reste à retracer l'usage 

Qui dans des cas nombreux offre un grand avantage : 

Etiam dans gallinas coctas, farcimine plenas ; 
Pinguis ad haec hsedus prodest coctusque bidellus. 
Sit porcina recens caro pristine phlebotomato ; 
Carnes pullorum, gallinarumque, fabseque, 
Mollia sint ova data, vinum dulce Iceveque, 
Ejus sit potus cerevisia bene veterata ; 
Sint pyra poma data paucissima, coctana cocta : 
Non lac nec butyrum detur, nec caseus illi ; 
Non comedat caules stomacho vomitum générantes. 

VENTOSA. 

Restât ventosa compléta phlebotomia, 
Cujus multotîes communis et utilis usus. 



Huitième partie. — Thérapeutique. 225 



Incisé, répiderme attire à soi le sang; 

Si rintérieur cache un foyer purulent, 

Origine du mal, quelque humeur isolée. 

Par cette porte ouverte au dehors appelée, 

Au corps qu'elle abandonne elle rend la santé ; 

Mais ressent-on Fardeur d'un trop brûlant été, 

D'un hiver rigoureux subit-on la froidure, 

La ventouse irritante avec peine s'endure. 

Qu'on Fajourne à plus tard. On l'applique avec fruit 

Au menton, aux endroits où la goutte sévit, 

A la nuque, au jarret, à la cuisse, à l'épaule, 

Aux reins, au dos encore elle jouera son rôle. 

CLYSTÈRES. 

En mainte circonstance, utile est un clystère : 
Des intestins d'abord il extrait la matière. 



Summa scaraxamus 1, sed infima scarificamus. 
Si virtus fortis sit et humor particularis, 
Extra corruptus, vel est apostasis intus, 
Casibus his junctis sic bene scarificamus ; 
Si restringatur vel ad exteriora trahatur, 
Aut ^stus nimius, seu pruina sit immoderata, 
Mentum cum spatula, lumbi, dorsum, mica, pulpa 
Cruris cum coxa, sciatica loca qu^rit et apta. 

CLYSTERIA. 

Multoties prodest clysteria ponere, quare ? 
Expedit in colica ventosa, ftecesque trahendo, 

r. Simple excoriation. 

13. 



226 L École de Saler ne. 



Il guérit la colique et les vents, et du cœur 
Et des reins et du foie apaise la douleur. 
Mais si, dans l'estomac, l'aliment indigeste, 
Sans mesure absorbé, cause un trouble funeste, 
Si dans l'intestin droit il existe un abcès. 
Quelque chute ou hernie interdisant Taccès, 
Dans ce cas, fût-il chaud, retarde le clystère; 
Que s'il peut être pris, il sera salutaire. 
L'état du patient se consulte en ce point; 
Mais quand il l'aura pris, il doit ne bouger point. 
Le remède bientôt, agitant la matière. 
Hormis quand elle est loin, l'expulse tout entière. 
Fréquent et varié, dans d'innombrables cas. 
L'usage du clystère a d'heureux résultats. 
Divers en ses effets, tour à tour le clystère 
Relâche l'intestin, l'amollit, le resserre, 
Eclaircit, aiguillonne, affermit ses parois. 
Pour les purifier, fais bouillir à la fois 



Hepatis et cordis sedatur passio renum ; 
Si cibus est crudus, aut indigestio chymi, 
Aut sit apostema, vel lapsus in inferiori 
Parte, vel ad tempus, calidum clystère retarda : 
Quando tamen datur, patet hinc divisio morbi ; 
Attendes super hoc patieniis conditiones : 
Materi^ débet commotio primitus esse ; 
Post clystère datum, patiens requiescere débet ; 
Si nihil inveniat, nescit vacuare remota. 
Effectua varios clystère probatur habere ; 
Ejus multoties communis et utilis usus : 
Ventrem mundificat. mordicat, moUificatque ; 



Huitième partie. — Thérapeutique. 227 



La mauve, la guimauve et la mercuriale : 
A leurs sucs dont bientôt l'heureux don se signale, 
Adjoins, pour obtenir plus promptement raison. 
L'huile de violette et le sel et le son. 

VERTUS DE L'AGNUS DEL 

Le baume avec la cire et l'huile du Saint-Chrême 
Composent cet Agnus dont la vertu suprême. 
Venant de source pure et de mystiques dons. 
Chasse l'éclair céleste et les malins démons. 
Conservé chastement, il arrache au naufrage; 
Sauve la jeune mère enfantant un doux gage; 
Puissant comme le Christ dont le sang généreux 
Effaça les péchés des mortels trop heureux, 



Astringit, solidat. Dum causa sit evacuandi, 
Bismalva, malva, violaria, mercurialis, 
Insimul ista coque, jus extrahe, collige, serva ; 
Furfuris adde parum, sal, ac oleum violarum. 

VIRTUTES AGNUS DEI. 

Balsamus et munda cera cum Chrismatis unda 
Conficiunt Agnum, quem do tibi munere, magnum. 
Fonte velut natum, per mystica sanctificatum. 
Fulgura desursum pellit, genus omne malignum. 
Portatus munde servat a fluctibus und^ ; 
Prsegnans servatur, sine vi partus liberatur. 
Peccatum frangit, ut Christi sanguis, et angit ; 
Dona dat, et dignis virtutes destruit ignis ; 



228 



VEcole de Salerne. 



Pour le juste il éteint la flamme dévorante, 
Le dérobe aux périls d'une mort imminente; 
Et trompe de Satan les pièges abhorrés. 
Honorez donc l'Agnus, et vous triompherez. 



Morte repentina salvat Satanaeque ruina. 

Si quis honoret eum, obtinebit ab hoste triumphum. 

Agne Dei, miserere mei, qui crimina tollis. 




NEUMÉME PARTIE 



NOSOLOGIE 



DU MAL CADUC 

'affreux mal caduc brise et torture la tête; 
L'affligé seul prévoit la crise et la tem- 

[pête : 
En ses extrémités il sent gronder le mal, 
Qui furtivement gagne et suit son cours 

[fatal ; 
Dès qu'il pénètre au cœur, le malheureux succombe, 
Et, l'écume à la bouche, il se débat et tombe. 



i 



DE MORBO CADUCO. 

EX epilentia dire caput excruciatur ; 
Ex analentia cordis punctura notatur ; 
Ex catalentia patiens per membra gravatur. 
Iste casum poterit solus prcescire cavere : 
H^ec prius extrema vexans, ppst proximiora, 
Inde cadit, quando pénétrât cor et interiora. 



230 L'École de Salerne. 

Donnez, dit Avicenne, à ce cœur foudroyé, 
Avec le suc de rue un crâne humain broyé ; 
Ce remède héroïque est vraiment salutaire. 
On recommande aussi la douce primevère. 
Une autre plante encor, de renom bien connu 
(C'est la valériane), offre au mal sa vertu : 
Pendue au cou, dit-on, sa puissance admirable 
Prévient du triste mal l'atteinte redoutable. 
Coupez-en la racine, et, cuite dans du vin, 
Elle guérit le mal ou rend son accès vain. 

PRÉSERVATIF CONTRE LE MAL CADUC. 

Balthazar offre l'or, Gaspar offre la myrrhe, 
Et Melchior 1 l'encens à l'Enfant qu'on admire. 
Porte ces noms de rois, tu seras, ô mortel, 
Contre le mal caduc, garanti par le Ciel. 



Si cadis ex morbo, cor habens ex hoc tribulatum, 
Cum succo rutce craneum bibe pulverisatum 
Humani capitis, ait hoc Avicenna probatum. 
Primula sic veris facit hoc virtute notatutn ; 
Herba potens magna quœ valeriana vocatur, 
Cujus cum vino sumpta radice juvatur 
Cardiacus, colloque recincta valere putatur. 

AD MORBUM CADUCUM, 

Gaspar fert myrrham, thus Melchior, Balthasar aurum, 
Haec tria qui secum portabit nomina regum, 
Solvitur e morbo, Domini pietate, caduco. 

I. Noms des rois mages qui vinrent adorer Jésus-Christ 
naissant. 



Neuvième partie. — ■ Nosologie. 231 



CONTRE L'ENGOURDISSEMENT. 

Si du sang de ta main s'est engourdi le cours, 
D'une ventouse sèche applique le secours. 

DES MxVLADIES RÉSULTANT DU FLUX. 

Le catarrhe est le flux attaquant la poitrine, 

On nomme coryza le flux de la narine, 

L'enrouement naît du flux d'un gosier irrité, 

L'amaurose, du flux dont l'œil est affecté. 

Quand le corvza règne, une douleur domine 

Aux muscles des sourcils non moins qu'à la narine ; 

Sur l'oreille tantôt si le flux s'est jeté. 

L'oreille pour un temps souffre de surdité; 

S'il gagne, en descendant, la mâchoire offensée, 

La voix, la bouche entière et la langue est blessée. 



AD STUPOREM MEMBRORUM. 

Si manus aut membrum sentitur habere stuporem, 
Siccis ventosis studeas revocare cruorem. 



DE MORBIS RHEUMATICIS. 

Si fluat ad pectus, dicetur rheuma catarrhus ; 
Ad fauces branchus ; ad nares esto coryza, 
A cerebro fluxus ad subdita, rheuma vocatur. 
Qui veniens oculis scotomia dicitur, isque 
Naribus effusus coiy^za, superciliique 
Fit dolor, hic veniens aures facit has quasi surdas ; 
Si venit ad malas ex hoc raucedo fit, osque 
Vulnerat ut llnguam, si derivetur ab illa, 
Seu maxillares ad nervos, hinc dolor urget 



2^2 V École de Salerne. 



Des mâchoires les nerfs sont-ils atteints? les dents, 
Les gencives du mal souffrent en même temps ; 
L'angine oppresse, étrangle une gorge bridée; 
L'enrouement rend la voix sourde, âpre et saccadée. 
Si le flux du poumon occupe le canal, 
Une toux fatigante aggrave encor le mal; 
S'il prend le poumon même, alors cVst la dyspnée 
Qui te sufifoque, ou Fasthme à la toux obstinée. 
Le mucus écumeux du poumon irrité 
Secoue en ses assauts l'estomac cahoté. 

POUR GUÉRIR UN RHUME. 

Mange et bois chaud, dors peu, fais diète, et que ton 

[corps. 
Environné d'air chaud, sue, épuisé d'efforts : 
Retiens Pair expiré que ton poumon renvoie. 
Ton rhume, las, mourant, fuit par la même voie. 



Gengivas, dentés, branchus fit faucibus inde, 
In gula pestis squinancia ; si petit illud 
Cannam pectoris vel tracheam, generatur 
Tussis ; si turbet pulmonem, dyspnia fiet 
Asthmave, visceribus spumosus fit fluor inde, 
Et dolor atque.tumor fit et indigestio ventris. 

AD CURANDUM RHEUMA. 

Jejuna, vigila, caleas dape, valde labora, 
Inspira calidum, calidam bibe, comprime flatum. 
Jejunes^ vigiles, caleas : sic rheumata cures ; 
Haec bene tu serva, si vis depellere rheuma. 



Neuvième partie. — Nosologie. 233 

POUR PRÉVENIR LE RHUME DE CERVEAU QUAND ON A 
LA TÈTE RASÉE. 

De ses cheveux rasés ton crâne dégarni 
Est-il baigné de vin? tout rhume en est banni. 
Une écuelle d'argile, adaptée à ta tête, 
S'échauffera du feu qu'un doux foyer lui prête. 
Puis, de drap chaud coiffée, elle couvre ton front : 
De ce casque nouveau les rhumes s'enfuiront. 

VARIÉTÉS DE LA GOUTTE. 

Suivant son lieu, le nom de la goutte varie : 
Loge-t-elle au flanc droit? c'est la paralysie. 
Gagne-t-elle le pied ? la podagre est son nom. 
Est-ce la main? chiragre est sa terminaison. 
L'articulation ? c'est la goutte arthritique. 
La jambe? elle devient la goutte sciatique. 



CONTRA CAPITIS RHEUMA EX RASURA. 

Se, post rasuram, vino quicumque lavabit, 
?vIore superveniens distillans rheuma fugabit. 
Fictile vas, veluti scutella, paratur 
Cui, cum sit calidum, mox pannus subjiciatur : 
Hoc tege vase fovens craneum, sic rheuma fugatur. 

GUTT.E SPECIES. 
Gutta petens latus dextrum, facit h^c paralysim ; 
Si petit ipsa pedes, generabitur inde podagra ; 
Si petit ipsa manus, generabitur inde chiragra ; 
Membri juncturam ? arthritica nascitur inde ; 



234 



VÉcole de Salerne. 



Le tétanos rigide aux membres engourdis. 
Dans l'immobilité tend leurs muscles raidis. 

LA LÈPRE. 
DES VARIÉTÉS DE LA LEPRE. 

Par la chute des cils connais Valopécie : 
L'œil enflammé se gonfle, et la face boufiie 
Rejette un pus sanglant par de rouges tumeurs; 
Le nez s'enfle, exhalant de mauvaises odeurs; 
La gencive gercée en la bouche fétide, 
Goutte à goutte distille un sang noir et livide. 
La glande molle au cou se hérisse et blanchit; 
Sur les membres luisants Teau coule, glisse et fuit. 
La léontiasis se marque à la fissure 
Et des pieds et des mains; la peau rugueuse et dure 
S'entrouvre, la maigreur envahit tout le corps, 
Un prurit ardent brûle et détruit ses ressorts ; 



Si petit ipsa sciam, fit abinde sciatica pestis ; 
Tetanus expansum totuni membrum retinebit. 

DE LEPRA. 

DE SIGNIS VARIARUM SPECIERUM LEPR/i:. 

Decidit alopicia cilium, lux ignea turget ; 
Tuberibus succensa rubet faciès saniosis, 
Grossa tumet naris, pravum respirât odorem ; 
Putrida sanguineum sugit gengiva cruorem. 
Gland escit cutis in tyria, mollescit et albet ; 
Nec membris lympha^ profusio facta cohœret. 
Signa leonincc : manuum fissuraque pedum, 
Aspera rupta cutis, macies, pruritus et ardor, 



Neuvième partie. — Nosologie, 235 



Une teinte olivâtre a plombé le visage; 

L'œil est mobile, en feu; la voix, rauque et sauvage ; 

La gencive irritée et se ronge et se fend. 

Le mal hideux qui doit son nom à Véléphant 

Tire, ébranle les nerfs; la narine se ride, 

L'œil enflé s'arrondit, la peau rude et livide 

Se contracte, partout la tumeur s'endurcit, 

Et l'ongle de la main sèche et se racornit. 

CONTRE L'ABCÈS. 

Sur un abcès dur, rouge, étale un oignon cuit; 
Prêt à jeter son pus, cet abcès s amollit. 

CONTRE L'ANTHRAX. 

Pour Tanthrax le remède utile, essentiel, 
C'est une moitié d'œuf avec un peu de sel : 



Vox et rauca, color citrinus, mobile lumen, 
Fit gengivarum corrosio, naris acuta. 
Contrahit et spasmat species elephantica nervos 
Corrugat nares, oculos facit esse rotundos, 
Tubera dura rigent, caro livida, squalidus unguis, 

AD APOSTEMA. 

Est ulcus durum, rubeum ? mox csepa coquatur, 
Desuper extendas, mollescit et evacuatur. 

CONTRA ANTHRACEM. 

His profecto modis anthracem jure fugabis : 
Sal et ovi médium mixtum cataplasma ligabis, 



2^6 U Ecole de Saler ne. 

Mêlés en cataplasme et posés sur la plaie, 

Ils en calment le feu. Que si le mal t'effraie, 

Pour éteindre l'ardeur de sa vive âcreté. 

Unis la thériaque à l'ache, au miel vanté. 

Ce mélange du mal abat la violence ; 

Mais point d'incision; surtout grande abstinence. 

CONTRE LES VERRUES. 

D'urine acre de chien humecte la verrue : 
Bientôt s'effacera l'excroissance charnue. 
Résistante, elle veut d'un rat le sang tout chaud; 
Elle aime aussi le vin, la fiente de chevreau; 
Frotte-la donc longtemps de cet heureux mélange. 
Et tu verras tomber la boursouflure étrange. 
La fleur de saule encore et le suc de poireau, 
Surtout la fleur bouillie en vinaigre nouveau. 
Pour extirper le mal jusqu^en son origine, 
S^infiltrent dans son pied, en brûlent la racine. 



Sic mel ac apium, si quis graviora timebit, 
Ungat theriaca qua plus virtute valebit ; 
Non incidatur, et ab escis abstineatur. 

VERRUCARUM MEDICIN^E. 

Est canis urina verrucarum medicina ; 
Yerrucis duris medicamur sanguine mûris. 
Qui stercus capri vino miscere studebit, 
Sicque fricando, bene verrucas removebit ; 
Hoc flores salicis et porri succus habebit ; 
Coctus in aceto flos dictus ad ista valebit. 



Neuvième partie. — Nosologie. 237 

CONTRE LA \'ARIOLE. 

Pour éloigner d'un fils ce poison délétère. 

Inocule en sa veine un virus salutaire. 

Qu^il évite le lit du malade isolé, 

Et le souffle mortel de sa lèvre exhalé, 

Et la contagion qui, du linge homicide, 

Des habits du malade, épand un mal perfide. 

D'une tête si chère, écarte, écarte enfin 

Tous les objets touchés par une impure main. 

CONTRE LE PRURIT DE LA PEAU. 

D'une peau qui démange adoucis la rudesse 
En la baignant souvent avec du lait d'ânesse. 
L'eau de fenouil éteint sa brûlante âcreté, 
Et le beurre d'amande est un calmant vanté. 
De la sève d'avril quand la vigne féconde 
Sent monter en ses flancs l'âpre flot qui FinondCy 



AD VERSUS VARIOLAS. 

Ne pariant teneris variolae funera natis, 
Illoruin venis variolas mitte salubres ; 
Seu potius morbi contagia tangere vitent 
iEgrum, segrique halitus, velamina, lintea, vestes, 
Ipseque qua^ tetigit maie pura corpora dextra. 

CONTRA PRURITUM CUTIS. 

Aspera si cutis est, cum lacté laves asinino, 
Fœniculi lymphis, amygdalarumque butyro ; 



238 L'École de Salerne. 



De ses pleurs recueillis humecte tout ton corps : 
De la démangeaison il brave les efforts. 

DU FEU SACRÉ OU FEU INFERNAL. 

Du feu sacré ton corps se consume et s'irrite? 

Broie et la belladone et Tàcre clématite; 

De leurs sucs, de vinaigre emplis un grand bassin; 

Du mélange brûlant baigne un membre malsain. 

Si contre la gangrène échouait le remède, 

Le fer tranchant le mal te viendra seul en aide. 

DES VERS DE LA PEAU, DITS POUX DE CHIEN. 

Fais un Uniment d'huile et de cendre pétrie. 
Dont ta main diligente enduit chaque partie; 
Sous ce masque gluant, étouffent prisonniers 
Les poux qui sur ton corps avaient pris leurs quartiers, 



Aprili mense, corpus sic ablue stillis 
Incisée vitis, et pax erit in eu te membris. 

DE SACRO IGNE aUI DICITUR IGNIS INFERNALIS. 

Si sacer exurit ignis, sumatur acetum, 
Barba Jovis, solatrum ; qu£e contere, facque repletum 
Ingens vas istis, et membrorum contege tostum. 
Si non ista valent, restât succidere totum. 

DE VERMIBUS OUI NASCUNTUR IN CUTE ; 

PEDICULI CANINI DICUNTUR. 

Ex oleo cineri mixto loca trita perunges, 

In quibus hos vermes ungens perimendo retundes. 



Neuvième partie. — Nosologie. 239 



CONTRE LES PUCES. 

De puces veux-tu fuir la visite importune? 
D'un procédé bizarre éprouve la fortune : 
De la liente de porc introduite en ton lit 
Garnis le vêtement préparé pour la nuit : 
Ce soin, de l'ennemi précipitant la fuite, 
En paisible sommeil change ta nuit maudite. 

CONTRE LA FISTULE. 

De la fistule écoute un étonnant secours : 

C'est d'un crapaud le foie appliqué pour deux jours. 

Et comment expliquer cet étrange mystère? 

Le plus vaillant l'emporte et triomphe à la guerre, 

Pour les poisons de même : un venin de crapaud 

D'autre venin triomphe et l'expulse bientôt. 



CONTRA PULICES. 

Vexatus pulice, fàmum porci patieris 
Vespere sub veste, sic nocte pace frueris : 
Hoc quoties faciès, tôt noctibus eripieris. 

CONTRA FISTULAM. 

Fistula curatur : super banc cataplasma ligatur, 
Per biduum, bufonis hepar. Cur et hoc videatur? 
Fortis qui pugnat, a forti plus superatur. 
Sicque venenata : sed quod magis est dominatur. 



240 L'École de Salerne. 



AUTRE REMÈDE CONTRE LA FISTULE. 

De soufre et de savon, de chaux et d'orpiment 
Avec soin mélangés compose un liniment : 
De Famalgame heureux la fistule remplie 
Au bout de quatre fois est comblée et guérie. 

CONTRE TOUTES LES BLESSURES. 

L'art ne reconnaît pas de blessure mortelle, 
Excepté quand Forgane atteint la rendra telle. 
Donc point de guérison si le cœur est frappé. 
Et quand c'est le cerveau tout espoir est trompé. 
Si Forgane entamé laisse intacte la vie, 
Hâte-toi, prends sureau, consoude, athanasie. 
Avec absinthe, ronce et choux en quantité. 
Deux mesures de ronce exquise en qualité, 



ALIUD CONTRA FISTULAxM REMEDIUM. 

Auripigmentum, sulphur miscere mémento. 
His débet apponi calcem, commisce saponi, 
Quatuor hsec misce : commixtis quatuor istis, 
Fistula curatur, quater ex his si repleatur. • 

CONTRA OMNIA VULNERA. 

Vulnera sic possunt pro certo cuncta juvari. 
Ni loca sint mortis quibus ars nequit auxiliari, 
Ut cordis, cerebri, quie non possunt medicari. 
Accipias canopum, thanasiam, consolidamque ; 
Hinc artemisiam, caules rubeos, rubeamque : 



Neuvième partie. — Nosologie. 241 

Des autres végétaux une seule poignée. 
Cette masse broyée et de vin imprégnée, 
Tu filtres la liqueur par un linge bien fin, 
Et bois ce composé de tisane et de vin. 
Dès le matin, à jeun, prends quatre cuillerées, 
Trois après ton repas et trois dans les soirées. 
Plus tard, cinq le matin, deux après ton repas, 
Le soir seulement une, et tu sors d'embarras. 
Ce remède, agissant par louable artifice. 
Purge la chair immonde, unit la cicatrice; 
Par la blessure ouverte, entraînant tout le mal, 
La sueur rétablit l'antique état normal. 
Bouche avec soin le vase enfermant le liquide; 
Sa force à l'air s^évente et devient insipide. 



Manipulos rubese binos, reliquis dabis uiium, 
Hasque terendo simul commiscens adjice vinum : 
Mox ia vase novo per pannum funde liquorem, 
Quem bibe ssepe haustu pro parte minorem ; 
Jejunus mane cochlearia sume quaterna, 
Pransus deinde tria, sic et vespere terna. 
Sexta deinde die cochlearia suscipe quinque 
Mane, duo pransus, unum de vespere solum, 
Donec claudetur vulnus medicamine totum. 
Sic mala per vulnus sudoribus evacuantur, 
Sic caro purgatur et vulnera consolidantur. 
Fortiter obtures os vasis, vasque repone, 
Ne frustreris ope, vento pereundo liquore. 

ÉCOLE. 14 



242 UÈcole de Salerne, 



DES MALADIES DE LA TÊTE. 
CONTRE LE MAL DE TÈTE. 

D'un excès de boisson que ton front s^alourdisse, 

Bois de Teau, bois encor, pour que ton mal finisse ; 

La fièvre dévorante a bientôt désarmé. 

Si le front te brûlait, de chaleur consumé, 

Que d^une douce main tes tempes soient frottées, 

Et d'une infusion de morelle humectées ; 

Ce soin apporte au mal un prompt soulagement : 

Malade, évite encore un styptique aliment. 

CONTRE LA MIGRAINE. 

Pour toi que la migraine, horrible mal, attriste, 
Cours au jardin la nuit de la Saint-Jean-Baptiste, 
Tu cherches la bétoine, et son suc recueilli 
Est en décoction dans un vase bouilli. 



DE MORBIS CAPITIS. 

DOLOR CAPITIS. 

Si dolor est capitis ex potu, mox lympha bibatur, 
Ex potu nimio nam febris acuta creatur. 
Si vertex capitis vel frons asstu tribulentur, 
Tempora fronsque simul moderate sœpe fricentur, 
Morella cocta nec non calidaque laventur. 
Istud enim credunt capitis prodesse dolori : 
Styptica non comedat, donec natura juvetur. 

AD HEMICRAXEAxM. 

Succus betonicai, Baptistas nocte, legatur; 
Hune bibe mane ; sic hemicranea ssepe fugatur. 



Neuvième partie. — Nosologie. 243 



Au matin de la fête avale ce breuvage : 

Son merveilleux pouvoir du mal calme la rage. 

CONTRE LA FRENESIE. 

Si ton cerveau malade au délire est en proie. 
Livre ta chevelure aux ciseaux avec joie ; 
Puis du suc de la rave humecte un front uni. 
Coiffe d'un cataplasme un crâne dégarni. 
Ce soin, de jour omis, la nuit se renouvelle, 
De vinaigre au matin baigne le mal rebelle, 
Et continue ainsi jusqu'au moment heureux 
Qui finit ton supplice et comble tous tes vœux. 

POUR EMPÊCHER LES POILS ARRACHÉS 
DE REPOUSSER. 

De tes poils arrachés crains-tu la renaissance ?• 
La cendre de sangsue en détruit la croissance; 



Colligitur nocte, sed summo mane bibatur ; 
Sic hemicranea mira virtute fugatur. 

AD PHRENESI-M. 

Si caput excruciat phrenesis, mox rade capillos, 
Jure laves raphani, post cataplasmatizando . 
Et omitte die, sed noctibus hoc iteretur, 
Donec proficiat, et aceto mane lavetur. 

DE PILIS EXTRACTIS UT XOX RECRESCANT. 

Radix evulsi pili ne modo recrescat, 
Imprime sanguisugœ cineres opioque madescat 



244 L'École de Saler ne. 

L^huile de jusquiame ou le suc de pavots, 
Sur les bulbes versé, les condamne au repos. 
Pour tuer la racine, on Phumecte, on la mouille 
Des fleurs acres du saule et du sang de grenouille. 

POUR FAIRE REPOUSSER LES CHEVEUX. 

A ton front dépouillé pour rendre sa parure. 
Hardiment jusqu'au vif rase ta chevelure ; 
La pointe d'une aiguille enfoncée avec art 
Y trace mainte plaie, où du miel, sans retard, 
Posé durant huit jours, fait pousser et fleurir 
L'ornement que le temps commençait d'en bannir. 

POUR RAPPELER LE SOMMEIL. 

Si de nuits sans sommeil la longueur te chagrine, 
D''un admirable onguent tu frottes ta narine : 
Huile rosat, safran, d'un mélange vainqueur 
Te rendront du sommeil la charmante douceur. 



Ac oleo quiami, sic pilus cressere cessât. 
Jus floris salicis confert, ranis quoque sanguis. 

AD REVOCANDOS PILOS. 

Ut pilos revoces, radas caput atque perungas 
Malle per octo dies_, et acu primo bene pungas. 

AD SOMNUM PERDITUM REVOCANDUM. 

Taie quid ex oleo roseo crocoque parabis, 
iQuo nares intus ungens, somnum revocabis. 



Neuvième partie. — Nosologie. 245 



SOIN DES YEUX. 

Si de sang ou de pus ton œil est inondé, 
Par un cautère au cou le mal est éludé ; 
S^il ressent du prurit, baigne-le d'eau de rose, 
Écrase sous ta dent le cumin qui se pose 
En un linge très mince : écrasé, ce cumin 
Fait cracher, éclaircit les yeux dès le matin. 
Si tu veux ajouter encore à sa puissance, 
Joins d'un baume odorant la suave substance, 

CONTRE LA SURDITÉ. 

D^une oreille trop lente activant la paresse, 
D'anguille, en son canal, instille un peu de graisse. 
La couleuvre l'emporte en efficacité. 
Et sa graisse encor mieux guérit la surdité. 



CURA OCULORUM. 

Sanguine vel sanie si perfundantur ocelli, 
Cauterio colli poterit tibi noxa repelli, 
Si sit pruritus, huic unda rosata medetur ; 
In panno tenui cuminum dente teratur : 
Sic sputo tali lumen in mane juvatur ; 
Balsamus addatur meliusque valere putatur. 

CONTRA SURDITATEM AURIUM. 

Auriculîe surdas si te vexatio l^dit, 
Instillatur adeps anguilL-e, moxque recedit ; 
Hoc et de colubro facias, meliusque valebit ; 

14. 



246 U Ecole de Salerne. 

Aux propos des garçons à langue doucereuse, 
La vierge fermera son oreille peureuse. 

DES MALADIES DE LA BOUCHE. 

CONTRE LE MAL DE DENTS. 

Baigne d'eau ta gencive, et des dents la santé 

Gardera sa vigueur et sa vivacité. 

Pour conserver tes dents, prends et livre à la flamme 

La graine de poireau, celle de jusquiame : 

Que par un entonnoir leur vapeur s'exhalant 

Dans ta bouche entr'ouverte aille endormir la dent. 

Le soir sous ton menton pose encore un topique 

Tenant de cantharide une poudre énergique. 

Sa vertu stimulante, aspirant la douleur^ 

De la dent cariée éteint bientôt l'ardeur. 



Aut titulosa (?), sub hac effectum prorsus habebit. 
Virginis auricula pueri mala dicta cavebit. 

DE INFIRMITATIBUS ORIS. 

PRO DENTIBUS. 

Saepius ex gelida gengivas ablue lymplia, 
Dentibus ut firmum possis servare vigorem. 
Sic dentés serva : porrorum collige grana ; 
Nec careas thure, cum jusquiamo quoque ure, 
Sicque per embotum fumam cape dente remotum. 
Lenitam pastam sub mento nocte ligabis, 
Pulvere cantharides : tibi sic vesica creatur, 
Per quam desudat humor, liinc tormenta fus^abit. 



Neuvième partie. — Nosologie. 247 

Applique le cumin et la cire échauffée, 
De la dent qui fait mal la rage est étouffée. 
Mâche avec le persil le siler montagnard, 
Des dents la fade odeur se bannit sans retard. 
Le double tour des dents avec soin s^examine : 
Vois-tu Tune gâtée et gâtant sa voisine, 
L^autre, creuse et trouée, à Tinstant sans broncher,. 
Au dentiste prochain cours les faire arracher. 

POUR CONSERVER LES DENTS. 

Souffres-tu de la dent (douleur lente et cruelle). 
Le marrube aussitôt s'appliquera sur elle ; 
Le poivre et le pyrèthre, unissant leur vertu. 
Relèveront encor ton courage abattu ; 
A ce mélange adjoins de grenade une écorce 
Bouillie en du vinaigre : il aura plus de force. 



Cumino cera commixta calensque juvabit, 

Si cataplasmetur, et dentés alleviabit. 

Si vis perpétue dentés fœtore carere, 

Des montanum siler, Macedon quoque petroselinum. 

Si dens pertusus, vel putridus esse probatur, 

Corrumpens alios, tune protinus ejiciatur. 

AD DENTES SERVAXDOs. 

Pone super dentés marrubia s^epe dolentes. 
Si piper et pyrethrum, cortexque coquatur aceto 
Mali granati, dentis medicamen habeto ; 
Utile credo fore, tepidum si sumis in ore. 



248 V École de Salerne. 



DE LA PARALYSIE DE LA LANGUE. 

Obligé d'interrompre une belle harangue, 
Perds-tu subitement l'usage de la langue ? 
La graisse de castor, les feuilles et les fruits 
De la casse, au vin fort seront mêlés, et cuits. 
Ce breuvage odorant, grâce à sa douceur molle, 
A tes vœux rend bientôt le don de la parole. 

POUR RETIRER UN OS RESTE AU GOSIER. 

Avalé de travers, si quelque os te demeure 
Au gosier, introduite en ta bouche sur Pheure, 
Une anguille vivante, attachée au dehors, 
Attire et saisit Tos entraîné sans efforts. 

CONTRE L'ENROUEMENT. 
Souffrant d'un mal de gorge, atteint de raucité, 
Les mets salés du mal croîtraient la sravité ; 

O 7 



DE LINGU.E PARALYSI. 

Si subito perdis usum pro parte loquelce, 
Aut totum prorsus, hase confert cura medel^e : 
Castoreum, cassi frondes baccasque coquantur 
In vino forti, statimque valere probatur, 

DE OSSE QUANDO TRANSGLUTITUR. 

Os qui transglutit, anguillam ponat in ore, 
'Quod religata foris os extrahit absque labore. 

CONTRA VOCIS RAUCEDINEM. 
Raucis salsa nocent, nux, pinguia, nebula, ventus. 



Neuvième partie. — Nosologie. 249 

Évite-les, évite un air malsain, humide, 

Les aliments trop gras, le vent, la noix perfide. 

Le suc de la guimauve adoucit Tenrouement ; 

De la graisse de coq compose un liniment. 

Qui calme des poumons Tâcreté conjurée. 

Mange force œufs mollets ; point de sauce poivrée. 

CONTRE UANGINE. 

Au gosier ressens-tu l'espèce de torture 
Ou de tiraillement que d'ulcère on endure, 
Qu'on te saigne aussitôt, abstiens-toi d'aliment : 
Ce régime t'apporte un grand soulagement. 
Contre ce mal cuisant le suc de marjolaine, 
D'amygdale irritée apaisera la peine. 

CONTRE LE TORTICOLIS. 

Si ton cou penche, raide et perclus à moitié, 
D'un sou frappe à Tinstant la plante de ton pié, 



Unge dialthrea, galli pinguedine pectus, 
MoUia sorbebis ova, sed piperata cavebis. 

AD SQUINANCIAM. 

Quando dolet guttur, velut ulcéra si patiantur, 
Protinus abstineas, minuas, sic alleviatur. 
Succus amaraci tollit de fauce squinancem 
Potatus magis hanc quae magis intus hasret. 

RIGOR COLLI. 

Si rigor est coUi, vel distortum tribuletur, 
Asse percutias plantas, sic nervi vivificantur, 



250 L'Ecole de Saler ne. 



Soudain le nerf du cou sort de paralysie, 
Et grâce au choc reprend une nouvelle vie ; 
De la plante du pied au cerveau remontant, 
Le mouvement de là jusqu^au cou redescend. 

CONTRE LA SÉCHERESSE DES POUMONS. 

Si de poumons trop secs tu crains Taridité, 
D'un merveilleux remède éprouve la bonté : 
D'encens broyé, de beurre, et de cire fondue, 
Une bande fort large, à ton cou suspendue, 
Descend sur ta poitrine, et colle étroitement 
A la peau qu'elle enduit d'un moelleux Uniment ; 
Maintiens-la de longs ans sur ta poitrine entière; 
Renouvelle du doigt l'onctueuse matière. 
Qui pénètre les chairs d'un suc doux et calmant, 
Mais garde-toi jamais de l'ôter un moment. 



Hoc quia de cerebro nervi sic ramificantur. 
Ut descendantes in plantas corripiantur. 

CONTRA PECTORIS SICCITATEM. 

Siccum pectus liabes ? Fac hoc valetudine mirum ; 

Tu liquefac ceram, thus tritum, dulce butyrum ; 

Hoc super extendas pelli, colloque tenebis, 

Sic tamen ut pectus ex omni parte fovebis ; 

Hoc annis multis ad pectus semper habebis ; 

Interdum calida digito renovare studçbis, 

Sed cataplasma tamen nunquam de pelle movebis. 



Neuvième partie. — Nosologie. 251 



CONTRE L OPPRESSION DE POITRINE. 

Si d^un flux suffocant ta poitrine épuisée, 
Avec effort expire une haleine oppressée, 
Un breuvage de miel et d^hysope vanté 
Rend au poumon guéri son jeu, sa liberté. 

DE LA PHTHISIE. 

Flux de ventre fréquent et chute des cheveux. 
Du phthisique dénote un état dangereux ; 
Crachat fétide, infect, pommette rougissante 
Témoignent du péril une marche croissante. 

TRAITEMENT DE LA PHTHISIE. 

Je prescris au phthisique un soin essentiel : 
Qu'il boive abondamment du lait mêlé de sel, 
Qu'il y joigne du miel radoucissante amorce. 
Au malade le lait communique sa force : 



DE OPPRESSIONE PECTORIS. 

Oppressum pectus ex rheumate si tribuletur, 
Hyssopus attritus coctus cum nielle bibatur. 

DE PHTHISI. 

In phthisico fluxus ventris, casusque capilli, 
Mala rubens, fœtor sputi, sunt signa pericli. 

CURA PHTHISIS. 

Hanc etico curam super omne scias valituram. 

Lac, sal, mel junge, bibat contra consumptus abunde : 



252 L'Ecole de Salcrne. 

Ce lait passe encor mieux, grâce au sel digestif, 
Et le miel à son tour lui sert de lénitif. 
Parfait, le lait de chèvre avec fruit se digère, 
Pourtant le lait d anesse est le lait qu'on préfère. 

CONTRE LE HOQUET. 

D'un hoquet fatigant perpétuel jouet. 
Veux-tu faire cesser ce déplaisant hoquet? 
Que le choc imprévu d'un vase que l'on brise, 
Frappe d'un bruit soudain ton oreille surprise : 
Du son retentissant le sanglot étonné 
S'étouffe dans ta gorge et meurt sans être né. 

CONTRE LES DÉFAILLANCES. 

Eprouves-tu de cœur défaillance subite ? 
Avale en poudre fine une perle réduite. 



Lac nutrit, sal traducit, lac melle liquescit. 
Lac sit caprinum, melius tamen est asininum. 

CONTRA SINGULTUM. 

Si per singultum vexaris continuatum, 
Te per fictilium famam valut immoderatum 
Ingrediens aliquid turbet non praemeditatum : 
Sic a singultu te reddet mox relevatum. 

AD CORDIS DEBILITATIONEM. 

Si cor débilitât, pulvis cum melle coquatur 
De margaritis, vel gemmée, qu;^ reperiuntur, 



Neuvième partie. — Nosologie. 253 

Cette poudre emmiellée a si prompte vertu 
Qu'elle ranime vite un cœur froid abattu. 
Au lieu de perle encor prends des yeux d'écrevisse : 
Egale est leur puissance et pareil leur office. 

CONTRE L'INDIGESTION. 
Si d^aliments malsains ton estomac chargé 
Ou de mets entassés voulait être allégé, 
Bois du sureau : bientôt cet écœurant breuvage 
Par le vomJssement Fapaise et le dégage. 

CONTRE LA COLIQUE. 

La colique provient d'un acide aliment, 
D'une chaleur trop vive ou d'un échauffement. 
Des lombrics, un ulcère, ou quelque défaillance, 
A la colique aussi peuvent donner naissance ; 
Mais le suc d'un légume et d'un coq, d'un poisson 
Avec le polypode en obtiendra raison. 



In cancri capite qui par virtute putatur, 
Hic tradrachmatis pulvis cum melle bibatur. 

CONTRA STOMACHI DOLOREM EX REPLETIONE. 

Si nimis aut dapibus reprobis es forte repletus, 
Jus bibe mox ebuli, vome post ; eris inde quietus. 

COLICE REMEDIA. 

Sunt colicce calor atque cibus cum phlegmate ventris, 
Ulcus, lumbricus, sensus defectio causae. 
Gallus, piscis, olus, tria sunt hL"ec per sua jura, 
Cum polypodio, colicis aptissima cura. 

ÉCOLE. 15 



254 L'École de Salerne. 



Origan, pouliot, avoine et centaurée, 
Pressent, mêlés de sel, la partie entourée. 
Et cuite en du vin fort la rose unie au son, 
La brique chaude encor hâte la guérison. 

CONTRE LE FLUX DE VENTRE. 
D'un trouble intestinal et d'un flux incessant 
Si la cure tardive accroît le mal pressant, 
Empresse-toi, malade, en telle conjoncture. 
Et bois de miel rosat une infusion pure. 
Pour raffermir ta force en un besoin urgent, 
Enlève au chêne vert son liber astringent. 
Fais chauffer à grande eau cette écorce bouillie ; 
Dans un bassin cette eau tiède encor recueillie, 
Jusqu'aux reins le malade ira nu s'y plonger. 
Si le mal renaissant rappelle le danger. 



Intestina dolens herbas super illa ligabis, 
Pulegium, centaureamque, origanum, sal et avenam, 
In forti vino coque rosas, jungito furfur, 
Vel laterem calidum, superque illa teneto. 

CONTRA VENTRIS FLUXUM. 

Est nimius fluxus? roseum mel accipiatur, 
Quod si differtur curatio, causa gravatur, 
Et difiElculter patiens morbusque juvatur ; 
Cortex quercinus médius viridisque coquatur ; 
Sic aqua cocta diu * moderate calens teneatur, 
Ac in ea patiens ad renés usque locatur ; 
Secessus quoties auget, toties repetatur 

I. Voy. page suivante, troisième vers latin. 



Neuvième partie. — Nosologie. 255 

Aisément chaque fois le bain se renouvelle. 
La vertu de cette eau réprime un flux rebelle, 
Surtout quand le malade aspire en même temps 
Les molles vapeurs d'ambre et de myrrhe et d'encens. 

CONTRE LA CONSTIPATIOxN. 
As-tu le ventre dur ? bois sans aucun retard 
Et bois abondamment de l'eau grasse de lard, 
Puis au bout de deux jours, une poudre anodine, 
Le séné, te relâche, et le mal se termine. 
Ajoute un peu de sucre à ce médicament. 
L'amertume masquée, il se prend aisément. 

POUR PRÉVENIR LA DYSURIE. 
Cultive uniquement un amour légitime : 
D'un amour dangereux, crains-tu, triste victime, 
La souillure honteuse et le présent fatal, 
Abstiens-toi, c'est le mieux pour éviter le mal ; 



Donec stet fluxus^ ac amodo non moveatur ; 
Ambra, thus, et myrrha per fumum subjiciantur. 

PRO VENTRE DURO. 

Est venter durus ? Aqua pinguis cocta bibatur 
Garnis porcinse, biduo post accipiatur 
Zinziber et sensé turo (?) hic quae pulverisantur, 
Et tribus aut binis drachmis in pondère dantur. 
Zuccara ponatur et pulvis lenificatur. 

CONTRA DYSURIAAI EX VENERE. 

Legitimam venerem cole. Si maie captus, amorem. 
Prosequeris vetitnm. formidans munera fœda, 



256 L'École de Salerne. 



Sinon, pour ta santé, par précaution sage, 
D^une utile liqueur fais un prudent usage. 
Tes organes d'abord de ce suc imprégnés, 
Ceux de la femme encor du même suc baignés. 
Quand Pacte est accompli, ce bain se renouvelle 
Et garde à ta partie un usage fidèle. 

CONTRE L'INFLAMMATION DU FOIE. 

Le foie est enflammé ? le son et la morelle 
Broyés, mis sur le mal, calment ce mal rebelle. 

CONTRE LE CALCUL. 

Si d*un calcul aigu tu ressens la douleur, 
En évitant le froid recherche la chaleur ; 
Qu''aucun mets astringent, qu'aucune boisson trouble 
N'irrite un mal cuisant. Si la souffrance double, 



Ut sit certa salus, sit tibi nuUa venus : 
Ut sit certa venus, praesto libi sit liquor unus, 
Quo veretrum et nymphae prius et vagina laventur. 
Lotio post coitum nova fecerit hune fore tutum ; 
Tune quoque si mingas, apte servabis urethras. 

HEPAR INCENSUM. 

Est hepar incensum ? furfurque, morella terantur, 
Hune super imponas ; tensum mox alleviatur. 

CONTRA CALCULUM. 

Si lapis excrueiat, frigus fuge, quatre calorem, 
Turbida non sumas, non eseam stypticiorem, 
Pecten et renés ungas, patiendo dolorem, 



Neuvième partie. — Nosologie. 257 

Frotte-toi vivement le pubis et le rein. 
Puis, sans retard aucun, plonge-toi dans le bain. 
Là d'un bouc immolé bois le sang, liqueur saine; 
Dans Feau, quand vient la nuit, trempe des glands de 

[chêne; 
Mange cinq de ces glands au réveil du matin, 
Avale par-dessus quelque coup de bon vin. 

POUR RÉPRIMER LES DÉSIRS VÉNÉRIENS. 

L'aiguillon de la chair, stimulant ton désir, 
Tourmente-t-il ta nuit éveillée au plaisir? 
La jusquiame fraîche et broyée, en compresse, 
Étouffe en Fendormant le désir qui te presse. 
Sur Faine et sur les reins de ses sucs refroidis 
Elle éteint la chaleur des membres engourdis. 
La belladone aussi. Tache, la clématite, 
A tes soins vigilants promet la réussite. 
Cinq heures dans le jour, autant d'heures la nuit. 
Tolère cette gêne, et le désir s'enfuit : 



Balnea post intres, ac liirci sume cruorem; 
De quercu glandes in aqua nocte repones, 
Mane debinc quinque sûmes, vinumque subinde. 

AD PR.ÏCAVENDOS STIMULOS VENEREOS, 

Si luxus stimulât, herbam tere jusquiaminam, 
Apponas apium, solatrum, barbamque jovinam ; 
Ista super renés ac inguina more ligentur 
Horis quinque, die, tôt nocte ligata morentur. 
Actum id citius confert si continuatur ; 
Sed violenta nimis res continuata timetur, 



258 V Ecole de Salerne. 



Mais pour n'entraver point les besoins de nature, 

Ménage adroitement une double ouverture, 

Qui dans ce même temps laisse un libre chemin 

Aux deux nécessités que créa le destin. 

Si ce moyen trop lent contre un feu qui t'irrite 

Échouait, sans tarder, pose alors, pose vite. 

En un certain endroit, quinze animaux suceurs 

Qui de ton sang gorgés en pompent les ardeurs. 

Ne peux-tu vaincre encore un sang chaud et rebelle. 

De ce remède aisé le soin se renouvelle, 

Tant qu'enfin de la chair s'apaise le combat. 

Et de ton corps maté le fatigant débat. 

La femme à ces ardeurs également sujette, 

Pour dompter les tourments d'une nuit inquiète. 

Subit sous l'ombilic un pareil traitement 

Qui lui porte bientôt pareil soulagement. 

Et de la paix des sens la douceur renaissante 

Assoupit de son cœur la révolte impuissante. 



Hincque duos aditus secessibus apta décanter 
Ne circumclusae nature jura negentur. 
Hinc in quindena ventosa funde cruorem, 
Inter testicules et anum, minuasque calorem, 
Hoc faciès donec carnis luctamina cessent, 
Et cito post stupida genitalia membra quiescant. 
Ista sub umbone mulieribus appropriantur, 
Ut caler et luxus obnoxia destituantur, 
Sic stimulis carnis cessantibus eripieris, 
Atque, juvante Dec, speciali pace frueris. 



Neuvième partie. — Nosologie. 259 

CONTRE LES PERTES SÉMINALES. 

Une lame de plomb, sur tes reins étendue, 
De sperme préviendra la perte inattendue. 
Et ta nuit, jouissant d^un paisible sommeil. 
De désirs énervants ne ressent plus l'éveil. 

CONTRE LE GONFLEMENT DE LA VEINE 
SAIGNÉE. 

Garde le sang soustrait de ta veine trop pleine. 
En compresse il guérit la tumeur de ta veine. 

CONTRE LA FATIGUE EN CHEMIN. 

Si la fatigue en route a ralenti tes pas, 
Suis vite ce conseil, bientôt tu marcheras. 
Une bande d'étoupe, à ton ventre attachée, 
Et, tes flancs contournés, sur tes reins détachée. 
Réprime la souffrance et permet que ton pié 
Achève du chemin la seconde moitié. 



CONTRA LUXURIAM IN SOMNIS. 

Lamina si plumbi renés tegat, adnihilatur 
Luxus, nec fluxus per somnum quis patiatur. 

CONTRA VEN.E INFLATIONEM PER MINUTIONEM. 
Si venam minuis, caute servato cruorem, 
Quo cataplasmato ven^ propelle tumorem. 

DE ANCHIS IN ITINERE. 

Ancharum médium si sentis eundo gravari, 
Pannum stuposum mox interpone paratum 
Ad lumbare tuum rétro, sed et ante ligatum. 



26o U Ecole de Salerne. 



CONTRE L'AMPOULE DU PIED. 

Si quelque ampoule au pied en marchant t^embarrasse. 
D'un fil perce l'ampoule, et la gêne se passe. 

DE L'ACCOUCHEMENT 
QUAND LE BASSIN EST MAL CONFORMÉ. 

Du bassin resserré si Tétroite ouverture 

Offre à Tenfant naissant une route peu sûre, 

Le médecin habile, introduisant sa main, 

Prévient de longs efforts et lui fraye un chemin ; 

Épargnant à Lucine une blessure impie, 

Il conserve et la mère et l'enfant à la vie. 

Il saura, s'il le faut, par un art redouté. 

Ouvrir d'un fer prudent le pubis écarté. 

Et rayonnant, montrer à la douce lumière 

Le nouveau-né vivant comme l'heureuse mère! 



CONTRA VESICAS IN PLANTIS. 

Si per vesicas in plantis quis patiatur, 

Filos per has trahito, locus statimque juvatur. 

DE PARTU IN MALA PELVIS CONFORMATIONE. 

Pelvis in angusta parientis fauce retentus 
Qua via facta ruât, non multis nisibus infans, 
Si faciet medicina viam, si dextra juvabit. 
Nec jam csesareum vulnus Lucina requiret : 
Symphyseos pubis dissectio rite peracta, 
Damnatos telo partus simul atque parentes, 
Protinus et certo, dulces servabit ad auras. 
At mitemne adeo pubis divisa medelam 



Neuvième partie, — Nosologie. 261 

Pour Futile secours de la mère et Fenfant, 

Qu'on cherche un procédé plus doux, plus triomphant. 

Plus capable de vaincre un vice de structure, 

Et se répétant mieux au gré de la nature? 

POUR PRÉVENIR LES DIFFORMITÉS DE LA 
TAILLE CHEZ LES ENFANTS. 

Crains-tu de voir un jour tes enfants rachitiques? 
D'un zélé dévouement observe ces pratiques : 
Que tes soins incessants ne s'endorment jamais ; 
Nuit et jour, sur eux veille et souvent purge-les. 
Trembles-tu pour des fils? A la libre lumière, 
Qu'ils s'ébattent gaîment sous les yeux de leur mère ; 
Leur repas, composé de nombreux aliments. 
Réformera leur taille et leurs tempéraments. 
Le mal pour une fille est plus terrible encore ; 
Ce mal dans le repos lentement la dévore. 
Qu'elle fuie avant tout la molle oisiveté ; 
Exerce-la sans cesse, et, d'elle rejeté, 



Matribus ac pueris feret, ars ut mitius ullum 
Auxilium nequeat, vel convenientius ullum, 
Quod possit repeti quoties natura jubebit ? 

AD PR^VENIENDAS IN PUERIS DIFFORMITATES. 

Hsec quoque rachiticis rite observanda jubebis : 
Crebro purgentur, sed crebrius invigilentur ; 
Qu£e metuis pueris mage sunt metuenda puellis. 
Hi multum comedant, vacuumque per aéra ludant ; 
Non sedeant, sed eant, et virent vincla, thoraces. 
Si tamen introrsum minitentur pessima dorsum, 

15. 



262 L Ecole de Salerne. 

Que tout corset gênant qui fait d'elle une esclave 
Epargne à sa croissance une odieuse entrave. 
Si par malheur son dos se voûte et s^arrondit, 
Tu peux encor, tu peux vaincre un mal qui grandit. 
Du rachis dévié corrigeant la structure, 
Par un soin insensible aplanis sa courbure; 
Que répine à tes doux mais continus efforts 
Fléchisse, enfin vaincue, et dompte ses ressorts. 



Continuo spinam redigas in rectius, illam 
Extendens tractu leni simul atque perenni, 
Convexosque premens interdum molliter arcus. 



^^1^ 



DIXIÈME PARTIE 

PRATIQUE MÉDICALE 



ELOGE DU MEDECIN. 

ouR guérir un malade, il faut Texpérience 
Et Fart du médecin, non la vaine science, 
Le parlage ignorant d^un charlatan 

[impur : 
L'un arrache à la mort, l'autre tue à coup 

[sûr. 

FONCTIONS DU MÉDECIN. 

Conserver la santé, guérir la maladie, 
Docteur, voilà ton art, ta sublime industrie. 



1 




M 



LAUS MEDICI. 



S 



ENSUS et ars medici curant, non verba sophistce 
Hic aegrum relevât curis, verbis necat iste. 



MEDICIN.E OBJECTUM. 

Nosse malum, sanos servando, cegrisque medendo 
Consule naturam, poteris prudentior esse. 



264 L Ecole de Salerne. 

Consulte la nature, et tu verras encor 

De ton expérience accroître le trésor. 

Poursuis ; du médecin la première science 

Découvrira du mal la cause et la naissance : 

A ce prix seulement il mérite son nom. 

Il sait, multipliant l'investigation, 

La porter sur cent points d^où jaillit la lumière 

Éclairant tout le mal de lueur salutaire. 

Son œil sûr interroge avec sagacité 

Les traits du patient vainement agité. 

Dans l'organe malade il lit avec adresse 

La crase des humeurs, sa force et sa faiblesse. 

Il juge (connaissance utile pour le mal] 

Et rétat ordinaire et Tétat général. 

Un coup d^œil prompt enseigne à sa raison savante 

La marche de la cure ou plus courte ou plus lente. 

LIMITES DE LA SCIENCE MÉDICALE. 
Contre la mort en vain vous cherchez un remède. 
En vain vous appelez toute plante à votre aide. 



Est medicus, scit qui morbi cognoscere causam ; 
Quando talis erit, nomen et omen habebit. 
Sunt medico plura super œgris respicienda : 
In membro crasis, atque situs, plasmatio, virtus, 
Morbi natura, patientis conditiones. 
Digère materiam, crudamque repelle nocivam; 
Mollifica duram, compactam solve, fluentem 
Et spissam liquefac, spissam lenique fluentem. 

MEDICINiE LIMITES. 
Contra vim mortis non est medicamen in hortis. 



Dixième partie. — Pratique médicale, 265 

Si tu savais guérir tout mal, ô médecin, 

On devrait t^invoquer comme un être divin. 

Tu peux bien de la vie allonger la limite, 

Mais de Féterniser l'espérance est proscrite, 

Et quand tu guéris même, on prétend, non sans droit^ 

Que la nature sauve et non ton art étroit. 

INCONVÉNIENTS DE LA PRATIQUE MÉDICALE. 

Entre le médecin : servez sur le moment, 
Servez ses mets chéris, Purine et l'excrément. 
Vienne l'hydropisie et la fièvre quartane. 
Pour les guérir, hélas! le docteur n'est qu'un âne. 

POUR PRÉVENIR L'INGRATITUDE DES MALADES. 

L'élève d'Hippocrate, en sa pénible étude. 
Est trop souvent payé de noire ingratitude ; 



Si medicus cunctos aegros posset medicari, 
Divinus magis deberet jure vocari. 
Non physicus curât vitam, quamvis bene longat ; 
Natura, qu^ conservât, descendens, corpora sanat. 

MEDICI INCOMMODA. 

Stercus et urina medico sunt fercula prima ; 
Hydrops, quartana, medico sunt scandala plana. 

AD PR.ECAVENDAM iEGRQRUM INGRATITUDINEM, 

Non didici gratis, nec musa sagax Hippocratis 
iEgris in stratis serviet. absque datis. 



2é6 U Ecole de Salerne. 



On lui promet un monde à Pheure du danger, 
Le malade guéri n^ paraît plus songer. 
L'art s'acquiert à grand prix : sur un lit de misère 
Qu'il ne se penche pas sans espoir de salaire. 
Du médecin le zèle, au salaire pesé, 
S'éteindra promptement, s'il n'est récompensé. 
Il prodigue ses soins contre l'or; en paroles 
S'il reçoit son paîment, de remèdes frivoles, 
D'herbes de la montagne il use vainement, 
Et pour plus généreux garde drogue et piment. 
Lorsque son patient de plaintes l'importune, 
Le docteur, attentif à sa propre fortune, 
Profitant de ses cris, obtient sur le moment 
Quelque gage bien sûr, un bon nantissement, 



Cum locus est morbis, medico promittitur orbis ; 

Mox fugit a mente medicus, morbo recedente. 

Instanter qucerat nummos, vel pignus habere ; 

Fidus nam antiquum conservât pignus amicum ; 

Nam si post quceris, inimicus haberis. 

Dum dolet infirmus, medicus sit pignore firmus ; 

JEgro liberato, dolet de pignore dato ; 

Ergo petas pretium, patienti dum dolor instat ; 

Nam dum morbus abest, dare cessât, lis quoque restât. 

Empta solet care multum medicina juvare : 

Si qua detur gratis, nil affert utilitatis. 

Res dare pro rébus, pro ver bis verba solemus : 

Pro vanis verbis, montanis utimur herbis ; 

Pro caris rébus, pigmentis et speciebus. 

Est medicinalis medicis data régula talis : 

Ut dicatur : da, da, dum profert languidus ha, ha! 



Dixième partie. — Pratique médicale. 267 



Ou mieux, argent comptant, fait solder son mémoire. 
Du malade sauvé chétive est la mémoire : 
En ennemi Ton sait qu^il traite sans égard 
Le maladroit qui parle honoraires trop tard. 

DU MÉDICASTRE. 

Il n'est pas d'ignorant, de charlatan stupide, 
D'histrion imposteur, ou de Juif fourbe, avide, 
De sorcière crasseuse, ou de barbier bavard, 
De faussaire impudent, ou de moine cafard, 
De marchand de savon, ou d'aveugle oculiste, 
De baigneur imbécile, ou d'absurde alchimiste, 
Pas d'hérétique impur qui ne se targue enfin 
Du beau titre, du nom sacré de médecin. 
Médecin, médecin! On le crie et proclame 
Pour escroquer l'argent par un abus infâme. 
Trafic lâche, odieux ! La bonne foi périt, 
Le dévoûment succombe, et l'art s'abâtardit. 



Da medicis primo médium, medio nihil imo. 
Expers languoris, non est memor hujus amoris ; 
Exige dum dolor est ; postquam pœna recessit, 
Audebit sanus dicere : multa dedi. 

MEDICASTER. 

Fingit se medicum quivis idiota, profanus, 
Judseus, monachus, histrio, rasor, anus, 
Sicuû alchemista medicus fit aut saponista, 
Aut balneator, falsarius aut oculista. 

Hic dum lucra quserit, virtus in arte périt. 



268 L'Ecole de Salerne, 

TENUE DU MÉDECIN. 

Vêtu d'habits décents, affable et plein de zèle, 

Le médecin s'empresse à la voix qui Tappelle. 

D'un rubis Fétincelle à son doigt brillera, 

Sur un coursier fidèle en visite il ira. 

Ce splendide attirail rehausse son mérite ; 

Sur l'esprit du malade il réussit plus vite, 

Reçoit cadeaux sans nombre : un mince accoutrement 

Lui vaudrait profit mince et sec remercîment. 

ÉPILOGUE. 

J'ai voulu dans ces vers célébrer le régime 

Qui du triste malade, affligeante victime, 

Ranime les esprits et guérit les langueurs. 

Sous peu de mots le rythme abrège les longueurs, -• 



CONDITIONES NECESSARI^E MEDICO. 

Clemens accédât medicus cum veste polita ; 

Luceat in digitis splendida gemma suis. 
Si fieri valeat, quadrupes sibi sit pretiosus; 

Ejus et ornatus splendidus atque decens. 
Ornatu nitido conabere carior esse, 

Splendidus ornatus plurima dona dabit. 
Viliter inductus munus sibi vile parabit, 

Nam pauper medicus vilia dona capit. 

EPILOGUS. 

In métro pauca mox commemorantia multa, 
Quod phisis regimen statim compendio scitur, 
Cura subest prompta, languor qua tollitur aeger. 



Epilogue. 269 

Soulage la mémoire, au souvenir rappelle 

Ce qu'il sut autrefois, par sa forme nouvelle. 

C'est un triple avantage, agréable au lecteur, 

Et de longue existence un présage flatteur. 

S'il observe avec soin la prudente sagesse 

Cachée en ces conseils, il passe la vieillesse. 

Reçois pour ta santé mes souhaits plus nombreux 

Que les fleurs des jardins, que les astres des cieux,. 

Je recueille en ces vers la Flore médicale, 

Grâce au secours d'un Dieu, de Clio sa rivale. 

Leur suffrage acheva cet ouvrage fameux 

Où sont tracés de Tart les préceptes heureux. 

Gloire au Dieu bienveillant! à FEcole moderne 

Par qui d'un éclat pur brille aujourd'hui Salerne. 

Gloire à jamais à vous, illustre Salomon, 

A vous, Maurus, Mathieu, vous Pierre, vous Ursonj, 



Metra juvant animos, continent plurima paucis, 
Pristina commémorant, sed h^c tria grata legenti. 
H^c bene servando, longam vitam tibi mando. 
Herbas in terris, cœlo quot sidéra cernis, 

A me tôt mille verba salutis habe. 
Commoda dicendo fit in his, non metra tenendo, 
Versus per plures flores carpsi medicin^e, 
Opitulante Deo cum Musa tradita, Clio, 
Quorum suffragiis opus istud cessât inesse, 
In quo quseque bona tenens linguasque malignas, 
Grates Deo peragens, actum qui sincerat istud 
Auctores cui sunt pliysici Archigenis alumni, 
Maurus, Mathseus, Salomon, Petrus, Urso, modérai 
Sunt medici, per quos régnât medicina Salerni. 



.270 UÈcole de Salerm. 



Disciples d'Archigène et d\m art qu'on révère, 

Epris d''Qn amour vrai de science sincère; 

Que vos noms radieux d'honneur soient entourés 

(La Muse ainsi l'ordonne) et partout célébrés. 

Gardez surtout, gardez qu'un profane vulgaire 

De votre art respecté ne perce le mystère : 

Son éclat dévoilé perdrait sa dignité. 

D'un mystère connu décroît la majesté ; 

Le frivole dédain suit cette confidence. 

Et la foule bientôt refuse obéissance 

A des lois dont le maître a trahi les secrets. 

Pour qu'ils soient observés, cachez donc vos décrets. 

Honte au révélateur! et qu'il soit anathème ! 

Et toi, Dieu tout-puissant, Dieu^ médecin suprême, 

Jette sur cet ouvrage un regard de bonté 

Qui le garde vivant pour l'immortalité. 

Veille : de Jupiter il brave la colère, 

Il ne craint pas le fer, la torche incendiaire; 



Hoc tamen medicis veris alitasque sophiaî 

Clareat ad plénum, Musarum turba jubente, 

Nam tua decreti majestas vilet, et omni 

Privatur splendorc suo, si publica fiât. 

Nam res vulgati^ semper fastidia gignunt, 

Ex re vulgata contemptus, nausea surgit, 

Nam majestatem minuit qui mystica vulgat, 

Nec décréta manent, quorum sit conscia turba. 

Exsul sit medicus physicus sécréta revelans. 

Jam Deus omnipotens, medicus summus medicorum, 

Digne felicitet opus istud semper in asvum, 

Ipsum confirmet quod nec Jovis ira nec ignis, 



Épilogue. 



271 



Le temps mêmCj le temps ne peut rien contre lui, 
Si ton bras éternel lui prête son appui. 
Protège aussi, grand Dieu, Fauteur de cet ouvrage. 
A toi louange, honneur et gloire dans tout âge ! 

Ainsi soit-il. 

CONCLUSION. 

La Flore médicale achève ici son cours. 
L'auteur aimé du ciel en paix finit ses jours. 
Que le ciel lui prépare un siège, une couronne; 
Et debout près du Christ qu'avec ses saints il trône ! 

Ainsi soit-il. 



Nec ferrum, nec aetas poterit abolere vetusta. 
Istud complentem benedic_, Deus, et facientem, 
Gui sit laus et honor, benedictio, gloria semper. 

Amen, 

FINIS. 

Explicit tractatus qui Flos Medicine vocatus. 
Auctor erat gratus, per quem fuit abbreviatus ; 
Sublimis status cœlo sit ei prseparatus : 
Christi per latus stet cum Sanctis elevatus. 

Amen. 



II 

COMMENTAIRES 

DE L'ÉCOLE DE SALERNE 



Page 53. — Dédicace. 




N appelle santé cet état du corps où les fonctions 
qui lui sont propres s'achèvent dans la plus entière 
perfection. 

L'hygiène est l'art de conser\'er la santé, c'est- 
à-dire d'entretenir l'exercice régulier des fonctions 
du corps humain. Cet art sublime, quoi qu'en disent et la plai- 
santerie bavarde et la paradoxale misanthropie, est de tout temps 
parvenu à son but, et a constamment rempli son objet, quand il 
a été secondé par la volonté. 

L'usage des choses connues sous la dénomination de choses 
naturelles est l'affaire essentielle à diriger, et Taphorisme les 
désigne presque toutes : le boire et le manger, Vexercice et le 
repos, le sommeil et la veille, les excrétions et les rétentions, les 
affections de l'âme. Il n'y a que l'air dont il ne fasse point de 
mention, mais l'Ecole en traitera bientôt. 



Regardez cet homme qui s'avance la tête levée, la vue errante 
sur tout, porté sur deux jambes nerveuses, et les bras pendants 
sur les côtés ou plies l'un sur la hanche et l'autre sur la poitrine. 
Avec quelle assurance il marche ! quelle agilité dans les mouve- 
ments de son corps ! quel coloris sur son visage ! quel écarlate 
sur ses lèvres ! quelle vivacité dans ses yeux ! L'épiderme trans- 
parent des joues laisse apercevoir cet agréable réseau vasculaire 



276 Commentaires de T École de Salerne. 

que chez lui le sang parcourt avec la plus grande facilité. Sa 
peau douce et souple rend sensibles les contours des muscles 
qu'elle recouvre; les dehors les plus irréprochables annoncent à 
l'envi la plus heureuse condition de l'intérieur. 

En effet, avec quelle harmonie le cœur donne et reçoit le 
sang! Quel concert entre les artères qui le distribuent aux extré- 
mités du corps et les veines qui le rendent au cœur ! Avec quelle 
douceur l'haleine sort de la poitrine ! Aucune toux, aucun enchi- 
frènement ne met obstacle au passage de l'air. Les lèvres 
entr'ouvertes laissent voir des dents blanches et saines, qui con- 
tiennent une langue vermeille et humectée. 

L'appétit ajoute aux assaisonnements les plus simples, que le 
palais savoure; le gosier, par une déglutition aussi sensuelle que 
l'a été la mastication, ne perd rien de toute la suavité des ali- 
ments solides et liquides. La digestion efficace et prompte fournit 
assidûment à la plus exacte nutrition ; et les sucs de toute espèce, 
•bientôt changés en substance animale, vont produire cette sur- 
abondance précieuse qui avertit les sexes de leur distinction 
mutuelle, et brûle de se répandre pour appeler et faire naître 
les plus doux plaisirs. 

Ces grandes opérations de la nature qui se commencent et 
s'exécutent dans le plus bel ordre, s'achèvent avec la plus parfaite 
régularité. Aucun jour ne se passe sans que la masse des 
humeurs se dépure, aucun sans que les viscères se débarrassent. 

Le travail du corps paraît un divertissement ; l'âme, au sein de 
la tranquillité, reçoit sans peine les idées que lui procurent des 
organes heureusement constitués, les contemple avec sagesse, les 
fuit ou s'y repose avec innocence. 

Alors un génie inspiré peut représenter à nos sens ravis, ou 
sur une toile, ou dans le marbre, par des sons harmonieux, ou 
par des expressions cadencées, le magnifique spectacle de la 
nature; alors le philosophe peut dicter ses leçons, le héros com- 
battre, le politique régler ses intérêts, tous les hommes jouir de 
leur existence. 



Dédicace. 



277 



Quel trésor es-tu donc, ô santé ! qu'avec raison on te désire ! 
qu'avec extravagance on t'expose ! 



Voici un autre portrait de Thomme qui doit vivre longtemps 1. 

Sa taille est convenable et bien proportionnée sans être trop 
grande ; il est de grandeur moyenne et un peu gros ; son teint 
n'est pas trop vermeil ; trop de couleur dans la jeunesse est rare- 
ment un signe de longévité. Ses cheveux sont plutôt blonds que 
noirs ; sa peau est ferme sans être rude ; sa tête n'est pas trop 
grosse; de larges veines sillonnent ses extrémités. Ses épaules 
sont plutôt rondes que plates. Son cou n'est pas trop long et 
son abdomen pas trop proéminent. Ses mains sont larges et 
ses doigts pas trop longs. Ses pieds sont plutôt gros que longs, 
ses cuisses fermes et arrondies. Il a une poitrine grande et bom- 
bée, une voix forte; il peut facilement retenir son haleine pen- 
dant un temps prolongé. 

Il a de l'harmonie dans toutes ses parties ; ses sens sont bons 
sans être trop délicats ; son pouls est lent et régulier. 
■ Son estomac est excellent , son appétit bon et ses digestions 
faciles. Les plaisirs de la table sont pour lui de nulle importance; 
il ne mange pas simplement pour manger, mais chaque repas est 
pour lui tous les jours une heure de douce gaieté; il mange len- 
tement, sans être trop altéré, ce qui est toujours un indice de 
rapide consomption. 

Il est loquace, actif, capable de joie, d'amour et d'espérance, 
mais insensible aux sentiments de haine, de colère et d'avarice. 
Ses passions ne sont jamais violentes et dangereuses; si jamais 
il s'adonne à la colère, il en éprouve plutôt une chaleur douce 
et bienfaisante, une fièvre artificielle et modérée qu'un débor- 
dement désordonné de la bile. Il a une grande tendance aux 
calmes méditations et aux agréables spéculations. 

I. New-York médical Journal, traduit par V Abeille médicale. 
ÉCOLE. 16 



278 Commentaires de TEcole de Salerne. 

C'est un optimiste, un ami des joies naturelles et du bonheur 
domestique; il n'a pas soif des honneurs et des richesses et ban- 
nit tout souci du lendemain . 



L'état de santé que nous venons de peindre^ n'existe guère que 
par abstraction et n'est en quelque sorte qu'un point mathéma- 
tique, ripn n'étant plus fragile et plus inconstant que sa conti- 
nuité. En effet, exposés comme nous sommes aux impressions 
des corps étrangers, aux vicissitudes de l'air et des saisons, la vie 
étant elle-même une cause d'altération et d'anéantissement, 
comment la santé pourrait-elle être de longue durée? Aussi la 
meilleure est-elle réellement la moins mauvaise, celle qui se 
soutient le mieux ou qui se rétablit le plus promptement. Il 
faut donc nécessairement lui donner une certaine latitude et ne 
pas compter pour maladies une foule d'indispositions qui se 
dissipent aussi facilement qu'elles naissent. 

Cependant, comme il arrive quelquefois que ces incommo- 
dités, légères dans le principe, s'accroissent par les imprudences 
de la vie, jusqu'à devenir mortelles, l'École de Salerne, pré- 
voyant ces accidents et voulant y remédier, propose pour cela 
trois moyens qu'il est important de connaître et de savoir em- 
ployer. Chacun d'eux a ses lois, que l'art a fixées d'après l'expé- 
rience et l'observation. 



De la gaieté. — Par gaieté, on entend cette condition habi- 
tuelle de l'âme, où les idées agréables se présentent à l'exclusion 
de celles que l'on nomme tristes. C'est une sorte de sérénité 
spirituelle que n'offusque aucun nuage, aucun brouillard, aucune 
vapeur. Cet état, heureux pour l'individu qui en jouit, est char- 
mant pour ceux qui l'entourent. La gaieté est fille et mère de la 
bonne santé; mais il est bien difficile d'en faire un précepte 



Dédicace. 279 

vénérai de conduite. La société asservit trop la nature à cet 
égard, et prescrire à quelqu'un d'être gai dans la majeure partie 
des circonstances, c'est recommander de bien marcher à un pri- 
sonnier dans les fers. 

Il dépend de l'homme, de sa raison et de sa volonté d'être 
sobre en toutes choses, modéré dans ses désirs, et de fuir les 
excès de tout genre ; c'est ce qui constitue l'homme fort, l'homme 
moral, et, à ce point de vue, l'hygiène n'est qu'un traité de sa- 
gesse, car la morale, a-t-on dit, est Vhygiènc de Vâme^. 

Arnauld de Villeneuve fait un tableau effrayant des effets de la 
colère sur les tempéraments ardents, par suite de la chaleur ex- 
trême qu'elle développe dans tout l'organisme. Mais il reconnaît, 
avec Hippocrate et Galien, qu'elle est utile aux natures froides, 
qu'elle leur fouette le sang et qu'elle les tire de la torpeur. 

Franklin disait que la mauvaise humeur était la malpropreté de 
l'âme. Charron, et après lui Saint-Simon, ont appelé Equanimité 
cette sérénité heureuse que certaines âmes savent conserver au 
milieu de circonstances difficiles ou opposées. 

Mais il n'est pas toujours au pouvoir de l'homme de chasser 
« les noirs soucis », « les maux, les chagrins », de se donner « un 
esprit vif, content ». Le degré d'impressionnabilité aux dou- 
leurs morales forme un tempérament particulier, ce que, dans le 
langage de l'école, on appelle une îdiosyncrasie, et cette condition 
psychique est très peu modifiable. Souvent, trop souvent, la sé- 
cheresse du cœur se cache sous une apparente résignation philo- 
sophique ou sous une hypocrite soumission aux décrets de la Pro- 
vidence. L'âme humaine est sensible : c'est là sa force, c'est aussi 
sa faiblesse, car c'est par cette porte qu'entrent en grand nombre 
les maladies et les infirmités . 

La gaieté est réservée à l'enfance, qui ne réfléchit point, et à 
cette classe d'hommes qui n'ont pas plus à réfléchir que les enfants. 



I. Voyez E. de Feuchtersieben, Hygiène de Vdme. 3« édi- 
tion. Paris, 1870. 



28o Commentaires de l' Ecole de Salerne. 



Cependant la médecine fait tous les jours usage de ce précepte 
de l'Ecole de Salerne, en mettant à profit le reste précieux de 
la disposition de l'enfance à la gaieté. Elle ne prescrit pas, il est 
vrai, directement et contre la raison de s'égayer; mais elle pré- 
sente adroitement à ceux qui en ont besoin, les objets capables 
de leur inspirer de la gaieté. C'est ainsi qu'elle distrait effica- 
cement les mélancoliques par les spectacles, les conversations, 
les voyages, etc. C'est ainsi que Boerrhaave vint à bout de 
retirer Van Svv^ieten d'une tristesse profonde et opiniâtre où 
l'étude de la médecine l'avait jeté, en lui recommandant l'exercice 
des armes, la musique et les lectures amusantes. 

La gaieté n'est ni la joie ni le plaisir ; mais le plaisir enfante 
la joie, et la joie ressuscite la gaieté. 

La gaieté n'est plus gaieté quand elle est excessive. Elle passe 
pour étourderie ou pour folie. Alors il faut la modérer, et cela 
n'est pas toujours aussi difficile que de l'exciter. Souvent il 
suffit, pour la dissiper entièrement, d'un léger accident, d'un 
récit, d'une fiction, d'une réprimande. D'où il suit que la gaieté 
dépend moins, en effet, de notre constitution, qui nous y porte 
naturellement, que des objets qui nous environnent, et que ses 
lois tiennent à eux de manière à ne pouvoir en être séparées. 



De la diète. — Il faut entendre ici par dièle non pas le 
régime dont on use ordinairement, mais ce que le vulgaire 
entend par ce mot, une abstinence continue d'aliments solides, 
accompagnée d'un usage plus abondant des liquides. La diète et 
l'eau, dit-on. C'est ce sage précepte que donne l'Ecole de 
Salerne. Il est d'une autre nature que celui de la gaieté. 

Les uns veulent une diète stricte, une nourriture extrême- 
ment légère, longtemps continuée, et pèchent très grièvement 
contre l'ordre de leur santé ; les autres ne font diète qu'à demi, 
n'accordent point à leurs viscères le temps de diète suffisant 



Dédicace. 281 

pour qu'ils se débarrassent de ce qui leur nuit, et se rendent 
ainsi victimes de l'imperfection de leurs connaissances. 

La diète a ses lois, que la médecine seule connaît, peut seule 
interpréter et appliquer. Elle dépendent des circonstances, des 
temps, des mœurs et des lieux, aussi bien que de l'âge, du sexe, 
des constitutions et des climats. Il n'en est qu'une seule générale 
à laquelle tout le monde peut atteindre et se conformer; elle 
consiste à ne porter rien à l'excès : ut ne quid uiiuis, rien de trop 
en tout ! 



Du REPOS. — Rien n'est en 7-epos dans la nature; tout se 
meut, se modifie. Les corps les plus insensibles, les plus stables 
ne sont point exempts de la loi générale qui anéantit et qui crée. 
Mais les animaux paraissent surtout être tout mouvement. La 
vie et l'action les composent en entier. 

Combien de fois n'avons-nous pas vu des personnes opulentes 
et livrées à la mollesse, qui étaient en proie à des maladies que 
l'exercice, même un peu pénible, aurait prévenues et bientôt 
guéries? Il est une grande vérité difficile à persuader aux indi- 
vidus à qui les dons de la fortune permettent de satisfaire leurs 
goûts : c'est que l'homme est né pour le travail, et que celui qui 
ne prend point de l'exercice ne doit pas s'attendre à conserver 
longtemps une santé robuste ^ . 

Nous avons vu plusieurs de ces individus habituellement ma- 
lades ou valétudinaires, à cause du repos et de la bonne chère 
auxquels ils se livraient ; nous leur avons conseillé d'acheter un 
jardin ou un champ, et d'y aller fréquemment arroser, et même 
se livrer aux travaux les plus rudes du jardinage, afin d'exciter, 
d'augmenter les sécrétions et les excrétions, particulièrement 
celle de la transpiration ; nos conseils ont été pour eux vox da- 

I. Voyez A. Donné, Hygiène des gens du monde, 2^ édition. 
Paris, 1879, P- 35. 

16. 



282 Commentaires de l'Ecole de Salerne. 

mantis ïndeserto; aussi nos prophéties sinistres n'ont pas tardé à 
s'accomplir. 

On a remarqué que ce ne sont ni les riches, ni les grands de 
Ja terre qui deviennent bien vieux, mais ceux que leur rang dans 
îa société oblige à faire beaucoup d exercice, à être fréquemment 
exposés en plein air, et à vivre sobrement. Le docteur Falconer 
a prouvé que, de toutes les professions, la plus saine est celle 
d'un jardinier sobre. 

L'exercice le plus salutaire est celui de la promenade à pied, 
prise en plein air, plutôt avant le repas qu'immédiatement après ; 
vient ensuite l'exercice au cheval allant au pas : la voiture ne 
convient qu'aux individus très faibles. 

Toutefois, laisser un corps animé en repos n'est pas détruire 
en lui le mouvement, mais l'abandonner à lui-même ; c'est ne 
lui rien appliquer soit au dedans, soit ^u dehors, qui puisse le 
modifier d'une façon nouvelle. 

La médecine ressemble à la navigation, et le médecin au 
pilote. La vie est, pour le premier, ce que les vents et la mer 
sont pour le second. L'animalité et les éléments sont, pour ainsi 
dire, la base sur laquelle reposent ces deux arts. Un vaisseau qui 
vogue au gré des airs et des eaux suit nécessairement une route; 
un plan variable et changeant donne de toute nécessité une 
direction à l'objet mobile qui le parcourt; une maladie aban- 
donnée à elle-même et A l'instinct qui en est l'attribut essentiel 
a constamment sa terminaison; or, comme il arrive quelquefois 
que le vaisseau délaissé se rend de lui-même en un lieu de 
sûreté, et l'objet mobile à un point désiré, de mêm.e aussi l'on 
voit parfois des maladies non soignées avoir la fin la plus heu- 
reuse ; d'où il suit que tout l'art du médecin consiste à tirer le 
meilleur parti possible de l'animalité, comme tout l'art du nau- 
îonier consiste à profiter de la mer et de l'atmosphère. 

C'est sous ce point de vue que l'Académie de Dijon paraît 
avoir considéré le repos, quand elle a proposé pour sujet d'un 
prix cette admirable question : « Quelles sont les maladies dans 



Dédicace. 283 

« lesquelles la médecine agissante est préférable à l'expectante, 
« et celle-ci à l'agissante, et à quels signes le médecin recon- 
« naîtra-t-il qu'il doit agir ou rester dans l'inaction, en attendant 
« le moment fiivorable pour placer les remèdes? » question 
admirable, qui, bien développée, semble pouvoir s'entendre de 
cette manière : Que faire au lit des malades, à l'aspect des infir- 
mités humaines? Le médecin tentera-t-il d'enlever les maux, 
comme un conquérant les villes qu'il attaque, et, dans le dessein 
de soulager la nature de son fardeau, selon l'expression et le 
vœu de Van Helmont. entreprendra-t-il tout à force ouverte et 
s'opiniâtrera-t-il à donner de l'âme aux médicaments? Si la 
nature est lente, se chargera-t-il d'en hâter les opérations, de les 
mûrir, de les achever? S'il s'élève quelque symptôme effrayant, 
se mettra-t-il aussitôt en devoir de le dissiper? Enfin, suffira-t-il, 
du côté de la nature, que la maladie soit bien caractérisée, pour 
que l'art suffise du sien à la guérison? Ou bien, spectateur 
patient et attentif, le médecin se bernera -t-il à une sagesse 
humaine? Convaincu que l'homme est essentiellement borné, 
faudra-t-il qu'il se contente d'étudier les mouvements de la 
nature, sa marche, ses révolutions, ses crises, ses ressources, 
afin de n'en venir qu'au point de savoir l'aider, quand elle sera 
insuffisante; de la soutenir^, quand il la verra plier; de la con- 
tenir et de la régler, quand elle sortira de ses routes salutaires ; 
à savoir ne se tourmenter jamais, pour lui faire opérer autre 
chose que ce qu'elle peut opérer par elle-même, et rien pro- 
duire que ce qu'elle produit de son plein gré; en un mot, à 
savoir n'agir que suivant ses vues et selon ce qu'elle indiquera? 
La première de ces méthodes constitue la médecine agissante, 
et la seconde la médecine expectante. Elles ont chacune un côté 
favorable à considérer, sont de mise en certains cas l'une préfé- 
rablement à l'autre, et partagent les praticiens de nos jours. 
Mais déterminer en quelles maladies il faut agir, et dans quelles 
il ne faut rien faire, c'est, conformément au précepte de l'Ecole 
-de Salerne, assigner exactement les cas généraux et les circon- 



284 Commentaires de l'Ecole de Salerne. 

stances particulières de chaque cas où l'action et l'inaction sont 
nécessaires; et c'est, à proprement parler, soumettre l'art entier à 
Texamen, pour dresser une sorte de code dont les lois soient 
respectables pour tous les médecins. Or cette entreprise est 
difficile, les forces humaines sont faibles, et les bornes d'un 
commentaire ne perm.ettent pas d'aller plus loin. 

Concluons que le repos est un secours efficace dans les infir- 
mités humaines ; que l'Ecole de Salerne a raison de le poser en 
principe; que le médecin seul peut en recommander et diriger 
l'usage d'une manière profitable à chacun; enfin, qu'il en est 
absolument comme du repos, de la diète et de la gaieté, dont je 
viens de parler; que la modération et l'à-propos en font la loi 
principale. 

Page 57. — Air. 

Malgré les quatorze cents ans qui les séparent, Jean de Milan 
ne se trouve pas à la hauteur du médecin de Cos. Qiielle diffé- 
rence entre ces vagues préceptes et les belles considérations 
d'Hippocrate ! Et cependant, dans la nuit obscure qui couvrait 
alors le monde des intelligences, on est surpris de retrouver un 
reflet encore assez vif de cette grande médecine antique. 

On peut remarquer d'ailleurs que le plan du poème salernitain 
est, à peu de chose près, celui de nos traités d'hygiène moderne ^ . 
Comme eux, il commence par les circumfusa, et l'on sait quelle 
place étendue y occupe et doit y occuper l'étude de l'air atmos- 
phérique . « Tout ce que l'air donne aux plantes, dit M. Dumas, 
les plantes le cèdent aux animaux, les animaux le rendent à l'air; 
cercle éternel dans lequel la vie s'agite et se manifeste, mais où 
la matière ne fait que changer de place. » Il est impossible d'ex- 
primer d'une façon plus éloquente et plus élevée le rôle immense 
et souverain de cet agent dans la nature. 

I. Voyez Michel Lévy, Traité d'hygiène publique et privée, 
6« édition. Paris, 1879. 



Air. 285 

Comme notre corps est environne d'air, qu'il en est perpétuel- 
lement aflfccté, on a cherché à déterminer ses effets sur lui, tant 
dans l'état naturel que dans l'état contre nature. 

Le premier phénomène qui nous frappe, c'est la respiration; 
le second, c'est cette immersion dans un milieu, tantôt chaud, 
tantôt froid, tantôt sec, tantôt humide, tantôt rare et tantôt 
dense, en un mot dans un fluide doué de toutes les qualités 
physiques qu'on vient de rapporter. 

L'air entre dans notre substance, non seulement par les pores 
absorbants de la surface extérieure du corps, mais encore par les 
vaisseaux lactés dans la digestion, et par l'absorption intérieure 
dans la respiration; il se dégage de la substance des aliments, 
dans les intestins, même de nos humeurs naturelles. 

D'après ces données, on a déduit les conclusions suivantes des 
effets de Tair sur nos corps. 

L'air procure un rafraîchissement au sang, dans la respiration ; 
il sert, par la même opération, de véhicule à une très grande 
quantité de vapeurs animales, et complète, ainsi, une excrétion 
des plus abondantes par sa continuité ; il produit, contre la pres- 
sion de l'atmosphère sur nous, une réaction qui entretient entre 
elle et nos humeurs un équilibre nécessaire à la vie et à la santé ; 
en sortant par les pores exhalants de la surface du corps, il en- 
traîne avec lui beaucoup de parties animales, excrémentitielles, 
qui auraient nui à l'économie du corps, si elles y eussent séjourné 
plus longtemps; il est le moyen d'audition dans la cavité des 
oreilles; celui de la parole et de la voix, dans les sinus frontaux 
et maxillaires ; il est la matière des vents dans la cavité du bas- 
ventre; il enfle les veines et le tissu cellulaire dans la fausse 
pléthore; il entre comme principe intégrant et constitutif dans 
les solides et dans les fluides, dont la machine humaine est com- 
posée, et forme ainsi, entre nous et l'air extérieur, une sorte de 
communication. Enfin, l'air, qu'il soit combiné en nous, ou qu'il 
agisse à l'extérieur sur nous, est toujours le principe des diverses 
altérations que nous éprouvons dans les différents climats, aux 



286 Commentaires de V Ecole de Salerne. 

différentes saisons de l'année, lors des variations sans nombre 
de l'atmosphère, durant toute notre vie. 

Le maximum de froid constaté jusqu'à ce jour l'a été le 21 
janvier 1873, à Iakoutsk, dans la Sibérie orientale *. Ce jour-là, 
Severow, un marchand russe, a constaté — 5 9", 50. Un méde- 
cin-major a même affirmé avoir noté un jour un froid de — 63*' 
dans cette même Sibérie, où le mercure reste souvent gelé pen- 
dant des mois. « Alors, dit Middendorf, le voyageur sibérien, le 
mercure, devenu métal, se travaille au marteau comme le plomb, 
le fer devient cassant, les haches se brisent comme du verre 
quand on veut s'en servir; le bois refuse de se laisser couper; il 
semble que le feu lui-même gèle, car les gaz qui l'alimentent 
perdent de leur chaleur. » Dans l'hiver de 1819-1820, toujours 
en Sibérie, on ne pouvait sortir sans masque, sous peine de per- 
dre le nez ou les oreilles... 

Ce n'est pas sous l'Equateur que sont les chaleurs extrêmes; 
les fours de la terre seraient le nord et l'est du Sahara, le pied 
de FHimalaya, la vallée du Gange sacré, les steppes sans fin de 
l'Afghanistan et de la Boukarie ; les maxima observés ont été de 
55° à l'ombre, de 70" au soleil, u Pourquoi, dit le dicton afghan, 
as'tii créé V enfer, Allah? N'avais-iu pas déjà créé Ghainan? » 

Entre la température extrême en plein soleil et l'extrême froid, 
la distance est de 125° à 130% 25" à 30 de plus que l'échelle qui 
va de la glace fondante à l'eau bouillante. Or l'homme, la science 
aidant, supporte également ces deux extrêmes. 



Quand on veut se procurer une habitation, il est utile de 
prendre en considération les préceptes de cet aphorisme. On 
ne peut pas toujours, il est vrai, obtenir une atmosphère unifor- 
mément avantageuse ; les vicissitudes du ciel et des saisons, qui 

I. J. Chavanne, Des températures extrêmes (Je Tour du 
Monde, 1874^ 



Air. 287 

ne sont pas en notre puissance, en sont la cause. Mais, si l'on 
veut se fonder une demeure, se bâtir une maison, on est le 
maître de choisir la campagne préférablement à la ville. 

Si cest à la campagne que Ton veut s'établir, il faut alors 
faire choix d'un lieu aéré, loin des boues, des fruits vendangés,. 
des eaux croupissantes. L'exposition à l'orient, ou au midi, est 
préférable à celle du nord ou du couchant ; elle est plus sa- 
lubre. 

Si c'est à la ville que l'on se propose de passer ses jours, on 
peut choisir une habitation qui soit petite et située sur les rives 
d'une eau salutaire, sur une colline où l'air pur et serein donne 
l'appétit, les forces, la paix, la gaieté. 

Rien n'est plus malsain que l'air des grandes villes où les 
habitants, amoncelés les uns sur les autres pêle-mêle avec toute 
sorte d'animaux dont les excrétions abondantes et fétides cor- 
rompent au plus vite l'air le plus utile, se dépravent eux-mêmes 
mutuellement et comme à Tenvi. Rien n'est plus incommode^ 
plus pénible pour la poitrine, plus fatigant pour l'esprit, qu'un 
air toujours ébranlé par le bruit des voitures, les cris des pas- 
sants. Il faut alors, autant qu'on le peut, se fixer dans un quar- 
tier libre et sain, où l'on trouve à peu près les avantages d'une 
habitation champêtre ^ 

La pureté de l'air est la première condition de la salubrité 
d'une contrée; malheureusement et malgré les immenses pro- 
grès de la science, cette condition n'est pas toujours appréciable 
à nos moyens d'investigation . L'analyse de l'air des marais Pon- 
tins ne donne pas des résultats différents de l'analyse de l'air 
des vallées les plus salubres et ce n'est que par les résultats qu'il 
est possible d'apprécier le degré de salubrité de telle ou telle 
localité. 



I. Voy. Fonssagrives, Hygiène et assainissement des villes. 
Paris, 1874. 



288 Commentaires de F École de Salerne. 



Page 58. — Vents. 

L'Ecole de Salerne n'indique ici qu'une sorte de rose des vents, 
sans aucune considération de leur influence relative sur le corps 
humain. Cependant cette partie de la météorologie médicale 
n'avait pas échappé à Hippocrate, qui l'a signalée * . 

L'hygiène peut s'occuper des vents à des points de vue nom- 
breux. 

Leur direction, leur durée, leur force, leur vitesse, les ma- 
tières dont ils sont les véhicules, leurs déplacements brusques, 
leurs variations soudaines, toutes ces conditions exercent une 
influence plus ou moins marquée sur l'organisme par les com- 
motions produites sur les parties frappées, et constituent un des 
éléments importants de la climatologie. 

L'agitation ou l'état calme de l'air nous rend plus ou moins 
impressionnables à la température ambiante. Un froid de 10° 
dans l'air agité est beaucoup plus sensible qu'un froid de 30° 
dans une atmosphère calme. Nous étouffons dans un air chaud 
et immobile, tandis que des courants, en activant Tévaporation 
de la transpiration cutanée, nous procurent un sentiment de bien- 
être inexprimable. 

Page 58. — Du RÉGIME SUIVANT LES SAISONS. 

L'année se divise en quatre saisons : ['hiver, Iq printemps , Vété 
et Vautomne. 

Les savants assurent que le monde a été créé au mois de mars. 
Aussi les anciens commençaient l'année par ce mois 2. 

Dans la division toute médicale adoptée par Hippocrate, l'an- 
née commence par l'hiver et se termine par l'automne. Cette di- 

1. Hippocrate, De l'air, des eaux et des lieux, traduction de 
M. Littré, tome II. 

2. Exode, chapitre 12. 



Du régime suivant les saisons. 289 

vision est fondée sur les divers points que la terre présente 
au soleil en parcourant l'écliptique. 

Chacune de ces saisons a un caractère qui lui est propre, tiré 
de la modification de la température. Ainsi, l'hiver est froid et 
humide; le printemps, chaud et humide; l'été, chaud et sec et 
l'automne, froid et sec. Les maladies qui se manifestent sont 
en rapport avec l'état de l'atmosphère ou avec les saisons 
diverses 1. 

L'influence de la constitution de l'air et de chaque saison sur 
la production des diathèses, et sur le traitement des maladies 
est une vérité reconnue par tous les praticiens, et qui doit former 
la base et le principe de leur art. Hippocrate revient sans cesse 
sur la nécessité de l'étude des constitutions. 

Le temps doux relâche les fibres, amollit le corps ; la cha- 
leur dilate les pores, gonfle les humeurs, fait languir les fonc- 
tions. La transpiration, qui seule augmente alors, nest pas un 
bien sans danger. 

Les saisons humides nous allèrent d'une autre façon : tantôt 
ce sont des fluxions, des rhumes, des douleurs, et tantôt les 
maladies les plus graves. 

Le froid resserre, engourdit, favorise les affections aiguës. 

En un mot , les variations du milieu qui nous environne 
exposent notre vie et notre santé au moins tous les trois mois. 

L'ancienne médecine considérait le renouvellement des 'saisons 
comme une époque critique pour le corps humain. 

Hippocrate observe que , comme dans la succession des pé- 
riodes des temps de l'année on voit régner tantôt l'hiver, tantôt 
le printemps , tantôt l'été ou l'automne : de m.éme dans le corps 
humain on voit prédominer successivement la pituite, le san^y, 
la bile , l'atrabile. • 

Les quatre saisons sont les véritables images des quatre âges 

I. Voy. Donné, Hygiène des gens du monde, 1^ édition. 
Paris, 1879. Hygiène des saisons, p. 23. 

ÉCOLE. 17 



290 Commentaires de F École de Salerne. 

de la vie, et il y a un grand rapport entre l'influence des saisons 
et celle des âges sur la production des maladies. En effet, la 
mucosité prédomine dans l'enfance ; le sang, à l'âge de la pu- 
berté; la bile, à l'âge viril, qui est l'été de la vie; et l'atrabilc et 
la mucosité, dans la vieillesse, ou l'automne et l'hiver. 

Il existe encore des relations intimes entre les saisons, les 
constitutions, les âges, les maladies diverses, les révolutions 
diurnes, les organes et les tempéraments. 

Page 58. — Printemps. 

'Lq. printemps, cette riante saison chantée par les poètes, est, aux 
yeux du médecin, la plus triste, la plus sombre et la plus cruelle 
des saisons, du moins sous le climat tempéré de l'Europe cen- 
trale. C'est le printemps qui fournit le chifïre le plus élevé de 
malades, c'est le printemps qui paye à la mort le plus large 
tribut. 

Le printemps était considéré dans l'ancienne médecine comme 
une période de rénovation complète, et de cette opinion analogi- 
que, basée sur l'observation des phénomènes de la nature, si 
éclatants à cette époque de Tannée, on concluait à une révolu- 
tion semblable dans l'organisme humain. Cette tradition s'est 
transmise d'âge en âge jusqu'à nous; mais l'observation moderne 
l'a réduite à un fait météorologique. 

C'est aux transitions brusques de température, si communes au 
printemps, qu'il faut rapporter la fréquence des maladies et sur- 
tout des phlegmasies de l'appareil respiratoire qui forment le 
plus fort contingent des maladies vernales. C'est à la même cause 
qu'il faut rapporter la mortalité si considérable des phthisiques 
au printemps, contrairement à l'opinion ancienne qui plaçait au 
commencement de l'automne, à la chute des feuilles, la termi- 
naison fatale de cette terrible maladie. 



Été et Automne. 291 



Page 59. — Été. 

Ce que l'École de Salerne dit de l'été, tout le monde l'éprouve : 
rien n'est plus incommode que la chaleur excessive et la séche- 
resse. 

Les sueurs auxquelles nous sommes exposés épuisent les 
forces, épaississent le sang, en le dépouillant de sa partie la 
plus fluide. On se sent pesant, accablé, sans goût, même pour 
le plaisir. 

Il est utile alors d'user de nourritures légères et rafraîchissantes, 
de boissons acides, de repos. On évite ainsi la déperdition exces- 
sive de substance ; on pare à l'alcalisation des humeurs, qui de- 
viennent dans cette saison plus susceptibles de corruption. Jeûner,, 
c'est frustrer le corps d'une portion de sa nourriture accoutumée, 
c'est le soumettre à des pertes sans réparation. Or les pertes 
peuvent être plus ou moins grandes dans une saison que dans 
l'autre, et elles sont en effet très considérables en été : si donc 
on perd plus et on répare moins en été, le jeûne ajoute encore 
à la diminution du corps, à l'exténuation et à l'épuisement. 

L'abstinence des bains chauds et des plaisirs de l'amour est 
utile aussi ; les bains chauds et les pertes vénériennes augmen- 
tent trop sensiblement la faiblesse que cause la chaleur de l'at- 
mosphère. 

Page 60. — Automne. 

Je ne peux approuver la proscription des fruits de l'automne. 
A la condition d'avoir été colorés et mûris par le soleil^ je ne 
connais rien de plus sain que la poire et le raisin, dont il ne 
faut jamais faire excès, sans doute, mais qui complètent si agréa- 
blement les repas de cette saison, à moins de prédisposition ma- 
ladive particulière. Une belle grappe de chasselas de Thomer}- 
n'a jamais indisposé personne. Quoi de plus suave que ces déli- 



292 Commentaires de F École de Salerne. 

cats doyennés, que ces heurrès parfumés : Capiaumont, d'Amanlis, 
Pickeren, ce dernier surtout, la reine des poires d'automne. 



Page 67. — Pour fortifier le cerveau, pour récréer 

LA vue et les autres ORGANES. 

Nous ne saurions approuver la conduite de ceux, qui^ tous les 
matins en se levant, plongent leur tête dans l'eau froide. 



Un léger exercice au sortir du lit dégourdit les membres, faci- 
lite et augmente la transpiration^ ainsi que les autres sécrétions 
et excrétions. 



Le conseil de nettoyer les dents et de laver la bouche ne 
saurait qu'être bon pour conserver les dents saines et blanches. 



La propreté des mains peut éviter un grand nombre d'in- 
commodités, de maladies même. Dans les classes laborieuses, 
dans celles surtout qui manient des substances toxiques, le la- 
vage fréquent des mains est une pratique d'une immense utilité. 
Depuis que les ablutions des mains avant les repas des ouvriers 
sont devenues obligatoires dans les fabriques de céruse, la coli- 
que de plomb est devenue infiniment plus rare. 

L'usage de se laver les mains avant et après chaque repas, si 
général dans l'antiquité et qui s'est conservé parmi nous jusqu'à 
la fin du dernier siècle, n'apparaît plus que comme une tradition 
effacée dans l'emploi malpropre de ces sortes de gobelets que l'on 
sert aujourd'hui aux convives après le dessert. Autrefois, c'était 
dans des aiguières d'or et d'argent que les valets répandaient sur 
les mains des convives de l'eau tiède parfumée. 



Pour fortifier Je cerveau. 293 

Le soin de changer souvent de linge et de tenir toutes les 
parties du corps propres est encore plus indispensable à la 
santé. Comme il n'y a pas de partie du corps qui ne transpire 
abondamment, la sueur, en s'accumulant sur la peau, y produit 
une certaine crasse qui contracte une odeur désagréable et devient 
ranceetâcre, d'où résultent souvent des exanthèmes prurigineux 
et difficiles à détruire ; mais le plus mauvais effet de l'accumulation 
de cette crasse, c'est de boucher les pores de la peau et de mettre 
par là obstacle à la sortie de l'humeur de la transpiration et de la 
refouler dans l'intérieur, d'où naissent mille maux 1 éruptions de 
la peau, fluxions catarrhales, etc. 

Les anciens ne portaient pas, ainsi que nous, des chemises ou 
du linge dont ils pussent changer souvent ; et les plus belles 
dames de la Grèce et de Rome n'avaient que des vêtements de 
laine ou de lin, car on ne connaissait pas alors le chanvre, ni la 
soie, ni le coton : aussi était-on beaucoup plus sujet à la ver- 
mine que de nos jours. Plusieurs philosophes de la Grèce 
avaient des poux de corps : Phérecyde mourut de la maladie 
pédiculaire, ainsi que le roi d'Espagne Philippe IL Cependant, 
dans ces siècles reculés, on suppléait au défaut de linge par les 
lotions et bains fréquents. C'est dans un but de propreté et de 
conservation de la santé que les législateurs de TOrient ont 
commandé, au nom de la divinité, les ablutions solennelles et 
réitérées. 



Il ne faut point toutefois que les soins de la propreté soient 
portés à l'excès et aillent jusqu'à la mollesse. Personne n'imi- 
tera sans doute la belle Poppéa, femme de l'empereur Néron, 
qui, pour adoucir et blanchir sa peau, se faisait suivre partout. 
dans ses voyages, de cinq cents ânesses, destinées à fournir le 
lait de ses bains. Martial ^ a dit : 

I. Martial, Epig. 36, liv. 11. 



294 Commentaires de V École de Salerne. 

Splendida sit nolo, sordida nolo cutis. 

Je n'aime point une peau trop luisante, 
Ni qu'on y voie une crasse gluante. 

Les soins de propreté ne requièrent pas l'emploi des parfums 
€t des odeurs suaves ^ 

Est-ce pour se rendre agréables ou pour neutraliser quelque 
mauvaise odeur qui s'exhale du corps, ou plutôt pour réveiller 
les désirs amoureux, que les dames et même quelques élégants 
puent le musc ou l'ambre d'une lieue? 

Martial en a fait le reproche aux dames romaines ' : 

« Partout où vous rendez visite, 

On sent une agréable odeur. 

Et vous traînez à votre suite 

La boutique d'un parfumeur; 

Mais n'en soyez pas orgueilleuses; 

En êtes-vous plus gracieuses ? 

Vos regards en sont-ils plus doux, 

Vos traits plus fins, votre air plus tendre? 

Mon chien, si je le frotte d'ambre, 

Sentira bien meilleur que vous. » 



Parmi les choses les plus agréables, et qui flattent le plus la 
vue, sont une promenade au bord d'une claire fontaine ou d'un 
ruisseau limpide et dans une prairie fraîche et verdoyante. II en 
est de même de l'aspect des montagnes, où l'on peut saisir des 
points de vue admirables. 



Le miroir recrée aussi fort bien la vue, alors même que 
l'amour de soi, inhérent à tous les hommes, ne nous porterait 

1. Voyez Piesse. Des odeurs, des parfums et des cosmétiques, 
2* édition. Paris, 1877. 

2. Martial, livre III, Epig. 55. 



Sommeil. 



295 



pas à nous contempler avec quelque satisfaction et à nous 
trouver quelque agrément. Il n'est guère de personnes qui ne 
disent comme le singe de la fable 1 : 

Mon portrait jusqu'ici ne m'a rien reproché. 



Page 69. — Sommeil. 

Le sommeil est le silence des sens et des mouvements volon- 
taires. 

Le froid produit le sommeil. La digestion le détermine aussi; 
aussi tous les animaux ont une propension au sommeil immé- 
diatement après le repas, et l'on ne dort jamais mieux que sur 
la digestion. 

Homère dit que Nestor faisait toujours un petit somme après 
les repas. 



Les phénomènes qui s'observent pendant le sommeil sont : la 
lenteur du pouls, de la respiration, de la circulation du sang et 
du mouvement péristaltique des intestins ; la diminution des 
sécrétions et des excrétions, et surtout de la transpiration. 

Le décubitus sur le dos ou sur le côté droit, avec la tête un 
peu élevée, est la situation la plus favorable au sommeil. 



• L'École de Salerne est assez large en matière de sommeil . 
Elle conseille indifféremment six, sept, neuf heures de repos, 
et, à vrai dire, il est assez difEcile de donner à cet égard un pré- 
cepte qui soit d'une utilité tant soit peu générale. 

La durée du sommeil doit varier selon l'âge, le sexe, le tem- 
pérament et les habitudes. 

I. La Fontaine, Fables. 



296 Commentaires de F Ecole de Salerne. 

Le fœtus est dans une sorte de sommeil dans le sein de sa 
mère. Les enfants dorment presque toujours lorsqu'ils viennent 
de naître : les prémices de nos jours ne sont donc qu'une sorte 
de léthargie. Les hommes semblent ne naître que pour se fami- 
liariser avec la mort, sous l'image trompeuse d'un doux som- 
meil. Plus on est jeune, plus on doit dormir. Ainsi l'apho- 
risme de l'Ecole de Salerne est faux, surtout quand il fixe la 
même durée de sommeil pour le jeune homme et pour le 
vieillard. Les enfants avant l'âge de dix ans dorment ordinai- 
rement de dix à douze heures et s'en trouvent bien; huit ou 
neuf heures de sommeil conviennent, en général, à l'homme fait, 
tandis que le vieillard s'assoupit à peine quelques instants, ou 
ne dort que quatre ou cinq heures. 

Les femmes et les individus doués d'un tempérament sanguin 
ou nerveux ont besoin de beaucoup de sommeil. 

Certaines personnes ont une propension particulière au som- 
meil ; elles dorment plus de dix heures et se portent très bien. 
Nous avons vu plusieurs de ces grands dormeurs parvenir à une 
longue vieillesse, exempts d'infirmités. 

Picquer remarque que les hommes dont la tête est fort grosse 
dorment fort longtemps. 

L'habitude influe beaucoup sur la durée du sommeil. Les 
sujets qui sont accoutumés à dormir longtemps ne peuvent se 
priver de quelques heures de sommeil sans être incommodés, 
tandis que d'autres jouissent d'une très bonne santé, en ne pre- 
nant ordinairement que quelques heures de sommeil. 



L'hiver est la saison du repos et celle où l'on doit le plus dormir. 

Il est d'une grande importance de régler sur ses besoins 
les heures et le temps de son sommeil : un juste milieu dans 
toutes les jouissances peut seul conserver la santé. 

L'habitude de se lever de bonne heure est la plus salutaire, 
comme elle est la plus utile. 



Sommeil. 297 

Heureux celui qui , ne s'écartaat jamais des lois de la modé- 
ration, saute à bas de son lit lorsque ses forces sont réparées et 
ne les énerve pas en y séjournant trop longtemps. Il conserve 
par ce moyen toute la force, toute la santé du corps et toute la 
liberté de son esprit ; il n'est point enfin exténué de maigreur ni 
surchargé d'un embonpoint extrême. 



Le sommeil ne pourra néanmoins vous procurer ces avan- 
tages qu'autant que vous lui consacrerez le temps que la nature 
lui désigne ; en efi;et, le soleil ne parcourt sa carrière qu'afin 
d'éclairer les travaux auxquels nous devons nous livrer pendant 
le jour. La nuit n'obscurcit, à son tour, le ciel et la terre, qu'afin 
que le silence y règne et que les hommes, fatigués des exer- 
cices de la journée, réparent leurs forces dans le sein d'un pai- 
sible sommeil. Rien n'est donc plus contraire à la santé que de 
veiller la nuit. On reconnaît bientôt, à leur visage blême et 
défait , ces habitants efféminés des grandes villes , qui , selon 
l'expression vulgaire, font de la nuit le jour, et du jour la nuit. 
On n'enfreint point impunément les lois de la nature ; c'est elle 
qui a marqué à l'homme la nuit pour dormir et le jour pour 
veiller. 

Le vieux précepte rimé, qui date du temps de François 1er, est 
encore le meilleur à suivre : 



Lever à six, dîner à dix; 
Souper à six, coucher à dix. 
Nous fait vivre dix fois dix. 



Seize heures de veille et huit heures de sommeil paraissent 
être un partage convenable de la période de vingt-quatre heures 
qui forme un jour. 

A cet ordre naturel, excepté l'homme civilisé et à son grand 
détriment, obéissent tous les êtres de la création, même les 

17- 



298 Commentaires de TEcole de Salerne. 

plantes. On s'étonne du dépérissement et de la mort des arbres 
sur les boulevards de Paris, et l'on en accuse toutes sortes de 
causes, sans que Ton songe à la plus réelle de toutes, la priva- 
tion de sommeil par l'illumination nocturne des becs de gaz. 



Les méditations trop longues, les travaux excessifs, la faiblesse 
qui accompagne les longues maladies, la vieillesse, les épuise- 
ments de tout genre entretiennent l'insomnie ou empêchent le 
sommeil. 

Le sommeil qui est troublé par des songes pénibles, bien loin 
de restaurer, ajoute à l'épuisement des forces ; mais les rêves et 
le sommeil pénible sont dus bien souvent aux excitations fortes 
que les passions vives de l'âme ont produites sur nous pendant 
l'état de veille. Tout le monde sait que les songes se rapportent 
ordinairement à ce qu'on a fait pendant le jour, comme l'a 
exprimé Claudien dans des vers dont nous donnons la tra- 
duction : 

A ce qu'on fait le jour on songe dans la nuit : 
Le juge, du Palais semble entendre le bruit; 
Le chasseur croit courir dessus la bête fauve, 
Et le cocher après le cheval qui se sauve. 



Page 71. — SOxMMEIL DE JOUR. 

Le sommeil de l'après-midi est contre nature. 

Dans les pays chauds, durant les chaleurs de l'été, et lorsqu'on 
en a pris l'habitude, on peut faire une courte méridienne, mais 
sans oublier que le sommeil de l'après-midi doit être très court. 
Encore serez-vous exposé, après la méridienne, à éprouver un 
grand engourdissement du corps et de tous les sens, de la mi- 
graine ; mais il est bien rare que la fièvre se mette de la partie, 
encore moins le catarrhe, qui n'a rien à faire en pareille occur- 



Des vents et de rurine. 299 

rence, si l'on n'a point ressenti le froid pendant son sommeil. 

Cette coutume convient cependant aux individus maigres, fai- 
bles, qui digèrent mal, et aux vieillards. 

Les personnes qui ne se lèvent pas de grand matin et celles 
qui sont disposées à prendre de l'embonpoint doivent s'abstenir 
de la méridienne. 

Page 73. — Des vents et de l'urixe. 

Les reins remplissent une fonction des plus importantes, celle 
de séparer l'urine du sang. Deux canaux nommés uretères portent 
le liquide dans la vessie, d'où il sort par le canal de l'urètre ; 
mais, si cette évacuation des urines n'a pas lieu librement, elles 
refluent vers les uretères, les reins et le tissu cellulaire environ- 
nant , gonflent ces parties, d'où la tension du bas-ventre, la 
pesanteur des reins, le malaise, Fanxiété : et à la suite, la réten- 
tion d'urine et les divers maux qu'elle cause. D'un autre côté, 
la vessie étant pleine et fort distendue, elle occupe trop d'espace 
dans le bassin ; elle refoule, à droite et à gauche, les parties 
flottantes dans le bas-ventre, et presse davantage sur le rectum. 
Il en résulte la gêne dans les excrétions des urines et des selles, 
le gonflement du ventre, des coliques et même des vomisse- 
ments, la difficulté ou l'impossibilité d'uriner, etc. En séjournant 
dans la vessie, l'urine y laisse déposer les matières salines qu'elle 
contient et y forme des calculs. 

Mais les personnes qui urinent à plein canal ne sont point 
exposées à ces maux. 

Hommes qui avez passé la cinquantaine, ne dédaignez pas ces 
conseils ; ils sont d'une prévoyante sagesse. 

Le besoin de miction ne doit jamais être différé dans sa satis- 
faction. Plus on avance en âge, plus il faut être sévère dans 
l'observance de ce précepte. Ce besoin est plus ou moins fréquent 
selon le plus ou moins de capacité, de tolérance^ selon l'état 
sain ou malade de la vessie, selon le plus ou moins d'abondance 



300 Commentaires de V Ecole de Salerne. 

de sécrétion d'urine par les reins, selon la quantité et la nature 
des boissons. 



Page 74. — De l'usage des bains. 

On distingue les bains en hains de rivière et en hains domes- 
tiques ; ceux-ci, en hains chauds et en hains froids ; et l'on y rap- 
porte les demi-hains , les pédihives , et même les lavements. 

Tout bain, de quelque nature qu'il soit, agit sur notre corps 
d'une manière qui lui est propre. Toujours il porte plus ou 
moins d'eau dans l'intérieur de nos organes, et avec l'eau une 
plus ou moins grande quantité des substances qui y sont en dis- 
solution. 

Le hain froid excite sur les nerfs une sensation violente, qui 
va quelquefois jusqu'à l'engourdissement ; il repousse les hu- 
meurs de la circonférence au centre, arrête le jeu des capillaires 
à la surface du corps, ou le modère selon la température de 
l'eau ; et cela peut être plus ou moins avantageux dans cer- 
taines circonstances. 

Le hain chaud attire le sang du centre à la circonférence ; il 
dilate les capillaires, calme l'irritabilité des nerfs, relâche les 
solides, et tempère efficacement les fluides ; il fournit aux hu- 
meurs beaucoup plus d'eau que le bain froid. Aussi les effets 
des bains chauds sont-ils bien différents de ceux des bains froids. 
On ne peut user de ceux-ci sans précaution ni conseil ; ceux-là 
sont ordinairement salutaires ou indifférents. 

On regarde les bains comme des remèdes fortifiants ; mais ils 
ne le sont pas par leur nature, ni de la même manière, quand 
ils le sont. Si le bain froid fortifie, c'est en augmentant l'action 
des solides ; si le bain chaud donne de la force, c'est en puri- 
fiant les fluides de certaines causes de faiblesse. On peut dire la 
même chose de toute espèce de bain local, tel que la lotion, le 
lavement, le pédiluve. 



Des repas. 301 

Les bains de rivière, durant les jours chauds, sont communé- 
ment utiles à la santé pour les raisons que je viens de dire. L'eau 
étant tiède alors, elle pénètre aisément le corps et le nettoie 
fort bien. Entrant mieux dans les pores de la peau, elle se mêle 
mieux aussi à nos humeurs, et voilà comment les bains tempè- 
rent et rafraîchissent. 

On rend les bains énioïïieiits par Taddition des herbes émol- 
lientes, dont on mêle la décoction dans l'eau du hd^m \ fortifiants, 
par les plantes aromatiques ; on fait des lains de mer artificiels, 
par l'addition du sel. 

Le précepte que donne l'Ecole de Salerne, de se tenir chau- 
dement après le bain, est sage. Le bain ayant disposé le corps à 
la transpiration, il y aurait évidemment de l'imprudence à s'ex- 
poser à un air capable de la supprimer. On courrait un risque 
certain de prendre quelque rhume. 



Page 78. — Des repas. 

L'appétit, tel devrait être le seul régulateur des repas. Ne 
mangez que quand vous sentez le désir de le faire ; en suivant 
cette simple formule, vous éviterez des causes innombrables de 
maladies. 

Toute rhygiène gastronomique est contenue dans ces excel- 
lents préceptes; malheureusement, il n'en est pas qui soit moins 
suivi. 

L'homme civihsé s'est fait en toute sorte de choses, des ap- 
pétits factices, et ils ne sont pas les moins impérieux. Il confond 
une soif légère et l'appétit avec la soif et la faim, qui sont des 
besoins qu'il importe de satisfaire. 

Il y a trois sortes d'appétits : 

Celui que Ton éprouve à jeun, sensation impérieuse, qui 
ne chicane point sur les mets et qui vous fait venir l'eau à la 
bouche à l'aspect d'un bon ragoût. 



302 Commentaires de F École de Salerne. 

Le second appétit est celui que l'on ressent lorsque, s'étant 
mis à table sans besoin, on a déjà goûté d'un plat succulent, 
qui consacre le proverbe : U appétit vient en mangeant. 

Le troisième appétit est celui qu'excite un mets délicieux qui 
paraît à la fin d'un repas, lorsque, l'estomac satisfait, l'homme 
raisonnable allait quitter la table sans regret. 

Il est vrai que l'habitude peut pervertir à la longue les sen- 
sations involontaires. 

En général, dans les classes aisées, l'homme mange trop. 

La bonne règle, suivant Hippocrate, est de quitter la table avant 
la satiété. 

On digère bien ce que l'on mange avec appétit, parce que 
l'estomac alors se trouve vide et que la diète est le meilleur 
remède contre la plénitude de cet organe et contre l'indigestion. 

Il ne s'agit pas d'ingérer des aliments dans l'estomac, mais de 
les digérer. Toutes les fois que la digestion des aliments que 
l'estomac a déjà reçus n'est pas complète, il faut s'abstenir d'en 
prendre de nouveaux. Le sentiment de plénitude, le dégoût, ou 
le défaut d'appétit sont un sûr avertissement pour l'homme comme 
pour les autres animaux. 

Seul, dans la nature, l'homme connaît l'obésité, ce châtiment 
des gros mangeurs, et la goutte, cette expiation des gourmands. 



Santorio ou Santorini, généralement connu sous le nom de 
Sanctorius, naquit à Capo-d'Istria en 1561. Il fit ses études à 
Padoue, et, après avoir été élève dans cette Université, il y devint 
professeur. Bientôt il renonça à l'enseignement, pour pratiquer 
la médecine à Venise, où il mourut, en 1636, à l'âge de 75 ans. 
Chaque année, le collège de médecine de Venise chargeait un de 
ses membres de prononcer l'éloge de Sanctorius, en reconnais- 
sance d'un legs qu'il lui avait laissé. 

Sanctorius doit sa réputation plutôt à l'originalité qu'à la va- 
leur réelle de ses travaux, et surtout aux recherches curieuses, 




Sanctorius dans sa balance. 



304 Commentaires de V École de Salerne. ■ 

qu'il continua pendant 30 années, sur les phénomènes de la 
traiispirat/oii cutanée insensible : il s'en occupait le premier, selon 
les uns ; après Galien, si l'on en croit Mackenzie ' . 

Il se plaçait dans une balance de son invention (fig. p. 303). 
« Le siège est disposé comme on le voit dans cette figure, dit-il 
lui-même. La balance est suspendue au plafond de la chambre 
à manger dans un endroit caché. Ainsi elle n'est aperçue ni des 
personnes de distinction que choquerait l'irrégularité de la salle, 
ni des ignorants qui trouvent ridicules toutes les choses inso- 
lites. Le siège, éloigné du parquet de la largeur d'un doigt, de- 
meure fixe pour résister aux secousses 2. » 

Après avoir pesé les aliments et les boissons qui lui étaient 
nécessaires pour l'espace de vingt- quatre heures, il en comparait 
le poids avec celui de ce qui sortait sensiblement de son corps : 
il parvenait ainsi à déterminer le poids et la quantité de la trans- 
piration insensible, et son rapport avec les ahments qui l'aug- 
mentent ou la diminuent. Il trouva, par exemple, que, si l'on 
mange et si l'on boit en un jour la quantité de huit livres, il en 
sort environ cinq livres par la transpiration insensible. 

Il signale en ces termes l'utilité de sa balance : 

« Nous tirons de l'emploi du siège deux avantages : le premier, 
c'est de calculer la transpiration insensible du corps. Ne pas 
tenir compte exactement de cette transpiration, c'est rendre le 
médecin inutile, car c'est d'un excès ou d'un défaut de transpi- 
ration que dérivent presque toutes les maladies. 

« Le second avantage, c'est que, assis sur ce siège, nous remar- 
quons sans peine, en mangeant, l'instant précis où nous avons 
pris la juste quantité d aliments et de boisson au delà ou en deçà 
de laquelle nous sommes incommodés, 

1. Mackenzie, Histoii^e de la santé et de l'art de la conserver , 
Trad. de l'anglais sur la seconde édition. A La Haye, lySg. In-8, 

p. 232. 

2. Sanctorii De medicina statica Aphorismi. Commentaria 
notasque addidit A. C. Lorry. Parisiis, 1770, in-12, p. 35. 



Des repas. 305 

« Lors donc qu'en ingérant des aliments nous avons atteint 
le poids voulu et la mesure préalablement prescrite, l'extrémité 
de la balance s'élève un peu, tandis qu'au même instant le siège 
s'abaisse légèrement. C'est cet abaissement qui indique immédia- 
tement à la personne assise qu'elle a absorbé la quantité conve- 
nable d'aliments ^ » 

Ses aphorism.es sur la médecine statique ont été dépassés par 
le progrès de la science : et cependant bien des médecins et le 
vulgaire attribuent encore la plupart des maladies à la diminu- 
tion de cette évacuation. 



Cornaro vivait de 12 onces d'aliments solides, tels que pain, 
jaune d'œuf, viande et potage, et 14 onces de vin par jour-. 
Ce régime, excellent pour lui, aurait exténué une forte consti- 
tution. 



Un curieux travail de statistique établit qu'un homme, par- 
venu à l'âge de cinquante ans, n'a pas absorbé moins de 70,000 li- 
vres de pain, 20,000 livres de viande, 5,000 livres de légumes. 
Et, détail très intéressant, il a bu 32,000 litres de liquides divers, 
formant un lac de trois cents pieds de superficie sur trois de 
profondeur ; il a dormi pendant un espace de temps égal à 
6,000 jours, travaillé pendant 6,000, marché pendant 800, 
mangé pendant 15,000, a été malade pendant 500, et s'est 
amusé pendant 4,000. 

Ce sont là, bien entendu, des chiffres movens. 



Ne buvez pas à jeun, au sortir de votre lit. Cela doit s'en- 
tendre surtout des liqueurs alcooliques, car rien n'est plus sain, 

1, Sanctorii, Loco citato, p. 35. 

2. Voyez Cornaro^ De la Sobriété, traduction nouvelle. Paris, 
1880. 



3o6 Commentaires de F École de Saler ne. 

au contraire, que l'usage de boire une petite quantité d'eau fraî- 
che en se levant et au moment même des ablutions matinales; 
c'est une pratique d'hygiène des plus salutaires. 

Mais l'habitude si générale, parmi les classes laborieuses, de 
boire à jeun de l'eau-de-vie ou quelque liqueur fermentée, est 
déplorable. Et cependant l'origine de ce funeste usage semble 
remonter à quelque précepte d'hygiène mal interprété et dont la 
tradition est encore vivace dans le peuple, qui croit ainsi tuer le 
ver. Il tue son estomac. Rien de plus meurtrier pour ce viscère 
que de l'irriter, dans l'état de vacuité, par l'ingestion de liqueurs 
excitantes. La plupart des maladies organiques de l'estomac 
prennent leur origine dans cet usage de boire le petit verre ou 
le vin blanc le matin. Plusieurs médecins pensent que la fré- 
quence des cancers de l'estomac va en augmentant ; il est cer- 
tain que dans les hôpitaux, quand se présentent ces terribles 
affections, presque toujours les sujets qui en sont atteints confes- 
sent cette funeste habitude matinale ^ . Par des raisons de police 
fort sases, on force les débitants de boissons à fermer leurs bou- 
tiques à une certaine heure de la nuit. Par des motifs d'hygiène 
très sérieux, on pourrait les forcer à ne les ouvrir qu'à une 
certaine heure du matin. 



Page 79. — Ordre du dîner. 

Dans l'état de santé, il est, selon l'Ecole de Salerne^ indif- 
férent de marcher ou de s'asseoir après le dîner. Cependant il 
vaut mieux faire alors un léger exercice que de rester dans un 
repos qui ne manque guère d'appeler le sommeil. 

I. Voy. Bergeret, De l'abus des boissons alcooliques, dangers 
et inconvénients pour les individus, la famille et la société. 
Paris, 1870. 



Règles générales pour tous les repas. 307 



Page 79. — Règles ghxérales pour tous les repas. 

Il n'appartient qu'à un médecin instruit de donner de bons 
conseils au sujet des aliments : sur leur qualité, leur quantité, le 
lieu, les heures, le moment où vous devez en user; et Ton con- 
çoit d'abord que le médecin devra prendre en considération une 
foule de circonstances et d'objets essentiels, qui se rattachent à 
l'individu, comme l'âge, le tempérament, le sexe, le lieu qu'on 
habite, la saison de l'année, les heures du jour, l'état du sujet, 
ses occupations, son moral, ses habitudes surtout, etc 1. 

La même quantité d'aliments, tant solides que liquides, les 
mêmes mets ne sauraient convenir également à tous : 

Il faut qu'un enfant mange beaucoup , un adulte raisonnable- 
ment, un vieillard peu et souvent, une femme moins qu'un 
homme. Un robuste habitant des champs digère, sans peine, ce 
qui donnerait d'horribles indigestions à un enfant, à un bour- 
geois, à un citadin déUcat 2. 

Un enfant doit faire trois ou quatre repas ou plus par jour; 
deux suffisent à l'homme adulte, à m.oins qu'il ne se lève de 
grand matin, quïl ne se livre à des travaux pénibles et qu'il ne 
lasse une grande dépense de force musculaire. On conçoit qu'alors 
il aura besoin de prendre plus souvent de la nourriture ; tandis 
que celui qui mène une vie molle, sédentaire, reçoit toujours 
une alimentation trop considérable, soit relativement à la quan- 
tité ou à la qualité trop nourrissante des aliments. 

Les hommes d'affaires et les riches citadins ne doivent pas 
se borner à un repas par jour. Un seul repas dans les vingt 
heures, ne peut qu'être très nuisible. Deux repas médiocres, 
mêlés en proportions déterminées d'aliments de nature animale 

1. Fonssagrives, Hygiène alimentaire des malades, des con- 
valescents et des valétudinaires, 1^ édition, Paris, 1867. 

2. Voyez Donné, Hygiène des Gens du Monde, 2^ édition. 
Paris, 1879, p. 389, Hygiène de l'estomac. 



3o8 Commentaires de- V Ecole de Salerne. 

et végétale, sont au moins nécessaires à l'homme qui prend le 
moins d'exercice. 



J'ai cependant connu un confrère, approchant de la soixan- 
taine, qui se portait admirablement bien, exempt de toute infir- 
mité, ni gras ni maigre, mais de cette coraplexion moyenne qui 
se rapproche le plus de cet état naturel des animaux vivant en 
liberté ; depuis l'âge de 20 ans, il ne faisait qu'un seul repas par 
jour, mais abondant, substantiel et véritablement réconfortant. 



On raconte qu'un médecin ayant demandé au Père Gratry 
quel régime il observait, cet austère religieux lui répondit : « Je 
ne fais qu'un repas par jour. » — « Gardez-vous, répliqua le 
médecin, de rendre votre secret public ! Vous nous enlèveriez 
tous nos malades. » 



« Lequel vaut mieux de dîner ou de souper ? » demandait 
quelqu'un à Mormon. — « Ni l'un ni l'autre, car il ne faut 
faire qu'un repas, mais qui dure tout le long du jour. » 

C'est ainsi que l'empereur Geta passa trois jours consécutifs 
à table, en se faisant servir une série de mets dont les noms com- 
mençaient par chacune des lettres de l'alphabet. L'empire romain 
n'eut peut-être jamais été troublé, si tous les Césars eussent em- 
ployé le temps à des occupations aussi innocentes. 



Quelqu'un ayant dit à Montmaur que les médecins grecs sou- 
tenaient qu'il fallait dîner légèrement, mais manger davantage 
à souper, et que les Arabes au contraire croyaient qu'il fallait 
faire un léger souper, mais un bon dîner : « Eh bien, dit Mont- 
maur, je dînerai avec les Arabes et je souperai avec les Grecs. » 



Règles générales pour tous les repas. 309 

On a dit, avec raison, que Thabitude est une seconde nature. 
En effet, l'habitude est, après k nature, le pouvoir le plus grand 
et le plus durable de tous, chez l'espèce humaine. La santé et la 
maladie sont soumises à son empire ; tout grand changement 
dans le régime alimentaire est dangereux. Des aliments peu sa- 
lutaires conviennent mieux lorsqu'on y est habitué que d'autres 
plus sains dont on n'a pas l'habitude. Ainsi , lorsqu'on est 
obligé de faire quelques changements considérables dans le ré- 
gime, il ne faut le faire que peu à peu, et à la longue; autrement 
on doit craindre des résultats fâcheux. 

Quant à ceux qui n'ont point encore contracté d'habitudes, 
nous leur dirons avec Celse ^ : 

« Un homme robuste qui se porte bien et qui est son maître 
ne doit point s'assujettir à aucun régime. 11 n'a nullement be- 
soin de médecin. Il doit mener un genre de vie fort varié : il 
faut qu'il soit tantôt à la campagne, tantôt à la ville, et plus 
souvent à la campagne. Qu'il navigue, qu'il chasse, qu'il se re- 
pose quelquefois, mais qu'il s'exerce souvent ; car le repos appe- 
santit le corps, le travail le fortifie : l'un hâte la vieillesse 
l'autre prolonge la jeunesse. Qu'il ne se prive d'aucun aliment 
dont le peuple fait usage ; qu'il se trouve quelquefois dans les 
festins, que d'autres fois il les évite ; qu'il mange tantôt plus 
qu'il ne faut, tantôt qu'il ne prenne juste que le nécessaire. 
Qu'il mange plutôt deux fois par jour qu'une. Cette ma- 
nière de vivre et de s'exercer est autant salutaire qu'une con- 
duite contraire serait dangereuse, car, si quelques affaires obli- 
gent d'interrompre l'ordre des exercices et des autres choses 
auxquelles on s'est accoutumé, le corps s'en trouve mal. » 

Les habitudes des anciens , touchant le manger, se rappor- 
tent à ce qui se pratique aujourd'hui^ avec cette différence que l'on 
déjeûne à peu près aux heures que l'on dînait autrefois, et que 
Ton dîne quand nos ancêtres soupaient ; une fois que nous avons 

I. Celse, Liv. I, chap. 1". 



310 Commentaires de F Ecole de Salerne, 

pris la coutume de manger à des heures fixes, notre corps en 
prend l'habitude, nos forces se proportionnent et s'attendent à 
ces actes ; elles comptent chaque jour régulièrement aux mêmes 
instants à ces moyens de restauration. Notre estomac sonne 
l'heure du repas, aussi régulièrement que le ferait une horloge. 
De même, le sommeil, le réveil reviennent le lendemain à point 
nommé, comme si le tour d'un rouage ramenait les mêmes 
mouvements ; et rien ne rend ses fonctions si complètes et si 
salutaires, que de les remplir régulièrement à leur temps ou 
aux heures qu'on en a pris la coutume. 

Il y a peu d'individus qui n'aient éprouvé sur eux ce que peut 
l'empire tyrannique de l'habitude. Qu'on ait pris, par exemple, 
la coutume d'uriner à telle heure de la nuit, il est sûr que toutes 
les nuits, à la même heure, on sentira si fort le besoin d'uriner, 
qu'on ne pourra se dispenser de se livrer à cette fonction, ou 
plutôt de satisfaire à ce besoin. 

Un prince de Venouse ne pouvait aller à la garde-robe 
qu'après avoir été rudement fouetté par son valet de chambre. 
Les lavements et les autres moyens ne pouvaient rien sur lui ; la 
douleur des coups de fouet était seule capable de lui lâcher le 
ventre, et le domestique lui administrait régulièrement ce singu- 
lier laxatif. 

Il en est de même de la quantité d'aliments que l'on prend. 
Celui qui s'accoutume à manger et boire en certaines propor- 
tions fixes sentira le besoin de s'y arrêter, car, pour peu qu'il les 
dépasse, il en sera incommodé. 

On est donc forcé de suivre ses habitudes quand elles sont en- 
racinées ou qu'on n'a pu s'en délivrer peu à peu; aussi, rien 
n'est plus nécessaire, plus indispensable à l'étabHssement et à 
la conservation de la santé, et à la jouissance d'une vie heu- 
reuse, que de ne point contracter des habitudes, dans quelque 
genre que ce soit. 



Régies générales pour tous les repas. 3 1 r 

« Dans la vie ordinaire, et avec l'alimentation journalière 
habituelle, on se trouve, pendant toute la durée de la digestion 
d'un repas, sous l'influence bonne ou mauvaise des idées qui 
ont occupé l'esprit pendant que l'on prenait ses repas. » Ainsi, 
selon que l'on s'est mis à table avec des idées souriantes ou des 
réflexions tristes, une impression bonne ou mauvaise persévère 
presque toujours jusqu'au repas suivant. 

Il est donc d'une importance réelle, lorsqu'on va se livrer à 
l'acte de la réfection, de mettre de côté toutes les pensées qui se 
lient aux choses trop sérieuses, aux ennuis et aux petites misères 
de la vie. Il faut consigne^ les fâcheux, congédier les ennuyeux 
et n'admettre près de soi que des personnes gaies. Il faut sur- 
tout éviter de se mettre en colère. 

Rien ne doit déranger riionnéte homme qui dîne i. 

Le bailli de Suflren étant à Achem, dans l'Inde, une députa- 
tion de la ville vint lui demander audience au moment où il était 
à table. Comme il était gourmand et n'aimait point à être troublé 
dans ses repas, il imagina plaisamment, pour se débarrasser de la 
députation, de lui faire dire qu'un article de la religion chré- 
tienne défendait expressément à tout chrétien à table de s'occuper 
d'autres choses que de manger, cette fonction étant d'une grande 
importance. La députation se retira respectueusement en admi- 
rant l'extrême dévotion du général français. 

Si l'on prend son repas en compagnie, il est essentiel de ne 
s'occuper que de sujets agréables. Il sera toujours prudent de 
s'abstenir de causer politique ou d'autres sujets sur lesquels 
généralement on n'est jamais d'accord ; car l'humeur que l'on 
remporte de ces discussions influence défavorablement pendant 
plusieurs heures ceux qui s'y livrent 2. 

De plus, si l'on s'engage dans des conversations controversées, 

r. Berchoux, La gastronomie, 4e édition, Paris, i8o5, p. 72. 
2. Voyez Gros, Mémoires d'un Estomac. 



12 Commentaires de V École de Salerne. 



il arrive souvent que, pour être à temps à une réplique, l'on 
avale les morceaux à peine mâchés, d'où un excès de travail 
pour Testomac obligé ainsi de suppléer aux fonctions de la 
mâchoire. 
Après le repas, c'est différent ; l'influence n'est plus directe. 



Une lecture pendant le repas est préférable à une conversa- 
tion, même agréable, où l'on discute. Pendant qu'on lit, la 
mastication et la déglutition des aliments s'accomplissent mé- 
caniquement, tranquillement, méthodiquement. 

« Lire en mangeant, fut toujours ma fantaisie, dit J.-J. Rous- 
seau ', au défaut d'un tête-à-tête : c'est le supplément de la so- 
ciété qui me manque. Je dévore alternativement une page et un 
morceau, c'est comme si mon livre dînait avec moi. » 



L'homme étant pourvu de dents incisives et de molaires, et 
ayant le canal intestinal très long et très ample, doit user des 
aliments végétaux et animaux, dans un mélange à peu près égal. 

Helvetius - avance que l'homme est un animal essentiellement 
Carnivore. J.-J. Rousseau au contraire regarde l'homme qui se 
nourrit de viandes comme un animal dépravé ^ 

Mais le raisonnement de l'un n"a pas plus le sens commun que 
la boutade de l'autre. 

L'homme par sa nature est véritablement omnivore. 

Le régime végétal est trop peu nourrissant et occasionne des 
aigreurs, des vents, des diarrhées, etc. 

Les substances animales sont au contraire très nourrissantes. 



La nature fournit dans chaque climat la nourriture la plus 
convenable à l'homme. 

1. Rousseau, Confessions, partie I, livre vi. 

2. Helvetius, De l'esprit. 

3. Voyez Cocchi^ le Régime de PytJiagore. Paris, 1879. 



Régies générales pour tous les repas. 3 i 



:>'■) 



Dans les climats et les saisons tempérées, l'homme doit se 
nourrir d'une quantité à peu près égale de végétaux et d'ani- 
maux. 

Plus la chaleur de l'air est considérable, moins grande doit 
être la proportion des substances animales qui entrent dans 
notre nourriture. 

Il faat faire un plus grand usage de végétaux que de sub- 
stances animales pendant la saison de l'été et dans les climats 
chauds, tandis que la nourriture animale convient mieux en hiver 
et dans les pays du Nord. 

Les habitants des pays chauds ne se nourrissent que de végé- 
taux , qui suffisent dans ces heureuses contrées, où la chaleur 
soutient la force vitale. Tous les peuples des vastes contrées de 
l'Asie méridionale, de l'Afrique et des Tropiques, ne s'alimentent 
que de végétaux et principalement de fruits. Les Persans et les 
Egyptiens ne vivent guère que de dattes. Les habitants de l'Ara- 
bie, de la Grèce et de l'Archipel se nourrissent de figues; ceux 
de l'Amérique méridionale, de l'Inde et des îles de la mer du 
Sud, que de riz, de sagou, des fruits de l'arbre à pain, de cocos, 
d'ignames, de maïs, de pommes de terre, etc. 

Il est si facile de vivre dans les pays chauds, que la nourri- 
ture d'un homme du peuple coûte, au plus, quelques centimes 
dans rindostan, TEthiopie et dans d'autres contrées du centre 
de l'Afrique. Au Sénégal, un esclave, qui ne se nourrit que de 
millet, n'en consomme que huit cents livres par an, ce qui donne 
25 ou 30 fr. pour la nourriture de cet esclave. Si le régime py- 
thagoricien affaiblit les organes digestifs dans les climats ar- 
dents, les peuples de ces paj^-s y remédient par les condiments 
aromatiques, que la nature leur fournit abondamment dans ces 
climats. Tels sont le poivre, le piment, la cannelle, le girolle, 
le gingembre, etc. 

Dans les régions du Nord ou glaciales, au contraire, les habi- 
tants ont besoin d'une nourriture forte et substantielle prise 
dans les substances animales ; car le froid dévore la vie. La cha- 

ÉCOLE. 18 



5 14 Commentaires de F École de Salerne. 

leur vitale produite par le régime animal est si forte chez les 
peuples des pays froids , chez les Groënlandais, les habitants des 
îles Kouriles, les Américains du Nord, les Esquimaux, etc., qui 
dévorent la chair de phoque de Caribou, d'ours marins et 
l'huile de baleine , que ces peuplades supportent très bien la 
rigueur excessive de leur climat. 

La chair crue nourrit plus fortement, quoiqu'elle se digère 
plus facilement que la cuite; aussi les peuples du Nord man- 
gent la chair crue ou peu cuite, comme les Anglais. 

Il en est des boissons comme des aliments solides, l'usage du 
vin et des autres boissons spiritueuses ou excitantes est perni- 
cieux dans les pays et les climats chauds, tandis qu'il est salutaire 
dans les pays froids, pour ranimer ces peuples, que le froid en- 
gourdit. 



Le déjeuner ne doit pas être un repas, mais une simple réfec- 
tion. 



Les bons dîners sont la seule consolation des hommes de 
cinquante ans, qui ont abusé de tous les plaisirs, qui ne con- 
naissent pas les divertissements de l'esprit et qui prennent la 
fantaisie d'épouser quelque gouvernante dévote et de moyen 



ase. 



Les dîneurs sont de différentes espèces, dit Eug. Wœstyn^, et 
je ne sache guère que Rabelais et Balzac capables d'en dresser la 
formidable énumération. C'est une classification par genres, fa- 
milles, individus, comme celle qu'étabhssent MM. Duméril et 

I . E. Wœstyn, Physiologie du dineur, in Monselet, La cuisi- 
nière poétique, Paris, s. d., p. 164. 



Règles générales pour tous les repas. 315 

Brongniart dans les salles d'études du Jardin des plantes. Ainsi 
l'on peut compter : 



Le dîneur classique^ celui qui ne comprend pas le bouilli sans 
une verdoyante ceinture de persil. 



Le dîneur romantique, qui associe le vulgaire haricot de mou- 
ton au délicat solilème. Victor Hugo est le prototype de cette 
variété, et son assiette hospitalière accueille avec la même gra- 
cieuseté et dans un pêle-mêle qui eût abasourdi Aristote, le père 
des unités, la tranche de rosbif, la gelée au m.arasquin, la char- 
lotte russe et le turbot à la sauce genevoise (E, de Wœstyn). 



Le dîneur indiffèrent, qui hume des huîtres en juillet, — épou- 
vantable solécisme, — truffe des bécassines, — barbarisme sans 
nom, — et lit son journal à table, au risque de laisser tourner en 
huile une marengo ou refroidir une béchamelle. 

Louis XIV était le dîneur indifférent par excellence ; le plus 
vulgaire miroton valait pour lui les côtelettes à la Soubise, lé- 
guées à la France par le maréchal de ce nom, en indemnité de la 
bataille de Rosbach, et le carré de veau à la Guéménée, dont la 
découverte entraîna une banqueroute de vingt-huit millions. 



Le dîneur tatillon, qui ne mange pas ou mange mal si sa place 
à table est changée, s'il n'a pas, comme d'habitude, la carafe à 
droite et la bouteille à gauche, si son verre est uni au lieu d'être 
taillé, et cent autres niaiseries dont il exagère l'importance au 
détriment de son appétit. 



3i6 Commentaires de V École de Salerne. 

Le dîneur grognon qui n'est jamais content de rien et trouve à 
reprendre — le maroufle ! — aux volailles de Chevet, à la char- 
cuterie de Véro-Dodat, aux conserves de Corcelet, à la pâtisserie 
de Félix... Il critiquerait jusqu'aux boudins de carpe du duc de 
Richelieu et aux petites bouchées à la reine Marie Leczinska... 
Ventre ingrat, il n'a rien appris et a tout oublié (E. de Wœstyn). 



Le dîneur parasite, toujours le même depuis Montmaur et Col- 
letet, — qui dévore à faire croire qu'il a quatre estomacs, comme 
les ruminants ; parfois même, il emmagasine au fond de ses 
poches les reliefs de son assiette. 

Le titre de parasite était autrefois très honorable ; il a eu le 
même sort que celui de philosophe. Les Romains nommaient les 
parasites epulones ; ils étaient préposés dans les temples à la 
réception de l'offrande des premiers fruits ; ils étaient chargés 
de les distribuer au peuple et d'en conserver pour les festins 
consacrés aux divinités. Presque tous les dieux avaient leurs 
parasites. Ces hommes, qui mangeaient à la table des dieux, qui 
étaient convives de Jupiter, de Bacchus, d'Apollon, jouirent 
d'abord d'une grande considération chez les peuples; mais on 
s'aperçut bientôt qu'ils avaient un gros appétit et qu'ils man- 
geaient la part de leurs divins hôtes. Ils finirent par s'avilir, en 
se ménageant, sous le prétexte du service des dieux, l'entrée 
des grandes maisons; ils s'y conduisirent comme dans les tem- 
ples, et, tout en louant le maître de la maison, comme ils 
avaient loué Jupiter ou Hercule, ils dévoraient les mets réservés 
à la famille. Alors on nomma parasites les flatteurs et les com- 
plaisants, qui, pour se procurer un bon dîner, sacrifiaient toute 
probité et délicatesse. Les Romains, en les recevant à leur table, 
usaient du droit de les ridiculiser, de les bafouer et même de les 
battre. 

Cet usage ne s'est pas conservé jusqu'à nos jours; car un pa- 
rasite est aujourd'hui l'ami de la maison, et les louanges qu'il 



Règles générales pour tous les repas. 317 

donne sont prises pour de la bonne monnaie. On les trouve 
fort amusants ; et beaucoup de gens qui mangent leur fortune 
sans appétit sont enchantés d'avoir à leur table ces sortes de 
complaisants, qui dissipent quelquefois l'ennui qu'entraînent les 
richesses et la satiété. 

Le type du parasite moderne a été Montmaur, professeur au 
Collège de France *, inventeur de la capnomancie ou art de juger 
les gens d'après la fumée de leur cuisine. Il logeait dans un donjon 
du collège de Boncourt, dans l'endroit le plus élevé de Paris, 
afin de mieux découvrir la fumée des meilleures cuisines. C'est 
lui qui disait à ses convives bruyants : « Silence donc, messieurs î 
je ne m'entends pas manger. « 



Le dineur pressé, continue E. de Wœstyn, qui règle son appé- 
tit sur sa montre. Napoléon était le maître du genre ; dix mi- 
nutes les jours ordinaires, un quart d'heure lors des solennités, 
telle était la règle invariable de sa table. Ses convives avaient 
l'excellente habitude de dîner auparavant. 



Le dîneur aimahle, qui solde son écot en joyeuses saillies, en 
anecdotes spirituelles, découpe avec la dextérité du meilleur 
écuyer tranchant d'Allemagne, et n'oublie jamais d'offrir aux 
dames la cervelle du lapereau et le chérubin du pigeon. 

Nombre de grands hommes ont appartenu à cette fraction : 
Molière, Chapelle, Racine, tous les convives des soupers d'Au- 
teuil, et aussi Montaigne, le docte auteur du Bréviaire des hon- 
nêtes gens. Rossini, parmi les modernes, était le premier des dî- 
neurs aimables (E. de Wœstyn). 



I. Voyez Sallengres, Histoire de Pierre de Montmaur. La 
Haye, 171 5, 

•^ 18. 



3i8 Commentaires de V Ecole de Salerne. 

Le dîneur qui ne dîne pas, si ce n'est d'un cure-dents qu'il ra- 
masse à la porte d'un restaurant à i fr. 60 centimes^ et se pro- 
mène au Palais-Royal. 



Le dîneur égoïste, sur le compte duquel je demande à m'éten- 
dre, car il est à craindre, — et l'on ne saurait éviter ce que l'on 
ne connaît pas. 

Le dîneur égoïste est rarement maigre ; son abdomen, au con- 
traire, aflfecte volontiers ces rondeurs potironiformes qui font le 
désespoir des culottiers fashionables ; sa mise négligée, sans être 
élégante, doit impressionner la mode aussi désagréablement que 
Glocester, Marguerite d'Anjou, après la défaite de Warwick à 
Barneth. Que si l'on me demandait quelles classes de la société 
fournissent des exemplaires de ce type, je répondrais : toutes ou 
presque toutes, mais principalement l'honorable corps des Fa- 
cultés, dans la personne des vieux médecins et des vieux avocats. 

Le dîneur égoïste est peint de pied en cap dans ce vers si 
connu : 

Quand Auguste avait bu, la Pologne était ivre ! 

Ne se laissant jamais entamer par l'aphorisme vulgaire : « Où 
il y a pour deux, il y a pour trois ! » il établit autour de sa 
table un infranchissable cordon sanitaire. Toute requête gastro- 
nomique le mortifierait sans l'attendrir ; le cri des entrailles 
étouffe chez lui la voix du cœur (E. de Woestyn). 



Enfin le dîneur glouton. 

Maximin mangeait soixante livres de viande par jour ; Al- 
binus engloutit dans une matinée cinq cents figues, cent pêches, 
dix melons, vingt livres de muscat, cent becfigues et quarante 
douzaines d'huîtres. Phagon dévora devant Aurélius un san- 
glier, un cochon, un mouton et cent pains; il but une pièce de 



Règles générales pour tous les repas. 319 

vin. Domitius, Africain, et Audebonte, roi d'Angleterre, péri- 
rent à table de trop manger. 

Le maréchal de Villars avoit un Suisse qui mangeait énor- 
mément. Le maréchal un jour le lit venir. « Combien man- 
gerais-tu d'aloyaux , lui dit-il ? — Ah ! monseigneur , pour 
moi falloir pas beaucoup, cinq à six tout au plus. — £t com- 
bien de gigots ? — De gigots ! pas beaucoup, sept à huit. — 
Et de poulardes ? — Oh ! pour les poulardes, pas beaucoup, 
une douzaine. — Et de pigeons ? — ■ Oh ! pour ce qui est des 
pigeons, monseigneur, pas beaucoup, quarante, peut-être cin- 
quante, selon l'appétit. — Et des alouettes ? — Des alouettes ! 
monseigneur, toujours. » 

Le plus célèbre des grands mangeurs fut Louis XIV. 

Le malheur voulut que Louis XIV ne sût jamais dîner; il man- 
geait beaucoup, mâchait peu ; par conséquent il digérait mal ; il 
ne souffrait pas que l'on choisît pour lui les aliments qui conve- 
naient le mieux à la délicatesse naturelle de son estomac ; mais 
l'estomac n'est pas courtisan, et l'on ne soupe pas impunément 
en despote, surtout quand on a de mauvaises dents, et c'était le 
cas pour Sa Majesté. Bien avant 1685, mais surtout à partir de 
cette date fatale pour le roi et la France, le Journal de la santé 
de Louis XIV ne parle plus que de vertiges et d'indigestions, de 
rhumatismes et de goutte, de fièvres et de catarrhes, de noirs 
chagrins et de longs ennuis. 

Comment s'en étonner quand on connaît le menu de ses 
dîners, tel que nous l'a laissé la princesse Palatine? 

« J'ai vu souvent, nous dit-elle, le roi manger quatre assiet- 
tées de soupes diverses , un faisan entier, une perdrix, une 
grande assiettée de salade, du mouton au jus et à l'ail, deux 
bonnes tranches de jambon, une assiettée de pâtisseries et puis 
encore du fruit et des confitures. » 

Fagon nous donne l'aperçu du dîner du roi, quand il était au 
régime : 

« Le roi (1708), fatigué et abattu, fut contraint de manger gras 



320 Commentaires de F Ecole de Salerne. 

le vendredi et voulut bien qu'on ne lui servît à dîner que des 
croûtes, un potage aux pigeons et trois poulets rôtis; le soir, du 
bouillon, pour y mettre du pain, et point de viande ; le lende- 
main, il fut servi comme le jour précédent, les croûtes, un po- 
tage avec une volaille et trois poulets rôtis, dont il mangea, 
comme le vendredi, quatre ailes, les blancs et une cuisse. » 

Il n'y a pas lieu de s'étonner, après cela, qu'à l'ouverture du 
corps de Sa Magesté « son estomac surtout étonna, et les boyaux 
par leur volume et leur étendue au double de l'ordinaire. » 
(Saint-Simon.) 



M. Delille, en avril 1786, étant à dîner chez Marmontel, son 
confrère, raconta ce qu'on va lire au sujet des usages qui s'ob- 
servaient à table dans la bonne compagnie K On parlait de la 
multitude de petites choses qu'un honnête homme est obligé de 
savoir dans ce monde pour ne pas courir le risque d'y être ba- 
foué. 

« Elles sont innombrables, dit M. Delille ; et, ce qu'il y a de 
fâcheux, c'est que tout l'esprit du monde ne suffirait pas pour 
faire deviner ces importantes vétilles. 

« Dernièrement, ajouta-t-il, l'abbé Cosson, professeur de 
belles-lettres au collège Mazarin, me parla d'un dîner où il s "était 
trouvé, quelques jours auparavant, avec des gens de la cour, des 
cordons bleus, des maréchaux de France chez l'abbé de Ra- 
douvilliers à Versailles. 

« — Je parie, lui dis-je, que vous y avez fait cent incongruités. 
— Comment donc, reprit vivement l'abbé Cosson, fort inquiet? 
Il me semble que j'ai fait la même chose que tout le monde. — 
Quelle présomption! Je gage que vous n'avez rien fait comme 
personne. Mais voyons ! je me bornerai au dîner ; et d'abord que 
fîtes-vous de votre serviette en vous mettant à table ? — De 

I. Berchoux, La gastronomie, Paris, i8o5, p. i23. 



Règles générales pour tous les repas. 321 

ma serviette ! je fis comme tout le monde ; je la déployai, je 
retendis sur moi et l'attachai par un coin à ma boutonnière. 

— Eh bien ! mon cher, vous êtes le seul qui ayez fait cela ; on 
n'étale point sa serviette, on la laisse sur ses genoux. Et com- 
ment fites-vous pour manger votre soupe ? — Comme tout le 
monde, je pense. Je pris ma cuiller d'une main et ma fourchette 
de l'autre... — Votre fourchette, bon Dieu ! Personne ne prend 
de fourchette pour manger sa soupe: mais poursuivons. Après 
votre soupe, que mangeâtes-vous ? — Un œuf frais. — Et que 
fîtes-vous de la coquille? — Comme tout le monde; je la laissai 
au laquais qui me servit. — Sans la casser? — Sans la casser. — 
Eh bien ! mon cher, on ne mange jamais un œuf sans briser sa 
coquille ; et après votre œuf? — Je demandai du bouilli. — Du 
bouilli ! Personne ne se sert de cette expression ; on demande 
du bœuf et point de bouilli ; et après cet aliment ? — Je priai 
l'abbé de RadouviUiers de m'envoyer d'une très belle volaille. — 
Malheureux ! de la volaille ! On demande du poulet, du chapon, 
de la poularde; on ne parle de volaille qu'à la basse-cour... 
Mais vous ne dites rien de votre manière de demander à boire. 

— J'ai, comme tout le monde, demandé du Champagne, du bor- 
deaux, aux personnes qui en avaient devant elles. — Sachez 
donc qu'on demande du vin de Champagne, du vin de Bor- 
deaux... Mais dites-moi quelque chose de la manière dont vous 
mangeâtes votre pain. — Certainement à la manière de tout le 
monde : je le coupai proprement avec mon couteau. — Eh ! on 
rompt son pain, on ne le coupe pas . . Avançons. Le café, com- 
ment le prîtes-vous? — Eh ! pour le coup, comme tout le monde; 
il était brûlant, je le versai par petites parties de ma tasse dans 
ma soucoupe. — Eh bien ! vous fîtes comme ne fit sûrement 
personne ; tout le monde boit son café dans sa tasse, et jamais 
dans sa soucoupe. Vous voyez donc, mon cher Cosson , que 
vous n'avez pas dit un mot, pas fait un mouvement qui ne fût 
contre l'usage. 

« L'abbé Cosson était confondu, continua M. Delille. Pendant 



322 Commentaires de F École de Salerne. 

six semaines il s'informait à toutes les personnes de quelques-uns 
des usages sur lesquels je l'avais critiqué. » 

M. Delille lui-même les tenait d'une femme de ses amies et 
avait été longtemps à se trouver ridicule dans le monde, où il ne 
savait comment s'y prendre pour boire et manger conformément 
à l'usage. 



Un plaisant a dit que les Parisiens, à force de retarder l'heure 
de leur dîner, finiraient par ne dîner que le lendemain. 



Quelques personnes redoutent à table le nombre treize et la 
salière renversée . Ce nombre n'est à craindre qu'autant qu'il n'y 
aurait à manger que pour douze. Quant à la salière, l'essentiel 
est qu'elle ne verse point dans un bon plat. 



Faut-il curer ses dents ou non? demandait-on à Mormon. 
— Oui, pour les empêcher de pourrir. Non, pour ce que c'est 
ôter quelque chose de la bouche. 

L'École de Salerne condamne avec raison l'ablution pubUque 
de la bouche après les repas. Les amphitryons de nos jours, qui 
font servir à leurs convives un bol et un verre d'eau chaude aro- 
matisée pour cette dégoûtante opération, devraient bien faire 
leur profit du précepte salernitain. 



Nous signalerons deux préjugés au sujet du dîner: le premier, 
qu'on ne saurait le faire trop léger ; le second , qu'il ne faut 
point se coucher sur la digestion, pour ne pas gêner celle-ci. 
On ne dort jamais mieux que sur la digestion, et celle-ci ne se 
fait jamais plus facilement que pendant le repos du corps et un 
doux sommeil. 



Règles générales pour tous les repas. 323 

Nous ajouterons que l'on court grand risque de ne pas dor- 
mir, si l'on se couche l'estomac vide , 



Tous ces aphorismes sont de tonne et saine pratique. La 
sobriété qu ils recommandent est la principale garantie de la 
santé. Elle constitue le seul secret qu'il y ait pour vivre long- 
temps. Elle fait les centenaires, ainsi que la régularité, l'unifor- 
mité dans le régime. 

Flourens avait cent fois raison : l'homme est le meurtrier de 
lui-même, et, s'il n'accomplit pas ses destinées qui sont de vivre 
au moins un siècle, c'est à son intempérance et à ses écarts de 
tout genre qu'il le doit. 

Tout le monde convient de la vérité de ces préceptes ; mais 
peu de personnes les mettent en pratique. Nous avons souvent 
pensé que, si personne ne péchait contre les règles de la so- 
briété, les médecins n'auraient presque rien à faire. Un médecin 
fameux disait qu'on ne l'avait jam.ais fait lever la nuit pour des 
gens qui n'avaient pas dîné. Mais les médecins ne doivent pas 
craindre que le luxe, la gourmandise et la sensualité, les plaisirs 
ou plutôt les excès de la table, les laissent jamais sans occupation. 
Les anciens ont dit avec raison : Plus ferit ense giila. 

La règle — trop fréquemment méconnue dans la pratique 
— est que l'homme, normalement, doit vivre deux cents ans'. 
Les docteurs en ces matières, pour nous fixer ce noble terme^ se 
fondent sur un principe : tout animal a une durée de vie qui 
représente huit fois le temps de sa croissance ; l'homme, crois- 
sant jusqu'à vingt-cinq ans, est donc destiné par la nature à vivre 
huit fois vingt-cinq ans, c'est-à-dire deux cents ans. Dans les 
époques modernes, personne n'a atteint cet âge ; mais il y a eu 
de très méritoires et très brillantes tentatives. Les noms de ces 
conservateurs d'eux-mêmes seraient dignes d'être gravés dans 

I. A. G. Constitutionnel. 



324 Commentaires de V Ecole de Salerne. 

toutes les écoles, afin d'enflammer Tambiiion de la jeunesse, et 
dans le cabinet de chaque médecin, pour lui mettre sous les 
yeux ses devoirs. 

En général, le palmarès de ces lauréats de la longévité est fort 
mal fait. Outre qu'il n'est pas complet, il débute d'ordinaire par 
une injustice criante. La place d'honneur est uniformément 
réservée à Thomas Parr, qui mourut à l'âge de cent cinquante- 
deux ans, par suite d'un transport de gloutonnerie ; en dépit de 
cet é:art, c'était manifestement un sujet de mérite et qui don- 
nait des espérances, à la fois bien doué et bien zélé. Je ne songe 
pas le moins du monde à diminuer les droits qu'il peut avoir à 
notre considération, mais il est loin de tenir la tête des macro- 
bites. 

Thomas Parr est notablement dépassé par l'inimitable Wil- 
liam Mewon, qui mourut à cent soixante-dix-7ieuf ans, et, dans 
un degré moindre, par Henri Jenkins, qui mourut à cent soixante- 
neuf ans. Je ne prendrai pas le soin de vous entretenir du fretin, 
des inappliqués qui, négligeant leur aptitude naturelle à durer, 
ne surent vivre que 150, 146, 143, 137 ans, etc. Ils méritent à 
peine une mention générale 1. 

Un hasard bibliographique m'a mis dans les mains une liste 
qui comprend vingt-neuf noms, à l'aide desquels, en les ali- 
gnant, en les échelonnant en amont dans la suite des temps, 
je parviens jusqu'à la naissance d'Abraham, autant dire à l'ori- 
gine de l'histoire. Ils représentent la somme de trois mille huit 
cent cinquante et une années. Comme cela vous fait paraître le 
monde jeune ! 

Hâtons-nous d'ajouter que, sur cette question macrobitique, 
la tricherie est facile et d'un usage peut-être commun. Il s'est 
vu des macrobites biseautés. 

Barnum n'exhibait-il point, vers 1840, une négresse qu'il pré- 



I. Voyez Hufeland, l'Art de prolonger la vie ou la Macro- 
biotique^ nouvelle édition française. Paris, 1871. 



Règles générales pour tous les repas. 325 



sentait avec assurance comme la nourrice de Washington, lequel 
naquit en 1732? 

Je me rappelle que dans ma jeunesse un des premiers soins 
du provincial, débarquant à Paris, était daller faire visite à un 
sergent de vétérans qui résidait au Luxembourg. Ce brave sous- 
officier, qui avait une mine avenante et un port d'une rigidité 
réglementaire, passait pour être venu en France avec le roi de 
Pologne, Stanislas Leczinski,le propre beau-père du roi Louis XV. 
Il avait connu Charles XII, Fleury, le maréchal de Saxe, Fré- 
déric II. Il restait vert et presque frais, sous le poids de deux 
douzaines de lustres. On raconte qu'à sa mort — car il finit par 
mourir — on fit la découverte qu'il s'était appliqué l'extrait de 
baptême de son père ou de son grand-père, je ne sais plus. 

En France, il y a en moyenne un centenaire par trois cent sei-^e 
mille âmes. Mais cela dépend des latitudes ; il en est de plus ou 
moins favorisées. Les alentours de la Garonne sont excellem- 
ment macrobiotiques. Le département du Gers est arrivé à pro- 
duire un centenaire sur 29,000 âmes ; le département de la 
Gironde un sur 85,000 âmes. Ce sont là des chiffres extrêmement 
honorables. La Bourgogne vient après. En ce concours, les 
pays de vin tiennent la corde. 

Il y a dans l'Htat de New- York 109 personnes âgées de 100 ans 
et au-dessus. De ces centenaires, 36 sont nés aux États-Unis, 
2 dans les Indes orientales, i en Ecosse, i en Espagne, i en 
mer, i en Angleterre, 6 au Canada et 40 en Irlande ; les 22 au- 
tres ont oublié le lieu de leur naissance. 

Le plus âgé de tous a 114 ans; c'est une femme. Le nombre 
de 40 pour les Irlandais est à remarquer. Dans la ville de 
New-York, des 29 centenaires qui y demeurent, 22 sont Irlan- 
dais. 

Ce fait semblerait démontrer qu'un climat humide et froid, 
avec de rares périodes de froid intense et de grande chaleur, est 
le meilleur pour enfanter une race robuste. 

ÉCOLE, I 



326 Commentaires de V École de Salerne. 



Page 82. — Des repas aux diverses saisons. 

Quoique dans aucune saison on ne doive s'écarter des règles 
de la sobriété, le régime doit varier selon les différents temps 
ou saisons de l'année, comme selon les divers pays. 

Le corps étant disposé à la pléthore et aux maladies inflam- 
matoires pendant le printemps, il est bon de diminuer la nour- 
riture et de faire un plus grand usage des végétaux que des sub- 
stances animales. Sous ce dernier rapport, l'institution du Carême 
est fort utile, car elle prévient et diminue la pléthore, et dis- 
pose le corps à recevoir un sang nouveau. Cette époque étant 
d'ailleurs celle des amours, les animaux sont beaucoup plus 
maigres et leurs chairs moins bonnes et moins salubres . 

Pendant l'été, il y a, chez tous les individus, un épuisement 
ou plutôt relâchement des forces, affaiblissement, langueur de la 
faculté disestive. On doit donc user dans cette saison des ali- 
ments légers et d'une digestion facile : des viandes blanches, 
des végétaux tendres et aigrelets, des fruits fondants et humec- 
tants, parce que les chaleurs de la canicule activent le système 
de la veme-porte, favorisent la formation de la bile et son exu- 
bérance. Il faut s'abstenir de l'usage des légumes et du vin pur, 
qu'il ne faut prendre que mêlé à l'eau fraîche ou rafraîchie à la 
glace. C'est un préjugé dangereux que de croire l'usage du vin 
pur et des liqueurs fortes salutaire pendant les chaleurs de 
l'été. 

La saison de l'automne est marquée par le changement 
brusque de température et par l'apparition des affections bi- 
lieuses et putrides. Aussi la nature bienfaisante nous fournit-elle 
de véritables correctifs dans les fruits, parmi lesquels il faut 
placer en première ligne les raisins. On pourra toutefois user 
dans cette saison d'une plus grande quantité de viandes et de 
vin pur. Leur abus est seul à craindre. 

En hiver, il y a plus d'énergie vitale, de chaleur interne et 



De la boisson. ^27 



d'activité digestive : l'air étant plus dense, la respiration est 
plus forte, et les poumons^ décomposant une plus grande masse 
d'air et absorbant beaucoup d'oxygène, donnent par là plus de 
chaleur, d'activité et d'appétit. Aussi l'on doit prendre bien plus 
d'aliments en hiver et dormir plus longtemps que dans les au- 
tres saisons. On doit faire usage des aliments forts, des viandes 
salées et nourrissantes, du gibier; on peut boire aussi une plus 
grande quantité de vins généreux. C'est la saison des banquets 
joyeux et de la bonne chère- 
Page 82. — De la boissox. 

Lorsqu'on use d'aliments qui ne sont pas suffisamm.ent hu- 
mectés, il vaut mieux boire souvent de petits coups que de 
grandes verrées. 

La quantité de boisson doit être plus ou moins grande sui- 
vant les saisons et les constitutions individuelles. Les personnes 
d'un tempérament sec, bilieux ou chaud, et qui sont habituelle- 
ment constipées, doivent user d'une plus grande proportion de 
liquides. 

Il est mauvais de boire après ou entre les repas, à moins tou- 
tefois que la soif ne se fasse sentir; car il n'est pas de circons- 
tance dans la vie, soit en santé, soit en maladie, qui doive empê- 
cher de boire quand on a soif. 



Boire sans soif est plus commun encore que manger sans 
faim. L'ivresse est plus fréquente que Tindigestion. Il est-vrai 
que la première amène souvent la seconde, par suite de l'étroite 
sympathie qui unit le cerveau à l'estomac. 

« Ceux qui s'indigèrent ou qui s'enivrent ne savent ni boire ni 
manger, » disait Brillât-Savarin ^ Grimod de La Reynière avait 

I. Brillât-Savarin, Aphorisme 10. 



328 Commentaires de F Ecole de Salerne. 



dit avant lui : « La digestion est l'affaire de l'estomac, et les indi- 
gestions sont celle des médecins . » 



Boire avant de manger : c'est là un mauvais, un détestable 
conseil ; au contraire, il ne faut boire qu'après que l'estomac a 
reçu une assez grande quantité d'aliments ; car la boisson, sur- 
tout le vin, par ses propriétés échauffantes et même irritantes, 
provoquerait dans l'estomac des contractions, qui le disposeraient 
mal à l'acte si essentiel de la digestion. 

S'il s'agissait surtout des vins de Sicile, il est probable qu'une 
rasade de ces vins fameux, comme prélude du repas, rendrait 
l'estomac peu apte à faire honneur au festin. 

Selon des hygiénistes rigoristes, un doigt de vin pur après le 
potage et à la fin du dîner, voilà hygiéniquement tout ce qu'on 
peut se permettre. Tout le reste est excès, que le plus ou moins 
d'habitude rend plus ou moins dangereux. 

Je crois cependant que l'on peut bien, sans peur, avaler un 
verre après chaque mets, mais on ne le fera pas sans dommage. 

Un fameux gourmand, en avalant le premier verre de vin, 
avait coutume de lui parler ainsi : « Range-toi bien, malheu- 
reux, car tu vas être furieusement pressé. » 

La meilleure boisson, la plus saine, la plus généralement con- 
venable, est l'eau rougie pendant les repas. 

Les fins connaisseurs, les délicats épicuriens ne seront pas 
satisfaits de tous cts préceptes sur la boisson. Ils contiennent 
des propositions contradictoires et des opinions en opposition 
avec les faits. 



Le sucre étant la seule substance capable d'être convertie en 
alcool, il n'y a que les matières qui contiennent le principe 
sucré qui soient susceptibles de subir la fermentation vineuse. 

Beaucoup de substances végétales et animales, contenant le 



De la boisson. 329 



principe sucré, sont susceptibles de fournir une liqueur plus ou 
moins spiritueuse. Aussi les divers peuples, même les sauvages, 
se sont-ils procuré quelque boisson alcoolique avec quelqu'une 
de ces substances. 

Indépendamment du vin, de la hici-e, du cidre, du poiré, de Vhy~ 
dromel vineux, à l'usage de plusieurs contrées, les Turcs ont le 
café et Vopium; les Russes, le qiias, liqueur composée d'eau et de 
pain moisi ; les habitants de la Sibérie, le hraga, espèce de bière 
faite avec le seigle et dans laquelle ils font infuser des champi- 
gnons vénéneux, appelés fausses oronges; ceux de la Tartarie, le 
koumiss, qu'ils préparent avec le lait aigri de leurs juments; les 
Arabes, Teau-de-vie de dattes ; les Chinois, le 7'acJci et Varrach^ 
qu'ils font avec le riz ; les Indiens, le haschich et le bueng, tirés du 
chanvre; les habitants des deux Indes préparent leurs boissons 
spiritueuses avec diverses espèces de palmiers, de la canne à 
sucre; ils les nomment rach et rhum : la moelle de bambou leur 
fournit le tahacsir; les Brésiliens et les Caraïbes emploient le 
cassave et le manioc; les habitants d'Otaïti, les feuilles d'une 
plante qu'ils appellent ava-ava ; d'autres sauvages de ces contrées 
composent une boisson spiritueuse avec le mais , avec la patate 
jaune, avec la racine à'arum ou avec des racines pourries, qu'ils 
infusent dans l'eau. 

Virgile a dit que les habitants des climats hyperboréens se 
maintenaient dans un état de gaieté, à l'aide d'un vin qu'ils 
préparaient avec les sorbes '. 

Mais le vin de raisin a la préférence sur toutes les autres 
liqueurs. 



Les historiens ne sont pas d'accord sur l'époque où le vin a 
été connu ; il n'est pas prouvé que nos pères avant Noé se 
soient contentés de boire de l'eau pendant quinze ou seize cents 

I. Virgile, Géorg., III, 38o. 



330 Commentaires de F Ecole de Salerne. 

ans. Le Père Frasseii Becmann-Anal et autres ont soutenu 
qu'on buvait du vin bien avant Noc, et que celui-ci ne fit que 
planter une nouvelle vigne. Cependant le plus grand nombre des 
historiens s'accordent à regarder Noc comme le premier qui a 
fait du vin en Illyrie; Saturne, dans la Crète; Bacclius, dans 
l'Inde; Osiris, en Egypte; et le roi Gerion, en Espagne. 

Les Phéniciens introduisirent la culture de la vigne aux envi- 
rons de Marseille; sa culture commençait à s'étendre, lorsque 
Domitien, en 92, fit arracher toutes les vignes dans les Gaules. 
Cette privation dura deux cents ans. Ce fut Probus qui rendit à 
nos pères la liberté de replanter la vigne, qui n'a plus compté 
pour ennemis que l'épileptique Mahomet, qui défendait le vin, 
parce qu'il lui procurait des attaques terribles de son mal. 



Toutes les nations aiment le vin, et l'on en abuse presque 
partout. Les pays même où il est défendu par principe de reli- 
gion le recherchent et le savourent dans l'occasion. Les sau- 
vages en font leurs délices, quand ils peuvent en avoir. Cette 
•liqueur a donc en effet quelque chose d'analogue à notre nature, 
qui agit aussi puissamment qu'agréablement sur nous. 

Je mets à part la faculté qu'il a d'égayer la raison et d'animer 
les sens ; il est de fait que l'art ne saurait procurer à l'humanité 
une substance plus stomachique et plus cordiale que le vin. Le 
principe spiritueux que l'on en retire par la distillation tient de 
la nature du feu. 

Dans l'état où la société a mis les choses, le vin est désormais 
une boisson de première nécessité. On peut à peine digérer les 
aliments ordinaires sans le secours du vin. Le vin est à l'égal du 
pain pour le soutien de la vie et l'entretien de la santé, de ma- 
nière que Ton a peut-être autant d'obligation au mortel qui 
nous procura l'un qu'à celui qui nous procura l'autre. Cepen- 
dant, il faut en convenir, l'invention de ces deux choses n'était 
pas également flicile. 



De la boisson. ^^ 



La terre produisant naturellement la vigne, et le raisin étant 
aussi naturellement abondant en suc propre à désaltérer, rien ne 
paraît plus simple que l'homme, tourmenté de la soif, prît de ce 
fruit, et qu'il l'écrasât pour remplir son besoin. Il n'était pas 
moins simple qu'il en écrasât plus qu'il ne lui en fallait ; que tar- 
dant à part ce suc, si disposé d'ailleurs à la fermentation, il s'avi- 
sât d'y recourir encore quelques jours après, et qu'il le trouvât 
encore bon : or, de là à la précaution de s'en pourvoir pour la 
nécessité, il n'y a qu'un pas, et de ce premier essai coule comme 
de source l'art de cultiver la vigne et de faire le vin ^. 

Dans l'invention du pain, au contraire, on n'entrevoit aucun 
hasard facile à saisir, aucune circonstance propre à éveiller la 
raison. La terre, il est vrai, produit le. blé de son plein gré 
comme la vigne; mais qu'il y a loin de cette première production 
à celle du pain ! Quel génie trouva moyen de moudre le grain, 
de séparer le son d'avec la farine ? Comment fit-il de la pâte ? 
A quelle mesure gradua-t-il l'instrument de la fermentation, la 
chaleur ? Comment parvint-il à cuire la pâte ? 



Le procureur d'une abbaye de chanoines réguliers avait cou- 
tume de s'exprimer de la manière suivante : Il y a trop de vin 
dans ce monde pour dire la messe ; il n'y en a point assez pour 
faire tourner les moulins ; donc il faut boire. 



Le bon vin est celui qui plaît par sa saveur, son odeur, sa 
couleur, sa limpidité, sa force et sa vieillesse, comme le dit 
l'École de Salerne. 

Cette description est d'un connaisseur et d'un gourmet. 

Les bons vins ont un parfum suave et qui approche de la 

I. Voyez Kcrpin, Du raisin et de ses applications thérapeu- 
tiques. Paris, i865. 



332 Commentaires de V École de Salernc. 

framboise; ils aident à la digestion, réparent les forces et con- 
viennent aux vieillards et aux individus faibles et languissants. 
Les meilleurs sont ceux qui ont de deux à quatre ans. 

En effet, le vin n'est clair que parce qu'il a été bien brassé, 
bien cuvé, bien conservé ; s'il est peu coloré, c'est parce qu'il 
contient peu de parties extractives, qui viennent non du moût, 
mais de la grappe et de l'écorce du raisin ; par conséquent, il 
est moins acre , toutes choses égales d'ailleurs. Le vin frais 
est agréable à boire, et le vin vieux a le degré de maturité 
dont il était susceptible. La fermentation lente et secondaire 
qui succède à la fermentation vineuse, ayant eu le temps de 
se faire, les principes du vin se sont de plus en plus atté- 
nués. 

Mais la vétusté a son terme. Le vin trop vieux, c'est-à-dire 
au bout de sept ou huit ans, est un vin passé qui n'a plus les 
qualités essentielles au bon vin. Il se détériore : de vigoureux 
qu'il était, il devient plat, insipide, mais le plus souvent amer 
ou aigre, et, quoique salubre encore, il n'a plus rien qui le fasse 
préférer. 



On distingue les vins en vins blancs et en vins rciiges. 

Les vins blancs, qui passent pour apéritifs et desséchants , 
nourrissent beaucoup quand ils sont vieux ou bien mûrs. 

Le vin blanc, comme usage journalier,, est un excellent moyen 
de combattre l'obésité, mais il convient très peu aux tempéra- 
ments névropathiques. 

Les vins rouges contiennent plus de tartre et de matière sucrée 
que les vins blancs secs, ou même que les vins blancs en général. 
Aussi sont-ils plus nourrissants et plus toniques. Ils conviennent 
aux hommes forts et robustes et à ceux qui suent aisément; 
mais ils passent moins vite que les blancs. 

Quand l'Ecole de Salerne accuse les vins rouges de gâter la 
voix, elle veut désigner les gros vins acerbes, qui sont moins 



De la boisson. 



335 



nourrissants et qui désaltèrent moins que les vins plus légers 
en couleur. Cela vient de ce que, les parties extractives de la 
grappe et du raisin dominant à l'excès dans ces vins, leur acer- 
bité irrite les organes du goût, plutôt qu'elle ne les humecte.. 
troublent leur action et gâtent la voix en la rendant rauque. Ils 
resserrent aussi le ventre, parce que c'est le propre de toute sub- 
stance acerbe au goût de causer l'astriction dans le canal inte- 
stinal, et aussi parce que, faisant boire au delà du besoin, ils des- 
sèchent le foie, le rendent paresseux, et, la bile manquant à la 
seconde digestion, le séjour des produits dans les intestins se 
prolonge au delà du temps normal. 



On distingue encore les vins en vins doux et en vins secs. 

Ces derniers appartiennent spécialement aux pays chauds ou 
aux régions méridionales : à la Grèce, à l'Italie, aux îles de l'Ar- 
chipel et des Canaries, à l'Espagne, au Roussillon, à la Pro- 
vence, au Lano^uedoc. 

Les vins doux sont pleins de mucilage, de matière nutri- 
tive; ils sont très nourrissants. Ils tiennent le ventre libre; ils 
sont amis des poumons '^' avorisent l'expectoration : ils con- 
viennent par conséqr " . aux convalescents, aux personnes mai- 
gres, faibles, valétudinaires ou épuisées, et qui sont sujettes à la 
toux. 



Les vins des pays chauds sont vifs et liquoreux : ils enivrent 
quoique pris à petite dose et dessèchent les viscères de la diges- 
tion. Ils sont cordiaux, donnent la fièvre. La prudence veut 
qu'on soit très réservé dans l'usage qu'on en fait. 

Les vins des pays septentrionaux au contraire sont verts , 
acides, austères, constipants et n'ont point de corps. Il faut 
encore en faire usage avec précaution et modération. 

Quant aux vins français, quoiqu'il y ait beaucoup de choix à 

19. 



334 Commentaires de V École de Salerne. 



faire parmi eux, la preuve la plus complète que l'on puisse allé- 
guer de leur salubrité par-dessus les autres vins, c'est que, outre 
l'usage universel et salutaire que nous en faisons, les autres na- 
tions les vantent les désirent et les achètent. 



Les vins rouges les plus estimés sont ceux de Bourgogne, qui 
sont, de tous les vins de France, les plus exquis et les plus 
salutaires. Ils sont amis de l'estomac sans être capiteux. 

Les qualités sensibles que l'École de Salerne exige d'un vin 
sont précisément celles qui caractérisent notre bon vin de Bour- 
gogne et ceux des autres provinces de France, qui lui sont ana- 
logues. C'est d'abord une odeur suave et vineuse, connue sous 
le nom de parfum, de bouquet; ensuite un goût sans âpreté, que 
la langue et le palais peuvent seuls apprécier et duquel il ré- 
sulte, bientôt après qu'on l'a bu, un sentiment de chaleur et de 
force. Troisièmement, la limpidité, la fraîcheur et la vétusté, 
quoique moins essentielles à la bonté du vin, le rendent pour- 
tant parfait, quand elles se trouvent réunies aux précédentes. 

Les vins du Clos-Vougeot et de Chanihertin sont plus renommés 
que ceux de Nuits , de Tonnerre et de Beaune. Mais ces vins 
se gâtent au bout de quatre ans, tandis que ceux de Bordeaux 
s'améliorent en vieillissant. 



Pendant le fameux schisme d'Occident, le duc Philippe le 
Hardi se rendit à Avignon pour engager l'anti-pape Benoît XIII 
à se démettre de la tiare. Il fit au pontife de riches présents, pro- 
digua les repas somptueux et donna aux deux plus influents vingt 
queues de vin de Beaune. Il s'y prenait bien mal, dans l'opi- 
nion de Pétrarque, qui impute assez irrévérencieusement au vin 
dont le duc avait régalé la cour papale l'obstination des car- 
dinaux à soutenir Benoît et à refuser de quitter Avignon pour 
Rome. 



De la boisson. 335 



Le même prince poussa le soin de la réputation des vins 
jusqu'à ordonner d'arracher, sous peine de 60 livres d'amende 
pour chaque pied conservé, « le très mauvais et déloyau gamai, » 
comme déshonorant la côte où « notre saint-père le pape et 
monseigneur le roi » avaient coutume de s'approvisionner. 

Les couvents et les églises étaient propriétaires des meilleurs 
crus. Les moines de Citeaux possédaient entre autres le Clos-de- 
Vougeot^ et les religieux de Saint-Benigne faisaient annoncer en 
grand appareil, dans les rues de Dijon, la mise en vente de leur 
récolte. 

On connaît la dispute qui s'éleva au xviie siècle entre les 
Bourguignons et les Champenois, et où les poètes, ainsi que les 
docteurs, combattirent avec une ardeur égale pour la préémi- 
nence de leurs vignobles respectifs. La Faculté de Paris adjugea 
la palme au vin de Beaune et décida, en 1665, vinum Belnense 
esse suavissimum et sahiherrimum (que le vin de Beaune était le 
plus délectable et le plus bienfaisant). 



Les vins de Champagne sont légers et chauds : ils ont un goût 
acide doux et un parfum agréable; ils sont capiteux et diuré- 
tiques. 

C'est au xive siècle que les vins de Champagne apparaissent 
dans tout leur éclat. Cependant, les Romains eux-mêmes auraient 
connu le vin mousseux, si nous en croyons l'interprétation don- 
née par certains commentateurs à ce vers de Virgile : 

nie impiger haiisit 
Spumantem pateram... 

(Le buveur intrépide saisit la coupe écumante.) 

Lorsque Wenceslas IV, roi de Bohême et empereur d'Alle- 
magne, vint en France, au mois de mai 1397, pour négocier per- 
sonnellement un traité avec Charles VI, on lui servit à Reims 



33^ Commentaires de VEcole de Salerne. 

les meilleurs vins. Il les trouva tellement de son goût que, selon 
des chroniqueurs médisants, il traîna l'affaire en longueur afin 
de savourer à loisir le nectar champenois. La diplomatie cepen- 
dant était aux abois. On chercha à s'expliquer la conduite de 
Wenceslas : on le pressa de signer le traité. Forcé dans ses der- 
niers retranchements, désespérant de prolonger davantage son 
séjour s'il ne cédait aux prétentions du roi de France, il préféra 
sacrifier ses intérêts et ceux de ses sujets, plutôt que de renoncer 
à sabler le vin de Champagne. 

Le Champagne avait si bien conquis sa place à la table des 
monarques, qu'une tradition locale montrait encore, au com- 
mencement du siècle actuel, non loin d'Aï, quatre petits clos de 
vignes qui passaient pour avoir appartenu en même temps à 
autant de têtes couronnées : le pape Léon X, l'empereur Charles- 
Q.uint_, notre François 1er, et Henri VIII d'Angleterre. 

La Chambre de commerce de Reims a publié un tableau fort 
intéressant du commerce des vins mousseux depuis 1811 jus- 
qu'en avril 1869. 

On y voit que le mouvement général de commerce de ces 
vins, qui portait sur 9 millions de bouteilles en 1847, ^^ portait 
pas en 1869 sur moins de 22 millions de bouteilles. 

Il est vrai que, dans ce chiffre, figurent les expéditions de 
fabricant à fabricant dans le département, expéditions qui se 
sont montées à 6 millions de bouteilles cette année ; mais il n'en 
est pas moins constant que 15,914,690 bouteilles ont été expé- 
diées de la Champagne, savoir : 12,810,194 bouteilles à desti- 
nation de l'étranger; 3,104,496 bouteilles expédiées en France 
aux marchands en gros non fabricants, aux débitants consom- 
mateurs. 

En vingt-cinq ans, la Champagne a expédié à l'étranger 
187,603,900 bouteilles de vin mousseux : de quoi égayer bien 
du monde. Les exportations suivent une marche ascendante 
pour ainsi dire non interrompue. Il n'en est pas tout à fait de 
même du commerce intérieur, qui varie suivant les années, mais 



De la boisson. 337 



qui se maintient toujours à 3 millions de bouteilles par an, eu 
moyenne, plutôt moins que plus. 

Le nombre de bouteilles existant en charge au compte des 
marchands en gros est toujours de 30 à 35 millions. 

Aux. vins mousseux du sol champenois, il convient d'ajouter, 
comme produits de la même industrie, les vins mousseux 
champanisés provenant de partout, et préparés aux environs de 
Tours et de Saumur, ceux des environs d'Arbois, dans le Jura^ 
et ceux de la Charente; dans la Côte-d'Or aussi, les vins de 
Meursault champanisés commencent à se répandre en France et 
à l'étranger. 

Ils peuvent même remplacer avec avantage les vins de Cham- 
pagne dans les contrées du Nord, qui recherchent les vins riches 
en alcool, à tel point que les fabricants additionnent les vins qui 
leur sont destinés d'un peu d'alcool, tandis que, pour les palais 
méridionaux, cette force alcoolique est un peu excessive. 

Toujours est-il que, si l'industrie des vins mousseux a encore 
son principal siège en Champagne, elle a de nombreux centres 
importants sur divers points du sol français et constitue une 
industrie de plus en plus florissante, où la France a des imita- 
teurs, mais pas encore de rivaux. 



Bordeaux, le Médoc, etc., donnent des vins très agréables au 
goût, nourrissants, stomachiques et peu enivrants, 

Richard Cœur-de-Lion se montra le protecteur inexorable des 
viticulteurs de son duché de Guyenne. Par un édit de 11 75, il 
condamnait à perdre une oreille ou à payer cinq sous d'amende 
quiconque prendrait une grappe de raisin dans le vignoble 
d'autrui. Froissart rapporte qu'en 1372 on chargea dans le port 
de Bordeaux 200 navires de tonneaux de vin. 



Les vins d'Anjou sont doux, spiritueux, très nourrissants, et 
vieillissent beaucoup. 



338 Commentaires de F Ecole de Salerne. 

Les vins de la Franche-Comté passent pour agréables et salu- 
taires. Le vin blanc d'Arbois mérite la grande réputation dont il 
jouit. 

Les vins de Provence, ardents et enivrants, présentent une 
saveur agréable. 

Les vins du Dauphinè sont généreux et d'un bon goût; ceux 
de VHermitage et de Côte-Rôtie ont une saveur très agréable et 
sont très stomachiques. 

Les vins de Languedoc sont très généreux et portent prompte- 
ment à la tête. Les meilleurs sont : ceux de Perpignan, rouges 
ou blancs; après eux viennent les muscats de Frontignan, de 
Liuiel, de Tavel. 



On ne peut s'empêcher de faire une réflexion pénible sur la 
décadence de plus en plus prononcée de nos vins de France, les 
meilleurs du monde. 

La Bourgogne déshonore tous les ans davantage les grands 
crus si renommés par des cépages inférieurs. Elle sacrifie la 
qualité à la quantité. Les médocs deviennent de jour en jour 
plus rares. L'amour du gain a tout adultéré^ et bientôt la connais- 
sance de nos grands vins ne sera plus qu'une tradition histo- 
rique . L'oïdium et le phylloxéra aidant, et la cupidité augmen- 
tant sans cesse, le bon vin vieux, tel que le décrit Jean de Milan, 
ne sera plus accessible qu'aux plus grandes fortunes. 



Quant aux vins étrangers, les vins de Chypre, de Candie, de 
Chio ont été recherchés par leurs qualités excellentes, leur par- 
fum très suave, leur douceur et leur goût très agréable. 

Un des meilleurs vins qu'on puisse boire est le vin du Cap, 
particulièrement le vin de Constance. 

Les vins d'Italie, de NapJes, de Tarente, de Syracuse, de Pé- 
rouse sont très bons, surtout les vins d'AIbe et de Monte fîascone. 



De la boisson. 



339 



Les vins d'Espagne sont très généreux, toniques, agréables au 
goût. On doit mettre en première ligne le vin d'AJicarite, de 
Xérès, de Rota, de Madère. Presque tous ces vins sont cuits ; c'est 
pourquoi ils peuvent se garder longtemps. 

Le vin de Malaga est fortifiant et très nourrissant. Il se con- 
serve fort longtemps, ainsi que les autres vins d'Espagne. Le 
vieux malaga convient particulièrement aux convalescents, aux 
personnes faibles et aux vieillards. Il est difficile de s'en pro- 
curer du véritable, et l'on vend beaucoup d'hydromel vineux 
pour du vin de Malaga. 

Les vins d'Allemagne ont des qualités opposées à ceux à^Espa- 
gne;lQ raisin ayant de la peine à mûrir dans ces climats froids, 
les vins y sont légers et acides. Tels sont ceux du Rhin, de la 
Moselle et du Mein. 

Les vins de Hongrie sont estimés , particulièrement celui de 
ToJmi, qui est fort délicat et fort agréable. 



Le bon vin, pris à dose modérée, nourrit, fortifie et fait du 
bien; c'est la plus saine comme la plus agréable des boissons 
fermentées ; il excite le ton de l'estomac, accélère la diges- 
tion, sollicit^ augmente l'action du cœur et des artères, celle 
des organes sécrétoires , et, en particulier , des organes urinai- 
res; il active les fonctions de l'entendement, relève et sou- 
tient les forces. Le vin a donc une vertu tonique et antisep- 
tique ; la propriété nutritive du vin est prouvée par les exemples 
de quelques naufragés qui n'ont eu que du vin pour toute ali- 
mentation : tels sont, par exemple, les naufragés de la frégate 
la Méduse, qui ont vécu pendant treize jours par le seul secours 
du vin. 

Du reste, les effets que produit le vin sur les hommes sont 
relatifs à la variété des tempéraments, des professions, du pays 
qu'on habite, etc. : son usage convient aux personnes faibles, 
qui digèrent mal. 



340 Commentaires de l'Ecole de Salerne. 

Il est contraire aux sanguins, aux bilieux, aux personnes 
douées d'une constitution forte, chaude ou ardente. 

Platon voulait ne pas y accoutumer les enfants, et réserver 
les bienfaits de cette liqueur factice pour l'âge qui touche à la 
vieillesse. Selon lui, le danger presque infaillible de l'habitude 
qu'on contracte de boire du vin, c'est qu'en en prenant d'abord 
une petite quantité l'estomac s'y accoutume si bien, qu'il est 
nécessaire d'en augmenter la dose, jusqu'à ce que l'atonie, la 
faiblesse des organes digestifs, qui sont la suite de l'abus de cette 
liqueur, force le buveur à en prendre une quantité excessive et à 
passer bientôt à l'usage de l'eau-de-vie et des liqueurs alcooli- 
ques les plus fortes. 

Saint Augustin raconte comment sa mère, étant enfant^ s'accou- 
tuma à boire du vin : « C'était elle qu'on envoyait à la cave, 
comme la plus sobre de toutes. Après qu'elle avait puisé dans la 
cuve, elle portait le vaisseau à sa bouche, avant de verser le vin 
dans la bouteille et en avalait seulement quelques gouttes, car 
elle avait une aversion naturelle pour le vin, qui ne lui permet- 
tait pas d'en prendre davantage. Cependant elle en prenait 
chaque jour un peu plus; et, comme ceux qui négligent les petites 
fautes tombent peu à peu dans les plus grandes, elle se trouva, à 
la fin, l'aimant et le buvant à pleines tasses; mais un jour, étan 
entrée en querelle avec une servante qui l'accompagnait à la 
cave, celle-ci l'appela ivrognesse, ce qui la corrigea de son 
défaut ^ » 

Il y a peu d'individus aujourd'hui chez qui un pareil reproche 
eût produit le même effet que sur sainte Monique. 



A ne considérer que les grands dommages pour la santé et 
pour la morale pubHque que l'usage des alcoohques a produits et 
produit encore tous les jours-, il ne serait pas équitable de placer 

1. Saint Augustin, Coh/., pag. 320. 

2. Voy. Berg'eret, £)e l'abus des boissons alcooliques. Paris, 1870. 



De la boisson. ^ ii 



Arnaud de Villeneuve, qui a retrouvé le secret de la distillation du 
vin, parmi les bienfaiteurs de l'humanité. 

Il n'est peut-être pas de découverte qui ait été plus désastreuse 
que celle de l'eau-de-vie, aqua viUr, — aqua mortis, disaient avec 
raison les premiers médecins qui assistèrent aux progrès de son 
extension dans le monde. 

Il est très douteux, du reste, que l'usage de l'alcool, inventé 
par les Arabes, fût aussi généralement répandu du temps de Jean 
de Milan que pourrait le faire croire cet aphorisme. La décou- 
verte d'Arnaud de Villeneuve date du xiiie siècle, et il n'est 
guère probable que dans le xi^ l'eau-de-vie distillée par les 
Arabes fût assez répandue en Europe pour que son usage nui- 
sible eût frappé les médecins de l'Ecole de Salerne. C'est là sans 
doute une nouvelle interpolation dans le texte du poème. 

Si l'abus des boissons alcooliques est extrêmement nuisible, si 
même leur usage modéré ne peut produire aucun bien, si ceux 
qui s'en abstiennent complètement ont parfaitement raison, il est 
juste de reconnaître qu'une petite quantité de bonne et vieille 
eau-de-vie de cognac, prise après le repas, ne paraît pas avoir 
une influence défavorable sur les personnes d'ailleurs en bon état 
de santé. C'est l'eau-de-vie à jeun qui est surtout nuisible. 

L'ivresse produite par l'alcool est la plus dangereuse de 
toutes. C'est à l'habitude des alcooliques que sont dues une foule 
de maladies qui débutent presque toujours par le tremblement 
des mains, le délirium tremens, et qui aboutissent à l'aliénation 
mentale, sous une de ses formes les plus graves, la stupidité. 



Que les partisans du bon vin ne se découragent point néan- 
moins tout à fait. Notre intention n'est point de les priver 
entièrement de cette boisson agréable, mais de leur en faire 
craindre l'usage abusif, et le danger qu'il y a de prendre insensi- 
blement l'habitude de boire beaucoup de cette liqueur attrayante ; 
car il est presque sans exemple qu'on se corrige du défaut de 



342 Commentaires de F École de Salerne. 

boire trop de vin, encore moins de celle de boire trop d'eau-de- 
vie et de liqueurs fortes ; car , lorsqu'on est accoutumé à ces 
boissons, l'estomac, blasé, ne peut plus digérer sans de fortes 
doses de ces stimulants. 



Les ivrognes éprouvent, tous les matins, des étourdissements, 
des migraines, des faiblesses d'estomac, qui les portent à recom- 
mencer. Mais si les liqueurs alcooliques, en stimulant de nou- 
veau les organes digestifs, et par suite toute l'économie du 
corps, ont le pouvoir de soulager un moment le buveur des 
maux que son intempérance lui a attirés, elles surajoutent bientôt 
à ces maux et les aggravent de plus en plus . 

Nous allons donner un tableau des symptômes et des effets de 
l'ivresse, sans espoir néanmoins de corriger aucun buveur. 

Dans le premier degré de l'ivresse : sentiment de chaleur à la 
tête; le front se déride, les yeux sont ardents, la figure devient 
rouge et s'épanouit; idées gaies, vivacité dans le propos, enjoue- 
ment, bons mots, chansons joyeuses, épanchements, aveux ten- 
dres ou indiscrets, raisonnements peu suivis, langue un peu em- 
barrassée; tout paraît bon et beau dans cet état, qu'on nomme 
■être gris. 

Dans \q second degré : joie bruyante; loquacité exubérante; pro- 
pos diffus, sans ordre, sans raison, et libres; chants obscènes; 
quelquefois menaces, fureur. La langue devient épaisse, se couvre 
d'une salive gluante ; le bégaiement est complet, la parole diffi- 
cile ou impossible; yeux hagards, sombres, larmoyants; vue 
double; tintements d'oreilles; la figure devient pâle, les traits se 
dépriment. La démarche est vacillante, incertaine; les mem- 
bres étant faibles, et ayant de la peine à soutenir le poids du 
corps, les idées sont confuses, le jugement est faux, la raison se 
perd, la sensibilité est nulle. Le froid et le chaud ne font aucune 
impression sur le malade, qui a des rapports aigres, l'haleine 
vineuse, le hoquet, des envies de vomir. Quelquefois il devient 



De la boisson. 3^.3 



téméraire, hardi, querelleur ; il entre dans un délire furieux, 
avec un visage rouge, des yeux ardents ; le battement des artères 
carotides et du pouls est plus fort, Li respiration fréquente, le 
mal de tête violent. Enfin arrivent les vomissements de matières 
aigres; les vertiges, les chutes, la somnolence. Un sommeil 
profond qui dure plus ou moins de temps , pendant lequel la 
transpiration est très abondante, termine cette scène dégoûtante. 
Le malade s'éveille au bout de quelques heures, ayant la tête 
pesante et douloureuse, la langue chargée, la bouche pâteuse, 
de la soif, des crampes d'estomac, de la lassitude dans les mem- 
bres, etc. L'ivresse dure, ordinairement, huit à dix heures. 

Dans le troisième dcgré^ l'ivresse ressemble à un état d'asphyxie 
ou d'apoplexie; perte des fonctions des sens et de l'entendement; 
respiration stertoreuse ; chute rendue nécessaire ; ronflement, état 
comateux ; écume à la bouche ; mouvements convulsifs ; abolition 
du sentiment : la mort peut quelquefois être la suite de cet état 
d'ivresse. 



L'habitude de l'ivresse n'est autre chose que Viirognerie, qui 
est surtout commune parmi les Anglais, parce que Tusage où ils 
sont de toster les habitue, presque malgré eux, à l'excès du vin. 
En Ecosse, et même en Angleterre, on voit, dans les repas, un 
immense gobelet, nommé le connètaMe, que chaque convive, 
après qu'il a déjà beaucoup bu, est obligé de vider entièrement, 
et d'un seul coup, à l'honneur de sainte Cécile ou des dames : 
d'ordinaire, le connètaMe renverse le buveur, ivre mort. 

Uivrogne a la figure bouffie, les paupières et les yeux rouges, 
le nez couleur de vin et couvert de boutons, ou couperosé, ce 
qui lui a fait donner le nom de rouge trogne. 

L'ivrogne a les lèvres grosses, tremblantes et pendantes; le 
visage sale, bourgeonné ; il éprouve des oppressions ; il est sujet 
aux coHques, aux renvois aigres, et même aux vomissements, le 
matin à jeun; il est constipé; son sommeil est pénible, inter- 



344 Commentaires de V Ecole de Salerne. 

rompu par des rêves eflfrayants; ses chairs sont molles, flasques, 
tremblantes, sa marche incertaine; il maigrit à vue d'œil et de- 
vient infirme, vieux, avant l'âge. 

Mais, dira-t-on, les Allemands et les Suisses boivent beaucoup, 
et cependant certains atteignent à une longue carrière : cela 
prouve seulement la force de leur tempérament. De ce que Mi- 
thridate digérait les poisons, personne n'en conclura qu'ils soient 
salutaires. 

Livrogne est crapuleux, sale, dégoûtant : il tombe dans 
l'abrutissement, la stupeur ; n'ayant plus ni jugement ni mé- 
moire, il végète comme la brute, à laquelle ses penchants gros- 
siers l'assimilent; et souvent, dans sa stupidité, il commet toute 
sorte de crimes ; mais bientôt les infirmités de tout genre vont 
l'assaillir. 

Les ivrognes ont de la répugnance pour les acides, les plats 
doux, les laitages; ils ont presque horreur de l'eau; ils mangent 
peu en général^ quoiqu'ils aient beaucoup d'embonpoint, passant 
leur vie à table et dans la bonne chère. Ces Sybarites sont ordi- 
nairement fort ventrus et ont le nez bourgeonné : 



« Il mange tout, le gros glouton, 
Il boit tout ce qu'il a de rente; 
Son pourpoint n'a plus qu'un bouton, 
Et son nez en a plus de trente. » 



L'ivrognerie était en grand honneur chez les Romains, comme 
elle l'est encore en Chine. 

Novellus Torquatus, selon Pline, buvait trois grandes mesures 
de vin, d'un seul trait. 

Officius Bibulus était un buveur si déterminé, qu'on disait de 
lui : Dimi vixit, aiit hihit, aut minxit. 

Pison but chez Tibère deux jours et deux maits sans se reposer, 
ce qui le fit nommer par ce tyran aux premières charges de l'Etat. 



De la boisson. 31c 



Flaccus fut nommé gouverneur de la province de Syrie pour 
un pareil exploit. 

Rodoginus cite un certain Dioticus d'Athènes, surnommé l'En- 
tonnoir, parce qu'on pouvait lui entonner le vin sans -le secours 
de la déglutition. 

Dans l'antiquité, les femmes même se livraient au vin ; et on 
en a vues qui, à toutes les santés qu'elles portaient, buvaient 
autant de coups qu'il y avait de lettres à leur nom. 



Quelqu'un demandait à Bautru la définition d'un cabaret. — 
C'est un lieu, répondit-il, où l'on vend la folie en bouteilles. 



La statistique criminelle ne peut pas constater le nombre des 
crimes et des délits commis sous l'influence de l'ivresse ; mais 
elle relève exactement les morts accidentelles et les suicides qui 
ont été la conséquence de l'alcoolisme. 

Les observations recueillies en divers pays et surtout en An- 
gleterre ont établi une sorte de corrélation entre la tendance au 
suicide et l'abus des boissons fermentées. Voici les tristes ensei- 
gnements qu'elles révèlent : 

En 1829, on a constaté à Londres 200 suicides par suite de 
boissons alcooliques; 

De 1850 à 1854, en moyenne : 264 morts accidentelles et 
227 suicides ; 

De 1855 à 1859, ^^ moyenne : 234 morts accidentelles et 
283 suicides ; 

De 1860 à 1864, en moyenne : 303 morts accidentelles et 
390 suicides ; 

De 1865 à 1869, en moyenne : 504 morts accidentelles et 
643 suicides. 

Ainsi, de la première à la dernière période, le nombre des 
morts accidentelles a doublé et celui des suicides a triplé. 



34^ Commentaires de V École de Salerne. 

D'une statistique publiée par le docteur Everest, il ressort 
qu'il est mort aux Etats-Unis, dans l'espace de huit années, plus 
de 300,000 personnes des suites de l'ivrognerie. 

D'après la même statistique , en Angleterre , les excès de 
boisson tuent chaque année une moyenne de 50,000 personnes, 
dont 12,000 femmes au moins. 

En Allemagne, les victimes de l'ivrognerie sont de 40,000 ; 

En Russie, 15,000 environ ; 

En Belgique, 4,000 ; 

En Espagne, 2,500 à 3,000; 

En Italie, 1,800; 

Enfin, en France, 1,500 seulement. 



Y a-t-il des remèdes pour guérir l'ivresse? Non, si l'on entend 
des spécifiques : la diète, Teau froide et le temps sont les seuls 
moyens pour faire recouvrer la raison à celui qui l'a perdue dans 
les liqueurs enivrantes . On a néanmoins recommandé un grand 
nombre de recettes pour se préserver de l'ivresse et pour la 
guérir. Telles que manger des choux, des amandes amères, une 
gousse d'ail, boire son urine, quelques onces d'huile, plusieurs 
tasses de café, etc. 

Ces remèdes étaient connus des anciens ; Plutarque rapporte 
que Drusus, fils de Tibère, avalait, à l'insu de ses convives, qua- 
tre ou cinq amandes amères, ce qui lui fut défendu quand on eut 
découvert la fraude. 

Pline conseille d'avaler des œufs de chenille, les cendres de 
bec d'hirondelles, etc. 



Si vous avez trop bu le soir, buvez encore le matin, dit l'Ecole 
de Salerne. 

Au nom de l'hygiène et du bon sens, il faut protester contre 
ce conseil, malheureusement trop suivi par le peuple, qui Va tra- 



Ix meilleur vin. 3 i- 



duit d'une façon pittoresque par ce proverbe : Reprendre du poil 
de la bête . 

On doit regarder ce précepte plutôt comme une plaisanterie 
ou un propos d'ivrogne que comme un conseil bon à suivre. 



Page 84. — Le meilleur vix. 

Autant le bon vin peut être utile à nos corps, autant le mau- 
vais vin leur est nuisible. 

Les vins verts et piquants irritent l'estomac, causent des 
aigreurs, des vents, des indigestions, des flux de ventre. 

Les vins gros, noirs, épais sont difficiles à digérer, produisent 
des pesanteurs. Ces deux qualités de vins favorisent la formation 
de la gravelle et de la pierre. 

Les vins ronges, bien mûrs et bien clarifiés, sont à préférer aux 
vins blancs, en général, qui sont pour la plupart faibles, légers, 
moins chauds et moins nourrissants que les vins rouges ; ils 
augmentent la sécrétion des urines. 

Les vins Uancs conviennent aux hommes de lettres, aux indi- 
vidus sanguins ou bilieux, aux personnes grasses, replètes. Galien 
assure que l'usage habituel ou excessif de ces vins nuit à la 
digestion et est contraire aux goutteux. 

Les hommes de cabinet qui font peu d'exercice se trouveront 
bien de l'usage des vins paillets ou clairets, qui passent bien et 
sont très salubres ; mais il faut en prendre avec modération. 

Les vins jannes sont, de tous les vins, les plus chauds. 

Les vins factices ou frelatés, dont on boit tant à Paris*, sont 
très insalubres, malfaisants; ils produisent des coliques, des in- 
flammations d'intestins, etc. 

Les vins soufrés ou mutés et qui sentent le soufre et en con- 

I. Voyez Armand Gautier, La sophistication des vins, colo- 
ration artificielle et mouillage, moyens pratiques pour recon- 
naître la fraude. Paris, 1877. 



348 Commentaires de TÉcole de Salerne. 

servent quelquefois le goût sont très malsains, à cause de l'acide 
sulfureux qu'ils contiennent. Ils irritent la poitrine et provoquent 
la toux. 

Page 86. — Bonne potion. 

Passe encore pour la Sauge, dont le sauvage arôme n'est pas 
absolument désagréable ; mais la Rue, on peut douter qu'aucun 
ivrogne voulût tremper ses lèvres dans une coupe empoisonnée 
de son parfum graveleux. 

Ces deux plantes, qui sont aromatiques et par conséquent 
toniques, étaient d'ailleurs en grand honneur dans l'ancienne 
médecine, qui avait introduit leur usage jusque dans la cosmé- 
tique et même dans la culinaire. Mais leur propriété de dis- 
siper l'ivresse n'est indiquée que dans le poème salernitain. 

L'addition de la fleur de rose à l'infusion ne saurait qu'ajouter 
au principe actif de la rue et de la sauge, par son principe odo- 
dant, si suave, si doux ; elle ne saurait donc lui nuire. La rose 
étant la vraie fleur de la volupté, elle est certainement plus 
propre à provoquer les désirs amoureux qu'à les diminuer. 

Page 87. — Vin doux. 

Le moût n'est autre chose que le jus du raisin qui n'a pas 
encore subi la fermentation spiritueuse. Ce vin est trouble, épais, 
a une saveur douce, sucrée ; il est agréable à boire, mais il 
cause des aigreurs, des indigestions, de la diarrhée ; il ne con- 
vient point surtout aux bilieux, aux personnes qui ont de l'em- 
bonpoint. 

Le moût étant très nourrissant, les individus maigres et d'une 
constitution sèche en useront avec moins de danger. 

Nous ne croyons pas le moût bien propre à provoquer l'ex- 
crétion des urines. Sa vertu laxative est mieux établie. 



Bière. 349 



Pase 88. — Bière. 



D 



J'ai peine à croire, dit Bruzen de La Martinière, que les méde- 
cins de Salerne se soient avisés de marquer les bonnes et mau- 
vaises qualités de la bière, breuvage des pays septentrionaux, qui 
est presque inconnu au royaume de Naples. Je soupçonne que 
quelque médecin allemand ou des Pays-Bas, ou anglais, y a 
inséré cet article en faveur d'une boisson dont usaient ses com- 
patriotes. 

L'usage de la bière passe cependant pour être fort ancien. 

De même que l'invention du vin est attribuée à Noé, de même, 
d'après plusieurs auteurs, l'invention de la bière remonterait à 
Osiris, vingt siècles environ avant l'ère chrétienne : dans la 
théogonie des Egyptiens, Osiris était une divinité représentant 
l'ensemble des principes bienfaisants. On attribue donc à ce 
génie du bien l'invention d'une boisson dont les Egyptiens 
d'abord, et tous les peuples usèrent plus ou moins sobrement, 
mais qui fut d'un grand secours pour l'alimentation publique. 

La bière, chez les anciens peuples, était désignée sous le nom 
de vin d'orge ou cervoise. 

Le monde moderne, divisé en deux groupes, race latine et 
race saxonne, n'a pas accepté l'usage de la bière à égale part. La 
race latine boit du vin, l'autre boit de la bière. La question 
d'agriculture est pour beaucoup dans cette destination. Aujour- 
d'hui, la consommation de la bière se popularise chez la race 
latine, et la bière est en honneur aussi bien à Berlin^ à Munich 
et à Vienne, qu'à Paris, à Turin, à Milan, à Rome, à Madrid et 
à Lisbonne. 

La consommation de la bière, à Paris, a pris un tel dévelop- 
pement, depuis une vingtaine d'années, que la fabrication de 
cette boisson à l'intérieur est devenue en quelque sorte insuffi- 
sante^ et que les bières étrangères ont été introduites sur nos 

ÉCOLE. 20 



350 Commentaires de t École de Salerne. 

marchés, où, il faut le dire^ elles jouissent d'une supériorité 
incontestable. 

Pour donner une idée de l'importance qu'a conquise cette 
boisson dans l'alimentation publique, il suffira de dire que le 
total de la consommation annuelle, à Paris, dépasse loo millions 
de litres. 

Cette énorme consommation se fait surtout dans les établis- 
sements publics. Or le nombre de ces établissements s'accroît 
d'une façon prodigieuse. Chaque quartier nouveau, chaque rue 
nouvelle a pour première et principale industrie celle d'un 
débit de bière, d'une brasserie. 



La bière est une Hqueur fermentée, faite avec l'orge ou toute 
autre céréale. 

Ainsi, on peut préparer de la bière avec la décoction des 
feuilles, des tiges et des racines de quelques végétaux. On peut 
encore employer le blé, l'avoine, le seigle. On se sert de même 
du millet, en Tartarie ; du riz, aux Indes orientales ; du maïs, 
en Amérique ; de VHoïcus spicatus, en Afrique. On peut aussi 
en faire avec la réglisse, la patate, la pomme de terre, la racine 
de chiendent, avec les rameaux de bouleaux, de pins, de sapins 
et plusieurs autres végétaux. Cook en composa d'assez bonne, 
à la Nouvelle-Hollande, avec des Meïakiica, fort ressemblants aux 
pins, et en rafraîchit son équipage. 

Nous n'allons parler que de la bière ordinaire, faite avec 
l'orge et le houblon. 

On laisse macérer les grains jusqu'à ce qu'ils se gonflent et 
commencent à germer ; on les met ensuite sécher au soleil ou 
au four, afin de pouvoir les réduire en une farine grossière, 
qu'on fait cuire dans l'eau ; on passe la liqueur, et l'on remet la 
colature sur le feu avec quelques amers, tels que des fleurs 
de houblon, pour qu'elle soit moins acre; on l'agite et on la 
cale de nouveau ; enfin, après avoir ajouté de la levure de bière^ 



Bière. 3 5 1 

on la laisse fermenter. Lorsque la liqueur a déposé et se trouve 
bien clarifiée, on Tenfcrme dans des tonneaux. 



La bière en général, celle qui n'est ni trop forte ni trop faible, 
est une boisson très saine, plus nourrissante et moins échauf- 
fante que le vin. Elle apaise la soif, rafraîchit et stimule l'es- 
tomac, grâce à l'acide carbonique qu'elle contient. 



La bonne bière doit être limpide, bien clarifiée, d'une bonne 
couleur, d'une saveur agréable , et faite depuis trois mois au 
moins, mais n'ayant pas au delà d'un an. 

La meilleure bière ne vaut pas, à mon sens, le vin le plus mé- 
diocre. Triste et froide boisson qui alourdit l'esprit au lieu de 
l'égayer, la bière ne devrait être qu'un objet de fantaisie pour 
tous les pays qui ne sont pas déshérités de la vigne. 

Les habitants du Nord, qui en usent beaucoup, sont vigou- 
reux et bien portants. Il faut cependant en prendre avec modé- 
ration, l'excès étant capable d'enivrer, de causer des diarrhées 
et de pousser à un rapide embonpoint. 

Toutes les liqueurs fermentées nourrissent^ tout ce qui nourrit 
engraisse. Il n'est donc pas surprenant de voir les hommes qui 
font un usage habituel de la bière, gros, gras, souvent même 
balourds, s'ils y joignent une vie molle et sédentaire. Les Alle- 
mands et les Flamands passent pour en fournir une preuve. 



La faculté émolliente et la faculté diurétique de la bière dé- 
pendent de sa nouveauté et de sa délicatesse. Plus elle est nou- 
velle, plus elle relâche; plus elle est légère, plus elle pousse aux 
urines ; plus elle est épaisse, plus elle gonfle ; plus elle est hou- 
blonnée, plus elle est médicinale. 

Lorsqu'on la trouve amère, c'est qu'elle contient ordinaire- 
ment de l'absinthe. 

Toute bière qui est aigre et corrompue est d'un usage dangereux. 



352 Commentaires de V École de Salevne. 

Il y a des variétés de bières nombreuses, mais les trois types 
les plus estimés, les plus recherchés, les plus répandus sont : le 
type bavarois, le type angtais, le type belge. Ces types sont très 
appréciés en France. On s'efforce de les imiter, mais vainement. 

On divise les bières en bières légères, ou qui contiennent une 
plus grande portion d'eau, dans lesquelles se rangent la plu- 
part des aies des Anglais et la petite bière des Français, et en 
bières fortes, qui comprennent le porter des Anglais. 

Les petites bières sont bonnes pour calmer la soif et la chaleur 
de l'été , faciliter la sécrétion et l'excrétion des urines , rafraîchir 
le sang et les humeurs, et même aider à la transpiration insen- 
sible. L'usage de ces bières préserve, dit-on, de la pierre. 

Les bières fortes et les meilleurs porter anglais ne ressemblent 
pas du tout à nos bières. Ces liqueurs, fortement chargées de 
principes sucrés, et alcooliques, sont plus nourrissantes et aussi 
enivrantes que nos meilleurs vins. 

Page 89. — Café. 

Le fruit du caféier est rouge et de la grosseur de nos cerises; 
dans sa parfaite maturité, il devient brun et se réduit, par la des- 
siccation, au volume d'une baie de laurier : sa chair sert d'enve- 
loppe à deux coques ovales, qui contiennent chacune une se- 
mence ovale, convexes d'un côté, planes et creusées en gout- 
tière de l'autre ; ces semences, dépouillées de leur enveloppe 
propre et de leur enveloppe commune, constituent le café, que 
tout le monde connaît. 

Le meilleur nous vient de Moka, ville d'Arabie : il est court, 
jaunâtre, sec, dur, d'une odeur agréable. On distingue le bahouri, 
qui est réservé pour le Grand Seigneur, et le saki ou salabi, que 
l'on destine au commerce et qui nous est envoyé. 

Après le moka, qui est d'une qualité supérieure, la Virginie 
fournit le café le plus estimé, surtout quand il a dix ans d'an- 
cienneté. 



Café. 353 

Le café des îles d'Amérique, de la Martinique, de Saint-Do- 
mingue, des Gonaïves où on le cultive avec le plus grand suc- 
cès, est verdâtre, long, moins sec en apparence, et moins odo- 
rant. Il n'est bon que quand il est vieux. 



Le café faisait les délices des Turcs dès le xvie siècle, et par 
les Turcs il fut introduit à Venise en 1615, à Marseille en 1654, 
à Paris en 1638. 

Au commencement du xyii^, quelques négociants hollandais 
et anglais, ayant pris l'habitude d'en boire dans le Levant, l'im- 
portèrent de Moka à Batavia, puis de Batavia à Amsterdam, et 
firent connaître cette décoction dans leur patrie. 

« Le célèbre voyageur Thévenot, dit H. Raisson ^ au retour 
de ses courses en 1658, régala de café ses plus intimes amis. 
Dès lors, la réputation d'un certain breuvage oriental presque 
inconnu se répandit insensiblement en France. 

« On citait un homme qui avait pris du café, à peu près comme 
on dirait aujourd'hui : Monsieur un tel a vu les sources du Nil, 
monsieur un tel a été à Pékin. 

« En 1669, le Grand Seigneur ayant envoyé à Louis XIV un 
ambassadeur nommé Soliman-Aga, qui plut beaucoup aux Pari- 
siens et aux Parisiennes par son esprit et sa galanterie, on voulut 
goûter la liqueur qu'il offrait aux dames, selon l'usage de son 
pays; et, quoique sa couleur fût noire et sa saveur âpre et amère, 
sa singularité ou sa nouveauté le firent réussir. 

« Après le départ de Soliman-Aga, on voulut se procurer du 
café, et surtout le prendre à la turque. On imita mal le procédé, 
de sorte qu'on le faisait détestable. On se consolait de ce petit 
désagrément, on avait l'essentiel : les cabarets vernis, les tasses 
de porcelaine de la Chine et les serviettes de mousseline à franges 
d'or, comme les Ottomans. 

I. H. Raisson, Code gourmand, manuel complet de gastrono- 
mie, 4*' édition, Paris^ 1829, p. 273. 

20. 



54 



Coin ment air es de V École de Salerne. 



« Dès qu'il fut convenu que le café faisait partie des jouissances 
de la classe opulente et distinguée, chacun voulut en prendre, au 
moins de temps à autre, et comme par partie de plaisir. 

(( Alors, en 1672, un Américain, nommé Pascal, s'avisa d'ou- 
vrir à la foire Saint-Germain une boutique où il donnait à boire 
du café. La foire étant finie, il alla s'établir sur le quai de l'École; 
là, il fit une fortune rapide. Mais ses successeurs, soit qu'ils n'eus- 
sent pas le talent, aujourd'hui si commun, de bien apprêter le 
café, soit (ce qui est probable) qu'ils n'inspirassent pas de con- 
fiance aux badauds, parce qu'ils n'avaient pas de larges robes 
arméniennes, et qu'on voulait plutôt du café à la turque que du 
bon café, ses successeurs, dis-je, se ruinèrent tous, et près d'un 
siècle s'écoula avant que le café reprît sa première gloire. 

« Cependant les grands et la haute société en continuèrent 
l'usage; on commençait même à en savourer le parfum, à le 
préparer convenablement, à le prendre plutôt par goût que pour 
se distinguer. 

« Dès lors s'opéra en France une grande révolution morale. La 
cour de Louis XIV se fit distinguer par une politesse exquise des 
moeurs, une finesse parfaite de tact, une élégance soutenue de 
manières ; elle donna le ton à l'Europe, et ces progrès sensibles 
de la civilisation, c'est au seul café qu'il faut en faire honneur. 

(( C'est à lui aussi, à la puissance d'imagination, à l'excitation 
des facultés du cerveau produites par son usage, que l'on doit le 
développement des beaux génies qui ont brillé dans cette cour, 
tandis que le peuple (qui ne prenait pas encore de café;, plongé 
dans l'épaisse matière, restait ébloui de l'éclat extraordinaire de 
ces êtres supérieurs dont les facultés intellectuelles venaient en 
droite ligne de la Mecque et du royaume d'Yémen. 

(( Aussi, dès que l'usage du café devint général, dès que cette 
source d'imagination, de gaieté, d'esprit, de génie, coula pour tout 
le monde, il arriva ce que l'on pouvait prévoir, ce que nous 
voyons aujourd'hui : que personne n'apprécie plus l'esprit, parce 
que tout le monde en a. 



Café. 355 

« Revenons à l'histoire du café : au commencement du 
xviii^ siècle, un Sicilien, nommé Procope, releva l'honneur de 
la cafetière; comme Pascal, il loua une boutique à la foire Saint- 
Germain; elle fut décorée avec élégance, et dans ce local la meil- 
leure société de Paris sembla s'être donné rendez- vous. 

« Il signor Procope, que tous les cafetiers de la capitale de- 
vraient fêter comme leur patron, joignit à son débit de café celui 
du thé, du chocolat et des liqueurs chaudes de toute espèce. 
Enfin, il se logea vis-à-vis de l'ancienne salle de la Comédie- 
Française, où son établissement fut longtemps le rendez-vous des 
amateurs de spectacle et le champ de bataille des querelles litté- 
raires. » 

Ces dates dénoncent une interpolation tardive dans le poème 
salernitain. 



De toutes les nations d'Europe, c'est la France qui, propor- 
tions gardées, consomme le moins de café, ainsi que le prouve 
la statistique suivante. En Angleterre, malgré l'énorme con- 
sommation du thé qui s'y fait, chaque personne consomme en 
moyenne 3 livres 1/8 de café; en Allemagne, 4 livres; en Dane- 
mark, 5 livres 1/2; en Suisse, 6 livres; en Belgique, 8 livres 1/2; 
en Hollande, 10 livres 1/2 ; aux États-Unis, 7 livres; en France, 
2 livres 1/2 par personne. C'est en Californie que cette consom- 
mation est la plus élevée, 20 livres 1/2 par tête. 



J'ai vu le temps où nous étions menacés de voir le thé se sub- 
stituer au café après le repas. Nous entrions en pleine barbarie 
chinoise. Heureusement, le bon goût a réagi, et la liqueur fran- 
çaise a repris tous ses droits à servir de couronnement d'un 
bon dîner. Je dis liqueur française, parce qu'il n'y a qu'en France 
qu'on prenne de bon café. 

En Orient, c'est une liqueur épaisse et noire qu'on vous offre 



3)6 Commentaires de l'École de Salerne. 

sous ce nom. Dans nos Antilles, c'est une décoction si concen- 
trée que, de tous les arômes de cette fève, elle n'a conservé que 
l'amertume. En Belgique et en Hollande, ce n'est qu'une infu- 
sion à peine colorée. 

En France seulement, — je parle des bonnes maisons, de celles 
surtout où la maîtresse du logis ne dédaigne pas de prendre part 
à la préparation de cette liqueur divine, — on sait brûler à 
point la fève de Moka; la torréfaction ne doit pas aller jusqu'au 
brun noirâtre ; le café bien torréfié doit être de couleur d'habit 
de capucin un peu foncé, de cannelle ou de tabac râpé ; on 
sait distribuer la poudre en proportions voulues et donner à Tin- 
fusion les qualités convenables. 

Il existe de nombreuses formules pour la préparation du bon 
café. Je vais donner aussi la mienne, qui a eu l'approbation de 
nombreux amateurs : 

Moka 1 

Java [ de chacun parties égales. 

Martinique. ) 

Faites griller à part, le moka moins que le java, le java moins 
que le martinique. Mélangez exactement, et faites moudre. — 
Prenez trente grammes de poudre pour deux demi-tasses. — 
Passez dans la cafetière à filtre, qui est encore le meilleur 
ustensile à cet usage. Versez l'eau bouillante, et laissez infuser et 
reposer pendant un quart d'heure sans bouiUir. 

La décoction du café fait évaporer les parties volatiles ou 
Tarome, qui est ce qu'il a de plus précieux et de plus agréable, 
sans compter qu'elle lui communique de l'amertume. 

La chicorée, les pois chiches torréfiés n'ont aucune des pro- 
priétés du café. 



Le café, pris à la dose d'une tasse ordinaire, imprime à toute 
la bouche une saveur amère, sans âcreté, pourtant un peu aus- 



Café. 3 57 

tère et styptique, qui plaît plus ou moins, selon la diversité des 
goûts, mais en général plutôt désagréable que satisfaisante. Il 
excite dans l'estomac une chaleur momentanée, et, peu de temps 
après, cette sensation se communique à tout le corps. On est 
plus ou moins agité, inquiet, échauffé. Quelques-uns suent, 
d'autres urinent plus que de coutume, mais bientôt l'équilibre 
se rétablit. 

Cette manière d'user du café est médicinale et ne convient 
en santé qu'aux personnes qui y sont habituées. 

La méthode salutaire, celle qui convient à tous, c'est celle qui 
est généralement adoptée, de corriger le café par le sucre. 

Le café n'est plus alors aussi incendiaire, ni aussi actif qu'au- 
paravant. 

Cependant, si l'on n'est pas habitué à en user, il agite le 
sang et tous les nerfs de la machine. Les personnes d'un tem- 
pérament sec^ qui ont peu de bonne bile^ se trouvent aussi com- 
munément émues par le café. De là sa première vertu, d'empê- 
cher le sommeil. 

Chez les sujets gras, au contraire, chez ceux d'un tempéra- 
ment humide, et chez les personnes qui en font habituellem.ent 
usage, le café hâte et facilite la digestion. Il donne aux vis- 
cères du bas-ventre un surcroît d'action dont ils ont besoin ; le 
calme des sens en est la suite; il règne partout un heureux équi- 
libre; de là sa seconde propriété, de faire dormir. 

En aidant la digestion, en augmentant l'action des viscères 
du bas-ventre sur les aliments, le café ne peut manquer d'apaiser 
les maux de tête, qui sont l'effet d'une condition contraire. Il 
dissipe donc aussi les vapeurs qui ont la même cause. De là sa 
troisième qualité, de calmer les douleurs de tête et les accidents 
vaporeux, escorte et suite nécessaire des mauvaises digestions. 

Enfin la chaleur que le café communique à l'estomac se ré- 
pand par tout le corps. La circulation accélérée gonfle les vais- 
seaux et les remplit. De là l'augmentation des sécrétions, des 
excrétions, en particulier de la sueur, des urines. 



35S Commentaires de F Ecole de Salerne. 

Le café exerce une puissante irritation sur les facultés céré- 
brales. Ce qui confirme cette observation, c'est que la plupart de 
nos grands écrivains ont pris beaucoup de café ; Voltaire et Bufîon 
en faisaient un usage immodéré : aussi i«marque-t-on dans leurs 
écrits une lucidité, un enthousiasme, un esprit, qui devient en 
quelque sorte communicatif pour le lecteur qui a pris aussi son 
café. 

C'est un des plus doux toniques et des moins dangereux. 
Pris avec modération, il réchauffe doucement et agréablement 
l'estomac, augmente son action digestive, donne de la vigueur 
aux muscles, anime le S3'stème de la circulation, car il accé- 
lère le pouls et les sécrétions. Le café excite même les fonc- 
tions de l'entendement, stimule le cerveau, provoque la gaieté 
et aiguise l'esprit. Cette boisson convient donc aux tempéra- 
ments lymphatiques, aux gros mangeurs, aux individus qui ont 
de l'embonpoint ou qui sont faibles, et qui ont les digestions 
longues, difficiles, et la migraine qui s'ensuit, aux hommes de 
lettres, aux asthmatiques, enfin dans tous les cas d'atonie. 

Le capitaine Parry, qui fut un grand navigateur et le fils d'un 
médecin hygiéniste, dans le cours d'un voyage au pôle arctique, 
soumit son quart de tribord, qui était le plus exposé aux intem- 
péries, au régime exclusif du café, tandis que son quart de 
bâbord n'eut que du rhum; bientôt l'essai fut suffisant, car les 
hommes du premier avaient une santé vigoureuse que n'avaient 
pas ceux du second. 

En Hollande, les ouvriers des docks et des ports boivent du 
café froid durant les chaleurs de l'été et du café chaud en hiver; 
ils disent : « Si nous buvons du genièvre, nous sommes pares- 
seux, mous et stupides; si nous buvons du café, nous faisons 
gaiement notre travail. » 

Julius Frœbel ^ raconte que, pour les hommes qui suivent les 
grandes caravanes du commerce, le café est d'une nécessité in- 

I. Frœbel, Sept années dans l'Amérique centrale. 



Café. 3 59 

dispensable; l'eau-de-vie n'est donnée ou prise que comme re- 
mède, tandis que le café se prend deux fois par jour régulière- 
ment. Les effets toniques et réconfortants de cette boisson, qu'on 
soit exposé au froid ou à la chaleur, au temps sqc ou pluvieux, 
sont vraiment extraordinaires. 



La fève de Moka a eu ses admirateurs (Brillât- Savarin et 
autres gourmands illustres) et ses poètes ; elle a eu aussi ses dé- 
tracteurs. 

Quoi qu'il en soit, l'usage du café après le repas, aujourd'hui 
si général, malgré la prédiction de Mme de Sévigné, constitue- 
t-il une bonne et sage habitude ? On peut répondre : Oui et 
non. C'est une affaire de tempérament et d'habitude. 

Nous conseillons aux personnes qui se portent bien de ne 
prendre que rarement du café après quelques grands repas, ou 
dans les circonstances où ils auront besoin d'égayer leur esprit 
ou leur imagination par cette boisson agréable, légèrement sti- 
mulante et lœtifiante. 

Les individus accoutumés au café en continueront l'usage 
modéré, s'ils s'en trouvent bien, s'il ne produit chez eux ni 
échauffement ni insomnie. 

Voltaire et Fontenelle, qui ont vécu l'un quatre-vingt-quatre, 
l'autre quatre-vingt-dix-neuf ans, faisaient grand usage de café. 
Fontenelle, dans les derniers temps de sa vie, disait : « Si le café 
est un poison, mon exemple démontre que c'est un poison 
lent. » 

Napoléon I^r buvait jusqu'à vingt tasses de café par jour et ne 
s'en portait pas plus mal. 

Quant à ceux qui n'ont pas l'habitude de cette boisson, quel- 
que agréable qu'elle soit, nous leur conseillons de s'en passer, 
s'ils se portent bien d'ailleurs, encore plus s'ils en éprouvent des 
chaleurs d'estomac et l'insomnie, ou d'autres incommodités. 

Il est donc facile d'expHquer et de vérifier la vérité de la sen- 



360 Commentaires de l'Ecole de Salerne. 

tence de l'École de Salerne, que le café fait dormir ou qu'il 
procure l'insomnie, selon le tempérament, l'âge, l'état de la 
personne qui prend de cette liqueur, et surtout selon qu'elle est 
ou non habituée à son usage. 

J'ai éprouvé sur moi-même cet effet opposé du café. Ayant 
des nuits entières à passer au travail, je croyais vaincre la pro- 
pension au sommeil en prenant plusieurs tasses de café pendant 
la nuit. Au lieu de m'exciter, ces fortes doses de café m'assou- 
pissaient et me rendaient inapte au travail. Une petite dose, au 
contraire, me tenait éveillé toute la nuit. 



Le café est contraire, en général^ aux jeunes gens, aux per- 
sonnes irritables et névropathiques, aux constitutions sanguines, 
bilieuses, aux individus maigres, irritables, à ceux qui digèrent 
promptement ou qui sont sujets aux éruptions de la peau ou 
aux hémorrhoïdes, aux femmes nerveuses. 

J'ai soigné une jeune femme que l'abus du café avait jetée 
dans un état d'excitation nerveuse extrêmement pénible. Ces 
accidents n'ont cessé que par l'abstinence du café. 

J'ai connu un magistrat qui avait eu, pendant toute sa vie, 
l'habitude d'écrire plutôt la nuit que le jour; pour le tenir en 
éveil dans les moments qui devaient être consacrés au repos, il 
faisait usage de café. A partir de cinquante ans, cet homme a 
expié son infraction aux lois de la nature par des douleurs névral- 
giques dans la tête qui ont empoisonné les vingt dernières 
années de son existence. Il avouait que son mal venait du café, 
et pourtant c'est en avalant de grandes quantités de cette 
boisson qu'il parvenait, disait-il, à se soulager. Mais, à peine la 
dose qu'il venait de prendre avait-elle épuisé son effet, que les 
douleurs se réveillaient intolérables et qu'il fallait absorber de 
nouvelles quantités du breuvage excitant. Il ne pouvait passer 
les nuits sans en prendre deux ou trois tasses, et sa consomma- 
tion s'élevait jusqu'à un litre en vingt- quatre heures. 



Café. 3 6 r 

L'abus du café ne peut être que malfaisant, d'après sa vertu 
tonique et stimulante connue. Il irrite fortement le système 
nerveux, augmente sa mobilité, produit le tremblement, la para- 
lysie, la dyspepsie, les faiblesses d'estomac, enfin des inflam- 
mations chroniques du canal digestif. 



Le café n'est guère employé en médecine que pour combattre 
l'empoisonnement par l'opium. M. le Dr Jules Guyot a cepen- 
dant préconisé son emploi comme moyen prophylactique et 
même curatif de la coqueluche. Les faits cités par ce savant 
médecin méritent plus d'attention que les thérapeutistes ne leur 
en ont accordée. 

Dans toutes les conditions où il s'agit de réveiller et d'exciter 
la circulation générale, comme dans le choléra, par exemple, 
l'emploi du café semble indiqué. 

Le café est un diurétique puissant; son emploi serait très ra- 
tionnel dans les hydropisies. 

Le café a, dit-on, la vertu de dissiper l'ivresse. 



Le THÉ, thea, est la feuille de l'arbrisseau de ce nom, qui croît 
en Chine et au Japon, et qu'on roule, à suite d'une sorte de 
torréfaction, sur des plaques de fer échauffées. 

La température de la Chine étant presque analogue à celle de 
Paris, et l'arbre à thé se conservant fort bien dans nos serres, 
car il n'exige qu'une chaleur un peu au-dessus de celle de Paris, 
on pourrait le cultiver avec succès dans les départements méri- 
dionaux de la France, comme on le fait au Brésil et à Cayenne. 

Les thés du commerce ont été divisés en deux grandes 
classes, qui sont les thés verts et les thés noirs, et il y a beau- 
coup d'espèces de thé dans chacune de ces deux classes. Le thé 
impérial est très rare en Europe ; le thé qu'on emploie en France 

ÉCOLE. 21 



362 Commentaires de F Ecole de Salerne. 

est le plus fin de tous les thés verts. C'est le thé haysiuen. Ses 
feuilles sont d'un vert tirant sur le gris, grandes, entières, bien 
roulées; son odeur est agréable et aromatique. Le thé vieux 
a une odeur forte et acre. 

Le thé contient une matière extraciive, du mucilage, beau- 
coup de résine, de l'acide gallique et du tannin. 

Le thé est la boisson ordinaire des Chinois ; il leur est néces- 
saire pour corriger leurs eaux malsaines et désagréables au goût. 
On sait qu'ils prennent toutes leurs boissons chaudes. 

C'est vers le milieu du xyii^ siècle que les Hollandais impor- 
tèrent le thé en Europe. En 1666, la reine Catherine, femme de 
Charles II, qui en avait contracté l'habitude en Portugal, mit 
l'usage du thé à la mode à la Cour d'Angleterre, d'où il se 
répandit bientôt dans toute l'Europe, surtout lorsque le médecin 
hollandais Hontekoë (1678) en eut fait le plus pompeux éloge. 



Une pincée de feuilles de thé mise en infusion dans un litre 
d'eau chaude, pendant l'espace de dix minutes, fournit la pré- 
paration la plus convenable. 

Le thé, ou plutôt l'infusion de thé, est légèrement stomachique 
et diaphorétique. S'il a la vertu qu'on lui attribue généralement 
d'aider à une digestion pénible, il le doit à sa vertu aromatique 
et tonique, sinon à l'eau qui sert à sa préparation : il passe 
pour avoir une action sédative sur les nerfs. C'est pourquoi on le 
recommande contre l'insomnie, les spasmes nerveux; il donne, 
dit-on, de la gaieté et dissipe la sensation de fatigue. Si l'infu- 
sion du thé est trop chargée, ou s'il est trop fort, il est échauf- 
fant, excitant ou irritant. 

Toutes les propriétés admirables qu'on attribue au thé, comme 
d'empêcher la formation des calculs, de guérir la goutte, les 
maux d'yeux, la faiblesse de la vue, les obstructions, la cohque, 
l'hydropisie, etc., ont été imaginées par les partisans enthou- 
siastes de cette boisson. 



Vinaigre. 363 



Les inconvénients qui résultent de l'abus du thé sont une 
chose plus réelle. Il détruit la sensibilité nerveuse et l'irritabilité 
musculaire, d'où résulte la faiblesse des nerfs, les tremblements, 
les convulsions, les vertiges, l'insomnie, la débilité de l'estomac, 
la perte de la mémoire, la langueur, etc. 



On a proposé, mais sans succès, de remplacer le thé par un 
grand nombre de plantes : la véronique officinale, nommée 
thé d'Europe; les feuilles du prunier sauvage ou épineux; l'infu- 
sion de sauge, de mélisse, du petit muguet, Asperiila odorata, 
dont le parfum est si doux ; l'oranger, le tilleul, le romarin, 
l'anis, le genièvre, la coriandre et même le gingembre, dont les 
Anglais font beaucoup de cas, etc. 

L'infusion de citronnelle, de feuilles de tilleul, d'amandier, de 
pêcher, de frêne, d'aubépine, de myrtille, pourrait en quelque 
sorte remplacer celle du thé ; mais c'est surtout la décoction des 
feuilles du Phiîadelphiis qui, étant d'une odeur et d'un goût 
agréables, peut être substituée au thé. 



Le thé ou vulnéraire suisse est un mélange de menthes, 
d'origan, de mélisse, de sanicle, de bétoine, de centaurée et 
d'autres plantes aromatiques ; mais ce faltranck n'est composé, le 
plus souvent, que d'herbes cueillies au hasard et à vertus oppo- 
sées ou nulles. 



Page 89. — Vinaigre. 

Le vix AIGRE, acetum, est une liqueur acide et spiritueuse, 
produite par la fermentation acéteuse ou acide, qui succède à la 
fermentation vineuse, dans les substances végétales. 

Quand le moût a subi le premier mouvement de fermentation 



364 Commentaires de F Ecole de Salerue. 

qui en fait du vin, il est sujet à s'altérer par la continuiic du 
mouvement des principes qui le composent. La liqueur, de vi- 
neuse qu'elle était, acquiert une saveur piquante, différente de la 
première, que l'on connaît sous le nom d'aigre. Cette liqueur, 
qui contenait auparavant une substance spiritueuse, chaude et 
inflammable, en contient alors une acide et rafraîchissante, qui 
constitue le vinaigre. 

On retire le vinaigre principalement du vin, de la bière, du 
cidre ou du poiré ; mais le vinaigre fait avec le vin est, de 
beaucoup, préférable aux autres. Les acides et Tacide acétique 
pur, lui-même, ne sont pas du vinaigre et ne sauraient le sup- 
pléer dans les usages économiques. 

C'est ici l'occasion de dire que le vinaigre, entendu sous son 
acception étymologique , vin aigre , tend de plus en plus à 
passer dans le domaine de la tradition. La plupart des liquides 
que l'on vend sous ce nom aujourd'hui sont le produit de la dis- 
tillation du bois ou d'autres fabrications très peu hygiéniques. 
La surveillance très sévère qui s'exerce sur le commerce du vin 
paraît être plus tolérante pour le commerce du vinaigre. Le 
vinaigre est cependant un des condiments les plus usités dans 
les classes laborieuses, et l'usage d'un vinaigre impur ne saurait 
être sans danger sur la santé. 

Le vinaigre est rafraîchissant, tempérant, anti-bilieux et anti- 
putride. 

Mêlé aux aliments et à la salade, il est agréable et convient 
principalement aux bilieux, aux sanguins et aux individus gras 
et replets. 

Il est nuisible, au contraire, aux sujets nerveux, irritables, 
faibles ou maigres. 

Le vinaigre excite l'action de l'estomac, provoque l'appétit et 
aide à la digestion. 

Le vinaigre, étendu dans beaucoup d'eau et uni au sucre, 
constitue une boisson agréable, tempérante, fort propre à dé- 
saltérer. 



Vinaigre. 365 



On sait que les soldats de Rome et de Carthage étaient 
obligés de porter une bouteille de vinaigre dans les marches ; ils 
le mêlaient avec de l'eau, et c'était leur boisson ordinaire. Ce 
breuvage les désaltérait, les rafraîchissait et les préservait des 
fièvres putrides, malignes, etc. Nos soldats remplissent leur 
gourde d'eau-de-vie, qui a surtout le grand inconvénient de les 
accoutumer à l'usage de cette boisson, dont ils ne tardent pas à 
faire un usage immodéré et dont ils ne peuvent plus se priver. 

Le vinaigre est une substance précieuse dans la médecine. II 
est utile dans les chaleurs extraordinaires de la peau, pour rafraî- 
chir, et dans les douleurs de tête, en application sur le front. Il 
remédie aux effets de la vapeur du charbon, et des autres mou- 
fettes pernicieuses qui causent les asphyxies, mais comme sti- 
mulant. On en frotte les narines et les tempes des individus 
asphyxiés, et on leur en verse dans la bouche. 

En un mot, le vinaigre est un aliment sain, un bon assaison- 
nement, un excellent remède. 

L'usage immodéré du vinaigre crispe les soHdes, dérange la 
circulation des fluides, cause des irritations aux nerfs, décom- 
pose les humeurs, et mène à une espèce de scorbut connu sous 
le nom de scorbut acide. Alors on maigrit, on perd la gaieté, la 
force et la disposition aux combats amoureux : on sèche en effet 
au point de regretter l'obésité, et c'est ainsi que se doit entendre 
le texte de l'École de Salerne. 

L'usage abusif du vinaigre ne se rencontre guère que chez les 
jeunes filles atteintes de maladies nerveuses et de chlorose, et 
chez celles aussi qui cherchent à combattre, par son emploi, 
la tendance à l'obésité. C'est bien le cas de dire ici que le remède 
est pire que le mal. On se procure ainsi des maladies graves de 
l'estomac, des perturbations sérieuses dans les fonctions diges- 
tives et, comme conséquence inévitable, des troubles profonds 
dans la nutrition. 



366 Commentaires de V Ecole de Salerne. 



Page 89. — Cidre et poiré. 

Après le vin, le cidre tient incomparablement le premier rang 
dans les liqueurs fermentées. 

Le cidre est le jus de poires ou de pommes qui a subi la 
fermentation vineuse. 

Cette boisson remonte à une haute antiquité. Les anciens 
l'appelaient sichar, que saint Jérôme traduit par sicera, d'où l'on a 
fait cidre. 

On croit que cette liqueur nous est venue d'Afrique et que les 
Maures l'ont apportée en Espagne, d'où elle a passé en Nor- 
mandie. 

Les pays à cidre sont, en général, des pays à beau sang. 
Est-ce à cette boisson qu'il faut attribuer la vigueur, la fraîcheur 
et l'embonpoint des habitants de la Normandie, de la Picardie, 
d'une partie de la Brie, de la Bretagne? 



Les qualités du cidre varient autant que celles des pommes 
qu^on emploie pour le fabriquer. On distingue en Normandie le 
cidre de pommes, pommé, et le cidre de poires, poiré. Le 
pommé est de couleur orange, et le poiré, de couleur blanche. 
Le poiré ressemble aux vins blancs dont il a le goût acre et 
piquant; le pommé, au contraire, est généreux, fort, et plus 
agréable. Le poiré est léger, peu nourrissant ; le pommé est 
riche en matière nutritive, substantiel et cordial. Le poiré 
attaque les nerfs, cause le tremblement et la paralysie, quoique 
pris modérément; le pommé soutient les forces, engraisse et 
fait naître la gaîté commue le vin. Enfin le pommé est la boisson 
naturelle en Normandie; le poiré n'3^ est d'usage que pour faire 
de l'eau-de-vie. 

Les cidres qui n'ont point fermenté, ou même ceux qui sont 
préparés avec des pommes douces ou d'une bonne espèce, sont 



Cidre et Poirés 367 



nommes doux. Si l'on en boit alors, il est venteux, lâche le 
ventre, et produit les effets du moût de vin. Après la fermen- 
tation, il conserve encore durant quelques mois le nom de cidre 
doux; il gonfle toujours, et continue d'être venteux, mais un 
peu moins que le moût. Les cidres nouveaux sont plus ou 
moins doux pendant six mois, et même plus longtemps, surtout 
si pendant la fermentation secondaire on a soin de les trans- 
vaser plusieurs fois. Moins les cidres doux ont fermenté, plus ils 
sont pesants, indigestes et laxatifs. 

Quand le cidre a complété sa fermentation, et deux ou trois 
mois après celle-ci, quand enfin il a passé à son état de cidre 
véritable, il forme une boisson douce^ un peu piquante, ga- 
zeuse; elle est alors très saine, agréable, généreuse, nourris- 
sante et même adoucissante. 

Le cidre vieillit plus que la bière, moins que le vin. Après 
six mois ou un an de bouteille, s'il a été bien fabriqué^ il cons- 
titue une boisson excellente. 

Cette liqueur est véritablement spiritueuse, susceptible d'eni- 
vrer; on en retire de l'eau-de-vie qui ne le cède en rien à l'eau- 
de-vie de vin, et un alcool semblable à celui que fournit la distil- 
lation de l'eau-de-vie ordinaire. Seulement l'esprit de cidre 
conserve un petit goût de fruit dont il est difficile de le dépouiller 
entièrement. 

Les gros cidres parés se gardent pendant huit ans sans altéra- 
tion ; ils se rapprochent des vins de Champagne non mousseux, 
et peuvent être donnés comme toniques, à la manière du vin 
ordinaire. Le docteur Rush assure que si l'on fait bouiUir deux 
barils de moût de cidre jusqu'à la réduction de la moitié, qu'on 
le laisse ensuite fermenter, et qu'on le garde deux ou trois ans 
dans un caveau bien sec, le vin qui en résulte, et qu'il nomme 
vin de Pomone, a le goût du vin de Malaga ou du vin du Rhin, 
et les égale en bonté. 

Les cidres moyens fournissent une boisson très salutaire, légè- 
rement nourrissante, rafraîchissante et diurétique ; ils conviennent 



368 Commentaires de F École de Salerne. 

particulièrement aux sanguins, aux bilieux, aux individus ner- 
veux, maigres et faibles. On les conseille dans certaines afifections 
chroniques de la poitrine, du bas-ventre et des organes uri- 
naires et dans le scorbut. 

L'usage du cidre, comme celui de la bière, préserve, dit-on, 
de la gravelle et de la pierre, parce que ces maladies sont rares 
dans les pays à cidre; comment concilier cette assertion avec 
celle de quelques autres auteurs qui l'accusent d'engendrer la 
goutte? S'il y a beaucoup de goutteux en Normandie, il n'y en 
a pas moins ailleurs, où l'on ne fait pas une boisson ordinaire 
du cidre. 

Les petits cidres sont légers, beaucoup moins nourrissants, et 
peuvent servir en quelque sorte de tisane rafraîchissante; ils 
deviennent facilement aigres et ne se conservent pas. 



Le POIRÉ, pyraceiim, est plus léger, moins nourrissant et moins 
salutaire que le cidre. 

Étant plus spiritueux que lui, il fournit, par la distillation, 
une plus grande quantité d'eau-de-vie. On peut en faire un très 
bon vinaigre. 

Le poiré irrite les nerfs, cause des tremblements, la para- 
lysie, etc. 

Page 90. — Hydromel. 

La boisson connue sous le nom d'hydromel est une boisson 
faite avec du miel et de l'eau qui a joui d'une grande répu- 
tation, et son usage remonte à une très haute antiquité. 

Il y avait deux sortes d'hydromel : 

h'hydronteî non fermenté, simple ou composé, qui, le premier 
surtout, jouait un grand rôle dans la médecine grecque et cons- 
tituait, avec la décoction d'orge, la tisane habituelle dans les 
maladies aiguës fébriles; 



Emc coDiine boisson. 369 

Uhydromel feriiiciitê, ou dissolution de miel dans l'eau, ayant 
subi la fermentation vineuse : on fliit dissoudre du miel dans 
leau jusqu'à ce qu'un œuf puisse se soutenir au-dessus de la 
liqueur; après l'avoir fait cuire, écumer, puis fermenter, on 
l'enferme dans des tonneaux. C'est une véritable boisson alcoo- 
lique, très agréable quand elle est faite avec soin, qui a été 
célébrée par Columelle et par Pline et dont on fait remonter 
l'invention à Aristée. L'hydromel fermenté est tonique presque 
à l'égal du vin, et quelquefois, dit-on, on le fait passer pour du 
vin muscat, dont il rappelle le goût. 

L'hydromel n'est guère plus usité aujourd'hui, comme bois- 
son ordinaire, que chez les peuples les plus septentrionaux. 

On peut s'étonner que, parmi toutes ces inventions de bois- 
sons que la cherté actuelle des vins a fait surgir, il n'ait pas été 
question de l'hydromel fermenté, qui constitue une liqueur cor- 
roborante aussi saine qu'agréable et dont le prix de revient ne 
doit pas être très élevé. 



Page 90. — Eau comme boisson. 

Nous ne sommes pas de l'avis de l'Ecole de Salerne. L'eau 
est la plus naturelle et la plus essentielle des boissons. L'eau 
pure humecte les organes salivaires et ceux de la digestion ; elle 
délaye les aliments et en est le meilleur et le plus précieux dis- 
solvant ; elle les mêle entre eux et avec le suc gastrique. L'esto- 
mac ne digère jamais mieux que lorsqu'on ne boit que de l'eau. 

La nature l'a répandue sur ce globe pour l'usage de tous les 
animaux, comme de tous les végétaux. Les patriarches ne 
buvaient autrefois que de l'eau, et ils étaient plus robustes et 
vivaient plus longtemps que nous. Il n'y a que sa trop grande 
abondance qui puisse être préjudiciable. 

L'homme robuste et bien portant n'a besoin d'aucune liqueur 
spiritueuse pour bien digérer. Le vin est une liqueur factice qui 

21. 



370 Commentaires de V École de Salerne. 

n'est point nécessaire à l'accomplissement des actes de la di- 
gestion. 

Toutefois, on peut user modérément du vin coupé avec de 
l'eau. 

Page 91. — Aliments nourrissants. 

Le vin, les œufs, les purées, etc. Ce serait là un régime 
excellent pour se donner la goutte. 

Toute cette strophe laisse beaucoup à désirer ; elle ne dénote 
pas un fin bromatologue, Sous le pur rapport hygiénique, il y 
aurait à reprendre dans ces conseils. 

La chair de porc, les fromages mous, le pain frais, la chair 
jeune, sont loin d'être considérés comme des alim.ents sains. 

La chair de porc est la nourriture des hommes qui exercent 
beaucoup le systO^me musculaire; elle est lourde et indigeste 
pour les personnes sédentaires. 

Les fromages mous sont toujours acides. 

Le pain frais est nuisible, et la chair des jeunes animaux est 
un aliment peu substantiel et difficile à digérer. 



Avant de traiter des substances qui procurent de l'embon- 
point, il est nécessaire de faire connaître comment s'opère la 
nutrition. 

L'homme ne peut pas vivre s'il est privé longtemps de nour- 
riture. S'il prend, au contraire, une suffisante quantité d'ali- 
ments, il entretient son existence et souvent acquiert de l'em- 
bonpoint ; la fonction des organes qui préparent et assimilent 
la matière propre à servir de nourriture au corps s'appelle nutri- 
tion ; et la substance comestible qui contient et fournit la ma- 
tière nutritive se nomme aliment. 

La nutrition est une des opérations de la nature les plus admi- 
rables. Voici comment s'opère son mécanisme : 



Aliments nourrissants. 371 

La bouche n'a pas plus tôt reçu les aliments, qu'elle les fait 
passer d'abord sous les dents incisives, qui les divisent, puis sous 
les molaires, qui les broient. Au moyen de la salive qui la pénètre 
de toutes parts, cette masse solide et sèche se change en pâte 
humide et molle, qui entre dans le canal de l'œsophage et se 
précipite dans l'estomac. 

L'estomac, tissu de fibres dont les directions sont différentes, 
se contracte par ondulations, embrasse la totalité des aliments, 
les agite et les retourne en tous sens, et en expose par là toutes 
les parties à l'action dissolvante du suc digestif ou gastrique 
qui est exprimé par un nombre prodigieux de glandes situées 
dans la tunique veloutée de ce viscère. La pulpe alimentaire 
est pénétrée intimement, et réduite en pâte douce et fluide par 
le suc gastrique. Les contractions des ouvertures de l'estomac, 
la chaleur douce qui s'y trouve concentrée, et l'air qui ne peut 
s'en échapper, contribuent aussi aux actes de la digestion, en 
forçant la pâte alimentaire à recevoir l'action de la liqueur 
gastrique et en augmentant sa force dissolvante. 

Les substances nutritives, se trouvant bien dissoutes et suf- 
fisamment liquides, passent par le pylore et parviennent dans 
le duodénum, où se fait une opération nouvelle. La bile, qui 
coule du foie, se trouvant délayée par l'humeur que verse le 
pancréas, pénètre intimement les molécules des aliments, les 
mêle, les divise, les. dissout et forme le chine, qui, parcourant 
lentement le trajet des intestins grêles, se présente à une infinité 
de vaisseaux capillaires lactés, qui s'ouvrent dans toute l'étendue 
de la membrane interne du canal. Ces capillaires portent le 
chyme dans ceux du mésentère, dans les glandes ou ganglions 
lymphatiques, où il éprouve de nouvelles altérations, y est 
mêlé avec la lymphe, d'où il passe dans le réservoir de Pecquet 
et de là par le canal thoracique dans la veine sous-clavière 
gauche, qui le donne de suite au cœur ; d'où il passe enfin 
dans les. poumons. C'est dans ces derniers organes, qu'on a si 
justement nommés les soufflets de ta vie, qu'il reçoit des prin- 



372 Cominentaires de r Ecole de Salerne. 

cipes nouveaux les plus essentiels, principes véritablement vivi- 
fiants . 



Parlons actuellement des aliments qui engraissent. 

Les substances animales fournissent l'aliment le plus substan- 
tiel et le plus propre à produire de l'embonpoint : parmi les 
quadrupèdes, le bœuf, le mouton, le cochon et plusieurs bêtes 
sauvages tiennent la première place; viennent ensuite les vo- 
lailles et les oiseaux de chasse, comme le chapon, la poularde, 
le dindon, le perdreau ; puis les poissons de mer et de ri- 
vière, etc. ; le pain de froment est mis au rang des substances 
animales, à cause du gluten qu'il contient. 

L'Ecole de Salerne désigne ici plusieurs aliments comme 
propres à procurer de l'embonpoint : la moelle, les œufs, le 
laitage ou le fromage, la crème, puis le beurre, sont en effet 
très nourrissants ; les vins doux, les figues et les raisins sont 
reconnus pour avoir la propriété d'engraisser. 

A ces substances, on pourrait ajouter les farineux, la bouillie, 
le vermicelle, le macaroni, le riz, le chocolat, la bière crue ; 
mais la nature du tempérament influe beaucoup sur l'acqui- 
sition de l'embonpoint. Les bilieux et les mélancoliques en- 
graissent difficilement; au contraire, les constitutions sanguines, 
qui ont le tissu cellulaire lâche, spongieux, sont susceptibles 
d'acquérir beaucoup d'embonpoint. 



Nous allons faire connaître la nature de la qualité des viandes. 

La CHAIR DE BŒUF est dense^ compacte, pesante et difficile à 
digérer. Quand elle est grasse, elle devient plus sapide et plus 
soluble ; elle est très nourrissante et un peu tonique : aussi 
l'usage de cette viande échauffe et constipe. Les consommés que 
l'on prépare avec son suc pèsent sur l'estomac, qui les digère 
avec peine. 



Aliments nourrissants. 



373 



La CHAIR DE VACHE cst moins estimée et moins tendre, plus 
difficile à digérer et moins nourrissante que celle de bœuf. 



La CHAIR DÉ MOUTON est moins compacte que celle de bœuf; 
elle est plus tendre, presque aussi nourrissante, et d'une diges- 
tion plus aisée. Les moutons qui paissent dans les lieux secs, et 
qui se nourrissent de plantes odoriférantes, fournissent la viande 
la plus exquise. 

La CHAIR DES BREBIS, quand elles ont passé trois ans, est 
molle, visqueuse et peu nourrissante. 

La CHAIR d'agneau et de CHEVREAU est tendre, délicate et 
d'une digestion très facile, pourvu que ces animaux aient au moins 
cinq ou six mois. 



La CHAIR DE PORC est dure, compacte, indigeste, mais bien 
nourrissante, d'un fort bon goût, surtout celle de sanglier, qui 
passe pour moins indigeste. 

La CHAIR DU COCHON DE LAIT est aussi très nourrissante, 
mais difficile à digérer pour les estomacs faibles . 



La CHAIR DE LA CHÈVRE ET DU BOUC est dure, indigeste. 

La CHAIR DE CERF est compacte, pesante, quand il est vieux. 

Mais ces viandes ne sont point d'usage sur nos tables, non 
parce qu'elles pourraient produire de la bile noire, mais parce 
qu'elles sont reconnues pour être très difficiles à digérer. 

La CHAIR DE BICHE et k CHAIR DE DAGUET sont tendres^ 
nourrissantes et faciles à digérer. 

Le CHEVREUIL fournit une viande douée à peu près des 
mêmes qualités que celle du cerf. 

La CHAIR DE LIÈVRE cst deuse, noire et pesante. Elle est 
généralement laxative ; beaucoup de personnes ne peuvent en 



374 Commentaires de l' École de Salerne. 

manger sans avoir la diarrhée, malgré l'autorité d'Hippocrate '. 
Nous ne croyons pas non plus que la chair de lièvre soit diuré- 
tique. Elle est rangée parmi les viandes chaudes, c'est-à-dire 
celles qui conviennent aux tempéraments un peu ruinés, aux 
personnes qui font une grande dépense de forces physiques ou 
qui ne sont pas tenues à vivre dans la continence. 

La CHAIR DU LEVRAUT cst d'un bon goût , nourrissante et 
d'une digestion aisée. 

La CHAIR DU LAPIN, surtout celle du lapereau, est blanche, 
tendre et très soluble dans le suc gastrique. Celle des lapins do- 
mestiques est plus grasse et plus tendre, mais n'a pas le fumet 
agréable de celle des lapins sauvages. 



La CHAIR DES OISEAUX est en général plus tendre que celle 
des quadrupèdes. 

La CHAIR DES VOLAILLES, surtout Celle des poules, poulets, 
dindons, fournit un aliment très doux, très nourrissant; mais ces 
gallinacés, pour avoir toutes leurs qualités, doivent être élevés en 
liberté et bien nourris. 



Quelle que soit la profusion avec laquelle la nature nous four- 
nit les substances alimentaires, quoiqu'il y en ait beaucoup 
parmi elles qui n'exigent aucune préparation, cependant la plus 
o-rande partie gagne considérablement à être apprêtée. De là 
l'art de la cuisine, art que les Français ont porté peut-être à sa. 
perfection, mais qui est peut-être aussi devenu le plus funeste à 
l'humanité, comme il arrive des meilleures choses, quand on sait 
moins en user qu'en abuser. 

Dans le vrai, les aliments cuhs et assaisonnés simplement 
satisfont le goût, sont plus aisés à dompter par les forces diges- 

I. Hippocrate, Œuvres complètes, édition Littré^ de la Diète,, 
liv. II. 



AJiuienis nourrissants. 375 

tives; l'extraction d^s sucs nourriciers qu'ils renferment est plus 
prompte et plus abondante. Mais les assaisonnements recherchés 
irritent l'appétit, font que l'on prend, par l'attrait du plaisir, plus 
d'aliments et de nourriture qu'il en faut, et de l'habitude en ce 
genre naissent plusieurs incommodités qui, mortelles quelque- 
fois, sont toujours fâcheuses pour la santé. D'ailleurs l'obésité^ 
qui est l'apanage des grands mangeurs, n'a pas toujours bonne 
grâce ; souvent elle dégénère en une sorte de cachexie incom- 
mode et dégoûtante. 

En Russie, en Egypte et en Chine, les individus les plus gros et 
les plus gras sont les plus considérés, parce que cette prestance, 
cette apparence de forces en imposent au peuple. C'est par une 
raison analogue qu'Hippocrate veut que les médecins aient une 
belle prestance, une taille majestueuse, et qu'ils paraissent doués 
d'une constnution forte, qui annonce une santé brillante. 

On raconte que chaque année l'empereur de Maroc se faisait 
peser et se réjouissait beaucoup de l'embonpoint qu'il avait 
acquis, parce que les courtisans étaient obHgés de fournir l'or 
qui lui servait de contre-poids ; mais c'est aux dépens de ses 
jours que cet empereur accumulait des trésors, car un embon- 
point considérable est très contraire à une vie longue. Les indi- 
vidus maigres sont ceux qu'on voit ordinairement vivre le plus 
longtemps . 

Que la cuisine du sage soit donc simple comme toute sa con- 
duite. L'Ecole de Salerne donne ici un bon avis sur certaines 
préparations de viandes communes, et qui ne peut porter aucun 
préjudice à cette simplicité. Elle approuve le bouilli, blâme la 
friture, dit que l'acre purge, que le rôti resserre, que la viande 
crue gonfle, et que la salée dessèche. C'est avec raison; voyons 
comment. 



Le bouilli est une viande cuite dans l'eau. Les viandes que 
l'on prépare ainsi sont le bœuf, le veau, le cochon, le mou- 



376 Commentaires de F Ecole de Salernc. 



ton, la poule et quelques autres volailles. Or quel est l'effet 
du feu sur elles dans cette préparation? L'eau bouillante» 
c'est-à-dire l'eau chargée de la plus grande quantité de feu 
qu'elle en puisse contenir, s'insinue peu à peu dans les pores de 
la viande, en pénètre bientôt la substance, et, comme il ne peut 
exister deux corps ensemble dans un même lieu, l'eau et le feu 
désunissent à l'instant les éléments des fibres, les éloignent les 
uns des autres proportionnellement au mouvement dont ils sont 
agités ; alors les sucs animaux quittent leurs vaisseaux , leurs 
cellules, et se répandent en abondance, soit à l'intérieur du mor- 
ceau, soit au-dessus dans la masse de l'eau, où ils forment ce 
que nous appelons le hcuillon. 

Mais parlons du point de cuisson à saisir, du temps que Ton 
met à cuire les viandes, et de la manière de conduire l'ébuUition. 
Cette cuisine est un vrai procédé de chimie qu^il faut savoir diri- 
ger. Plus les viandes sont dures et coriaces, plus elles doivent 
être de temps soumises à l'action de l'eau bouillante; mieux on 
veut faire l'extraction des sucs, mieux et plus lentement il faut 
mener le feu. D'ailleurs l'eau qui bout à gros bouillons produit, 
comme on sait, la plus grande évaporation ; le feu chasse l'eau 
avec la dernière rapidité, et celle ci ne s'envole jamais impuné- 
ment. C'est toujours aux dépens des sucs nourriciers de la viande 
en coction, qui s'en vont avec elle en abondance par la cheminée. 

La cuisson de la viande dans l'eau ramollit donc le tissu des 
chairs, en dégage les parties gélatineuses et nourrissantes, les rend 
plus faciles à extraire, et donne conséquemment moins de travail 
aux organes de la digestion; le bouilli est donc une viande salu- 
taire . 



Il n'en est pas de même de la friture, au gré de l'École de 
Salerne. 

La raison qu'on en peut donner, c'est que, dans cette prépa- 
ration, les fibres des viandes exposées subitement à l'action brû- 



Aliments nourrissants. 377 

lante de la friture se crispent, se froncent se raccornissent tout 
d'un coup. De là, la croûte qui se fait à l'extérieur du morceau, 
laquelle est d'autant plus épaisse qu'il est plus longtemps ainsi 
exposé à l'action du feu. Le feu agissant de l'extérieur à l'inté- 
rieur avec la plus grande vivacité , les sucs se dégagent, et se 
dissipent bientôt, s'ils sont quelques minutes soumis à la même 
action. C'est pour cela que les cuisiniers ne préparent à la friture 
que les viandes légères et déjà cuites, qu'ils les y exposent peu 
de temps, et qu'ils ont auparavant la précaution de les enve- 
lopper de pâte, ou de les saupoudrer de farine. Ils procurent par 
ce moyen, à l'instant de l'immersion de la viande dans la friture 
bouillante, cette croûte dont je viens de parler, qui sauve alors la 
surface du morceau, et fait un filtre à travers lequel le feu va 
dégager les sucs intérieurs. 

La viande exposée nue à l'acdon de la friture, et par consé- 
quent toute substance frite est donc nécessairement dure, privée 
de sucs, et difficile à digérer, à la manière des croûtes sèches. 



Il en serait tout à fait de même du rôti, si on l'exposait 
subitement à l'action d'un brasier trop ardent, ou si on l'y 
laissait exposé plus longtemps qu'il ne convient. Mais cette 
préparation de la viande est regardée comme la plus saine, 
parce qu'on la suppose faite au mieux. Dans ce cas, le feu fait, 
petit à petit, à la surface du morceau, la même croûte à travers 
laquelle il s'insinue , et va dégager à l'intérieur les sucs animaux 
qui affluent alors d'autant plus abondamment que l'action du 
brasier est mieux dirigée. Le rôti cuit à point se digère bien. 
C'est pour cela que l'École de Salerne le regarde comme astrin- 
gent ou constipant. Mais les viandes peu faites , telles que le 
veau, l'agneau, le cochon de lait, quelque bien rôties qu elles 
soient, sont relâchantes, parce que leurs sucs n'étant point en- 
core assez élaborés, assez animalisés, retiennent toujours quel- 
ques parties irritantes, dont l'École dit que acria piirgant. 



37^ Commentaires de V École de- Salerne. 



Les viandes crues ou mal cuites donnent des gaz à. cause de 
l'air qu'elles renferment, et qui se développe dans le canal 
intestinal par le mouvement digestif. 



Les chairs salées dessèchent, parce qu'ayant été conservées 
dans la saumure, leurs fibres sont tassées, arides et irritantes. 
Elles épuisent le corps de sucs et arrêtent l'action vitale des sur- 
faces digestives. Les marins, qui sont obligés de s'en nourrir, et 
les peuples du Nord , qui en font une grande consommation, 
sont sujets au scorbut, qui n'est autre chose qu'une dissolution 
du sans- 



Mais il ne faut tenir qu'un compte restreint de la proscription 
que l'École de Salerne prononce contre le lait, un des rares 
aliments naturels de l'homme. Tout estomac qui ne digère pas 
le lait est un estomac malade. Le lait est un thermomètre pour 
apprécier l'état des voies digestives. 



Page 92. — Aliments nuisibles. 

On ne peut accepter sans conteste cette nomenclature d'ali- 
ments nuisibles donnée par l'Ecole de Salerne . 

Premièrement, il n'est aucun aliment qui fasse spécialement 
de la bile noire, si ce n'est celui qu'on ne digère pas tout-à-fait, 
et dont les restes séjournent longtemps dans les premières voies. 

En second lieu, l'expérience prouve que les aliments détaillés 
dans l'aphorisme sont tempérants, agréables, pleins de jus, et 
même échauffants. Ils sont donc dans certains cas préférables 
les uns aux autres. A la bonne heure qu'on les interdise 
dans les cas de maladie, parce qu'en effet ils feraient mal;, 
mais en santé, omnia sana, tout est sain. 



Condîfuents. t^-jc^ 



Rien ne justifie l'acte d'accusation portée contre les poires, ce 
Iruit délicieux, ce fruit français par excellence et dont la France 
fait une exportation qui devient de plus en plus considérable, 
pour les poires d'hiver notamment. Dans les pays aimés du 
soleil, où croissent l'ananas, le coco, la banane, l'orange et 
autres fruits parfumés dont je suis loin de médire, une poire de 
France, un de nos beaux doyennés d'hiver, est un fruit très 
apprécié ; à New- York, une poire de France coûte un dollar. 

Quant à la pomme, c'est assurément un des fruits les plus 
sains qui aient été donnés à l'homme; une reinette, ou une cal- 
ville mûre à point peut soutenir la comparaison avec les fruits les 
plus exquis. 

Page 94. — Condiments. 

Le sel est l'assaisonnement le plus employé et le plus utile. 
Il est très répandu sur le globe terrestre. On le retire de l'eau 
de la mer, de certaines fontaines ou des entrailles de la terre, 
où l'on trouve des masses énormes de sel gemme. 

L'usage du sel est si nécessaire à la vie, que les meilleurs 
mets sans sel sont insipides et fades. Il paraît que la nature l'a 
destiné à l'usage de l'homme, car il n'est aucun peuple qui 
n'en mêle aux aliments. Cet assaisonnement est si recherché 
dans les pays où l'on en manque , que , dans l'intérieur de 
l'Afrique, on a longtemps donné deux esclaves pour une poignée 
de sel ^ 

Dans la bouche, le sel active la sécrétion et l'excrétion de 
la salive, en irritant le palais, le gosier et toutes les glandes qui 
se trouvent dans cette cavité ; parvenu dans l'estomac, il aug- 
mente la sécrétion du suc gastrique; il aide à la dissolution et à 
la digestion des aliments. Nous ignorons s'il a la propriété 

I. La Harpe, Abrégé de l'Histoire générale des Voyages. 
Paris, 1 780-1 801. 



380 Commentaires de F École de Salerne. 



d'affaiblir la vue. Quant à celle de diminuer la sécrétion de la 
liqueur spermatique, nous croyons cette accusation gratuite. 

Autant l'usage modéré du sel est agréable et utile, au- 
tant son abus est dangereux et malfaisant. Pris en excès, le sel 
produit la soif, la sécheresse, l'acrimonie du sang et des hu- 
meurs : d'où les éruptions cutanées , les démangeaisons , le 
scorbut, etc. Personne n'ignore que c'est au trop grand usage des 
viandes salées que sont dus les ravages produits par les affec- 
tions scorbutiques sur les matelots , dans les voyages de long 
cours. 

Le sel mêlé en grande quantité aux viandes que l'on veut 
conserver en empêche la putréfaction , tandis qu'il l'accélère 
lorsqu'il ne leur est uni qu'en petite quantité. 

D'après Arnauld de Villeneuve, le sel et le vin assaisonnent la 
cuisine des riches et des nobles ; le poivre et l'ail sont les con- 
diments des campagnards. 

Page 94. — Assaisonnements. 

Les substances énoncées par le poème salernitain entrent ef- 
fectivement dans la composition de la plupart des sauces ; mais 
elles ne sont pas les seules. 

Les anciens patriarches ne connaissaient pas l'art de la cui- 
sine; ils ne se nourrissaient guère que de fruits, de laitage 
et de viande fournis par les animaux dont ils étaient les gar- 
diens, ou du produit de leur chasse. La science ou la com- 
position des sauces était à peu près ignorée par eux. Les mo- 
dernes ne sauraient guère se passer de ces assaisonnements, plus 
ou moins liquides, pour ranimer leurs estomacs blasés. 

Les sauces relèvent merveilleusement un grand nombre de 
comestibles , excitent l'appétit et aident à la digestion ; sans les 
sauces, le genre de vie serait plus simple et plus salutaire. 

C'est un commun proverbe qu'il ne faut point disputer des 
oQûts. Chacun a le sien. Les uns aiment le doux, les autres le 



Assaisonnements . 581 



sale, et rien n'est en effet plus raisonnable que la liberté qu'on 
laisse sur les assaisonnements dont on peut être le maître, comme 
le sel, les cpices, la moutarde, le vinaigre, etc. 

Mais il faut, les choses étant ainsi établies, se tenir à cet égard 
dans les bornes de la tempérance, et fuir les ragoûts salés, épicés 
ou trop assaisonnés. 



Le PERSIL, pdroselinimi , est un des assaisonnements les plus 
communs ; il a un goût fort et acre et un parfum qui lui est 
propre; sa saveur et son odeur rendent plus piquants les mets 
auxquels on l'ajoute ; il a une vertu légèrement stimulante et 
propre à faciliter la digestion. 

Arnauld de Villeneuve dit que les feuilles de persil broyées 
avec du verjus ou du vin blanc font une excellente sauce pour 
les viandes grillées. 

Le persil a été accusé mal à propos de produire le mal caduc 
et l'ophtalmie. 

Les lièvres et les lapins aiment beaucoup le persil, tandis 
qu'il est un poison dangereux pour les poules, les perroquets e; 
quelques autres oiseaux. 



Le CERFEUIL, scandix cerefoliiim, est une plante indigène qui 
a une odeur et une saveur acres. Le cerfeuil, qu'on emploie de 
même pour assaisonnement, est chaud, diurétique; son usage 
excite souvent la toux et ne convient pas dans les affections de 
poitrine, surtout dans l'hémoptisie. 



L'estragon, draconcuhs, est originaire de Sibérie. On le cul- 
tive dans les jardins potagers. Cette plante a une odeur forte 
et aromatique, une saveur acre ; elle est chaude, excitante. 

On l'emploie le plus souvent en salade : on la mêle à la 



382 Commentaires de F Ecole de Salerne. 



laitue et aux autres végétaux fades et aqueux. On s'en sert 
également dans différents ragoûts, comme assaisonnement. Il 
aide à la digestion, jouissant d'une vertu tonique. 



Le CRESSON, nasturtium. Cette plante, dont il existe plu- 
sieurs variétés, croît dans les lieux aquatiques, au bord des 
ruisseaux dont l'eau est claire et limpide. Le cresson de fontaine 
€st acre, un peu amer, aromatique et chaud : il jouit d'une pro- 
priété stimulante, stomachique ; c'est un des antiscorbutiques les 
plus puissants. L'usage du cresson convient à ceux qui digè- 
rent mal . 

Le CRESSON ALÉNOis OU NASiTOR, lepicUum sativîun, dont on 
ignore l'origine, a été découvert dans des îles du détroit de 
Magellan. On le cultive dans nos jardins, et on l'emploie en 
salade, comme le cresson et l'estragon, dont il a les propriétés. 



Les CAPRES sont les boutons d'un arbrisseau sarmenteux, 
nommé câprier, caparis spinosa, qui croît dans les pays chauds, 
l'Asie, l'Afrique et l'Europe méridionales, en Italie, en Espagne 
■et en France, surtout à Toulon, où on le nomme tapérier. On 
confit les câpres dans le vinaigre. Les plus petites et les plus 
vertes sont les meilleures ; on les emploie comme assaisonne- 
ment et pour stimuler l'appétit. 



Les CORNICHONS se préparent de la même manière et sont 
employés dans le même but. 



La POMME d'amour ou tomate, solanum lycopersiciuu, est ori- 
ginaire de l'Amérique méridionale et ne vient que dans les 
pays chauds. Le fruit est une grosse baie ronde , profondé- 



Assaisonnements . 383 



ment cannelée, rouge, molle dans sa maturité, et remplie d'un 
suc acide agréable. Il se fait une grande consommaiion de 
ces fruits, frais ou confits, dans l'Europe méridionale. On met 
un peu de son suc acidulé dans les sauces pour en relever la 
fadeur. 



Le SUCRE, sacchariun, est une substance abondamment ré- 
pandue dans les végétaux. L'érable, le bouleau, la châtaigne, 
les tiges de maïs, les racines de chiendent, de carotte, de navet, 
de panais, de patates, le raisin, la figue, la datte, etc., en con- 
tiennent; mais c'est la canne à sucre qui le fournit le plus abon- 
damment et de meilleure qualité. 

La canne à sucre est une espèce de roseau qui croît spontané- 
ment dans les Indes orientales et en Amérique. Les Chinois la 
donnèrent aux Arabes vers la fin du xiii^ siècle. De l'Arabie, 
elle passa en Egypte et dans l'Ethiopie; les Portugais la por- 
tèrent à l'île de Madère ; et de là enfin à l'île Saint-Thomas, 
en 1520. 

Les Anciens avaient connu la canne à sucre. Lucrèce disait, en 
parlant des Indiens : 

Quiqiie bibunt tenerâ dulces ab arundine succos. 
Qui des tendres roseaux boivent le suc mielleux. 

On a imprimé partout que ce fut en 1471 qu'un Vénitien 
trouva le secret de préparer le sucre en pains, et que l'on ne 
faisait avant que de la cassonade grossière. Cependant il est 
question du sucre blanc dans une ordonnance du roi Jean, de 
l'année 1355. 

Le sucre est un des végétaux les plus précieux ; on l'emploie 
■comme aliment et comme assaisonnement. 

Quelques personnes croient que le sucre est échauffant et se 



384 Commentaires de F Ecole de Salenie. 

gardent le plus possible d'en manger. C'est une erreur. L'usage 
de cette substance végétale est dépourvu de tout danger. Cet 
aliment, des plus agréables, est très nourrissant. S'il ne laisse 
aucun résidu dans le canal intestinal, ce n'est point par une pro- 
priété échauffante ou irritante, c'est parce qu'aucune des molé- 
cules qui le composent n'est perdu, qu'elles servent toutes à la 
nutrition et sont complètement absorbées par les vaisseaux lym- 
pathiques du canal intestinal. D'où il résulte que le sucre ne 
constipe pas, mais qu'il forme un chyle très-abondant. 

Les nègres, qui 5e nourrissent, dans les sucreries, du vesou ou 
du suc de sucre, deviennent bientôt gras et replets. Le duc de 
Beaufort devint très vieux en mangeant plus d'une livre de sucre 
tous les jours. Costerus, jurisconsulte célèbre, vécut 90 ans et 
ne se nourrissait presque que de sucre. 

Un homme qui a fait la campagne de Russie a assuré avoir 
dû en partie la conservation de ses jours à un pain de sucre qu'il 
avait emporté de Moscou et dont il mangeait lorsqu'il man- 
quait de nourriture, pendant la longue et pénible route qui de- 
vait le conduire à Vilna. 

Sans doute le vin, les liqueurs spiritueuses , les aromates 
auxquels on mêle le sucre portent le feu dans toutes les parties 
de notre organisme; mais ce phénomène dépend uniquement 
de la nature éminemment calorifique de ces substances, et non 
de leur mélange avec la matière sucrée ; celle-ci n'y joue au con- 
traire d'autre rôle que de modérer la violence de leurs effets. 

Le sucre fournit aux vieillards , aux enfants, aux personnes 
délicates, une nourriture excellente et très facile à digérer. Le 
sucre convient surtout aux tempéraments faibles ; il favorise chez 
eux la digestion des substances alimentaires, du chocolat^ du 
laitage, des fraises et des autres fruits. 

Le sucre est contraire aux bilieux, aux individus d'une cons- 
titution sèche, aux hypocondriaques, aux rachitiques. 

On dit que son usage excessif noircit et carie les dents. J'en 
doute. 



Saveurs chatides, tempérées , froides. 385 

Terminons cette réhabilitation du sucre par le mot d'un doc- 
teur célèbre. 

Une dame demandait à Récamier si véritablement cette subs- 
tance était aussi malfaisante qu'on voulait bien le dire. 

— Le sucre ! s'écria l'habile médecin ; en manger beaucoup 
fait du mal à la bourse, mais au corps, jamais. 

Ce végétal est un médicament précieux, comme adoucissant, 
calmant, expectorant; il convient dans une foule de maladies. 



Page 95. — Saveurs chaudes, tempérées, froides. 

Toutes les épices sont plus ou moins chaudes et irritantes. 
particulièrement les substances aromatiques dont on se sert à 
cet usage, comme poivre, muscade, cannelle^ girofle. 

Tout ce qui est salé, épicé ou amer, a une vertu chaude, ca- 
pable d'enflammer, comme le dit l'École de Salerne; il faut n'en 
employer qu'une petite quantité en assaisonnement. 

Les acides sont tous rafraîchissants, ou au moins ceux qu'on 
emploie dans l'usage économique. 

Tous les corps huileux et les corps doux sont adoucissants, 
tempérants et relâchants. 

Il n'y a donc rien que de vrai dans les propositions de l'Ecole 
de Salerne. 



Revenons aux épices. Ces assaisonnements exotiques croissent 
tous dans des pays très chauds. 

Par leurs effets stimulants et irritants , ils augmentent la cha- 
leur du corps, la circulation du sang et des humeurs. Les épices 
prises en petite quantité sont assez salutaires, en aidant à la 
digestion chez les sujets qui ont l'estomac faible; elles sont 
contraires aux sanguins, aux pléthoriques, aux bilieux, aux 
jeunes gens, aux individus nerveux et irritables, à ceux qui ont la 
poitrine délicate. Il est certain que toutes les substances épicées 
ÉCOLE. 22 



386 Commentaires de l' Ecole de Saler ne. 

ont été, en général, plus malfaisantes que salutaires. En effet, 
ces sucs aromatiques picotent les fibres, échauffent, enflamment 
les intestins. L'incendie se propage et gagne bientôt toutes les 
parties du corps : une soif dévorante brûle et dessèche l'inté- 
rieur; l'effervescence du sang en accroît le mouvement; et le 
feu, qui se met dans toutes les humeurs, engendre des fièvres 
ardentes et diverses maladies inflammatoires. Est-il donc néces- 
saire d'aller chercher si loin des poisons dangereux, quoique 
.agréables ? 

Page 96. — Pain. 

La plus belle invention de l'homme et la plus utile est l'art 
■de faire le pain. Deux substances insipides, la farine et l'eau, 
mêlées ensemble, forment un mets des plus savoureux, par une 
véritable action chimique. 

Hommes voluptueux et sybarites, qui ne trouvez jamais assez 
beau le pain qu'on vous sert sur vos tables, avez-vous jamais 
pensé à ce qu'il en coûte de travaux et de peines pour vous 
fournir ce pain blanc et savoureux, que souvent même vous dé- 
daignez? Voyez les embarras où se trouvait Robinson dans son île. 

« Quand mon grain était en herbe, ou en épi, ou en nature, 
de combien de choses n'avais-je pas besoin : pour le fermer 
d'enclos, en écarter les bêtes et les oiseaux; le sécher, le faucher, 
le voiturer, le battre, le vanner et le serrer! Après cela, il me 
fallait un moulin pour le moudre, un tamis pour passer la 
farine, un levain pour faire fermenter et un four pour cuire mon 
pain. Voilà bien des instruments d'un côté, et de l'autre bien 
des ouvrages différents. » 



C'est avec la farine de froment qu'on fait le meilleur pain et le 
plus nourrissant, parce que, de toutes les céréales, c'est elle qui 
contient le plus de gluten. 



Pain. 387 

Le pain de froment fournit à l'homme le plus soluble de tous 
les aliments et celui dont il se dégoûte le moins, si l'on a soin, 
dans sa confection, de suivre les sages conseils de l'École de 
Salerne. 

En malaxant avec les mains cette fiirine dans l'eau chaude, 
on obtient son gluten, qui est insoluble dans l'eau. Si l'on 
ajoute, à la farine des autres graminées, cette substance gluti- 
neuse, on obtient un pain mieux levé, plu3 léger et surtout 
plus nourrissant que celui de cette même farine sans le mé- 
lange du gluten. Celui-ci fait donc subir à la farine de froment 
un mode particulier de fermentation qui en fait un pain supé- 
rieur à celui qui est composé avec la farine des autres grami- 
nées. 

Le choix des grains et de la farine est une condition essen- 
tielle pour faire de bon pain, du pain qui nourrisse. Le bon 
froment est net, sec, jaunâtre, pesant. Les vieux grains, les 
grains ergotes ne donnent point une bonne farine; le pain qui 
en résulte est pauvre, maigre, charge l'estomac, sans donner 
une dose suffisante de matière nutritive. Le blé nouveau, au 
contraire, le blé d'une année, qui a eu le temps de se dépouiller 
de son humidité surabondante, est plein de substance amylacée 
qui nourrit; sa farine porte une odeur suave et délicieuse; le 
pain qui en provient, s'il est levé et cuit à propos, est savoureux, 
et selon le terme consacré, amoureux. 

Faut-il saler le pain ou non? Cela dépend des goûts et ne 
rend cet aliment ni plus ni moins salubre. 

Le pain doit être cuit au four et non pas sur un fourneau, ce 
qui en ferait une pâtisserie pesante. 

Le meilleur pain est celui qui est cuit de la veille. On en 
mange beaucoup plus que du pain rassis. Le pain chaud gonfle 
l'estomac et donne des vents. 

Quant à l'assertion de l'École de Salerne, qu'il faut préférer la 
mie de pain à sa croûte, et que celle-ci engendre de la bile noire, 
je la crois fausse; la croûte est plus savoureuse. 



388 Commentaires de F Ecole de Salerne. 

Néanmoins on peut dire que la croûte étant beaucoup plus 
sèche que la mie exige pour se dissoudre une plus grande quan- 
tité de suc digestif, et que ce suc manque souvent à certains 
estomacs : d'où il suit qu'elle peut incommoder au moins ceux-là, 
et passer difficilement. 

Le pain de froment se dessèche plutôt que de moisir, tandis 
que celui des autres céréales est fort sujet à la moisissure. Le 
pain moisi est désagréable et un peu malfaisant. 



On fait avec la Hirine de blé diverses préparations alimen- 
taires : comme vermicelle , macaroni , gruau , tallarini, se- 
moule, etc. En général , ces pâtes et ces bouiUies sont indi- 
gestes quoi qu'en pensent les Napolitains et les Espagnols, qui 
font grand usage de farines non fermentées , et ne convien- 
nent qu'aux estomacs forts et aux hommes très robustes. Tels 
étaient les anciens Romains, qui usaient habituellement de la 
bouillie. 

Le pain a^me ou sans levain, et par conséquent non fermenté, 
est pesant et indigeste. 

Le pain a^yme, dit pain à chanter, a toutes les propriétés du 
pain sans levain. 

Les pains de seigle et d'avoine sont moins nourrissants et d'une 
digestion moins aisée que celui de froment ; mais ils sont rafraî- 
chissants et conviennent aux personnes échauffées, habituelle- 
ment constipées, ou qui ont trop d'embonpoint. 

Le pain de bU noir ou sarrasin, qui a été apporté d'Asie au 
xvie siècle, a les propriétés du pain de seigle ; mais il est moins 
nourrissant. 

Le pain de maïs ou blé de Turquie, blé d'Inde, blé d'Espagne, est 
lourd, pesant et indigeste. Cette plante a été apportée d'Amé- 
rique au xvp siècle; ses épis femelles ont communément, terme 
moyen, douze rangées de 36 grains, ce qui, à deux épis par 
pied, donne un produit énorme de 784 pour un; sa f^irine ne 



Pain. 389 

peut point fermenter assez pour donner un pain léger; mais 
die est très nourrissante employée en bouillie, surtout -axqc du 
lait ; en la mêlant avec la farine de froment, on en fait un 
pain excellent un peu sucré. 

Le pain de ri:{ est léger, rafraîchissant, surtout si l'on mêle la 
farine de ce précieux végétal avec celle du froment. 

Le pain d^épice, dont les anciens faisaient un grand usage, est 
fait, comme l'on sait, avec la farine de seigle, pétrie avec le 
miel jaune ou tel qu'il découle des gâteaux de miel ou de cire, 
bien pressés. Ce pain est lourd et indigeste. 

Le pain de pommes de terre, de pois, de fèves, de vesces est 
difficile à apprêter et indigeste. Cependant la farine de fèves de 
marais se combine très bien avec celle de froment pour faire du 
pain; toute seule même, elle fermente et lève assez bien, et fait 
un pain préférable à celui d'orge, de maïs, et à celui de riz dont 
les habitants de Tlndoustan se nourrissent presque exclusivement. 
On fait un pain frais et salutaire, en mêlant de la farine de seigle 
ou de pommes de terre, en certaine proportion, avec celle de 
froment; mais le pain de fécule de pommes de terre seule est 
compact et pesant, parce qu'elle ne contient pas de gluten. 

On fait, avec toutes sortes de farines autres que le froment, 
des gâteaux qui, bien cuits, valent mieux que le mauvais pain 
et sont presque aussi salutaires que le bon. 



La POMME DE TERRE, Originaire du Pérou, a été apportée de 
l'Amérique en Europe. Les premières pommes de terre furent 
importées de Santa-Fé, en Irlande, en 1545, par un marchand 
d'esclaves, nommé John Hawkins; mais elles furent à peine 
connues avant le temps où l'amiral Drake les fit cultiver^ d'abord 
en Virginie, puis en Angleterre, dans l'année 1584. 

Ces tubercules sont très solubles et d'une digestion aisée; ils 
constituent un excellent aliment, tant pour les animaux que pour 

|22. 



390 Commentaires de V École de Salerne. 



l'homme. Leur découverte précieuse, et la quantité immense 
qu'on en recueille, car elles réussissent partout, mettent les. 
Européens désormais à l'abri de la famine. 



Le SAGOU, sagusium, est une substance farineuse qu'on retire 
de la moelle de plusieurs espèces de palmiers qu'on trouve aux. 
îles Moluques et en Australie. On l'apporte en grains qui ressem- 
blent à l'orge mondé. On en prépare des crèmes en Li faisant 
bouillir dans l'eau. 

Ce farineux est très nourrissant et facile à digérer ; on le 
donne aux personnes épuisées ou qui sont consumées par la 
fièvre hectique. 



Le SALEP est fourni par la racine de Vorchis morio, qui croît en 
Perse, en Turquie et ailleurs. Cette farine a les mêmes qualités 
et les mêmes vertus que le sagou, et se prépare de la même 
manière. 



Faisons usage de notre bon pain de froment ou de seigle, 
si nous craignons de prendre trop d'embonpoint. 

« Croyez-moi, mon cher oncle, disait la nièce de don Qui- 
.chotte : il n'y a pas de meilleur pain que celui de froment. » 

Page 97. — Pain trempé de vin. 

La soupe au vin, dite au perroquet, n'est autre que du pain 
trempé dans le vin. Les enfants aiment assez cette soupe. 

Si l'on en use à la fin du repas, elle ne peut être malfai- 
sante ; prise à jeun ou en commençant le repas, ellejprésente les 



Chairs diverses. 391 



inconvénients que nous avons signales pour le vin pur, bu avant 
le dîner ou sur la soupe, c'est-à-dire d'échauffer, et de stimuler 
les organes digestifs. 

La soupe au vin peut, à la vérité, par sa vertu tonique, net- 
toyer, fortifier les gencives, et par là blanchir les dents ; mais 
c'est lui faire trop d'honneur que de lui attribuer la propriété 
d'éclaircir la vue et d'aiguiser l'esprit. 

La soupe ordinaire, dont Feau est la base, et qui est chargée 
de principes gras et nourrissants qu'elle tire des substances ani- 
males ou végétales que l'on y met bouillir, est bien loin d'oc- 
casionner l'amaigrissement ; car étant un excellent aliment, 
très nourrissant et d'une digestion fort aisée, elle est propre à 
engraisser; sous ce rapport, il est vrai qu'elle remplit et ras- 
sasie. C'est donc commettre une grande hérésie hygiénique que 
de dire que la soupe est un poison lent. Si cela était, nos sol- 
dats seraient bien à plaindre, et pourquoi les paysans de nos cam- 
pagnes seraient-ils si contents d'en avoir toutes les fois qu'ils 
en ont besoin. 

On raconte qu'à son lit de mort, Carême gémissait sur l'er- 
reur qu'avait commise M. de Cussy en proscrivant le potage. 
« Il y a, disait le cuisinier de M. le prince de Talleyrand, il y 
a dans le potage tout un monde pour la santé et la gastrono- 
mie. Je ne puis comprendre un dîner sans quelques cuillerées de 
bon potage. Je soutiens que le potage est le bien-aimé de l'es- 
tomac. » 

L'Ecole de Salerne eût sans doute changé d'avis si elle avait 
eu les cinq cents potages de Carême. 

Page 97. — Chairs diverses. 

L'Ecole de Salerne semble donner la préférence au cochon 
sur le mouton, si l'on a soin de joindre l'usage du vin à l'emploi 
du premier : mais cela n'établit pas une grande différence, et 
sous bien d'autres rapports, le cochon ne vaut jamais le mouton. 



392 Commentaires de l'Ecole de Salcrne. 

La CHAIR DE AiouTON cst succuleiitc, nourrissante, aphrodi- 
siaque; c'est une viande de goût, et d'une coction généralement 
facile. 



La CHAIR DE COCHON, dure et compacte, requiert l'usage du 
vin; elle est plus difficile à digérer que la chair de brebis. 

Sennert et Levacher assurent que les préparations de cochon 
îont mal aux oreilles. Je ne conçois point quel rapport il peut y 
avoir entre la chair de porc et une otalgie ; mais, en fait de 
découvertes, il ne faut jurer de rien, 

La CHAIR DE SANGLIER, aper, est d'une saveur plus exquise et 
plus facile à digérer que celle du cochon. Les petits sangliers 
marcassins et les sangliers d'un an sont un gibier fin et délicat. 
La chair des vieux sangliers est dure, pesante ; on n'en mange 
que la hure. 

Le COCHON^ PORC, POURCEAU, SUS scrophii, est le sanglier 
rendu domestique. 

Les cochons se plaisent et réussissent partout, excepté dans 
les contrées froides. Leur accroissement dure quatre ou cinq 
ans. La durée de leur vie est de quinze à vingt ans ; mais on ne 
les laisse pas vivre aussi longtemps. 

Le cochon est sale parce qu'on ne le tient pas propre, glouton 
et lascif parce qu'on le gorge de nourriture, paresseux parce 
qu'on ne lui fait rien faire, laid parce qu'on le défigure en l'en- 
graissant. Mais un cochon bien élevé est aussi propre que tout 
autre animal ; il est de plus très affectueux et très intelli- 
gent. 

J'ai connu une dame qui en avait nourri un au biberon et 
qui avait peine à se débarrasser de lui, tant il l'accablait de ca- 
resses. 

En 1 8 10 ou i8ii, on vit paraître à la Guadeloupe un cochon 
savant qui était habillé en marquis, avait un jabot et des man- 
chettes, et qui jouait aux dominos, disait l'heure comme le 



Chairs diverses. 393 



célèbre Munito et désignait la plus jolie personne de la société 
aussi fiîcilement que s'il avait déterré une truffe. 

En 1816, à Montayran (Drôme), et en 1832, dans une ferme 
de Mont- Saint-Jean (Mayenne), deux cochons devinrent chauves 
de douleur et de saisissement pour avoir vu assassiner sous leurs 
yeux les personnes qui leur donnaient des soins. 

Et quand on refuserait de s'incliner devant ces récits, quel est 
le penseur qui ne tombera pas à genoux, quand je l'aurai forcé 
de se souvenir que, sans le cochon, nous n'aurions pas de 
truffe ? 

Les anciens avaient coutume de dire qu'on ne peut juger ua 
homme que quand il est mort. Montaigne, après eux, a dit là- 
dessus des choses charmantes : à quelle hauteur ces grands 
philosophes ne se seraient-ils pas élevés s'ils avaient su tourner 
le vol de leur génie vers ces régions sublimes où la mort élève 
le cochon ! C'est celui-là qu'on ne peut juger équitablement 
qu'après sa mort ! C'est pour celui-là que le trépas est une apo- 
théose ! 

Le cochon offre, surtout à la campagne, des ressources mul- 
tipliées. 

Le cochon est le seul des animaux dont on emploie toutes les 
parties pour l'usage de la vie. Grimod de la Reynière l'appelait 
un animal encyclopédique. Le sang, la graisse, les boyaux four- 
nissent chacun un aliment particulier. Le boudin, les saucisses, 
les andouilles, etc., sont des mets de goût, que l'on aime, et qui 
font rarement mal. Il faut être faiblement constitué, ou bien 
avoir une répugnance naturelle à user de ces aliments, pour 
qu'ils soient préjudiciables à la santé. Il est vrai pourtant que 
cela arrive quelquefois. 

Chaque Parisien consomme, en moyenne, 56 grammes, par 
jour, de viande de porc, débités par 450 charcutiers. 

Il n'y a pas d'animal qui donne autant de profit au débi- 
tant. Ainsi un porc de 91 k. 500 produit 15 k. de lard gras, 
15 k. 500 de lard maigre, 17 k. de viande fraîche, 14 k. 500 



394 Commentaires de l'École de Salernc. 

d'autre viande, 9 k. de jambon désossé, 5 k. de jambonneau, 
6 k. 500 de petit salé, 7 k. de graisse, 2 k. de déchet et 13 k. 
d'abats et issues. 

Henri VIII, roi d'Angleterre, à qui l'histoire accorde si peu de 
vertus, avait du moins de la reconnaissance : il éleva un cuisinier 
au rang de baronnet, pour lui avoir servi un marcassin cuit à 
point. 



La CHAIR DE VEAU est généralement tendre et nourrissante; 
on doit ajouter qu'elle est rafraîchissante et d'une digestion facile. 
Si elle est nourrissante, elle ne l'est pas autant que la chair de 
bœuf, de mouton et de beaucoup d'autres animaux, des galli- 
nacés, du gibier, des oiseaux de chasse, etc. 

L'Ecole de Salerne dit ici peut-être tout ce qu'il y a à dire 
sur le veau. Cette viande contient une abondante quantité de 
sucs gélatineux et nourriciers. Elle sert dans les cuisines à faire 
la plupart des sauces les plus nourrissantes. Cependant les fibres 
de cette chair n'en sont pas pour cela exemptes de tout reproche, 
ni moins rebelles à l'action de certains estomacs. Plusieurs per- 
sonnes sont purgées par le veau, ce qui prouve une mauvaise 
digestion de cet aliment. 

Il sert souvent en médecine, et il entre pour beaucoup dans la 
préparation et la composition de certains remèdes. L'eau de veau 
relâche les fibres trop tendues, calme les nerfs irrités, apaise les 
spasmes de l'estomac, et provoque les urines. 

Page 98. — Viscères des animaux. 

Les viscères des animaux, à moins qu'ils ne soient jeunes, 
sont d'un tissu serré, compact et dur, qui en fait pour la plupart 
des mets de difficile digestion. 

Le cœur, les reins, le foie, les intestins exigent une bonne 
cuisson pour être digestibles. Or, tout mets qui passe avec diffi- 



Viscères des animaux. 3^5 



culte, cause des pesanteurs et rend triste ; mais cette explication 
est un peu forcée et ne vaut pas grand'chose. 

Personne ne croira sans doute aujourd'hui que le cœur du 
porc ait la vertu de rendre triste, ni que la raie de cet animal 
çruérisse les maux de rate. 



La langue, quand elle est bien cuite, est tendre et- d'une 
digestion facile. 

Lqs poumons se digèrent aisément. 

La cervelle de certains animaux est légère, tout en étant très- 
nourrissante : la cuisson en fait une espèce de bouillie facile à 
digérer. La cervelle de la poule ne peut avoir aucune préémi- 
nence sur celle des autres gallinacés. 



Le foie des quadrupèdes est généralement un triste mano-er. 

Le foie de cochon et celui de veau valent mieux que celui de 
bœuf et celui de mouton. Les foies du lièvre et du lapin ont 
une saveur particulière. 

Les foies de volailles sont préférables à ceux des autres ani- 
maux : les meilleurs sont ceux des volailles grasses; mais les 
foies de canard d'abord et ensuite les foies d'oie sont plus déli- 
cats. Aussi sont-ils fort recherchés par les gastronomes. 

On les rend si volumineux par certains procédés qu'ils pèsent 
jusqu'à 2 kilog. ^ 

Il paraît que chez les Romains on savait déjà faire les pâtés 
de foie gras. Pline en parle. 

Aspice quant tremidat magno jeciir ansere majus, 
Jliratus dices ; hoc i^ogo crépit ubi? 
D'où sort donc cet énorme foie, 
Beaucoup plus gros qu'une grosse oie? 

dit Martial 2. 

1. Voy. p. 406. 

2. Martial, liv. Xlll, Epig. 58. 



396 Commentaires de V Ecole de Salerne. 

Horace ^ raconte que l'on engraissait le foie de l'oie avec de la 
pâtée au lait et des figues. 

On raconte qu'une reine de France dépensa 1,500 livres pour 
engraisser trois oies dont elle voulait rendre le foie plus dé- 
licat. 

Aujourd'hui, il n'est pas besoin de dépenser pareille somme 
pour avoir un pâté de foie gras ; ce mets entre chaque hiver, 
dans la consommation de Paris, pour une somme de 2,000^000 
de francs. ' 

La plupart de ces pâtés viennent de Bergerac, d'Agen, de 
Périgueux, de Bordeaux, de Strasbourg, etc. ; les autres sont 
faits à Paris. 

C'est un Normand, nommé Close, maître d'hôtel du maréchal 
de Contades, gouverneur de Strasbourg, qui, en l'année 1780, 
inventa le pâté de foie gras ou plutôt le réinventa, en rêvant aux 
moyens de satisfaire la gourmandise de son maître. 

Quelque temps après, le maréchal de Contades fut remplacé 
par le maréchal de Stinville, et le maître d'hôtel Close continua 
à servir des pâtés de foie gras sur la table de son nouveau maître. 

Mais le maréchal de Stinville, plus goulu que gourmand, ne 
fit aucune attention à ce mets, dont il se bourrait consciencieu- 
sement sans s'inquiéter ni de sa nature ni de sa provenance. 

Le pauvre Close, qui s'attendait à des félicitations pour le 
moins, fut tellement blessé de cette indifférence qu'il abandonna 
la maison du maréchal, où il s'était d'ailleurs un peu enrichi, 
pour aller s'installer rue de la Mésange. Là, il ouvrit un débit de 
pâtés de foie gras, le premier qu'il y ait eu en France. Ce com- 
merce prospéra, et Close compléta sa fortune. Qu'on dise après 
cela que tous les inventeurs meurent de faim !... 

Quelques années plus tard, en 1792, un pâtissier de Bordeaux 
nommé Doyen perfectionna le pâté de foie gras en y ajoutant 

I. Horace, livr. Il, sat. 8 : 

Pinguibus et ficis pastuum jecur anseris albi. 



Viscères des animaux. ^c)j 



des truffes. Close n'avait point songé à cela. — Q.uel pâtissier ! 
s'ccria-t-il. Et il mourut de chagrin. 

Pour le Parisien, si fort amateur du pâté truffé, comme pour 
tous les gastronomes en général, la reine des terrines est, sans 
conteste, celle qu'on appelle si improprement la ierrùie de Nérac. 

En effet, la véritable terrine de Nérac se confectionne à Ao-en 
où elle fait depuis un demi-siècle la légitimée renommée de 
M. Baron, maître du plus important hôtel de cette ville et du 
Midi. 

La terrine d'Agen a toujours triomphé de toutes les concur- 
rences et lassé toutes les contrefaçons. C'est peut-être le seul 
mets en renom qui ne porte sur son enveloppe de faïence, d'une 
irréprochable blancheur, ni réclame ni illustrations, pas même 
le nom ou l'adresse du fabricant qui a tenu à justifier et qui, en 
effet, justifie si bien la vérité du proverbe : « A bon vin^ point 
d'enseigne. » 



La rate, étant spongieuse et tendre, est d'une digestion assez 
facile et peut passer pour saine et lœtifiante, dit-on. Passable- 
ment saine, à la bonne heure; mais, pour lœtifiante, je l'en défie. 
Les anciens, très crédules, mettaient le siège du rire et de la joie 
dans l'organe de la rate ; c'est évidemment ce qui a valu à ce 
viscère l'honneur, que lui a fait l'Ecole de Salerne, de le croire 
propre à donner de la joie. 



Quant aux rognons, qui sont les reins et les testicules des ani- 
maux, il est certain que chez presque tous les animaux ils sont 
durs et coriaces, comme la substance du cœur, et que les ro- 
gnons des agneaux et des chevreaux sont tendres et d'une diges- 
tion aisée. 



ÉCOLE. 



398 Commentaires de V École de Salerne. 

Les intestins du cochon fournissent d'excellentes saucisses ; 
les andouilles sont un morceau très délicat, et fort recherché 
par les gourmets *. 

Ceux de veau sont fort bons et fort tendres. 

Ceux de mouton valent moins, quoique faciles à digérer. 

Ceux de bœuf, dont on mange beaucoup dans les pays du 
Nord, sont appétissants, mais durs et d'une digestion moins aisée. 

Page 100. — Volatiles sains. 

La chair des oiseaux est tendre et d'une digestion facile, mais 
moins nourrissante que celle des quadrupèdes domestiques. On 
préfère la chair des oiseaux qui se nourrissent de graines ou de 
baies végétales, à celle des oiseaux qui vivent d'insectes ou de 
poissons. 

Les oiseaux qui reçoivent une nourriture abondante dans les 
basses-cours sont plus gras, plus tendres que ceux des champs. 



La chair de poule, et celle du poulet, quand ils n'ont pas 
un an, contiennent beaucoup de gélatine et fatiguent si peu les 
organes digestifs, qu'on les ordonne aux convalescents. 



Le coq domestique est le roi de la basse-cour. Originaire de 
l'Asie, il a bien les mœurs et les allures d'un monarque oriental. 
Son plumage est d'une grande richesse, sa démarche altière,. 
son maintien orgueilleux, son chant sonore et retentissant. Il lui 
faut, comme aux sultans, tout un sérail, sur lequel il règne à 
la fois par l'amour et la brutalité. Ses compagnes sont tour à 
tour l'objet de sa plus vive sollicitude et les victimes de ses 

I. Voyez p. 393. 



Volatiles sains. 500. 



caprices cruels. Au poulailler, comme à Byzance, le coussin 
moelleux du harem touche aux abîmes du Bosphore. 

La jalousie, la force et le courage des coqs ont inspiré à 
l'homme l'idée de faire battre en champ clos cts gladiateurs 
emplumés; et, comme si ces luttes inutiles n'étaient déjà pas 
assez barbares, il a eu la sauvagerie d'attacher à l'éperon corné- 
des combattants des lames d'acier coupantes et pointues, capa- 
bles d'ouvrir les cervelles et de faire couler le sang. Ces duels 
de coqs, très populaires en Angleterre, servent, comme les 
courses de chevaux, de prétexte à des paris souvent très consi- 
dérables. 

Autant le coq est fier, vaniteux, arrogant, autant la poule est 
douce et résignée. Sa vie tout entière est prise par les soins et 
les devoirs que lui impose son extraordinaire fécondité. Aussi, 
tandis que le coq se distingue surtout par son élégance exté- 
rieure, la poule ne se fait-elle remarquer, au contraire, que par 
son extrême simplicité. Tous les instincts, tournés vers l'orgueil 
chez le coq, sont transformés chez la poule en instincts mater- 
nels. Chaque jour, durant la belle saison, elle pond régulière- 
ment un œuf, rarement deux. Avec quelle tendresse elle les 
couve ! avec quelle infatigable vigilance elle élève ses poussins !... 
Timide et craintive ordinairement, elle est héroïque lorsqu'elle 
défend sqs petits; et souvent alors son audace et son courage 
mettent en fuite l'oiseau de proie ravisseur. 

La poule couve pendant vingt et jours. Elle quitte très-peu 
ses œufs, qui durant toute l'incubation sont maintenus à 40° cen- 
tigrades environ. (Dr Molene.) 



La France nourrit environ 40 millions de poules, qui, au prix 
moyen de 2 fr. 50, donnent 100 millions de francs. 

Ces 40 millions de poules sont annuellement réformées par 
cinquième et livrées à la consommation, d'où un premier pro- 
duit en viande de 20 millions . 



400 Commentaires de r École de Salerne. 

5 millions de coqs sont également reformés chaque année 
dans les mêmes conditions que leurs femelles, ce qui fournit un 
deuxième produit en viande de 5 millions. 

De nos 40 millions de poules naissent annuellement au moins 
100 millions de poulets, sur lesquels il convient de prendre 
ïo millions de producteurs destinés à remplacer les ascendants 
qui ont été sacrifiés. Il faut encore réduire la quantité de 10 mil- 
lions, à cause des accidents et des maladies. Nous restons alors 
en face d'un nombre de 80 millions de poulets, qui, vendus à 
I fr. 50 c. la pièce, donnent un troisième produit de 120 millions. 

Aux chiffres ci-dessus indiqués, il importe, afin de rendre un 
compte fidèle de la situation présente, d'ajouter comme résultat 
de la plus-value des chapons et des poulardes une somme de 
6,000,000. 

Total, 151,000,000. 

Nos 40,000,000 de poules pondent chacune 100 œufs par an, 
ce qui donne un total de 4 milliards d'œufs valant 6 centimes, 
soit 240,000,000. 

Récapitulation. — Produit annuel en viande, 151,000,000. 
Produit annuel des poules et œufs, 240,000,000. 

Total, 391,000,000. 

Rien ne parle plus éloquemment que les chiffres. Si les éle- 
veurs suivaient les conseils que leur donnent les personnes 
compétentes, ils pourraient nourrir 150 millions de poules, qui 
leur rapporteraient, en viande et en œufs, plus d'uN milliard. 

Le CHAPON et la poularde, qui engraissent beaucoup, sont 
très nourrissants et d'un excellent goût. 



Le dindon , poule d'Inde ou coq d Inde , est originaire de 
l'Amérique septentrionale ; il est encore très commun dans les 
forêts de ce pays; il est d'un goût exquis. 

A l'état sauvage, ils ont une- grande énergie et se donnent 
beaucoup de mouvement. Ils se réunissent par troupes ou cen- 



Volatiles sains. 401 



taines d''individus, et, comme ils sont très bons marcheurs, ils 
accomplissent des migrations souvent lointaines. Les mâles ont 
un mauvais caractère; et, si les femelles fécondées ne les aban- 
donnaient pas, ils briseraient impitoyablement tous les œufs. En 
revanche, l'instinct maternel est très développé chez les femelles, 
qui veillent sur leurs petits comme la poule sur les siens. 

Les Jésuites l'apportèrent du nouveau monde, et les premiers 
de ces oiseaux mangés en France furent servis aux noces de 
Charles IX. 

L'exil et la domestication ont complètement changé les 
mœurs des dindons. 

Abrutis par l'esclavage, les dindons sont d'une apathie et 
d'une bêtise classiques. On sait qu'ils ont horreur de la couleur 
rouge, et qu'il suffit de leur montrer un morceau d'étoffe écar- 
late pour exciter leur fureur. Quand, après les avoir forcés de 
s'accroupir, on leur pose un brin de paille sur le dos, ils n'osent 
plus se relever, dans la crainte, sans doute, de retomber sur le 
poids du fétu. Mais ils ont, après tout, tant de mérite à la 
broche, qu'on leur pardonne facilement leur niaiserie. (D"" Molene.) 

Les meilleurs dindons qu'on mange en Europe ne peuvent 
être comparés aux dindons sauvages. 



La CAILLE et l'oRTOLAN sout assez difficiles à digérer, en 
raison de la trop grande quantité de graisse dont ces oiseaux 
abondent, 

La GÉLiNOTE et le faisan, qui habitent les bois, fournissent 
un fort bon aliment. Le faisan étant originaire de la Colchide, le 
fleuve du Phase lui a donné son nom. 

La chair du merle n'est pas très bonne, excepté à l'époque 
des vendanges. Quand il s'est nourri des baies des genévriers,. sa 
chair est stomachique, ainsi que celle de la grive et du tourde, 
qui sont beaucoup plus délicats. 



402 Commentaires de rÉcolc de Salerne. 

Les PERDRIX fournissent un aliment exquis et d'une digestion 
très facile. La perdrix rouge est plus estimée que la grise, et sa 
•chair est plus délicate; la harlaveïle , qui est plus grosse, est 
■d'une saveur encore plus exquise '. 

La perdrix ne fut connue en France, paraît-il, qu'en 1440. 
René d'Anjou les apporta en Provence. 

La perdrix occupe une place importante dans l'art de la cui- 
sine, où elle est, avec juste raison, tenue en grand honneur. 

Le nombre des préparations que lui font subir les disciples de 
•Carême est très varié. Les gourmets ne seront peut-être pas 
mécontents de savoir par quelles variations culinaires peut passer 
la perdrix. Cela fait venir l'eau à la bouche : 

Citons les perdreaux à la financière, en croustade, rôtis, 
rouges à la régence, rouges aux truffes, rouges garnis de foie 
.gras, les ballotinis de perdreaux rouges, les filets de perdreaux 
rouges au suprêm.e froid, les filets de perdreaux rouges à la 
Toulouse, le pâté froid de perdreaux rouges, la purée de per- 
dreaux rouges garnis d'œufs de vanneaux, le suprême de filets 
de perdreaux rouges et aux trufies, les aspics de filets de per- 
dreaux à la Bellevue, les boudins de perdreaux, la caisse d'es- 
caloppes, la chartreuse, le chaufroid, la farce, les filets à la 
financière, le fumet, la galantine à la Bellevue, le pain de per- 
dreaux froid, le pâté chaud, la purée de perdreaux pour garni- 
tures, le salmis, la sauce chaufroid, le sauté de filets de per- 
dreaux, la timballe de nouille aux escalopes de perdreaux, enfin 
la perdrix aux choux. 

Le PLUVIER, le becfigue, I'alouette, le cul-blanc, ont une 
chair délicate et facile à digérer. 

A ces oiseaux, il faut joindre le vanneau, dont oa dit, sans 
trop de raison : 

Qui n'a pas mangé de vanneau 
Ne connaît point un bon morceau. 

I. Voyez Brehm, Merveilles de la nature. Paris, 1880. 



Volatiles sains. 403 



La chair de coq de bruyère ou tétras a un fort bon goût ; 
mais elle est un peu dure et ne se digère pas facilement. 

La chair d'ouTARDE, qu'on ne voit dans nos pays que dans 
le fort de l'hiver, est dure et compacte. 

La chair de râle d'eau, de mésange, d'ÉTOURNEAU est dif- 
ficile à digérer, la chair d'étourneau conserve de l'amertume, 
quoiqu'on ait soin de la laver à grande eau avant de l'apprêter. 

Les SARCELLE, POULE d'eaU, FOULQUE, BÉCASSINE et BÉCASSE, 

fournissent une chair riche en molécules nutritives; la bécasse 
seule se digère assez difficilement. 

La GRUE, la CIGOGNE, le CYGNE, de même que I'hirondelle 
DE MER et les autres oiseaux qui vivent de poissons, ont ordi- 
nairement un mauvais goût et ne sont point prisés. 



La chair des pigeons domestiques, et surtout du pigeonneau, 
•est d'une digestion plus facile que celle de la tourterelle et que 
celle des pigeons sauvages, qui est sèche et plus chaude. 

Quelques auteurs prétendent que la chair de pigeon est aphro- 
disiaque, d'autres soutiennent qu'elle a une vertu anti-aphro- 
disiaque. Les anciens étaient de ce dernier avis, comme l'atteste 
Martial : 

Inguinà torquati tardant, hebetantque palumbi : 
Non edat Jianc volucrem qui ciipit esse salax. 

Vous a-t-on confié les mystères de Gnide, 

Fidèles à votre serment, 
Respectez, épargnez la colombe timide; 

Gardez-vous d'y porter vos dents. 

Nous ne pensons pas que les pigeons jouissent d'aucune vertu, 
soit pour éteindre, soit pour aviver les désirs de l'amour. 



La pintade, originaire d'Afrique, se voit souvent dans les 
fermes de notre pays. 



404 Commentaires de l'Ecole de Salerne. 

Elle est remarquable par son plumage ardoisé, semé de taches 
blanches. Sa chair, quoique assez bonne, n'a pas une grande 
réputation; mais les gourmets préfèrent ses œufs à ceux de la 
poule. 

La pintade est généralement hargneuse et traîtresse ; il lui est 
impossible de vivre en bonne intelligence avec ses compagnons. 
Comme ces mégères qui brouillent par leurs cancans et leurs 
bavardages les ménages et les maisons, elle est toujours au fond 
de toutes les disputes, de toutes les batailles, de tous les glous- 
sements, de tous les piaulements, de tous les désaccords qui 
troublent et agitent si souvent les habitants des basses-cours. Ses 
cris désagréables et sa méchanceté pour les poussins ne contri- 
buent pas peu à la rendre insupportable; aussi les fermiers, sou- 
vent fatigués de nourrir un gallinacé si dénué de savoir-vivre, se 
décident-ils à le tuer promptement (Molene). 

Le capucin Chabot avait un goût particulier pour la pintade. 
Il avait créé dans un de ses bons moments l'omelette truffée aux 
pointes d'asperge et à la purée de pintade. L'échafaud ne l'eût 
pas réclamé, si ce fameux conventionnel eût toujours poursuivi 
des méditations de ce genre. 



Le canard sauvage est plus difficile à digérer que celui de 
b^sse-cour ; il n'a cependant rien de merveilleux : sa chair est 
succulente et de bon goût, mais d'un tissu serré qui l'a fait re- 
garder comme indigeste par quelques médecins. Il ne convien- 
drait pas assurément de faire du canard sa nourriture habituelle ; 
mais ce volatile, jeune, rôti, ou bien accommodé aux légumes, 
en tout cas peu cuit, fait une diversion agréable aux viandes de 
boucherie. Si l'on en mange beaucoup, cette chair pesante peut 
rendre malade. 

Mais le reproche qu'on lui fait de rappeler les accès de la 
fièvre quarte est mal fondé, ridicule -, si elle jouit de cette pro- 



Volatiles sains. 405 



priété, c'est comme tout autre aliment pesant, indigeste; car 
toute indigestion est propre à renouveler une fièvre d'accès mal 
guérie. 



La chair de l'oie est plus serrée que celle du canard ; elle est 
dure, lourde et difficile à digérer. Aussi recommande-t-on de 
boire du vin pour aider à sa digestion. Dans le midi de la 
France, on rend sa chair plus digestive par une sauce au safran 
très appétissante. 

Les oies qui vivent dans les lieux humides et marécageux 
ou qui ont eu de l'eau à souhait dans leurs pâturages sont 
plus grasses et plus tendres que celles qui habitent dans les 
lieux secs, qui n'ont vécu que d'herbes fanées et qui ont été 
privées d'eau. L'oie de couleur tout à fait blanche est la plus 
tendre. 

A Paris, il entre chaque année environ 400,000 kilogrammes 
d'oies grasses dans la consommation : la grande consommation 
se fait surtout à l'époque de la Saint-Martin. Elles arrivent du 
Midi : les départements du Tarn, du Tarn-et-Garonne, du Lot, 
de l'Ariège et de la Vienne en fournissent la plus grande partie. 
C'est d'ailleurs une des principales branches de l'industrie du 
pays que le métier d'éleveur. L'engraissement est un objet de 
spéculation et les produits sont exportés en Allemagne et en 
Angleterre. 

Pour être bien engraissée, l'oie demande trois choses : l'obscu- 
rité, le silence et l'immobilité. 

Tantôt on la place dans un pot de terre sans fond et telle- 
ment étroit qu'il lui est impossible de se mouvoir et de se tenir 
debout. Tantôt on l'emprisonne dans une futaille percée d'un 
seul trou, juste assez grand pour qu'elle puisse passer la tête et 
se nourrir au dehors. 

Ou bien on la relègue dans un lieu obscur et silencieux, afin 
qu'elle puisse se recueillir pour engraisser. La distraction ne lui 

23. 



.406 Commentaires de V Ecole de Salerne. 

vaut rien. Trois fois par jour, on la bourre impitoyablement au 
moyen d'un entonnoir avec une pâte faite de farine de maïs 
et d'un peu de sel; et à mesure que son jabot se remplit, on lui 
ingurgite de l'eau mêlée de sable de rivière et de charbon en 
poudre. Après trois semaines de captivité, d'immobilité, de re- 
cueillement et de repos forcé, l'oie est grasse ; on brise le pot 
qui lui sert de cellule et on la tue : il faut la tuer dès que sa res- 
piration est difficile, de peur qu'elle ne meure suffoquée. 

L'oie a fait les délices de l'antiquité et particulièrement des 
Romains, qui la consacrèrent à Junon, ce qui ne les empêchait 
pas de lui tordre le cou et de la bourrer d'une farce savante où 
■dominait la truffe parfumée de Libye, si vantée par Pline. 

L'oison doit être mangé rôti et être arrosé de vin. Quand 
il est vieux, il faut l'assaisonner en daube, c'est-à-dire bouilli à 
petit feu dans son jus , pour attendrir sa chair coriace. Les 
jeunes oies engraissées et confites se conservent longtemps dans 
leur graisse et fournissent un mets délicat. Les conserves de 
conffit sont très précieuses dans le midi de la France, pour la 
■saison d'été. Les ménages parisiens ne connaissent pas ces pro- 
visions extrêmement utiles. 

La graisse d'oie rend fort bon un potage aux choux et bien 
d'autres mets, entre autres la morue. 

Quant aux foies d'oie, nous en avons déjà parlé ^ ; nous n'y 
reviendrons pas. 

Page ICI. — Poissons. 

Il est impossible de concevoir la fécondité des eaux. La mer, 
les fleuves, les lacs, les étangs, les viviers sont des réservoirs 
inépuisables, où la nature a prodigué la substance propre à 
nourrir les hommes siwQC la plus grande profusion. 

Les poissons sont plus nourrissants que les végétaux et 

I. Voy. p. 395. 



Poissons. 407 

moins que les animaux; la plupart sont tendres et faciles à di- 
gérer. 

Les grands poissons sont généralement tendres et mous, et 
les petits fermes et durs. 

Il y en a pourtant de grands, tels que la carpe et le bro- 
chet, etc., dans lesquels on considère beaucoup un peu de fer- 
meté, et de petits, tels que l'éperlan, le rouget, la limande, etc., 
qui ne doivent pas être durs pour plaire davantage. L'aphorisme 
de l'École de Salerne doit donc être regardé comme un peu 
trop général, et en cela défectueux. 

Les poissons qui se nourrissent dans les eaux stagnantes et 
bourbeuses des marais et des étangs sont plus gras, mais d'une 
digestion moins facile que ceux qui vivent dans des eaux cou- 
rantes et claires ; ceux-ci, ainsi que les poissons de mer frais et 
non salés, sont d'une saveur douce et d'un goût agréable. 

Le poisson bouilli est plus facile à digérer que le poisson rôti. 

Les poissons doivent être toujours mangés immédiatement 
après avoir été péchés, car ils se putréfient assez vite, et rien 
n'est plus malsain que le poisson gâté. 

Un moyen simple et facile d'acquérir de l'intelligence, de 
l'augmenter et de la conserver, c'est de manger du poisson. 
Nous en avons pour garant Agassiz ^. « Le poisson entre, dit-il, 
largement dans les exigences de l'organisation humaine ; c'est 
un aliment qui rafraîchit l'organisme spécialement après la 
fatigue intellectuelle. Aucun autre aliment ne pourvoit aux frais, 
aux dépenses de la tête aussi complètement que le régime du 
poisson, et la preuve en est que, dans tous les pays du monde, 
les habitants des lieux à basse mer sont les plus intelligents. Le 
poisson contient du phosphore en grande quantité, élément chi- 
mique exigé par le cerveau pour son développement et sa santé. 
Ce n'est pas à dire que l'usage exclusif du poisson puisse faire 



I. Agassiz, Rapport à la commission de législation du Mas- 
sachussets sur la conservation et la propagation du poisson. 



4o8 Commentaires de F École de Salenie. 



un savant d'un idiot, mais seulement que le cerveau ne doit 
pas manquer d'un de ses éléments essentiels. » 

Mangeons donc du poisson, et mangeons-en beaucoup. 

Selon un grand nombre d'auteurs, les poissons fournissent 
abondamment la matière prolifique ; on a observé qu'il naît 
beaucoup plus d'enfants dans les villes maritimes que partout 
ailleurs. En Chine et au Japon , où l'on ne vit presque que de 
poisson, la population est immense. 

Montesquieu a fait la remarque judicieuse qu'en prescrivant 
aux moines l'usage habituel du poisson on avait rendu par là 
leurs épreuves plus rudes, et leurs combats beaucoup plus péni- 
bles contre le démon de la concupiscence. 



La truite, le brochet, la carpe, le saumon, le rouget, la perche, 
le goujon, la tanche, la limande, ont la chair tendre et d'une 
digestion aisée, 

A ceux-là il faut joindre : la sardine, le hareng frais, le la- 
mantin, le loup marin, le turbot, le maquereau, le merlan, la 
vive, l'éperlan, la dorade, l'ombre, la vaudoise, le barbeau, le 
chabot, l'alose, la lotte, la loche ^ 



L'anguille, qui vit presque toujours sous l'eau, dans le limon, 
et se nourrit de petits poissons, d'écrevisses et d'insectes, a une 
chair d'une saveur exquise, quoiqu'un peu pesante et d'une di- 
gestion pénible, par rapport à sa viscosité et à la graisse dont 
elle abonde. 

Mais rien ne prouve qu'elle ait la propriété de nuire à la voix^ 
et nous défions la physiologie la plus subtile de fournir quelque 
bonne raison d'une assertion plus qu'hasardée, à moins qu'il ne 



I. Voy. Blanchard, Les poissons des eaux douces de la France , 
2e tirage. Paris, 1880. 



Œufs. 409 

soit question de quelque espèce particulière d'anguille dont 
l'usage n'est pas ordinaire. 

Quant au précepte de boire après avoir mangé de l'anguille, 
on ne peut le blâmer : le vin est bon avec toute sorte de pois- 
sons . 

Page 103. — Œufs. 

Les œufs des oiseaux, particulièrement ceux des oiseaux de 
basse-cour, sont bons à manger : à commencer par ceux de 
poule^ de paon, dont les Romains faisaient grand cas, de pin- 
tade, de dinde, de cane, d'oie, etc. 

Les œufs des gallinacés, quoique très nourrissants, sont un 
aliment léger qui convient aux convalescents et aux personnes 
infirmes ou délicates. 

Chacun connaît les deux substances qui composent l'intérieur 
de l'œuf, le hlanc et le jaune. 

Le blanc de l'œuf est d'une digestion très facile ; le jaune se 
digère de même très aisément ; mais il fournit une nourriture 
épaisse, plus forte et plus substantielle. Aussi la nature, en 
bonne mère, ne repaît que du blanc d'œuf le poussin renfermé 
dans la coquille, pendant son accroissement, et lui réserve le 
jaune pour le moment où, près d'éclore, il a besoin d'un aliment 
plus solide. 

Le blanc et le jaune se durcissent tous les deux au feu et ac- 
quièrent un degré de solidité très considérable. Cet état n'est pas 
celui qui rend les œufs plus salubres. Au contraire, il y a des 
estomacs qui ne peuvent alors les digérer en aucune façon, et, 
dans le fait, l'œuf dur est coriace et sec, veut beaucoup de suc 
digestif pour se réduire en bouillie, et constitue, au total, un 
aliment suspect. 

Les œufs contiennent un peu d'hydrogène sulfureux, qui atta- 
que singulièrement l'argent. Il paraît que ce principe est aussi ce 
qu'il y a de plus vivifiant, de plus animalisé dans l'œuf, et ce 



410 Couunentuircs de l'Ecole de Salerne. 



qui donne aux corps qui en usent cette chaleur sensible, cette 
vigueur amoureuse, que l'on ne saurait attribuer à aucun ali- 
ment, comme à celui-là. 

On remarque dans la couleur des œufs la même variété que la 
nature a mise dans la forme de tous les corps. Les uns sont 
•blancs, les autres mouchetés, et ceux-ci le sont de beaucoup de 
manières. Ils ont aussi différentes figure et grosseur ; leur goût 
n'est pas le même. 

De tous ceux que l'on met en usage parmi nous, ceux de 
la poule sont les premiers, et presque les seuls recherchés. On 
•estime beaucoup les œufs de vanneau, mais ils sont rares, et il 
ne s'agit dans cet aphorisme que des aliments vulgaires. 

Il n'y a point de manière d'accommoder les œufs qui soit 
périlleuse, et il n'y en a guère qui soit préférable l'une à l'autre. 
L'œuf conserve toujours sa faculté nourrissante. 

Cependant la manière la plus simple et la moins recherchée 
est encore ici la meilleure, et l'œuf à la coque ou en mouillette 
a presque partout la préférence. 

Les œufs durs sont difficiles à digérer ; l'omelette est salu- 
taire ; les œufs sur le plat le sont aussi ; l'œuf au beurre noir 
ne l'est pas également. 

Nous ne conseillons pas d'avaler des œufs mollets sans pain ; 
■encore moins de boire un verre de vin sur chaque œuf. 

Le précepte de boire un coup à chaque œuf frais que l'on 
mange est fondé sur le besoin que l'on a communément de 
délayer cet ahment et sur ce qu'il échauffe. Le vin convient quand 
on a pris des œufs durs. 

Mais, quelle que soit la forme sous laquelle on fasse usage des 
œufs, ils sont constamment bons, fortifiants et aphrodisiaques. 

Le jaune de l'œuf, tendre quoique durci, passe pour aphrodi- 
siaque. Nul doute que ce ne soit sa qualité restaurante qui lui a 
fait attribuer cette vertu. 

Les œufs doivent être frais pour être salutaires ; mais il est 
indifférent qu'ils soient longs ou ronds. Les ménagères connais- 



Lait, 



411 



sent fort bien le moyen indiqué par Fabrice d'Aquapendente 
pour savoir s'ils sont frais ou non ; elles les regardent à la lu- 
mière d'une chandelle : s'ils paraissent clairs, ils sont frais ; si, 
au contraire, leur transparence est troublée, ils sont anciens et 
malsains. Les œufs qui sont vieux offrent dans l'intérieur un 
vide, qui est la mesure de la perte qu'ils ont éprouvée par le 
laps du temps. Le vide occupe toujours le gros bout de l'œuf; 
il commence à se montrer quatre ou cinq jours après qu'il a 
été pondu. 

En une seule année, il a été exporté, par le port de Honâeur, 
pour 9,164,240 francs d'œufs, c'est-à-dire, au prix de i franc 
la douzaine, plus de iio millions d'œufs. 

Les œufs durcis par la cuisson se conservent longtemps. 

L'Ecole de Salerne met sur le même rang les œufs, les vins 
rouges, le bouillon gras et la farine, dans Tordre des aliments. 

En effet, un bouillon de viande dégraissé, du bon pain de fro- 
ment, des œufs avec un peu de vin, fournissent une nourriture 
très saine, qui pourra retarder de quelque temps le noir trépas ; 
mais le narguer, c'est autre chose. 



Page 104. — Lait. 

Le LAIT est notre premier aliment; préparé par la nature, 
pour l'âge tendre, il est d'une digestion très facile : il convient 
surtout aux personnes faibles , épuisées ; on doit le prendre 
chaud ; mais, bouilli, il se digère moins aisément. 

Le lait de femme doit avoir la préférence sur tous les autres 
laits pour la nourriture des nouveau-nés. 

Après le lait de femme, le meilleur est celui d'une vache de 
trois ans, trois mois après qu'elle a vêlé. 

La chaleur du suc gastrique et Faction des organes digestifs 
coagulent le lait dans l'estomac et le séparent en crème, en 
beurre et en petit-lait; il est cependant nuisible de prendre, 



412 Commentaires de F École de Salerne. 

après le lait, des acides ou du vin, parce que cts liquides peu- 
vent faire fermenter le lait. 

Puis vient le lait d'ânesse ou de jument, le lait de chèvre, 
de vache, de brebis, qu'on coupe ordinairement avec de l'eau 
d'orge ou avec de l'eau dans le commencement et qu'on prend 
d'abord à petite dose afin d'y accoutumer peu à peu l'estomac. 

On ne perdra jamais de vue que la qualité du lait dépend de 
la nature des plantes dont se nourrit l'animal. 

Quand on veut se mettre à l'usage du lait, il faut avoir soin 
de s'y préparer par des évacuaiions salutaires. On choisit à la 
campagne un air convenable, une habitation commode. On se 
procure l'animal dont on veut prendre le lait, et, de temps en 
temps, on interrompt pour se purger, s'il en est besoin. A la 
fin, quand le lait a produit les bons eflfets que l'on en atten- 
dait, on se purge encore, s'il est nécessaire, et l'on reprend le 
régime accoutumé, mais insensiblement, comme il a été bon de 
ne s'en écarter qu'insensiblement, pour s'en tenir enfin au lait seul. 

Le lait qui nourrit et engraisse, et le lait qui constipe, passent, 
font bien et nourrissent. Celui qui soutient sans donner d'em- 
bonpoint est équivoque, et pourtant plutôt bon que mauvais. 
Celui qui donne la diarrhée et celui qui rend maigre, qui donne 
la colique et des rapports ne passent pas et font mal. 

L'usage unique du lait serait nuisible aux individus forts et 
robustes ou qui se livrent habituellement à des travaux péni- 
bles, à ceux qui ont une longue habitude du vin et d'un régime 
contraire à cet aliment. 

Il est des personnes qui ne digèrent pas bien le lait ; il est 
malfaisant dans les cas de migraine, de fièvre et de beaucoup 
d'autres maladies. 

Page 105. — Beurre et sérum. 

Les trois substances principales qui existent dans le lait sont : 
le beurre, le fromage et le petit lait. 



Fromage. 413. 



"6' 



Le leurre est nourrissant, mais un peu pesant. Le beurre frais 
a réellement les qualités que lui attribue le texte de cet apho- 
risme. C'est une graisse mi-végétale et mi-animale, dont la 
propriété émolliente lui est commune avec les graisses et avec 
les huiles. Mais la condition d'être sans fièvre, que l'École de 
Salerne exige de quiconque veut en faire usage, est nécessaire; 
autrement la chaleur contre nature du corps corromprait et ferait 
rancir le beurre, qui produirait alors dans l'estomac la saburre 
bilieuse. 

La crème, qui n'est que du beurre mêlé à une certaine quantité 
de fromage, est d'une digestion plus facile. 

Le caUU est très rafraîchissant. 

Le petit-laii appelé aussi sérosité, sérum, fournit une boisson 
très salutaire ; son usage est très utile dans un grand nombre 
de circontances, tant pour prévenir que pour guérir les mala- 
dies. 

Le petit lait est d'usage en maladie plus qu'en santé. II ra- 
fraîchit et purifie le sang dans quelque temps qu'on l'emploie, ri 
est délayant, humectant, adoucissant, relâchant et incisif ^. 

Page 106. — Fromage. 

Le fromage nourrit bien les personnes robustes^ qui seules le 
digèrent complètement. 

Le fromage tendre a les mêmes propriétés que le caillé. 

Parmi les fromages vieux, secs ou salés, les plus renommés 
sont d'abord celui de Roquefort ; viennent ensuite ceux d'Italie,, 
parmi lesquels le parmesan et le milan tiennent le premier rang ; 
ceux de Hollande, de Suisse, et surtout ceux de Gruyère et de 



I. Voyez Fonssagrives, Hygiène alimentaire des malades, 
des convalescents et des valétudinaires, i^ édition, Paris, 1867. 
— Thérapeutique de la phtliisie pulmonaire, 2e édition, Paris. 
1880. 



414 Commentaires de F École de Salcme. 

» 

Berne; ceux dQ Savoie, de Lorraine et de Bourgogne, qui diffèrent 
peu de ceux de la Suisse ; ceux de Brie, de Maroïes, de Sas- 
jenages, du Fore^ ; enfin les fromages d'Auvergne ou de Cantal, 
quoique un peu trop salés. 

Un Allemand, nommé Martin Schookius, a fait un livre inti- 
tulé De aversione casei (De l'aversion pour le fromage). Je n'ai 
jamais pu, dit Berchoux *, me procurer cet ouvrage, qui aurait 
été d'un grand prix pour moi. 

Le fromage, pour être bon, ne doit être ni trop nouveau ni 
trop vieux. 

Un peu de fromage peut être salutaire à la fin d'un repas 
^comme stomachique. Grimod de la Reynière l'a appelé le biscuit 
des ivrognes et des gourmands. 

Il est certain que le from.age tendre lui - même , pris en 
quantité, deviendrait malfaisant, quoiqu'il le soit moins que le 
vieux fromage, plus dur, plus compact. Nous conseillerons ra- 
rement aux malades de manger du fromage , encore moins 
sans pain. Quel est d'ailleurs celui qui mange le fromage sans 
pain ? 

Pasre 108. — Pois et fèves. 

Les pois verts ou petits pois sont d'une substance délicate , 
légèrement sucrée, qui se digère avec la plus grande facilité ; 
n'étant point encore mûrs, ils ont les cosses tendres. 

Mais il n'en est pas de même des pois qui ont acquis toute 
leur maturité ou àts pois secs. Leur enveloppe est acre et si dure, 
que les organes digestifs les plus énergiques n'en changent point 
la contexture. Aussi la peau des pois sort-elle dans les déjections 
sans être altérée, et après avoir causé beaucoup de pesanteur et 
•de vents dans le canal digestif. 

I. Berchoux, La gastronomie, Poème, 4^ édition, Paris, i8o5, 
p. 147. 



Pois et fèves. 415 

La purée de pois est médiocrement nourrissante et d'une di- 
gestion assez facile. 

On peut conserver les pois verts toute l'année sans qu'ils per- 
dent leur bon goût. On les met, aussitôt qu'ils sont écossés, dans 
des bouteilles qu'on bouche parfaitement, et on les fait bouillir 
pendant une heure et demie dans une bassine remplie d'eau. 



Tout ce que nous avons dit des pois s'applique aux pois 
chiches : ils sont encore plus durs, plus coriaces et plus diffi- 
ciles à digérer que les pois; mangés verts, ils sont plus agréables. 

Le POIS CHICHE, vulgairement chiche, cicerole, cicer arie- 
tum, est indigène du Levant et se cultive en Italie, en Espagne 
et dans le midi de la France. 

Le peuple en fait un grand usage dans le Levant, en Egypte et 
dans le midi de l'Europe. 



La fève, originaire de l'Egypte, est plus nourrissante que les 
pois. Avant sa maturité, elle est tendre et d'une digestion aisée ; 
quand elle est mûre, et surtout sèche, elle est flatulente et légè- 
rement astringente. 

Il y a sept espèces de fèves ; mais la fève des marais est la 
plus généralement cultivée. 

On ne sait pourquoi Empédocle défendait l'usage des fèves, 
comme on le voit dans ce vers : 

Ah niiseri, a cyamo, miseri^ subducite dextras. 



Les pois sont-ils plus venteux que les fèves ? Sont-ils plus 
laxatifs? Deux graves questions. Hippocrate et Galien tranchent 
négativement la première ; mais ils ne sont pas d'accord sur la 
seconde. Hippocrate concède au pois la plus grande vertu purga- 



41 6 Commentaires de F Ecole de Salerne. 

tive, et Galien en fait hommage à la fève. René Moreau trouve 
moyen de leur donner raison à tous deux, en disant que l'un dis- 
serte sur la décoction et l'autre sur la substance, que la décoc- 
tion de pois agit plus que celle de fèves, tandis que la pulpe de 
pois purge moins que celle de fèves, et cela parce que la pro- 
priété purgative réside à la surface des pois et à l'intérieur de la 
fève. Heureux temps que celui où de prolixes commentaires 
latins sur de tels sujets ne décourageaient pas le lecteur ! 



Les HARICOTS, phaseoli, originaires des Indes orientales, 
n'étaient pas connus des anciens. 

Il existe une infinité d'espèces de haricots. 

Les haricots verts sont salubres, comme tous les légumes frais, 
qui sont tendres et dont le suc est doux et léger. L'estomac n"a 
besoin d'aucun travail pour les digérer. Mais ils sont peu nour- 
rissants. 

Secs, ils sont venteux, malfaisants et indigestes. L'écorce des 
semences, car il n'^st question que de celles-ci, résiste aux forces 
digestives de l'estomac et sort par les selles sans avoir été 
altérée, A cause des indigestions que les haricots procurent, on 
devrait les accuser, plutôt que les fèves, de produire la goutte. 

On croit avoir observé que les haricots rouges sont d'une 
digestion plus facile que les autres ; ils jouissent d'une vertu 
légèrement tonique, ainsi que les lentilles. 

On introduit quelquefois moitié de farine de haricots dans le 
pain de froment, qu'elle rend pesant et indigeste. 



La LENTILLE, îcus vulgaris, quoique venteuse, flatulente et dif- 
ficile à digérer, l'est moins que les pois et les haricots. Les 
lentilles sont bonnes à manger et salutaires lorsqu'elles sont 
réduites en purée. 

C'était l'aliment ordinaire des enfants chez les anciens Egyp- 
tiens. 



Rave. 417 



Page 109. — Des herbes alimentaires. 

On comprend sous le nom de légumes plusieurs aliments tirés 
du règne végétal. Les plantes potagères fournissent des graines, 
telles que les pois, les fèves, les lentilles, etc. ; des racines, 
telles que les carottes, les navets, les panais, etc. ; des fleurs, 
comme le pied-d'alouette, la capucine, la bourrache, etc. ; des 
feuilles, comme le chou, l'épinard, la poirée, Toseille, etc. ; enfin 
des bulbes, comme l'oignon, le poireau, Téchalotte, l'ail, etc. 

En général, les légum^es, lorsqu'ils sont verts, sont tendres et 
faciles à digérer; ils fournissent un suc doux et léger. 

Page iio. — Légumes d'altomxe. 

La bourrache est plutôt médicinale qu^alimentaire. Cepen- 
dant on s'en sert quelquefois dans nos cuisines, et ses fleurs se 
mêlent aux salades, comme celles des capucines. 

Les fleurs de bourrache, de buglose et de violette portent en- 
core aujourd'hui spécialement le nom àQ fleurs cordiales . 

On désigne sous le nom de doiiJeiirs cardiaques une affection de 
l'orifice supérieur de l'estomac, en latin cardia, et on nomme 
cardiaques les remèdes propres à dissiper ou à calmer ces dou- 
leurs. Les anciens médecins s'exprimaient ordinairement de la 
sorte quand ils parlaient d'une substance nutritive et agréable : 
Elle réjouit le cœur, dissipe la mélancolie, etc. C'était ainsi, selon 
eux, que le vin, les cordiaux de toute espèce excitaient la gaieté 
et chassaient les chasrrins. 

Page III. — Rave. 

La rave est une espèce de navet, s'il faut en croire certains 
botanistes; mais Lamarck et de Candolle la rangent dans la 
classe des choux, hrassica râpa. 



41 8 Commentaires de F Ecole de Salerne. 



La RAVE proprement dite, ou grosse rave, rabioule, tur- 
NEP, est, ou aplatie, ou oblongue. Mathiole a vu une rave 
oblongue du poids de 30 livres. Cependant la rave aplatie est 
communément plus grosse que l'oblongue. 

Moreau raconte qu'on voyait dans le temple d'Apollon à 
Delphes une rave de plomb, une bette d'argent et un raifort 
d'or, et que Louis XI paya de mille pièces d'or et conserva 
comme une chose précieuse une rave offerte par un paysan chez 
lequel il avait l'habitude d'en manger. 

La rave devient douce quand elle a atteint sa parfaite matu- 
rité : sa pulpe est tendre, médiocrement nourrissante, mais facile 
à digérer; il faut laver la rave dans l'eau chaude, pour lui ôter 
sa force et son âcreté, qui communique à l'eau une odeur fétide. 
C'est sans doute ce principe acerbe qui la rend tonique, diuréti- 
que et venteuse, qualités qu'elle perd par la cuisson. Elle est 
alors un bon aliment, fort en usage, chez nous comme chez les 
Romains, qui n'ignoraient pas qu'elle n'est bonne qu'après les 
premières gelées et lorsqu'elle est venue dans un lieu élevé et 
froid . 

Hœc iibi brumali gaudentia frigore râpa 
Qiiœ damiis, in cœlo Romulus esse solet. 

Ces raves, dont l'hiver corrige tous les vices, 
Romulus dans le ciel en mange avec délices. 

Le jus de la rave cuite est adoucissant; aussi le recommande- 
t-on contre la toux dans les m.aladies du poumon et de la gorge^ 
contre les aphthes, etc. La pulpe, appliquée sur les tumeurs, peut 
servir d'émollient et de maturatif. 



Le NAVET, hrassica napiis, est un aliment sain, plus savoureux 
et un peu plus chaud que la rave ; il est, comme toutes les plan- 
tes crucifères, stomachique et anti-scorbutique. 



Chou. 



419 



Le RADIS, raphaims, ou petite rave, radicuîa, avec un peu de 
sel et du beurre, excite l'appétit, étant tonique et d'une digestion 
facile; l'on doit néanmoins manger peu de ces racines et les bien 
mâcher, autrement elles deviendraient pesantes, et occasionne- 
raient l'indigestion. 

Le RADIS NOIR, plus connu sous le nom de raifort, jouit 
éminemment de la vertu antiscorbutique. 



La NAVETTE, hrassica prœcox, est l'espèce de rave la plus petite 
et la plus naturelle ; on la cultive en grand pour avoir sa graine, 
qui fournit l'huile de navette, fort bonne pour les fritures. 



Page III. — CHOU. 

Le chou, rangé par les botanistes dans la classe des cruci- 
fères^ a un grand nombre d'espèces et de variétés, dont la cul- 
ture remonte à l'antiquité la plus reculée. 

Les principales qu'on emploie comme aliments, sont : 

Le choîù vert, qui a la feuille large et ne forme pas de pomme;; 

Le chou cabu ou capiis, chou pommé . Les plus beaux et les plus- 
gros choux pommés croissent en Angleterre et en Allemagne. 

Le chou-fleur et le hroccoU, qui sont, de toutes les espèces de 
choux, les plus tendres et les plus aisées à digérer. 



Le chou, en général, qui est tendre et sucré, est un assez bon 
aliment, quoique flatulent et d'une digestion difficile. 

Le chou est ordinairement mis comme légume agréable et 
nourrissant dans le pot-au-feu; on le mange avec plaisir, sans 
en être incommodé, soit seul, soit avec certaines viandes aux- 
quelles il sert d'assaisonnement; et s'il y a quelque inconvé- 
nient, il ne vient que de l'abus que Ton en fait en en mangeant 



420 Commentaires de F École de Salerne. 



trop, ou en ne le mangeant pas cuit, et préparé comme il faut. 

Certaines personnes ne peuvent le digérer, à moins qu'il ne 
soit très tendre et parfaitement cuit. Les jeunes choux sont les 
moins venteux. Les choux durs ou mal cuits causent la diarrhée 
par indigestion. 

Le chou n'a aucune des vertus que lui attribue l'école de 
Salerne, sans doute, d'après Hippocrate, Galien, Chrysippe, 
et Caton l'ancien , qui avaient composé chacun un livre sur 
les propriétés admirables du chou. Caton en a fait une panacée 
universelle, qui guérit les ulcères, les cancers, les fistules, la peste, 
la paralysie, etc. ; il prétend que, mangé cuit comme cru, il est 
également salutaire, et que c'est à cette plante que les Romains 
durent de pouvoir se passer pendant six cents ans de médecins, 
qu'ils avaient chassés. 

Les choux, du temps de Pline, avaient, dit-on, la vertu de 
prévenir et de guérir l'ivresse. 

Le sirop de chou rouge a été recommandé dans la phthisie pul- 
monaire et les rhumes. Le suc de chou étant légèrement stimu- 
lant, peut exciter l'expectoration à la fin des rhumes. 

Dans les pays du Nord, on prépare le saiierkraut, qui n'est que 
le chou devenu acide, et dont on arrête la fermentation par le 
moyen de la compression, du sel, du genièvre ou du carvi, etc. 
Cet aliment, quoique médiocre, est assez salutaire, surtout pour 
•les équipages dans les voyages de long cours. Le saiierkraut est 
tonique et antiscorbutique. 



Page 112. — BETTE. 

La BETTE ou POiRÉE, bôttu vulgaris, est une plante potagère 
-dont on fait usage dans les cuisines : en feuilles, comme en car- 
des, elle est très adoucissante et peu substantielle. Elle sert plu- 
tôt à modérer la saveur piquante des herbes auxquelles on la 
mêle, que comme un aliment elle-même. Cette plante étant 



Laitue, 421 

mucilagineuse et émolliente, s'emploie en décoction comme la 
mauve, soit qu'on la prenne à l'intérieur ou en lavement. En 
adoucissant l'âcreté des m.atières renfermées dans le canal intes- 
tinal, elle peut faire cesser la diarrhée qu'elles produisent, et 
par là devenir en quelque sorte astringente. Dans les autres cas, 
cette décoction est relâchante; c'est sa véritable vertu. 



La BETTERAVE OU POiRÉE ROUGE, lettaravîa crassa, est une 
variété de cette plante ; sa racine devient beaucoup plus grosse : 
on en a vu du poids de 1 5 kilog. ; elle est de couleur rouge, 
violette, blanche ou jaune. Ses racines sont très nourrissantes et 
rafraîchissantes . 

On extrait de la betterave, une quantité immense de sucre, 
qui est semblable au sucre de la canne à sucre, et qui est, 
comme lui, susceptible de recevoir toutes les nuances de blan- 
cheur et de pureté par le raffinage. Cent kilogrammes de bette- 
raves fournissent ordinairement deux kilogrammes de sucre pur. 

La betterave blanche donne plus de sucre que la rouge. 

Page 112. — LAITUE. 

La LAITUE cultivée, lactiica, est originaire de l'Asie; elle offre 
une infinité de variétés, qu'on cultive dans les jardins. 

Les laitues qu'on préfère avec raison manger en salade, sont 
tendres, rafraîchissantes; elles fournissent un aliment peu nour- 
rissant, mais salutaire, surtout aux personnes bilieuses ou san- 
guines. Les Anciens leur attribuaient une vertu somnifère qu'elles 
ont réellement, non-seulement en modérant le mouvement du 
sang et la chaleur du corps, mais par un principe narcotique. 
La laitue, sans doute par sa vertu rafraîchissante, a passé dans 
tous les temps pour avoir la propriété d'amortir et même d'étein- 
dre les désirs amoureux. Les Romains abandonnèrent l'usage de 
ÉCOLE. 24 



422 Commentaires de l'Ecole de Salerne. 

cette plante, par la crainte d'une si fâcheuse influence ; et son dis- 
crédit aurait peut-être duré jusqu'à nous, sans Antonius Musa, 
qui conseilla à César la laitue dans une affection hypocondria- 
que, le guérit et remit en vogue cette plante si salutaire. 



La CHICORÉE, cichoreum, croît dans toute l'Europe : lorsqu'elle 
est cultivée et blanche, elle perd l'àcreté et Tamertume, qui a 
fait donner le nom à'amère à la chicorée sauvage. Cette plante, 
légèrement tonique, excite l'appétit; mais elle est filandreuse et 
indigeste. On l'emploie en médecine comme légèrement apéritive. 



L'endive n'est qu'une variété de la chicorée, et elle jouit des 
mêmes propriétés. 



Le PISSENLIT, DENT DE LION, Uontodou tai'axac'um, est plus 
tendre et d'une digestion plus facile que la chicorée sauvage ; il 
se mange aussi en salade, lorsque l'on a privé ses feuilles du 
contact de la lumière, afin de leur enlever leur amertume. 

C'est un des plus doux et des meilleurs fondants, employé 
avec succès dans les affections bilieuses, la jaunisse, etc. 



La MACHE, valeriana locusia, ou doucette, poule grasse^ 
BLANCHETTE, est d'une saveur douce et bonne en salade, en hiver 
ou au commencement du printemps; elle est rafraîchissante, 
adoucissante et un peu laxative; elle offre un aliment léger, 
agréable et d'une digestion facile. 

Hermolâus Barbarus, et d'autres auteurs, ont avancé légère- 
ment, selon nous, que les sauterelles dont saint Jean vécut dans 
le désert n'étaient autre chose que la mâche. 



Panais. 



423 



Le CÉLERI des jardins, apium graveoîens, n'est point, selon 
Muller, Tache cultivée, comme on le croyait ; on mange le 
plus souvent en salade les feuilles et les racines de cette plante 
qui croît dans toute l'Europe, et qu'on blanchit en les mettant 
à l'abri du contact de la lumière. 

Le céleri est tonique, apéritif, antiscorbutique : il excite l'ap- 
pétit et aide la digestion. Vitet prétend que la racine du céleri 
est plus diurétique que celle du persil. 

Page 112. — PANAIS. 

Le PANAIS SAUVAGE, pastinaca sylvestris , a la racine sèche, 
petite et acre. 



Le PANAIS cvLriYÉ, pastenade, ou plutôt la racine de panais, 
■GRAND CHERvr, pasUiiaca sativa, n'est qu'une variété du panais 
sauvage. On n'a cependant pas pu transformer le panais sau- 
vage en panais cultivé. Dans le panais cultivé, la racine est assez 
grosse, fusiforme, charnue, jaunâtre; elle jouit d'une saveur légè- 
rement sucrée et d'une odeur assez agréable. 

Le panais sert dans les cuisines, sinon comme aliment, au 
moins com.me assaisonnement; il est sain, peu nourrissant, facile 
à digérer. C'est une bonne nourriture pour le bétail : les vaches 
qui s'en nourrissent donnent du bon lait. 

Le panais était autrefois employé comme diurétique, emména- 
gogue, aphrodisiaque, et ses graines comme fébrifuges. 

Nous ne croyons pas à ces prétendues vertus. 



La CAROTTE, daiicus carotta, la racine de carotte croît dans 
toute l'Europe, où elle est fort en usage; et ce n'est pas sans rai- 
son, car elle est précieuse, étant douce et nourrissante, et elle 



424 Commentaires de FEcoIe de Salerne. 

contient beaucoup de sucre, qu'on en retire en abondance comme 
de la betterave. 

Elle fournit à l'homme un des meilleurs aliments dont il puisse 
faire usage. 

On l'emploie en médecine, comme adoucissante et fondante. 
On l'applique aussi avec succès sur les ulcères cancéreux ou pu- 
trides. 

La racine de carotte sauvage est petite, ligneuse, fade ; mais elle 
peut se manger sans aucun danger. 

Page 113. — Epinard. 

Les épinards, originaires de l'Arabie, sont tendres, légers, et 
d'une digestion très facile. Comme ils sont rafraîchissants et 
laxatifs, de même que tous les végétaux doux, ils peuvent être 
utiles dans les congestions gastriques. Par la même raison, leur 
usage convient aux tempéraments sanguins, et ils sont contraires 
aux personnes qui ont l'estomac naturellement faible, à moins 
qu'on y mêle quelque assaisonnement tonique, comme de l'écorce 
d'orange, etc. La partie colorante des épinards passe dans les 
selles sans aucune altération^ ce qui a fait croire que l'épinard 
est indigeste. 



Ce que l'école de Salerne dit des épinards, pourrait beaucoup 
mieux s'appliquer à l'oseille. 

L^osEiLLE, aceiosa, a une saveur acide ; on l'emploie plus sou- 
vent comme assaisonnement que comme aliment. Elle excite 
l'appétit et aide la digestion : son usage est salutaire aux per- 
sonnes sanguines, surtout aux bilieuses, car elle est rafraîchissante, 
anti-bilieuse et anti-putride. Son emploi est recommandé dans le 
scorbut. 



É pinard. 425 

Le POURPIER et I'arroche, atriplex, comme toutes les autres 
plantes aqueuses et mucilagineuses, sont rafraîchissants, et four- 
nissent un aliment sain et facile à digérer. 



La courge, citrouille ou potiron, cucurhita melopepo, est le 
fruit d'une plante potagère. La courge contient beaucoup de 
matière nutritive; elle se convertit en une substance farineuse, 
lorsqu'elle est bien mûre. On en fait du pain dans quelques pays, 
en mêlant une partie de cette farine avec deux parties de celle 
de froment. 

La courge est douce, rafraîchissante, émolliente et relâchante. 
Son usage affaiblit les organes digestifs et donne la diarrhée. 

La pulpe de courge cuite sert en cataplasme, comme un bon 
émollient. 



Lts MELONS, meîones, sont les fruits d'une plante de la famille 
des cucurbitacées. 

L'origine du melon n'est pas bien connue. Les uns veulent 
qu'il ait été une des conquêtes des Romains en Asie ; d'autres 
prétendent que Metellus le rapporta d'Afrique ; d'autres attri- 
buent aux Scipions la gloire d'en avoir doté Rome. D'oii qu'il 
vienne, il est le bienvenu. 

On le cultiva avec le plus grand soin à Rome et dans la 
Grèce ; les habiles jardiniers romains lui faisaient prendre toutes 
sortes de formes. Pline vantait la délicatesse de sa chair fine et 
sucrée, mais le déclarait de difficile digestion, sans qu'il fût au- 
trement malfaisant. 

Des amateurs de subtilités ont comparé le melon au bourru 
bienfaisant, à cause de la grossière rudesse de son enveloppe et 
de l'exquisité de ses qualités cachées. 

On compte beaucoup de variétés de melons. Les uns sont 
longs, les autres ronds. Les melons de Honfleur passent pour les 

24. 



426 Commentaires de V Ecole de Salerne. 

plus gros parmi les longs, ceux de Coulommiers pour les plus 
gros parmi les ronds. 

Les melons contiennent une pulpe aqueuse et odorante, avec 
une certaine quantité de matière sucrée. 

La couleur de la chair du melon n'est pas moins variée que les 
rugosités de son enveloppe. 

Manuel Godoï, plus connu sous le nom de prince de la Paix, 
a beaucoup contribué, au temps de sa puissance, à améliorer la 
culture du melon en Espagne ; mais on a tort de croire, comme 
on le fait généralement, que le cantaloup, le roi des melons, 
nous vienne d'Espagne ; son nom indique son origine : il nous 
vient de Cantalupi, joli village situé près de Rome, où il n'est 
pas d'ailleurs meilleur qu'à Paris. Depuis quelques années sur- 
tout, nos jardiniers en ont beaucoup perfectionné la culture. 

Plus la chaleur est grande, plus le melon est sain ; cependant 
il est toujours prudent d'en manger avec sobriété. Rougemont, 
qui tenait une place honorable dans la littérature contemporaine, 
paria qu'il mangerait un melon tout entier : il gagna son pari, 
mais il mourut le troisième jour. Autrefois, on accusait le melon 
de donner la fièvre quand on en mangeait vers la fin de sep- 
tembre ; c'était un préjugé si bien enraciné, qu'à cette époque de 
l'année la police ne lui permettait pas de paraître dans nos mar- 
chés. On calomniait le melon : il ne donne pas la fièvre, mais il 
n'a pas le pouvoir de prévenir les fièvres qui se manifestent sou- 
vent après l'équinoxe d'automne. A mesure que la saison avance, 
il devient moins salutaire, mais jamais dangereux, lorsque sur- 
tout on a soin d'aider à sa digestion, en l'assaisonnant avec 
quelque aromate et de le faire suivre d'un peu de vin généreux. 
Quelques personnes mangent le melon avec du sucre, mais 
presque toutes avec du sel. Nous le comptons en France au 
nombre de nos horsd'œuvre ; en Russie, on le mange au dessert. 

Ainsi donc, mangez du melon tant qu'il mûrit à point, sans 
crainte de la fièvre ; mais mangez-en toujours avec sobriété. 

Ils sont très nourrissants , mais très rafraîchissants et indi- 



Champignon. 427 

o-estes pour les personnes qui ne sont pas robustes et pour 
les estomacs froids, parce qu'ils subissent la fermentation acide 
dans les estomacs faibles. 

L'abus du melon peut devenir encore plus malfaisant par sa 
propriété de rafraîchir et d'arrêter la transpiration, d'après les 
expériences de Sanctorius. 



Le MELON d'eau, pastèque, cucurhita citruîbiis, est un fruit 
originaire de l'Asie, dont on fait une grande consommation 
en Egypte, et dans la partie méridionale de la France, où le 
peuple le mange pendant les chaleurs de l'été. Ces melons sont 
nourrissants, diurétiques et très rafraîchissants; c'est pourquoi il 
faut en user avec prudence, au moins dans notre pays. 



Le CONCOMBRE, cucumis sativa, offre plusieurs variétés qu'on 
■cultive dans les jardins. Il est nourrissant et rafraîchissant; mais 
on le mange avant qu'il ait acquis toute sa grosseur et sa matu- 
rité, sous le nom de cornichon. Il est alors laxatif, parce qu'il 
cause souvent des indigestions par sa vertu très rafraîchissante. 
On rend les cornichons excitants, stomachiques, en les met- 
tant dans du vinaigre fortement épicé. 



L'aubergine ou melongène, mayenne, solannm meîongeiia, 
fournit, sous forme de baie oblongue, violette ou blanche, un 
fruit peu savoureux, d'un goût fade, mais facile à digérer, et 
salutaire. 



Page 114. — CHAMPIGNON. 

Les CHAMPIGNONS, /z/î/o-;, croissent dans toute l'Europe, excepté 
dans les pays du Nord. Il y a près de cinq cents variétés de 



428 Commentaires de r Ecole de Saler ne. 

champignons 1, dont la plupart sont vénéneuses; et comme on 
n'a aucun signe assuré pour distinguer les bons champignons de 
ceux qui sont vénéneux, il £iut apporter une grande prudence 
dans leur choix et dans leur usage. 

Voici le nom des champignons qui sont le plus connus comme 
bons, et dont on mange ordinairement : 

1° U agaric esculent, blanc en dessus, ayant les lames de cou- 
leur de chair, et ensuite brunes quand il a vieilli. On le trouve 
dans les prés et sur la pelouse tendre ; on le cultive sur couches. 
La consommation à Paris, même pendant l'hiver, est considé- 
rable. 

2° \Jagaric odorant^ nommé mousseron. 

3° La morilh. 

4° Uoronge, qui est le plus recherché et le meilleur des cham- 
pignons. 

Les champignons fournissent un met nourrissant, très savou- 
reux, et fort estimé. Il faut en manger peu, car ils sont lourds 
et indigestes, 

L'Empereur Claude fut empoisonné par un plat de champi- 
gnons que lui fit servir Agrippine, et comme il reçut les hon- 
neurs de l'apothéose, Néron disait en plaisantant que les cham- 
pignons étaient les mets des Dieux. 



Page 114. — AIL. 

L'ail, allium, a. été, dans tous les temps, fort en usage dans 
le midi de l'Europe comme au nord. Les Russes en mangent 
beaucoup, souvent crus, sur du pain. 

L'ail contient une matière nutritive, plus abondante dans les 
climats chauds, où il est moins acre. 

I. Voyez J,-J. Paulet, Traité des champignons. Paris, 179?, 
2 vol. in-4. — J.-J. Paulet et Léveillé, Iconographie des cham- 
pignons, Recueil de 21 y planches. Paris, i855. 



Oignons. 429 



Il y a trois espèces d'ail : Vail vulgaire, Vécbalotte et la rocam- 
boh; on fait un grand usage de toutes ces espèces. Elles excitent 
l'appétit et favorisent la digestion ; elles augmentent aussi la 
transpiration. 

L'ail est vermifuge, excitant, tonique ; c'est par ces deux der- 
nières qualités qu'il peut être regardé, avec raison, comme un 
bon préservatif des maladies contagieuses et pestilentielles. 

Page 114. — Oignons. 

La racine d'oignon était fort en usage chez les Anciens, ainsi 
que chez nous, comme aliment et comme assaisonnement. 

Au dire de Socrate, l'oignon augmente la force et le courage 
des guerriers. Aussi entrait-il dans la nourriture du soldat ro- 
main. 

Dans les parties méridionales de l'Europe et de la France on 
mange beaucoup d'oignons crus; il y est, à la vérité, plus doux 
que dans les climats froids. 

« Si vous ne connaissez que l'oignon de Paris, dit le D^' Sim- 
plice 1, vous ignorez complètement le goût et la finesse de ce 
légume. C'est dans le midi, c'est surtout en Espagne, qu'il 
faut goûter ce précieux végétal qui ne ressemble pas plus à celui 
de Paris, que l'ail de Paris ne ressemble à l'ail de Marseille. » 

L'oignon blanc est plus acre et plus tendre que le rouge. 



M. Maxime Cornu a communiqué à l'Académie des sciences 
une note sur une nouvelle maladie végétale qu'il a récemment 
découverte, et qui s'attaque à l'oignon. C'est un champignon 
microscopique de la famille des Urédinées, et le parasite, qui 
vient encore d'Amérique, fait le tourment de ce malheureux 
oignon. 

I, Union médicale, 12 juillet 1879. 



430 Commentaires de F École de Salerne. 

Le principal effet de cette maladie est de remplir d'une poudre 
noire l'épaisseur des écailles du bulbe et la base des feuilles. 
Cette poussière noire occupe toute la substance des écailles ou 
des feuilles ; elle est visible par transparence sous forme de ta- 
ches grises ; souvent elle se répand au dehors par la rupture de 
l'épiderme. Quant au nom technique de cette poussière, il lui 
sera difficile de se vulgariser comme celui du phylloxéra ; le doc- 
teur américain Farlow, qui a reconnu qu'elle était composée des 
spores d'un cryptogame confiné jusqu'ici dans l'Amérique du 
Nord, l'a baptisée du nom à'Urocystis cepidce. 

A dire vrai, la maladie n'est qu'à son début ; cependant la 
chose vaut qu'on y regarde, car ce parasite végétal compromet 
l'oignon en altérant sa blancheur et en le faisant dépérir. Dans 
les Etats de Connecticut et de Massachussetts, où l'oignon forme 
une branche importante de culture, ce parasite produit chaque 
année des dégâts pour plusieurs milliers de dollars. 

Quand l'oignon était sain, on pleurait déjà en lui ouvrant le 
cœur; que sera-ce maintenant qu'il est malade ?... 



Sainclair assure que l'oignon contient plus de parties nutritives, 
sous le même volume, qu'un autre végétal. Nous en doutons. 

Beaucoup d'individus qui digèrent mal les oignons cuits, se 
trouvent bien de les manger crus, Cette racine bulbeuse con- 
vient, en effet, aux personnes qui ont beaucoup d'embonpoint; 
car l'oignon cru est anti-putride et stomachique. 

C'est l'assaisonnement le plus convenable pour les poissons ; 
aussi les peuples ichthyophages en mangent-ils beaucoup. 

L'École de Salerne dit avec raison, que son usage ne convient 
pas aux colériques, c'est-à-dire, aux tempéraments bilieux et ar- 
dents. 

Le jus d'oignon donne au visage une couleur luisante; mais 
son odeur forte empêchera toujours le beau sexe de se servir de 
cette recette. 



Poiremi. 



431 



Nous sommes tout à fait incrédule sur la prétendue vertu du 
suc d'oignon, pour faire croître les cheveux sur une tête chauve, 
surtout sur un sujet âgé, et où il n'existe point assez de vitalité 

Pour réparer des ans l'irréparable outrage. 



L'oignon d'Egypte, révéré comme un dieu chez les Egyptiens, 
était l'oiGNON de scille, scilla maritima, qui est un très bon 
diurétique, et devait être fort utile dans un climat où les maré- 
cages et les eaux croupissantes laissées par le Nil rendaient les 
hydropisies fort communes. Juvénal se moque du culte qu'on 
rendait aux oisrnons. 



La CIBOULE, oJliiim fissile, et la ciboulette, cive ou civette, 
allium schœnoprasum, qui lui ressemble beaucoup, surtout par ses 
vertus, sont des espèces de poireaux, d'après les Anciens, comme 
on peut le voir dans l'épigramme de Martial 1, des espèces d'oi- 
gnons, d'après Tournefort, et des espèces d'aulx, selon Linné. 

On ranime la salade avec leurs feuilles longues, cylindriques, 
à odeur forte. 

La ciboule qu'on multiplie au printemps , en séparant ses 
touffes, est la ciboule vivace, originaire de Sibérie. 

Page 115. — Poireau. 

Le POIREAU, qui est une espèce d'ail, était cultivé avec soin 
par les Romains. 

I, Martial, Liv. XIII, ép. 18, de porro sectivo : 

Fila tarentini graviter redundantia porri 
Edisti quoties oscula clausa dato. 

Quiconque a mangé de cibouille 
De baisers personne ne souille. 



432 Commentaires de V École de Salerne. 

D'après Pline, Néron en faisait un usage fréquent, pour avoir 
la voix plus belle; Aristote dit aussi que les perdrix mangent 
du poireau pour mieux chanter. Mais ce bulbe ne jouit d'aucune 
vertu à ce sujet. 

Il possède à peu près les mêmes propriétés que l'oignon, mais 
à un degré moindre. Il semble tenir le milieu entre l'oignon et l'ail. 

Il paraît que le suc du poireau est un excellent remède 
contre les piqûres d'insectes, abeilles, guêpes, frelons, taons et 
mouches venimeuses. On assure que son application sur la pe- 
tite plaie formée détermine promptement la résorption de l'en- 
flure et supprime toute crainte de danger ultérieur. Voilà un 
remède qu'il est facile d'essayer. 

Malgré l'autorité d'Hippocrate, nous ne saurions croire à aucune 
des vertus singulières attribuées au poireau par l'Ecole de Sa- 
lerne : comme celle d'arrêter le saignement de nez, de rendre 
une femme féconde. 



Nous devons compléter ici tout ce qui regarde les végétaux 
employés comme aliments ou assaisonnements, et dont l'Ecole 
de Salerne ne traite point. 

La SCORSONÈRE, scorsonera, originaire de l'Espagne et de la 
Sibérie, n'a été employée comme aliment qu'au xviie siècle ; on 
ne mange que sa racine, qui est légèrement sucrée, facile à 
digérer, mais peu nourrissante. 



Le SALSIFIS ou BARBE DE BOUC, tragopogou, croît spontanément 
en Angleterre et dans l'Europe méridionale, surtout en France. 
Il a les mêmes qualités que la scorsonère, à laquelle il ressemble 
beaucoup. On le cultive comme elle dans les jardins, pour 
en manger les racines : ils sont, l'un et l'autre, légèrement sudo- 
rifiques. 



Poireau. 433 

Le HOUBLON, Hicmidus îupuhis, fournit, au printemps, de jeunes 
pousses assez tendres, que l'on prépare comme les asperges, et 
que le peuple nomme asperges sauvages ; elles ont même, dit-on, 
plus de saveur que les asperges, dont elles possèdent le goût et 
les autres qualités. Ces asperges étaient plus estimées que les 
véritables du temps de Martial. 

Molli in hcecorea qitce crescit spina Ravenna 
Non erit inciiltis gratior asparagis. 

Cette asperge sauvage est meilleure et plus saine 
Que celle qu'on cultive au marais de Ravenne. 



L'artichaut, Cynara, croît en Europe, en Asie et dans l'Amé- 
rique méridionale. On ne mange de cette plante que le récep- 
tacle de la fleur et les portions de réceptacle qu'on enlève avec 
les écailles qui forment le calice. On le rend tendre et d'une 
digestion facile, en le faisait bouillir dans l'eau. L'artichaut 
fournit un aliment fort sain et un peu tonique. C'est sans doute 
cette dernière propriété qui l'a fait passer pour aphrodisiaque. 



L'artichaut sauvage est la carline sans tiges, Carlina 
acaulis. On en mange le réceptable, qui est presque aussi bon 
que celui des artichauts, dont il a le goût. Le peuple nomme 
cette espèce d'artichaut cardavele ; il a les mêmes qualités que 
l'artichaut cultivé, mais à un plus faible degré. 



Le CARDON d'Espagne, dont on mange les côtes ou parties 
moyennes des feuilles, est un mets assez insipide, qui a besoin 
d'être bien apprêté. 



ÉCOLE. 



25 



434 Commentaires de F Ecole de Saler ne. 

Nous arrivons à parler de la truffe, tiibera. 

Il aurait l'air de faire un paradoxe celui qui comparerait la 
truffe à la perle. Il ne serait pourtant que dans l'exacte vérité, 
et il y a plus d'un point de rapprochement entre ces deux 
objets ; non point seulement parce que la truffe est à la gour- 
mandise ce que la perle est à la coquetterie, mais parce que 
ces deux produits sont pour ainsi dire artificiels, résultant d'une 
sécrétion morbide de l'être qui leur donne naissance. 

La perle vient à la suite d'une maladie de l'huître perlière, qui 
lui fait sécréter la nacre dont est formée la perle. Les pêcheurs 
de perle font souvent une blessure aux huîtres, pour s'assurer 
une moisson féconde. 

La truffe est un champignon qui pousse aux pieds des chênes 
dont les racines ont été piquées par une espèce particulière de 
mouches appelées truffigmes. Les conditions, longtemps ignorées, 
sont aujourd'hui parfaitement connues ; rien de plus facile que 
de créer une truffière. 

La température convenable pour la truffe paraît être la même 
que pour la vigne. Ainsi, en ne tenant pas compte de la nature 
du sol, la truffe et la vigne paraissent aller ensemble. Seulement 
la truffe dépasse un peu les limites de la vigne. 

Tant qu'on est loin de la limite de la zone truffière, l'orienta- 
tion paraît être sans influence. Il en est ainsi en Provence. Dans 
le Périgord et le Limousin, l'effet de l'orientation s'accuse déjà ; 
les truffes sont rares ou disparaissent vers les versants septen- 
trionaux. Plus loin, au Nord, on ne la trouve plus que sur les 
coteaux bien exposés, comme cela a lieu pour la vigne. 

L'humidité de l'atmosphère exerce sur la production des truffes 
une influence remarquable. Ce n'est pas tant la quantité d'eau 
qui facilite leur développement, que son mode de distribution 
dans l'année. S'il ne pleut pas en juillet et en août, la récolte est 
très faible ou nulle. Les pluies antérieures ou postérieures parais- 
sent tout à fait inactives. Les botanistes expliquent ce fait; ce mo- 
ment est en effet celui de l'évolution de la truffe. 



Poireau. 



435 



L'humidité du sol joue un grand rôle dans la distribution géo- 
graphique. Partout où l'humidité séjourne, elle exclut la truffe 
qui se plaît assez sur les plateaux dont la surface est perméable 
préfère en général les pentes et fuit le fond des vallées, surtout 
lorsque l'eau n'y trouve aucun écoulement. Ainsi la perméabilité 
du terrain paraît être indispensable à la production des truffes. 

Au point de vue géologique, c'est surtout sur le calcaire juras- 
sique que l'on rencontre la truffe. Ainsi elle abonde sur tout 
le pourtour du plateau central. 

La nature chimique du sol ne leur est pas indifférente. Il doit 
renfermer du calcaire. Une bonne proportion est de 8 p. loo à 
15 p. 100; la limite inférieure paraît 1,5 p. 100, ainsi qu'il ré- 
sulte des analyses de M. Hervé Mangon. Un sol siliceux paraît, 
au contraire, bien que très perméable, impropre à la production 
des truffes, quoique M. Chatin ait^ dans une châtaigneraie (le 
châtaignier affectionne les terrains siliceux), trouvé des truffes 
en quantité notable. 

Quand le semis de glands a atteint quatre ou cinq ans, on 
peut espérer une récolte de truffes. Mais pour cela, il faut se pro- 
curer des mouches truffigènes et les placer sur le sol de la truf- 
fière : ces insectes sont aussi indispensables à la production de la 
truffe, que les abeilles à la fabrication du miel. 



La France est un des pays les plus abondants en truffes. Les 
meilleures se récoltent aux environs de Périgueux, d'Angoulême 
et de Cahors ; le canton de Sarlat, dans le Périgord, est surtout 
renommé à cet égard. On estime aussi les truffes de Provence, 
du Dauphiné, surtout celles de Romain, qui n'ont d'autre in- 
convénient que d'être parfois musquées. 



L'absence de végétation, le renflement du sol, la présence 
d'une colonne de mouches truffigènes, servent aux gens expéri- 
mentés à pronostiquer la présence des truffes. 



436 Commentaires de F École de Salerne. 

En Provence, la récolte se fait à l'aide de vieilles truies ou de 
porcs efflanqués, dits porcs de course, qui sont très habiles à 
découvrir les truffes, et qui reçoivent un gland en échange de 
chaque tubercule qu'ils amènent à la surface du sol. 

Le procédé suivant est beaucoup plus curieux et moins connu. 
Il semble avoir été inventé par les braconniers de l'espèce truf- 
fière, qui seraient, dit-on, restés longtemps en possession exclu- 
sive de leur secret. Ces hommes, ne pouvant mettre à profit l'ins- 
tinct merveilleux du cochon, dont la présence les aurait trahis, ont 
mis un insecte de complicité dans leurs manœuvres. C'est une 
mouche qui les avertit de la présence des truffes ; lorsqu'ils 
l'aperçoivent, ils en suivent avec attention les mouvements, et 
dès qu'ils la voient, avec des circuits plus ou moins nombreux, 
revenir toujours à la même place et finir par s'y poser, ils jugent 
que là doivent exister des truffes, et leur attente n'est jamais 
trompée. L'indice fourni par ces diptères est tellement certain que 
les propriétaires eux-mêmes se laissent guider par eux lorsqu'ils 
n'ont pour but que de récolter la provision d'un jour ; car, on le 
comprend, le moyen est peu expéditif. 

Dans la Haute-Marne, chaque année les trufficrs demandent 
et obtiennent des propriétaires de bois des permissions pour cher- 
cher les truffes. Armés d'une houe de forme triangulaire, ils 
conduisent dans les taiUis de petits chiens dressés à cette chasse. 
Ces chiens, d'après une note de M. A. Passy que nous résu- 
mons, n'appartiennent pas à une race spéciale ; mais ils reçoivent 
une éducation particulière, et l'on préfère, pour leur donner 
leur instruction, ceux qui descendent de père et mère qui ont 
déjà exercé. Leur éducation est simple ; elle consiste à cacher un 
morceau de truffe avec un morceau de lard dans un sabot rempli 
de terre, et, quand ils les ont trouvés par l'odorat, on leur donne 
un petit morceau de pain. Lors de la récolte dans la forêt, chaque 
fois qu'ils ont indiqué une truffe, la même récompense écono- 
mique leur est donnée. Un chien truffier se vend jusqu'à 
100 francs. Les chiens, ainsi menés par les truffiers, quêtent le 



Poireau. j^^j 

long des allées, des sentiers, dans les taillis, et, quand ils rencon- 
trent une truffe, ils s'arrêtent et commencent à gratter la sur- 
face du sol ; le maître donne un coup de pioche et découvre la 
truffe, puis il suit la trace en découvrant le cercle où se trouvent 
les autres tubercules. Une circonstance à noter, c'est que le 
petit chien truflier s'arrête toujours sur une truffe piquée par 
un insecte ; en effet, le parfum de celle-ci est plus développé, 
et cette circonstance explique comment le chien la découvre 
plus facilement que les autres. Quand les truffiers ont fait leur 
récolte en poursuivant les tubercules qui occupent le cercle où 
elles végètent, ils ont soin de piocher la terre, d'enlever les 
mousses : c'est ce qu'ils appellent cultiver les truffes. Ils piochent 
même les truffières déjà exploitées et qui leur paraissent en mau- 
vaise condition. Un bon truffier peut gagner jusqu'à 200 francs 
dans sa saison. 

Sans doute les truffes de Bourgogne et de Champagne n'ont 
pas la qualité de celles du Périgord ; mais celles qui sont bien 
mûres exhalent cependant un parfum presque aussi agréable. 



La truffe change plusieurs fois de couleur, selon son degré de 
maturité ; c'est ce qui a donné naissance à une classification fan- 
taisiste des truffes en Manches, grises, noires et violettes. C'est une 
erreur. La truffe, lorsqu'elle commence à paraître, est d'abord 
blanche, et cette règle est sans exception; ensuite elle devient 
grise. Enfin, quand arrivent le froid et les gelées, elle revêt cette 
couleur noire qui indique qu'elle a atteint son plus haut point de 
maturité et qu'elle possède toutes les qualités désirables d'arôme 
et de parfum. Cet état de perfection ne dure pas longtemps ; 
à peine les froids passés, elles redevient grise, molle, fade, sans 
parfum ; elle passe sans retour comme la fleur qui se flétrit sans 
qu'une main intelligente soit venue la cueillir. 

Pour prévenir cet accident, et pour avoir des truffes en tout 
tem.ps, on a imaginé de conserver les truffes. On les fait cuire 



438 Commentaires de l'Ecole de Salerne. 

au bain- marie, dans de l'eau ordinaire ou dans de la gelée de 
poulet, et on bouche hermétiquement les flacons, qu'on a soin 
d'ouvrir seulement au moment de s'en servir. 

Mais quelque précaution qu'on prenne, la truffe conservée n'a 
jamais cette finesse de parfum, cette délicatesse de goût de la 
truffe fraîche si chère aux gastronomes de toutes les époques. 



Les Grecs, et les Romains surtout, en faisaient grand cas et 
abondante consommation. 

La truffe fut oubliée depuis l'invasion barbare. 

Eustache Deschamps , magistrat et poète du temps de 
Charles VI, composa une satire contre ce ragoût noir, dont les 
CDurtisans faisaient leurs délices. 

La truffe ne fut retrouvée qu'à la fin du siècle dernier, où elle 
fut remise en honneur par les petits soupers. La Restauration et 
le règne de Louis-Philippe furent son apogée ; elle trouva alors 
des estomacs dignes de la comprendre, des poètes capables de la 
chanter . Depuis cette époque , la délicatesse gastronomique 
s'est un peu perdue. Si la truffe est toujours en honneur, elle 
le doit surtout à son prix sans cesse croissant ; et la plupart de 
ceux qui se délectent à en manger répondraient volontiers comme 
cette dame, à qui l'on disait que la dentelle allait devenir très 
bon marché : 

« Si elle devient bon marché, nous n'en porterons plus . » 

Chez nous, où les vaniteux sont cent fois plus nombreux que 
les délicats (déHcats en matière de cuisine comme en choses d'es- 
prit), la plupart de ceux qui mangent des truffes ont plus de 
plaisir à le dire qu'à les manger. 

On a inventé bien des manières de manger les truffes : truffes 
à la serviette, truffes au vin de Champagne, ragoût de truffes, 
truffes au gratin, truffes à la cendre. Les raffinés vous diront que 
la truffe vaut cent fois mieux comme accompagnement que 



Poireau. 4^^ 

comme plat principal ; ils préféreront une poularde ou un faisan 
truffé à un plat de truffes à la serviette. Enfin, au risque de vous 
scandaliser, ils ajouteront que ce qu'il y a de meilleur dans la 
truffe, c'est le parfum, c'est le fumet qu'elle communique à la 
volaille ; qu'une fois cuits, ces quartiers de truffes ont abandonné 
tout leur suc, et que les manger c'est se charger inutilement l'es- 
tomac. Voilà ce que disent les raffinés, dont on se gardera bien 
de suivre l'exemple. 



Ce n'est pas seulement en France que la truffe est estimée ; les 
étrangers en font aussi grand cas. Le prince Demidoff a inventé 
une salade de pommes de terre et de truffes, à laquelle il a donné 
son nom, et dont nous voulons donner la recette à nos lecteurs. 
On prend six cents grammes de truffes cuites au vin de Madère, 
et la même quantité de pommes de terre cuites au sel ; on les 
émince et on les assaisonne de sel, huile, poivre, vinaigre et ra- 
vigote. On y ajoute des carottes, des navets, et l'on fait cuire à 
l'eau de sel. Puis on dresse le tout en forme de pyramide, en 
introduisant une tête d'asperge dans chaque navet et chaque 
carotte. En vérité, ce n'est pas trop cosaque ! 

Le Piémont possède une truffe spéciale, dite truffe blanche, à 
cause de sa couleur. Elle se mange sans être cuite, et ordinaire- 
ment en salade. Cette truffe, qui a un goût piquant et original, 
ne vaut pas la truffe noire. 

Les truffes des environs de Turin sont remarquables par un 
petit goût d'ail qui ne nuit pas, dit-on, à leur perfection. 



La truffe, qui est une espèce de champignon, constitue un 
aHment très nourrissant, stomachique, et néanmoins lourd, mal- 
sain, qui se digère difficilement. 

La truffe passe pour un très bon aphrodisiaque. 



440 Commentaires de FEcole de Salerne, 

Hector Chaussier a voulu sans doute faire une plaisanterie, 
lorsqu'il a dit que la truffe contenait le principe de la goutte et 
que l'usage de ce cryptogame donnait cette maladie. 

Page ii6. — Noix. 

Les noix, qui sont le fruit du noyer, Juglans regia, sont très 
indigestes ; cependant un grand nombre de personnes en ont 
mangé plus de trois sans être mortes. Il ne faut donc point pren- 
dre à la lettre l'aphorisme, où il y a un peu d'hyperbole. 

Arnauld de Villeneuve prétend que l'Ecole de Salerne a voulu 
désigner dans cet aphorisme la noix muscade, la noix commund 
et la noix vomique. C'est peu probable, ce qui précède indique 
bien qu'il s'agit ici de la noix qui se mange au dessert. 



Les noix se consomment sous quatre états différents. 

Lorsque le fruit est vert, on le confit au sucre ou à l'eau- 
de-vie pour en faire une liqueur stomachique appelée brou de 
noix. 

Lorsqu'il est plus mûr, ce fruit prend le nom de cerneau et 
forme un mets recherché, assaisonné de vin ou de vinaigre. 
Le vin d'Orléans est uniquement un vin de cerneaux, mais il 
n'est bon à boire que pendant le mois d'avril. 

Au mois de septembre, les noix atteignent leur parfaite ma- 
turité, et c'est le moment où la consommation est la plus 
grande. 

Enfin pendant l'hiver, on vend des noix qui ont séché au 
soleil ou dans des greniers. 



On tire des noix une huile excellente, qui est très appréciée 
dans certains départements. Elle sert également à brûler et à 



Poire et pomme. 441 

assaisonner les aliments. Son seul défaut est d'avoir une saveur 
prononcée qui ne convient pas à tout le monde. Cette huile sert 
aussi en teinture à fabriquer un noir qui est inaltérable. 

Les anciens tiraient de la noix une liqueur dont ils se servaient 
pour teindre la laine et les cheveux. 

Toutes les parties de l'arbre qui produit les noix possèdent un 
principe qui exhale une odeur particulière pendant les chaleurs. 
C'est pour cette raison qu'il est imprudent, en été, de se reposer 
longtemps à l'ombre d'un noyer. 

Le bois du noyer est très employé en ébénisterie ; les par- 
quets sont souvent faits en noyer. Ce bois alimente plusieurs 
fabriques de la Haute- Vienne pour la fabrication des sabots. 

Les coques de certaines noix sont employées dans la tablet- 
terie : on en fait une foule de petits objets sculptés. 

Autrefois, à Rome, les noix jouaient un grand rôle dans les 
mariages. Le jour de ses noces , le nouveau marié faisait une 
ample provision de noix qu'il jetait à tous les enfants ; cela 
signifiait qu'à compter de ce jour il renonçait aux jeux de Ten- 
fance. 

Page 116. — Poire et pomme. 

La poire crue, tendre et fondante, remplie d'un jus exquis, 
est très salutaire ; elle est, au contraire, venteuse et indigeste 
quand elle est dure ou âpre, comme l'espèce sauvage : le vin 
aide à sa digestion, mais l'école de Salerne a voulu dire, je 
crois, que le vin est bon après la poire; d'où le dicton popu- 
laire : 



Après la poire, 
Donnez-moi à boire. 



On compte plus de deux cents variétés de poires, qui ont cha- 
cune leur nom. Les meilleures poires sont le heuvré, le Imirré 

25. 



442 Commentaires de V Ecole de Salerne. 

d'Angleterre, les doyenné, crassane, messire jean, les bons chrétiens 
saint- germain, colmar, catillac, martin sec, épargne, etc. 

La poire cuite est d'une digestion encore plus aisée que la 
crue. 



La pomme, dont le tissu est dur et compact, se dissout len- 
tement ; si l'on n'a soin de la bien diviser et écraser sous les 
dents, elle cause des pesanteurs d'estomac, des aigreurs. Il vaut 
mieux manger les pommes cuites et assaisonnées de sucre. 

Il existe cent variétés de pommes. Les meilleures sont toute la 
famille des reinettes, la calville ronge et Manche, la pomme d'or, 
Vapi, etc. 



Page ii8, — Cerise. 

Le cerisier, Prunus cerasus, n'a point été introduit en Europe 
par Lucullus, comme on le croit communément, puisqu'on 
l'a trouvé, de tout temps, dans les bois des diverses contrées 
de l'Europe. 

Les CERISES offrent un grand nombre de variétés par rapport à 
Ja grosseur, à la couleur et à la saveur. 

Elles contiennent toutes du sucre : elles fournissent un ali- 
ment agréable, rafaîchissant et facile à digérer. 

Malgré le conseil d'Arnauld de Villeneuve, il faut avoir soin 
de ne pas avaler les noyaux des cerises, même sous le prétexte 
de se nettoyer l'estomac, parce qu'ils pourraient causer une 
constipation mortelle. 

Quant aux vertus des cerises contre la pierre des reins ou de 
la vessie, attribuées par l'École de Salerne à l'amande des 
noyaux de cerise, elles sont nulles; nous dirons même qu'il 
n'existe point de lithontriptiques ou de substances qui aient 
la propriété de fondre le calcul, ce qu'on croira d'autant plus 



'rime. 



443 



facilement que les liquides capables de dissoudre un corps aussi 
dur auraient percé cent fois la vessie et les parties environ- 
nantes avant d'avoir même attaqué la pierre dans cet organe. 

Arnauld de Villeneuve dit aussi, pour montrer que les cerises 
donnent du sang pur, des forces et de l'embonpoint, que les petits 
oiseaux n'ont jamais le foie plus gros que lorsqu'ils s'en nourris- 
sent. 



Les GUIGNES et les bigarreaux sont plus doux au goût et plai- 
sent ordinairement plus que les cerises ; mais ils sont pesants et 
indigestes quand on en mange une certaine quantité, ce qui pro- 
vient ordinairement de ce qu'on les avale à moitié mâchés. 



Les MERISES rouges et noires sont plus humectantes et rafraî- 
chissantes que les autres espèces de cerises. C'est des merises 
qu'on retire la liqueur qu'on nomme Urschenivasser, ou eau-de-vie 
de cerises, ou marasquin. 

Page ii8. — Prune. 

Les PRUNES, dont il y a plus de deux cent cinquante variétés, 
n'ont été apportées à Rome, des environs de Damas, où le pru- 
nier croît naturellement, qu'au temps de Caton l'Ancien. Les 
meilleures prunes sont : la reine-daude , la sainte-catherine, Isgros 
et le petit damas. 

Les prunes fraîches contiennent des sucs agréables, doux, mu- 
cilagineux, fondants, qui ont des propriétés rafraîchissantes. 

Les meilleurs pruneaux viennent d'Agen, de Brignoles et de 
Tours. 

Les pruneaux cuits sont d'une facile digestion ; mais ils sont 
plus laxatifs que les prunes crues. 



444 Commentaires de VÊcole de Salerne. 



L'effet laxatif des pruneaux a été bien connu des Anciens ; car 
on trouve dans Martial ^ : 

Prima peregrinœ carie riigosa senectœ 
Siime : soient diiri solvere ventris omis. 

Ces pruneaux étrangers, ridés par leur vieillesse, 
Donneront à ton ventre une grande souplesse. 



Les FRUITS DU PRUNELLIER, PRUNELLES, PrUflUS SpinoSU, Un pCU 

acides et astringents avant que leur maturité soit complète, de- 
viennent assez doux et laxatifs quand ils sont cueillis après les 
premières gelées de l'hiver. 



La FRAISE, Fraga, compte de nombreuses variétés; les plus 
connues et aussi les plus estimées sont la fraise des Alpes, 
la fraise Gaillon, la fraise royale, la fraise ananas et la fraise 
anglaise. 

Les premières fraises, très petites et d'un rouge foncé, nous 
sont envoyées, dans des boîtes, par le midi de la France, notam- 
ment par les départements des Pyrénées-Orientales et du Var. 
Il semble même que ce dernier département ait le monopole de 
la culture de ce végétal, car les environs d'Hyères et de Toulon 
en sont littéralement couverts. Ce que ce département envoie de 
fraises aux Parisiens dépasse toute croyance. Cette exportation se 
fait communément dans de petits pots de terre cuite rouge, re- 
couverts de foin et coiffés de papiers gris. 

La fraise anglaise, très grosse et d'un rouge foncé, est pour 
ainsi dire de fabrication anglaise. C'est à force de soins et d'ar- 
tifices que les horticulteurs d'outre-Manche ont obtenu ce fruit, 
plus gros que nature. 

Après la fraise anglaise, il faut placer, comme saveur et comme 

I. Martial, Liv. XIII, ép. 29. 



Prune. 



445 



parfum, la fraise des Alpes; elle a en outre une précieuse faculté : 
celle de pouvoir se reproduire toute l'année, en pleine terre, ce 
qui lui a fait donner le surnom de fraise des quatre saisons. 
La fraise ananas, quoique plus grosse, est moins estimée des 



gourmets. 



Les petites fraises des vignes ou des bois doivent leur être pré- 
férées sans aucun doute; elles sont bien meilleures et plus salu- 
taires ; elles sont tendres, nourrissantes et faciles à digérer. 



L'importance des fraises, au point de vue commercial, n'est 
pas aussi considérable pour Paris qu'on se le figure générale- 
ment. Les énormes quantités qui se débitent soit aux marchés, 
soit dans les rues, arrivent aux Halles des environs de la capi- 
tale. Bagnolet possède la plus grande quantité de fraisiers : on 
y compte près de 300 cultivateurs. 

Dans les bonnes terres, et lorsque la saison est favorable, on 
récolte 6 paniers de fraises par 100 mètres carrés de superficie. 
On fait généralement huit cueillettes par an pour chaque plant 
de fraises. Un are produit donc 48 paniers, et 1,000 mètres 480 
paniers; en les estimant en moyenne à i fr. 50, — on les vend 
de I fr. 25 à 2 fr. le panier, — on trouve qu'un hectare rap- 
porte 720 francs. Sur cette somme, on peut compter moitié 
bénéfice. 



La fraise contient un suc légèrement acide, qui fait qu'elle dé- 
saltère et rafraîchit. C'est un fruit qui convient surtout aux per- 
sonnes bilieuses et sanguines Cependant celles qui ont un esto- 
mac délicat ne doivent pas en faire un usage trop fréquent, parce 
que la fraise est froide à l'estomac. On remédie à cet inconvé- 
nient en les assaisonnant avec du vin et du sucre. 

L'usage des fraises produit de singuliers effets sur l'économie. 
On cite des guérisons inespérées qui lui sont dues. 



44^ Commentaires de l'Ecole de Salerne, 

Linné, le célèbre naturaliste suédois, souffrait de la goutte. La 
souffrance était telle qu'il fut obligé d'interrompre ses travaux. 
Sur le conseil d'un médecin, il se mit à manger une grande 
quantité de fraises. Au bout de quelque temps, il se trouva sou- 
lagé ; les années suivantes, la goutte reparut, mais moins 
intense, et, au bout de quatre ans du même régime, Linné se 
trouva débarrassé de son infirmité. 

D'après Boerhaave, les graines de fraises infusées dans le vin 
blanc apportent un soulagement aux personnes atteintes de gra- 
velle et d'affection calculeuse. 

Van Swieten assure que des maniaques ont été rendus à la 
raison par l'usage quotidien des fraises. 

Les fraises écrasées avec du miel ont la propriété , d'après 
Apulée, de calmer les douleurs qui ont leur siège à la rate. 

Enfin^ les fraises sont employées avec avantage dans les ma- 
ladies inflammatoires. 



Les FRAMBOISES sont le fruit du Riibus idaiis^ ou ronce du 
mont Ida. Elles ont à peu près les bonnes qualités des fraises, 
mais elles ne sont pas aussi agréables. Il faut les mêler aux 
fraises et prendre garde qu'elles ne contiennent des vers, aux- 
quels elles sont fort sujettes. 



Les GROSEILLES ROUGES et bknches sont le fruit du groseillier 
commun, Rihes ribriim; elles sont rafraîchissantes, antibilieuses, 
et salutaires aux personnes sanguines, et dans les chaleurs de 
l'été. 

La GELÉE DE GROSEILLES foumit uue nourriture légère qui con- 
tient peu de principe nutritif, et fort convenable aux convales- 
cents et aux individus dont l'estomac affaibli a de la peine à 
digérer des aliments plus nourrissants. 



Mures. 447 

La GROSEILLE NOIRE OU CASSIS a les mêmes qualités que les 
autres groseilles, excepté que le principe que cette baie contient 
la rend légèrement excitante et diaphorétique. 

Page 118. — Mure. 

Il y a deux espèces de mûres : les blanches, qui sont fades ; 
et les noires, qui sont d'une saveur agréable, douce et légère- 
ment acidulé ; elles sont tempérantes et rafraîchissantes, et n'ont 
rien de malfaisant. 

En les écrasant et les mêlant à une certaine quantité d'eau, on 
peut en faire une boisson qui , comme l'eau de groseille , est 
bonne contre les fièvres inflammatoires, bilieuses et putrides. Le 
sirop et le rob de mûres ont les mêmes propriétés, mais ne jouis- 
sent d'aucune vertu spécifique contre les maux de gorge, malgré 
la grande réputation qu'a ce sirop dans le monde non médical. 

Les Anciens faisaient grand cas des mûres; regardant ce fruit 
comme salutaire, ils recommandaient de le manger à la fin du 
repas : 

ille salubres, 
^States peraget, qui nigris prandia moris, 
Finiet,ante gravem quœ legerit arbore solem ^ 

Celui qui sur la fin du repas se restaure 
Par le fruit teint du sang de Pirame et Tliysbé, 
Et que Ton a cueilli au lever de Taurore, 
Passera ses étés en fort bonne santé. 



Page 119. — Pêche, raisin sec et raisin frais. 

Les PÊCHES sont le fruit d'un arbre originaire de l'Asie et de 
l'Amérique. Ces fruits, dont il existe beaucoup de variétés, sont 
aussi salutaires qu'agréables. 

I. Hor., 1. II, sat. 4. 



44^ Commentaires de VEcole de Salerne. 

Les pêches que l'on cultive aux environs de Paris sont com-_ 
prises dans quatre divisions : a 

1° Les PÊCHES TROPREMENT DITES, dont la chair se détache 
aisément de la peau et du noyau ; 

2° Les PAViES, dont la chair ferme ne quitte ni la peau ni le 
noyau ; 

3" Les PÈCHES VIOLETTES, six variétés; elles ont Kpeau vio- 
lette, la chair blanche ou jaune, qui quitte le noyau; 

4° Les BRUGNONS, qui ont la peau violette et la chair blanche 
ou jaune, adhérente au noyau. L'espèce brugnon a une chair 
cassante et un suc fort doux. 

Les pêches sont bonnes dans le vin, comme le dit l'École 
de Salerne. 



Les ABRICOTS, Armeniaca, sont bons et salutaires; mais leur 
peau est très indigeste. 

L'abricotier est originaire de la haute Asie ; il croît sans cul- 
ture en Perse et y donne des fruits plus savoureux que partout 
ailleurs. On compte en France une quinzaine de variétés d'abri- 
cots. La meilleure est V abricot angoumois, qui a l'amande douce 
et agréable à manger. 

L'abricot précoce ou musqué n'a pas besoin d'être greffé ; il se 
reproduit fort bien de ses noyaux. 

Souvent il y a trop de fruits sur un abricotier; il faut alors 
en ôter une partie. 

L' ABRICOT-PÊCHE est le plus gros, très parfumé et se repro- 
duit de ses noyaux; il est préféré à toutes les autres espèces. 

Les pêches, les abricots et tous les fruits à noyaux doivent 
être cultivés, afin de perdre le goût acerbe, 'sauvage, et devenir 
doux et savoureux, comme cela a lieu pour la pêche. 



Pêche, raisin sec et raisin frais. 449 



Le RAISIN, bien mûr, contient beaucoup de sucre, et il est très 
nourrissant. C'est peut-être le fruit le plus salutaire que nous 
ayons; la nature nous le fournit précisément dans la saison qui 
succède aux chaleurs de l'été, pour humecter notre corps des- 
séché, corriger et fondre la bile épaissie dans les canaux biliaires . 
Sans pépins et sans peau, il est plus rafraîchissant; cependant il 
est bon d'avaler au moins une certaine quantité de ces peaux 
après les avoir bien mâchées. 

Il est un préjugé dangereux : c'est qu'il faut manger les rai- 
sins à moitié mûrs, afin qu'en purgeant ils fassent du bien. Ils 
ne produisent évidemment la diarrhée qu'à la suite des indiges- 
tions qu'ils causent : il faut toujours préférer les raisins les plus 
mûrs. 



Les ANANAS, Bromelia ananas^ sont le fruit d'une des plus belles 
plantes du règne végétal, dont il y a dix à douze espèces. Cette 
plante, originaire de l'Afrique, s'est bien naturalisée en Amé- 
rique. 

L'ananas est cultivé aux Antilles en quantités considérables. 
De larges plaines sont couvertes de ces plantes vivaces. Le sol 
des plantations d'ananas ressemble, aux yeux des Européens qui 
visitent les Antilles, à un champ peuplé d'artichauts. 

Il se fait une exportation fort importante d'ananas de la Mar- 
tinique et de la Guadeloupe en Europe. Quelle que soit la pro- 
enance des ananas, c'est-à-dire quelle que soit l'île d'où ils sor 
tent, on peut les considérer comme de qualité excellente, pourvu 
que cette île fasse partie de l'archipel colombien. Toutes les Ai\ - 
tilles, en effet, produisent d'excellents sujets. 

L'ananas, qui est de la grosseur et de la forme d'une pomme 
de pin, est un mets excellent^ dont le goût semble réunir en lui 
celui de la fraise, de la framboise et de la pêche. 

A Paris, l'ananas a pris dans l'alimentation un rang distingué. 



450 Commentaires de F Ecole de Salerne. 

Sa consommation s'est développée rapidement, grâce à la modi- 
cité du prix auquel on livre ce fruit sur les marchés de nos ports 
de mer. 

Il y a peu d'années, on s'arrêtait devant une boutique de pri- 
meurs, en contemplation devant un ananas coupé ou sur sa tige. 
Il était coté 20 et 25 francs; aujourd'hui, c'est par tas que ce 
fruit est exposé, et pour la minime somme de 2 ou 3 francs on 
peut avoir un ananas de grosseur moyenne. Il figure sur la 
table modeste du bourgeois comme sur la table luxueuse du 
financier. 

On était fort en retard en France pour admettre l'ananas 
parmi les fruits de haut goût. Depuis le miUeu du xvi^ siècle, on 
connaissait et on consommait l'ananas en Angleterre et en Es- 
pagne ; mais c'est seulement vers le milieu du xviiie siècle qu'il 
a été connu en France. 

Il a fallu l'initiative royale pour donner le droit de cité à ce 
délicieux sujet de la famille des broméliacées. 

Louis XV, étant allé à sa résidence de Choisy-le-Roi, remar- 
qua dans les serres chauffées des bouquets de feuilles aiguës à 
scie, surmontant une espèce de pomme de pin, et au bas de la 
tige de longues feuilles plates ; c'était un produit tout à fait in- 
connu du roi et de sa suite. Le jardinier apprit au souverain 
que c'étaient des ananas, dont il faisait des essais de culture très 
réussis. Le lendemain, on servait à Versailles^ sur la table du 
roi, un ananas d'un assez fort volume ; le feuillage était très 
fourni. Louis XV se montra avide de manger ce nouveau fruit. 
On le découpa en tranches, et on le présenta au monarque sans 
enlever la carapace qui garnit cette magnifique pomme des An- 
tilles. 

Louis XV mordit à belles dents et fit une épouvantable gri- 
mace. L'acide que contient l'enveloppe du fruit lui avait brûlé 
les lèvres, et il rejeta avec humeur la tranche d'ananas sur son 
assiette. 

On parla beaucoup de l'aventure, et les grands seigneurs se 



Orange. 451 



'6' 



hâtèrent de se procurer ce fruit perfide, qui avait osé égratigner 
les lèvres du monarque. 

Bientôt l'ananas se montra sur les tables aristocratiques. Les 
jardiniers des résidences royales eurent ordre de le cultiver 
d'après la tradition du jardinier de Chois3^-le-Roi, et l'on obtint 
des sujets fort remarquables. 

Oublié pendant la Révolution et l'Empire, il revint en hon- 
neur sous Louis XVIII, qui, très gourmet, on le sait, voulut que 
l'on reprît dans les serres de Versailles la culture de l'ananas. 
Lorsqu'on servait l'ananas à la table du roi, il appelait avec 
insistance l'attention de ses convives sur la manière dont il en 
assaisonnait les tranches saupoudrées de sucre et légèrement 
arrosées de kirsch. 

L'ananas arrive en Europe par quantités considérables. On le 
cultive en outre avec succès dans tous les jardins potagers, no- 
tamment aux environs de Paris. C'est à cette fréquence d'arri- 
vages et à Tabondante production indigène qu'on est redevable 
de la modicité de son prix actuel 1. 

On le cultive beaucoup en Angleterre, mais dans les serres, et 
en Europe l'ananas est très loin d'être aussi bon que celui des 
pays chauds. 



Les ORANGES, aurantia, sont originaires de la Chine. 

Les oranges les plus estimées et qui méritent réellement de 
l'être viennent de Malte. 

Les îles Açores et en particulier l'île de Saint-Michel pour- 
raient rivaliser avec Malte. 

Les oranges de Messine, de Palerme, de Sorrente, de Reggio 
et de Séville sont assez estimées. 

Ce fruit est excellent et très salutaire, surtout dans les pays 
chauds, et pendant les chaleurs de l'été. 

I. Union médicale^, 7 août 1879. 



452 Commentaires de V Ecole de Salerne. 

Son usage convient beaucoup aux tempéraments ardents, 
bilieux, sanguins, ainsi que dans les fièvres bilieuses et putrides. 

On prépare avec ce fruit de l'orangeade, qui est fort agréable, 
et a le même degré d'utilité que la limonade, pour rafraîchir le 
sang échauffé ou enflammé. 



Les CITRONS, citrea, et les limons sont plus acides. 
On compte plus de cent variétés de ces fruits ; leur écorce 
renferme une huile essentielle, amère, tonique et excitante. 

Page 119. — FicîuE. 

Les FIGUES sont le fruit d'un arbre qui croît dans l'Europe 
occidentale. On fait un grand usage de figues dans les îles de 
TArchipel, en Italie et en Espagne. Il y a plus de cent variétés 
de ce fruit, soit rouges, blanches, jaunes, violettes ou noires, etc. 
On ne connaît pas ou plutôt on connaît mal la figue à Paris, 
C'est en Provence et en Languedoc qu'il faut manger ce fruit 
exquis. Comparée à celle de ces provenances, la figue verte d'Ar- 
genteuil est le vin de son terroir comparé aux riches crus de 
Laffite ou de Margaux. 

Les figues ont presque toutes les vertus que leur attribue 
l'Ecole de Salerne. 

Les figues fraîches sont pesantes et indigestes quand on en 
mange beaucoup, à cause de leur peau, qui ne contient pas au- 
tant de sucre et de mucilage que leur intérieur, c'est-à-dire les 
réceptacles charnus que l'on nomme figues . 

Les figues sèches sont plus sucrées et plus nourrissantes que 
les fraîches; elles fatiguent un peu les organes digestifs par leur 
propriété relâchante. Les figues, étant donc très nourrissantes et 
laxatives , ne conviennent pas aux individus qui ont beaucoup 
d'embonpoint. 



Nèfle. 453 

Elles sont bonnes pour la poitrine , comme adoucissantes et 
émollientes; c'est par ces derniers effets qu'elles deviennent un 
fort bon maturatif, lorsqu'on les applique cuites en cataplasme; 
elles peuvent ainsi faciliter la sortie d'une esquille d'os, en ra- 
mollissant une tumeur et favorisant sa maturation; mais, maloré 
l'autorité de Galien et d'Oribase, nous nions les vertus que 
TEcole leur attribue d'engendrer des poux et de provoquer aux 
plaisirs de Vénus, de même que celles de faire disparaître les uns 
et les autres . 

Le suc laiteux du figuier est acre et caustique , et on peut 
s'en servir pour détruire les verrues. 



Les JUJUBES, Jujiiha, diffèrent peu des figues. Les jujubes sont 
des fruits ovales, d'un rouge orangé, de la longueur d'un pouce, 
de la forme de l'olive, et dont la pulpe recouvre un noyau très 
pointu, à deux loges, renfermant chacune une seule graine. Ces 
fruits mûrissent dans les contrées méridionales de l'Europe. On 
mange les jujubes fraîches en Languedoc et en Provence ; leur 
chair a une saveur aigrelette et vineuse assez agréable. En dé- 
coction, elles sont adoucissantes et pectorales. On en prépare des 
tablettes bonnes pour calmer la toux . 

Page 120. — Nèfle. 

Les NÈFLES sont le fruit du néflier , Mespihis germanica; 
d'abord acerbes et astringentes, elles sont douces et assez agréa- 
bles quand elles sont devenues molles, soit par le laps de temps, 
soit par l'impression du froid : alors elles ont beaucoup moins 
d'astringence ; mais elles sont indigestes. ' 

Il y a six espèces de néfliers et plusieurs variétés. 



454 Commentaires de V Ecole de Salerne. 



Page 120. — Grenade. 

Les GRENADES sont le fruit du grenadier, Pimica, qui croît 
spontanément dans l'Asie, l'Afrique, aux environs de Carthage, 
dans l'Europe méridionale II y a dix variétés de grenadiers : à 
fleurs simples, doubles, jaunes, panachées de jaune, etc. ; le 
grand grenadier ou grenadier cultivé, Punica gratmîum, grenadier 
à fruit doux et grenadier à fruit acide. 

La pulpe des grenades est nourrissante, sucrée, acidulé, très 
rafraîchissante et antiseptique. Les malades atteints des fièvres 
bilieuses et putrides aiment beaucoup à prendre de ces graines 
dans la bouche, parce qu'elles ont quelque chose de frais et 
d'acidulé sucré, très agréable. 

Les fleurs du grenadier, connues sous le nom de balaustes, de 
même que son écorce, s'emploient en médecine, comme astrin- 
gents. 

Page 120. — Châtaigne. 

Les CHATAIGNES sont les fruits du châtaignier, Castanea syîves- 
tris. Cet arbre, qui peut vivre au delà de mille ans, est indigène 
à l'Europe. 

Il existe plusieurs variétés de châtaignes. 

Ces fruits sont plus salutaires bouillis que rôtis ; ils sont un 
aliment fort agréable, dont on se nourrit dans plusieurs provinces 
de la France. Cependant les châtaignes sont indigestes et surtout 
venteuses, comme l'exprime fort bien le vers suivant, dont Fhar- 
monie im.itative rend superflue toute traduction : 

Castaneœ molles faciunt laxare pudentes. 

Le marron est une variété des châtaignes, plus grosse que la 
châtaigne ordinaire. Les plus délicats sont ceux du Périgord, du 



Chat ai me. 455 



'6 



Lyonnais et des montagnes des Cévennes ; mais il y a en Italie 
et en Espagne, surtout dans les montagnes de Léon, des châtai- 
gnes meilleures que les marrons. 



Les OLIVES, OUva, sont les fruits d'un arbre indigène de l'Eu- 
rope méridionale, Olea Europaa, et de l'Asie ; il y a treize variétés 
d'oliviers. 

On recueille les olives en octobre , avant qu'elles soient 
mûres; pour l'usage de la table, on les lave dans une lessive de 
cendres, afin de leur enlever leur âcreté ; on les assaisonne, et 
on les met dans des barils. 

Les olives sont toniques et astringentes, pesantes et indigestes» 

Ce fruit fournit la précieuse huile d'olive; la meilleure est 
celle qui conserve un peu de sa partie colorante verte et qui a 
été extraite sans l'aide de la chaleur ni d'aucune fermentation 
préliminaire : elle se gèle par le moindre froid; elle n'a point 
d'odeur ni de goût ; elle se digère difficilement. Celle qui est 
jaune est la plus commune; elle provient d'olives qu'on a lais- 
sées en tas fermenter et s'échauff'er,, afin de l'extraire plus aisé- 
ment : celle-là est plus fluide ; elle a une odeur et un goût plus 
ou moins désagréables ; elle est plus pesante et rancit plus vite^ 
car l'huile d'olive est un aliment assez indigeste. 



Les COINGS^ Cidonia, ont été apportés de Crète en Italie. 

Les coings ont une odeur forte qui porte à la tête ; aussi doi- 
vent-ils être gardés dans un lieu aéré. 

Ces fruits sont acerbes et astringents; on ne les mange que 
cuits : les confitures et la pâte de coings sont stomachiques et 
serrent le ventre. 



Les DATTES, Dactyli, sont les fruits du dattier, Phœnix, qui 
croît naturellement et est cultivé dans les terrains sablonneux de 



45 6 Commentaires de F Ecole de Salerne. 

l'Inde, de l'Arabie, de l'Afrique septentrionale, et dans le midi 
de l'Espagne. On distingue vingt espèces de dattes. Ce fruit est 
un drupe charnu , ovale, comme une grosse olive ; il renferme 
un noyau qui recouvre une amande oblongue. Les meilleures 
dattes sont jaunâtres, fermes, demi transparentes, sucrées et 
odorantes. C'est un des meilleurs fruits que la nature offre aux 
hommes. 



Les BANANES sont les fruits du bananier, Musa, qui fournit un 
grand nombre d'espèces ; mais les principales sont le bananier 
commun, Musa paracUsiaca, ou à fruit long, et nommé plantanier 
par les Espagnols ; et le bananier à fruit court, Musa sapientum. 
Ces deux arbres croissent en Afrique et dans les Indes orientales 
€t occidentales. 

Les bananes de ces deux arbres fournissent un aliment un 
peu sucré, adoucissant, excellent et très sain. On les mange crues 
ou cuites, ou séchées et réduites en farine. 



La FIGUE banane, qu'on nomme aussi bacove, produite par 
le bananier à fruits courts, se mange toujours crue ; sa chair est 
fraîche, bonne, délicate. 

Les bananiers ne donnent jamais leur fruit qu'une seule fois. 
Quand ils l'ont donné, si la tige n'est pas coupée, elle se flétrit, 
se sèche peu à peu, et tombe ; mais à peine un bananier a-t-il 
été abattu, qu'il est remplacé par ses rejetons , de manière que 
les bananiers se multiplient eux-mêmes et forment une généra- 
tion non interrompue d'individus de la même espèce, qui offrent 
à l'homme des fruits délicieux, qu'il n'a que la peine de cueillir. 
Les tiges des bananiers étant fraîches, épaisses, conservent long- 
temps leur fraîcheur ; on les donne à manger aux bœufs et aux 
moutons, qui les aiment beaucoup. 



Cacao. 457 

Le CACAO est une espèce d'amande ressemblant à la pistache, 
un peu plus grosse qu'une olive charnue, un peu violette et 
lisse ; elle est renfermée dans le fruit du cacaoyer, Theobroma, 
qui en contient de vingt-cinq à quarante. Ce fruit, qui ressemble 
au concombre par la forme, est rougeâtre ou jaune quand il est 
mûr; c'est une capsule coriace, raboteuse et marquée de dix 
stries ou côtes. Il est divisé, dans son intérieur, en cinq loges, 
remplies d'une pulpe gélatineuse acide, qui enveloppe les aman- 
des, et qui désaltère et rafraîchit agréablement. 

Le cacao torréfié, et mêlé par trituration avec le sucre et quel- 
ques aromates, constitue le chocolat, dont on fait une si grande 
consommation en Amérique et en Europe. Le chocolat où l'on 
fait entrer la cannelle ou la vanille est plus stomachique et plus 
sain que le chocolat ordinaire, dit, fort mal à propos, chocolat de 
santé. Le chocolat est doux, un peu tonique, et un des meil- 
leurs aliments que l'on puisse donner aux individus faibles et 
épuisés, aux convalescents et aux vieillards. Il ne convient pas 
aux constitutions sanguines, chaudes, aux bilieux, aux per- 
sonnes irritables et nerveuses. 

Mais combien de fraudes ne commet-on pas dans la fabrica- 
tion du chocolat ? On emploie du cacao dont on a extrait le 
beurre, qu'on remplace ensuite par de l'huile ou des graisses. 
On y mêle différentes sortes de farines, surtout celles de pois et 
de lentilles, qui s'y lient mieux que les autres espèces ; on y 
ajoute des amandes grillées, de la gomme adragante ou arabique ; 
on emploie des cacaos acres, anciens ou nouvellement récol- 
tés i. 

Le bon chocolat ne doit présenter dans sa cassure rien de gra- 
veleux. Il doit se fondre dans la bouche et y laisser une sorte de 
fraîcheur, ne point y laisser un goût pâteux, ne contracter enfin 

I . Voyez Chevalier, Mém. sur le Chocolat, sa préparation, 
ses usages, les falsifications qu'on lui fait subir, les moyens de 
les reconnaître [Ann. d'hyg. publ. 2^ série, 1871, tome XXXVI, 
p. 241). 

ÉCOLE. 26 



45 s Commentaires de F École de Saïerne. 

qu'une médiocre consistance quand on le dissout dans l'eau ou le 
lait chauds. 



Page 121. — Amande. 

Les amandes, Amygdaïa, originaires de Syrie, et les noisettes^ 
Aveïlana, sont difficiles à digérer. 

Les deux grandes divisions commerciales des amandes sont les 
amandes en coques et les amandes cassées. Elles se divisent en 
outre, suivant leur valeur, en amandes fines ou princesses, demi- 
fines ou à la dame, molières , matheronnes , aberrannes. Les 
amandes princesses et les amandes à la dame sont les plus re- 
cherchées . 

Les amandes princesses, dont la production moyenne pour 
toute la Provence est d'environ 20,000 balles de 120 kilog., va- 
lent de 160 à 170 fr. les 100 kilog. ; en 1866, la pénurie de la 
récolte a fait monter ce prix à 340 fr. 

Les amandes à la dame valent de 75 à 80 fr., les 100 kilog., 
et de 120 à 130 fr. quand elles sont décortiquées ; leur produc- 
tion annuelle est moitié moindre que celle des princesses. La 
récolte des autres variétés est beaucoup moins importante. 

La production totale des amandes cassées se répartit entre les 
départements de la Provence de la manière suivante : Bouches- 
duRhône , 12,000 balles de 150 kilog.; Hautes et Basses- 
Alpes, 15,000 à 18,000 balles de 120 à 130 kilog. ; Vaucluse, 
8,000 balles de 120 kilog. ; Var, 800 à 1,000 balles de 125 kilog. 
Aix centralise ce commerce. 



Page 122. — AuRONE. 

On connaît deux espèces d'aurone, l'aurone mâle, Arthemisia 
àbrotanum, et l'aurone femelle, Santolina chamœcyparissus . L'une 
et l'autre possèdent les mêmes propriétés, qui sont celles de la 



Ancth. 459 

menthe. Comme tontes les substances amères et aromatiques, 
elles sont toniques et stimulantes ; mais l'usage de ces plantes 
ne peut être suivi d'aucun effet purgatif. 

Page 123. — Absinthe. 

La GRANDE ABSINTHE, Afthemisia ahsinthuuii, a une odeur forte, 
aromatique, et une saveur amère ; elle est tonique. Aussi l'em- 
ploie-t-on souvent avec succès dans les langueurs d'estomac, 
dans tous les cas d'atonie, pour relever Faction des forces lan- 
guissantes ; pour guérir les accès des fièvres, pour tuer les vers 
des intestins, etc. 

L'absinthe produit tous les bons effets que lui attribue l'Ecole 
de Salerne, à l'exception pourtant du tintement d'oreille, qu'elle 
ne saurait guérir sans doute, pas plus que le fiel de bœuf. 

L'infusion de cette plante dans l'eau ou dans le vin est un bon 
moyen pour donner de Tappétit, fortifier l'estomac et aider à la 
digestion. 

Apulée raconte qu'un centenaire empoisonné par des cham- 
pignons sauva sa vie en buvant du vinaigre absinthe. 

Aujourd'hui, les viveurs s'ouvrent l'appétit avec de l'absin- 
the : ils boivent un verre ou deux de la liqueur verte avant 
leur dîner. 

La PETITE ABSINTHE, Artemisia ponticu, a les mêmes vertus que 
la grande absinthe. , 

Page 125. — Aneth. 

L'aneth, Anethum graveolens, abonde, comme le fenouil, qu'on 
nomma aneth doux, en Italie, en Espagne et dans le midi de la 
France. 

Cette plante exhale une odeur un peu forte, mais agréable et 
suave. Elle a les mêmes vertus que le fenouil, particulièrement 



460 Commentaires de TEcole de Salerne. 

ses semences, qu'on emploie le plus souvent ; elle est stomachi- 
que et diurétique. 

L'aneth excite-t-il ou éteint-il Tamour ? Comme toujours , le 
docteur Moreau accorde les controversistes en disant que les 
deux effets sont produits : le premier par l'usage raisonnable, le 
second par l'usage immodéré. 

Page 126. — Anis. 

L'anis, Pimpinella anisum, croît naturellement en Egypte, en 
Espagne, et on le cultive en France. C'est principalement de la 
semence d'anis que l'on se sert ; on l'apporte de la Touraine à 
Paris. Le meilleur vient de l'île de Malte. Les confiseurs nom- 
ment cette graine anis vert quand elle n'est pas recouverte par le 
sucre, et anis à la reine quand elle est en dragée. 

Cette semence aromatique est fort usitée en médecine, par sa 
vertu chaude, stomachique et surtout carminative. On ajoute 
une pincée d'anis aux potions purgatives, pour en corriger le 
mauvais goût. Ces dragées sont employées contre les flatuosités ; 
l'anis sert enfin à aromatiser des liqueurs agréables. 

L'anis étoile, Illicium anisatum, est un arbrisseau indigène de 
l'Asie ; on le nomme aussi badiane. Il nous vient de la Chine et 
du Japon ; mais il pourrait être cultivé dans les contrées méri- 
dionales de la France. Les capsules et les semences de cette 
espèce d'anis sont employées de préférence en médecine, à cause 
de sa saveur suave, douce, aromatique et de sa vertu carminative. 

L'Ecole de Salerne a raison, quand elle conseille de choisir les 
semences d'anis les plus douces ou les moins chaudes. 

Page 129. — BuGLOSE. 

Parmi les plantes utiles dans les affections bilieuses, la buglose 
a toujours eu le premier rang. Qu'elle soit en infusion, en décoc- 



Chélidcine. 461 

tion, ou réduite en suc, elle a la vertu tempérante, diurétique, 
incisive et pectorale. On l'allie ordinairement avec la bourrache, 
qui a les mêmes vertus qu'elle. 

Quelles que soient les vertus médicinales de ces plantes, il 
n'est guère possible d'en user à table pour s'égayer, ni d'en pres- 
crire la décoction à des convives. 



Page 131. — Carvi. 

Les semences du carvi, Cannn carvi, plates d'un côté, ont des 
propriétés analogues à celles de l'anis ; elles ont un goût acre 
aromatique, ainsi que sa racine, et sont une des quatre semences 
chaudes. Les semences du carvi cultivé sont plus grosses et d'un 
arôme moins acre ; infusées dans l'eau, elles lui communiquent 
un goût agréable. Les jeunes racines se mangent en salade. 

Page 132. — Cerfeuil. 

Le cerfeuil a une odeur et un goût aromatique assez agréables ; 
il est apéritif, fondant, diurétique, dépuratif, et même un peu 
stomachique. Pour l'usage externe, on se sert de sa décoction 
comme d'un bon détersif et pour aviver les ulcères ; on l'ap- 
plique en cataplasme sur les ulcères putrides et cancéreux, sur 
les engorgements laiteux et scrofuleux. 

Les autres propriétés du cerfeuil sont fort équivoques. 

Page 133. — Chélidoixe. 

L'ÉCLAIRÉ ou GRANDE CHÉLIDOINE, Cheïidonium majus, croît 
dans les lieux incultes et ombragés, et sur les vieux murs. Cette 
plante contient un suc jaunâtre, amer et caustique, qu'on em- 
ploie pour détruire les verrues, et qui n'est point un poison, 
comme le prétendent les gens du peuple, puisqu'elle a été admi- 

26. 



462 Commentaires de V École de Salerne. 



nistrée à l'intérieur, dans la jaunisse, les obstructions, l'hydro- 
pisie, les dartres. 

Cette plante jouit d'une vertu stimulante assez énergique, et 
l'on s'en sert en médecine, à raison de cette propriété. Extérieu- 
rement, son suc, appliqué avec précaution, a pu être utile comme 
astringent et répercussif dans quelques maladies des yeux, pour 
fortifier les parties externes de l'organe de la vue, réveiller le ton 
des vaisseaux de la cornée ; mais il faut être aussi crédule que le 
bon Pline pour rapporter sérieusement que l'éclairé, malgré son 
nom admirable, qui fait supposer qu'elle éclaircit, ait la vertu de 
rendre les yeux à ceux qui les ont perdus. 



Page 133. — CiGUE. 

Le docteur Harley a fait boire jusqu'à 12 grammes de teinture 
de ciguë, sans effet aucun, à une jeune femme malade d'un abcès 
dans les reins ; on a porté successivement la dose jusqu'à 60 gram- 
mes, absorbés en présence du médecin. L'action a été insensible. 

Le docteur Harley entreprit alors des expériences sur lui-même. 
Commencée à la dose de 5 grammes, la teinture fut absorbée, 
après une progression calculée, jusqu'à la dose de 60 grammes. 
L^efîet fut insignifiant. 

Le jus des feuilles fraîches s'est montré un peu plus actif; 
mais l'auteur de l'expérience put en prendre impunément 12 gram- 
mes. Quant à l'extrait de ciguë, si fort mis en vogue par Storck, 
il n'a donné aucun effet à la dose de i gramme. 

Le docteur Garrod a constaté, dans son hôpital, la même inac- 
tivité avec la teinture de feuilles et la teinture de séminoïdes, 
portée jusqu'à la dose de i once. Les malades accusaient un peu 
de chaleur au creux de l'estomac, mais cette chaleur était attri- 
buée très justement à l'alcool de la teinture. Aucun trouble 
dans l'économie ne fut signalé. 

D'après les expériences qui précèdent, il semble douteux que 



Coriandre. 463 

le poison d'État avec lequel les Athéniens exécutaient leurs con- 
damnés à mort fût composé de ciguë seulement. Rien ne s'op- 
pose à croire que d'autres plantes, plus vénéneuses que la ciguë, 
l'aconit par exemple, ne fussent mêlées à ce breuvage homicide. 

Il est vrai d'ajouter que la ciguë récoltée dans l'Attique pou- 
vait être plus active que celle qu'on récolte dans nos climats 
brumeux. Toutefois cette supposition n'est pas fortifiée par les 
observations faites de nos jours sur cette plante, qu'on a fait 
venir de l'Attique pour ces essais. 

Suivant Dioscoride, le breuvage des justiciers d'Athènes était 
un jus végétal, concentré au soleil et donnant la mort sous un 
petit volume. 

Page 134. - - CiNXAMOME. 

Il serait assez difficile de suivre aujourd'hui le précepte de 
l'Ecole de Salerne, car on ignore ce que les anciens entendaient 
par cinnamome, à moins qu'ils n'aient voulu désigner sous ce 
nom la cannelle, écorce du Lauriis cinnamoinum, ou, comme le veut 
AI. Bonastre, la muscade, ce qui paraît peu vraisemblable, puisque 
la muscade semble n'avoir pas été connue des Romains. Le cinna- 
mome était à la fois un parfum et un médicament. Il venait 
d'Arabie et était d'un prix fort élevé. Dioscoride^ Galien et Pline 
en distinguent de six espèces. On ignore les propriétés thérapeu- 
tiques de cette substance simple ou complexe, bois, écorce ou 
racine, mais de nature végétale, qui servait également à l'em- 
baumement des corps. 

Page 135. — Coriandre. 

La CORIANDRE, CoHandrum sativum, est originaire de l'Italie 
et se cultive dans nos jardins. Cette plante est si puante qu'elle 
ferait trouver mal seulement à la flairer. Son odeur est bien plus 



464 Commentaires de V École de Salerne. 

forte lorsqu'on écrase ses feuilles, et encore plus ses fruits verts ; 
elle ressemble alors à celle de la punaise ; elle est si tenace que, 
malgré qu'on se soit plusieurs fois lavé les mains, elles sentent 
encore mauvais un ou deux jours après. Ces semences, dont il 
est question ici, possèdent une vertu chaude et piquante, et sont 
fort bonnes pour chasser les vents, comme le dit l'Ecole de Sa- 
lerne. Les Hollandais en mettent dans la plupart de leurs sauces, 
et quelques peuples du Nord dans leur pain. On la mâche dans 
le Midi, pour se rendre l'haleine agréable. 

La bonne coriandre est de couleur rousse; elle nous vient ordi- 
nairement de l'étranger. 



Page 136. — Crocus. 

Le SAFRAN CULTIVÉ, Crociis sativus, est une plante bulbeuse 
qui croît spontanément dans la Crimée, dans la Tauride et dans 
plusieurs autres contrées de l'Asie orientale, d'où lui est venu 
le nom de safran oriental. 

On la cultive dans l'Europe méridionale, aux environs d'Avi- 
gnon et ailleurs en France. La couleur du safran est très mar- 
quée, et il teint promptement en jaune les objets qu'il touche. 
Son odeur est pénétrante et stupéfiante ; sa saveur est amère et 
aromatique. 

On n'emploie en médecine et dans les arts que les stigmates 
des fleurs de cette plante. 

Le safran jouit de la vertu tonique, antispasmodique, nervine, 
emménagogue, fondante, résolutive. 

En Angleterre, en Allemagne, en Espagne et dans certains 
départements de la France, on emploie le safran comme assai- 
sonnement. Les paysans du Midi trouveraient le riz mal apprêté 
s'il n'était point assaisonné d'une forte dose de safran. 

On dit aussi que le safran est un bon aphrodisiaque, ce qui est 
plus que douteux. 



Fenouil. 465 



Page 137. — AuNÉE. 

L'aunée, Inula heJentum, qu'on nomme aussi Inula campana, 
vient naturellement dans les lieux humides et dans les bois 
de l'Europe méridionale. 

On n'emploie de cette plante que la racine, qui a une odeur 
suave, et une saveur amère aromatique, un peu acre; elle est 
stomachique, apéritive, désobstruante, diurétique et expectorante; 
mais sa vertu la plus marquée est l'atonie. Aussi s'en sert-on 
dans les cas de faiblesse d'estomac et d'atonie du canal digestif. 

Cette plante, ni la rue, ni aucune autre, n'ont la vertu de faire 
rentrer une hernie. 

Nous ne croyons pas que le mot helenium ait rien de commun 
avec l'amante de Paris, malgré l'autorité du médecin Dufour, 
qui fit une longue tirade de vers en l'honneur de cette plante : 



Qu'est-ce qu'Imda campana ? 
C'est herbe qui d'autre nom n'a; 
Mais je connais bien le contraire, 
Puisque monsieur Tapothicaire, 
Qui la nomme d'un autre nom, 
L'appelle aussi Helenium, 
Des larmes de la belle Hélène, 



Page 138. — Fenouil. 

Le FENOUIL, Anethum fcenicuïum, est une plante ombellifère, 
qui croît dans l'Europe méridionale. Toute la plante exhale une 
odeur forte. 

Les tiges du fenouil sont chaudes, stomachiques, carminati- 
ves, apéritives et diurétiques ; on les coupe pour en remplir la 
cavité de sucre pulvérisé, et le suc de la plante, faisant fondre le 



46 e Commentaires de V École de Saler ne. 

sucre, forme une eau que l'on recueille et garde soigneusement 
pour les maux d'yeux. 

La racine du fenouil est une de celles que l'on nomme apéri- 
tives par excellence. Elle entre dans la composition du sirop des 
cinq racines. 

Les graines de fenouil, dont parle l'École de Salerne, ont les 
mêmes vertus que les autres parties de la plante. Par leur prin- 
cipe aromatique et tonique, elles sont bonnes contre les vents, 
fortifient l'estomac et aident à la digestion ; elles peuvent aussi 
guérir les accès de fièvre intermittente, provoquer la sécrétion 
des urines, mais elles ne jouissent d'aucune des autres vertus 
qu'on lui attribue. 

Page 141. — Hysope. 

L'hysope, Hyssopiis ojficinalis, est un sous-arbrisseau qui croît 
dans les contrées méridionales de l'Europe et qu'on cultive dans 
les jardins. Cette plante a une odeur, une saveur forte et amère, 
aromatique. 

Elle s'emploie en infusion comme un bon expectorant toni- 
que, dans les toux pituiteuses, les rhumes anciens et atoni- 
ques, l'asthme humide et des vieillards, dans les phthisies catar- 
rhales, etc. On fait bien d'ajouter à la tisane d'hysope du miel, 
qui en ém.ousse la force et l'âcreté. 

On peut compter sur les vertus que l'Ecole de Salerne attri- 
bue à l'hysope. L'eau distillée d'hysope passe en efi"et pour un 
bon cosmétique. On dit qu'elle rend la peau du visage lisse, unie 
et souple. On lui attribue même la vertu d'ôter les taches de la 
peau et les rousseurs. Mais il ne faut pas trop compter sur elle; 
elle pourrait bien tromper. En tout cas, c'est une triste ressource 
que d'avoir recours à l'art pour simuler un teint frais et les cou- 
leurs brillantes d'une jeune et innocente beauté. 



Menthe. 467 



Page 144. — Mauve. 

La MAUVE COMMUNE, Molvci rotiindlfoïia, est une des plantes 
les plus utiles que possède la médecine : ses fleurs, ses feuilles et 
ses racines jouissent également de la vertu mucilagineuse, adou- 
cissante et émolliente. Le peuple prend souvent la décoction de 
ses feuilles en guise de tisane, et s'en trouve bien. Elles sont très 
utiles employées en cataplasme et en lavement ; elles ne jouis- 
sent certainement d'aucune vertu emménagogue , puisque les 
mauves ne peuvent que relâcher et calmer, tandis que tous les 
emménagogues sont toniques et irritants. 

La décoction de mauves, prise par la bouche ou en lavement, 
est employée avec succès pour vaincre la constipation. 

Page 145. — Memthe. 

La menthe a plusieurs espèces, dont les plus employées sont : 
la menthe poivrée, originaire de l'Angleterre; la menthe frisée ou 
crépue, et la menthe pouillot ^ 

Toutes les menthes ont une saveur chaude, aromatique, pi- 
quante, un peu camphrée. On préfère néanmoins, pour l'usage, 
la menthe poivrée, dont l'odeur et le goût sont plus agréables et 
les vertus plus énergiques . 

On accorde aux menthes un grand nombre de vertus, et le 
camphre qu'elles contiennent doivent influer beaucoup sur leurs 
propriétés, qui sont de donner du ton à l'estomac, de fortifier 
les nerfs, sinon de les calmer légèrement ; de tuer les vers et de 
combattre les spasmes dans les maladies nerveuses; d'arrêter 
les vomissements, et de chasser les flatuosités. On croyait au- 
trefois que la menthe était infaillible contre les vers. L'eau dis- 

I. Voyez Pouîiot y p. 471. 



468 Commentaires de r Ecole de Salerne. 

tillée de menthe s'emploie, comme excipient, dans les potions 
antispasmodiques et stomachiques. 

Les pastilles de menthe sont mises en usage pour donner à la 
bouche une odeur agréable et exciter l'action digestive; leur 
saveur, un peu chaude, est bientôt suivie d'un sentiment de 
fraîcheur, qui n'est rien moins que réelle. 



La méhsse des jardins, Melissa officinalis , et qu'on nomme 
citronnelle à cause de son odeur de citron, jouit des mêmes pro- 
priétés que les menthes; elle est et avec raison d'un usage plus 
fréquent, à cause de son goût et de son odeur agréables. 

Page 147. — Cresson. 

On compte plusieurs variétés de cresson, sisymhrium nasiuriium; 
les suivantes sont les plus employées : le cresson alénois ou 
cresson des jardins; le cresson des près ; le cresson sauvage ou 
cochUaria; le cresson d'Inde ou la capucine de nos jardins, qu'on 
sert en salade ; et le cresson doré ou saxifrage dorée. 

Toutes ces variétés ont la même vertu. 

Le cresson de fontaine, que le peuple de Paris appelle la santé 
du corps, habite les lieux humides et les bords des ruisseaux. 

Paris, comme le reste de la France, ne connaissait d'autre 
cresson que celui venu à l'état sauvage sur les bords des cours 
d'eau ou dans les flaques des marécages, quand, en 181 1, M. Car- 
don, officier d'administration de la Grande- Armée, étabht à Saint- 
Léonard, près de SenHs, des tosses à cresson pareilles à celles qu'il 
avait vues, formant à Erfurth de beaux tapis de verdure au mi- 
lieu des neiges de l'hiver de 1808 à 1809. 

Dès lors, la culture du cresson prend un grand essor. Des 
cressonnières se creusent dans toutes les vallées des alentours de 
Paris, mais trop souvent pour la iruine des cressiculteurs, au sein 



Cresson. 469 

de tourbières où le cresson brûlait l'été et gelait l'hiver, n'étant 
pas protégé par des sources assez proches et assez abondantes 
pour assurer la prospérité de l'entreprise. En 1855, 710 fosses 
ahmentaient la capitale. On en compte aujourd'hui 950. 



Le cresson a une saveur chaude, piquante, amère; on en fait 
un grand usage dans l'état de santé, et plus encore dans l'état 
de maladie. 

En santé, on le mange comme salade, ou comme assaisonne- 
ment avec quelque viande blanche, telle que la poularde et le 
chapon. C'est un bon tonique, qui excite l'appétit et fortifie l'es- 
tomac. Il convient dans tous les cas où il s'agit de fortifier, de 
stimuler les organes digestifs, et lorsqu'on a fait un trop grand 
usage de substances animales. 

Dans la maladie, on l'emploie comme altérant, incisif, apé- 
ritif, stomachique , Il est surtout utile dans les cas de dissolution 
des humeurs naturelles et du sang, dissolution désignée par le 
nom de scorbut. 

La forme sous laquelle il est administré est différente selon les 
occasions. Tantôt on en écrase la tige et les feuilles, pour en 
tirer le suc; tantôt on en fait une simple infusion; tantôt on le 
donne à mâcher en substance; et tantôt on le mêle au lait 
ou au vin. Mais, de quelque manière qu'on l'emploie, le cres- 
son agit toujours par un principe salin particulier aux plantes 
crucifères . Ce sel est très actif et très volatil^ de façon que c'est 
une précaution nécessaire à prendre dans les préparations du 
cresson, qui se font à l'aide du feu, de n'exposer jamais cette 
plante à un feu vif ni à une eau bouillante. 

Le suc de cresson est aussi bon que celui de cochléaria pour 
raffermir les gencives saignantes et nettoyer les dents. C'est 
dans ces cas qu'il peut être regardé comme souverain odontalgi- 
que. Mais, quand les douleurs de dents viennent d'une cause 
interne, le cresson ne fait, plus le même bien. 

ÉCOLE. 27 



470 Commentaires de r École de Saler ne. 

En liniment avec le miel, il dépure les ulcères et fait sécher 
les dartres. On peut aussi l'employer en cosmétique pour purifier 
la peau. 

Quant à la pelade que l'on dit céder à l'action du cresson, ce 
ne peut être que celle qui suit quelques fortes affections de la 
tête, après lesquelles les cheveux tombent. Le miel et le cresson, 
ou le cresson seul appliqué en cataplasme, ou son suc répandu 
en forme d'embrocation sur la peau du crâne, fortifie les bulbes 
des cheveux et les dispose à repousser. 

Le cresson ne jouit d'aucune vertu, de même que tout autre 
remède, pour faire croître, encore moins repousser les cheveux 
sur une tête chauve. La calvitie est, en effet, un accident incu- 
rable. Les anciens le savaient bien; aussi ils cherchaient à pallier 
cet outrage du temps ou de la débauche. 



Page 149. — Poivre. 

Le POIVRE NOIR et le poivre blanc, qui sont les fruits d'une 
plante de l'Inde, sont des assaisonnements très utiles, peut-être 
plus dans la cuisine du pauvre que dans celle du riche. Ils aident 
à la digestion par leur vertu chaude, tonique ; mais il faut en user 
avec beaucoup de modération. Ils conviennent à ceux qui ont 
l'estomac faible, aux habitants des pays chauds, qui se nourris- 
sent de végétaux aqueux et de fruits rafraîchissants, pour relever 
les forces de leur estomac affaibli. 

Le poivre, pris en quantité, est capable d'irriter, d'échauffer 
fortement et de causer des inflammations d'estomac ou d'entrail- 
les, et des obstructions. Cette épice rend véritablement ardent 
aux plaisirs de Vénus. 

Le poivre peut guérir la toux ou la douleur d'estomac, causées 
par les vers, les glaires, en les tuant et en les expulsant; mais il 
ne pourrait qu'irriter la toux provenant d'une maladie des pou- 
mons. 



Rose. 



471 



Il peut prévenir et guérir, par sa vertu tonique, l'accès d'une 
fièvre intermittente. Le peuple croit encore au préjugé que îe 
poivre rafraîchit. 

Il se consomme annuellement pour quarante millions de poi- 
vre en Europe. Voilà de l'argent bien mal employé. 



Le CORAIL DES JARDINS, POIVRE DE GuiNÉE, est Une espèce de- 
piment, Capsicmn afinuum. On nomme, dans le midi de la France, 
poivron, le piment petit, vert tendre^ qui n'a pas encore changé 
de couleur, car il est rouge dans sa parfaite maturité. On fait un 
grand usage des poivrons en Provence et dans le Languedoc, ap- 
prêtés en salade, frais ou confits dans le vinaigre. Quand ils sont 
rouges, ils servent d'assaisonnement comme le poivre, dont ils 
ont les propriétés. 



Outre ces espèces de poivre, il y a encore : le Piper hetîe ou 
BÉTEL, et le Piper cubela ou cubèbe; le poivre du Japon, Fagara 
piperita, les graines d'AMBRETTE, Hibiscus aïbemoschus, auxquels il 
faut joindre les piments de toute espèce, Myrtiis pimenta ou cap- 
sicnm. 

Page 151. — PouLioT. 

Le pouliot, Mentha pulegium, est une plante résolutive, atté- 
nuante et carminative ; on en fait usage principalement dans les 
maladies des femmes, à titre de médicament emménagogue. Mais 
il n'a aucune des propriétés que lui attribue l'Ecole de Salerne. 

Page 152. — Rose. 

Je ne connais rien d'aussi merveilleusement beau qu'une rose 
à peine entr'ouverte. Voyez-la déplisser avec précaution, un à 



47 -i Commentaires de V Ecole de Saler ne. 

un , ses pétales délicats , et livrer comme à regret son suave par- 
fum, caché au fond de mystérieux nectaires. 

Quoi de plus gracieux qu'une rose mollement balancée sur sa 
tige épineuse par le doux souffle du zéphyr, à l'heure surtout où 
les premiers feux du soleil viennent faire resplendir comme au- 
tant de diamants les pleurs de l'aurore qui baignent sa corolle 
diaphane ! 

Dans le principe, toutes les roses étaient blanches; mais un 
jour, la déesse des amours, voulant en cueillir une, se piqua 
cruellement aux épines de la tige. 

Le sang coula de sa blessure, et, en tombant sur les roses 
blanches, elles devinrent vermeilles. 

Quelle poétique légende ! 

On a donc eu raison de consacrer la rose à Vénus et de l'ap- 
peler la reine des fleurs. Cette royauté, du reste, lui a été octroyée 
de tout temps; Aspasie, aussi bien que Cléopâtre, paraient leur 
sein de sa resplendissante beauté. 

Elle était de toutes les fêtes, et, dans les sacrifices que l'anti- 
quité païenne offrait aux dieux, les autels et les victimes étaient 
enguirlandés de roses, et jamais, dans les festins, les convives 
ne se montrèrent que le front ceint d'une couronne de ces 
mêmes fleurs. 

Sous les empereurs romains, et en particulier du temps de 
Néron, l'amour de la rose fut porté à l'excès. Cet extravagant 
ne donnait ses festins que dans une salle tendue de rose. Les 
invités étaient habillés de rose, les fontaines répandaient des 
ruisseaux d'essence de rose, les gâteaux eux-mêmes étaient 
roses, on buvait un vin de rose, et si, à la fin de l'orgie, un 
convive se trouvait indisposé, on appelait un médecin qui pres- 
crivait une potion de roses. 

Héliogabale alla jusqu'à se baigner dans un vin de roses. 

Un autre tyran, non moins célèbre que ceux-là, fit un jour 
périr un grand nombre de sénateurs sous une pluie de roses. 
Quel raffinement ! 



Rue. 



473 



Complice involontaire des débauches des Césars, la rose joua 
un plus noble rôle pendant le moyen âge, car la jeune fille 
sage recevait pour prix, de ses vertus une couronne de roses 
blanches. 

Un singulier usage, qui persista jusqu'au xvie siècle, était le 
suivant : 

Les pairs de France payaient au Parlement de Paris une cor- 
beille de roses, toutes les fois qu'il leur donnait audience dans 
la Grande Chambre ; c'est ce qu'on appelait la baillée des roses. 

La trop fameuse guerre des deux Roses, qui, comme on sait, 
ensanglanta l'Angleterre pendant près d'un demi-siècle, eut 
pour cause la rivalité des maisons de Lancastre et d'York, qui 
portaient dans leur écu, la première une rose rouge, la seconde 
une rose blanche. 

De nos jours, les roses n'ont plus de signification belliqueuse; 
à Paris, on en fait tous les ans un commerce qui atteint des 
proportions fabuleuses, puisqu'il s'en vend pour des centaines 
de mille francs. 

Le parfum de la rose est très recherché ; aussi l'emploie-t-on 
beaucoup. Il réside dans une essence que l'on obtient par la dis- 
tillation avec l'eau. Notre pays, bien que produisant d'énormes 
quantités de roses, ne pourrait suffire aux besoins de la parfu- 
merie, ce qui fait qu'on a recours aux plantations si vastes et 
si productives de la Roumélie, de la Turquie d'Asie et même 
de l'Inde (Manuel Pablo). 



Page 153. — Rue. 

La RUE, Rutagraveoîens, est une plante cultivée dans les jardins ; 
elle a une odeur forte, pénétrante, fétide, une saveur amère et un 
peu chaude. 

Cette plante, qui ferait pâmer de dégoût nos dames délicates, 
était pour les dames romaines un bouquet précieux, dont elles 



474 Commentaires de VEcole de Salerne. 



ornaient leurs chambres à coucher et qu'elles portaient souvent à 
la main pour atténuer le danger des fleurs. 

Elle jouit à peu près des mêmes vertus que la sauge, les men- 
thes et les autres plantes aromatiques. 

La rue a eu de nombreux usages médicaux, presque oubliés 
aujourd'hui. Elle a été considérée comme un des plus puissants 
antispasmodiques connus. Elle était très employée dans les né- 
vroses convulsives ; elle peut agir sur les yeux et dissiper les taies 
■de la cornée, par ses propriétés tonique et répercussive. 

On ignore sur quoi est fondée la vertu qu'on attribue à la rue 
,de faire déloger les puces d'un appartement. Cela est dû appa- 
remment à son principe odorant. 

On connaît aussi sa vieille réputation comme médicament em- 
ménagogue et abortif. Cette dernière propriété, fort contestable 
'd'ailleurs, a été si bien accréditée, qu'il a été longtemps interdit 
^ux herboristes de vendre la rue, par crainte d'un emploi cri- 
minel. 

On dit que dans certaines parties de l'Allemagne les habitants 
mangent la rue en salade. Ce fait est douteux, car Orfila a dé- 
montré que, administrée en certaines proportions, cette plante 
•était un poison violent. 

La rue était héroïque pour les anciens; ils lui attribuaient la 
propriété de guérir les empoisonnements -, elle faisait la base du 
fameux antidote de Mithridate. 

La rue ne jouit d'aucune vertu, ni pour, ni contre les plaisirs 
de l'amour; elle pourrait, il est vrai, y provoquer par sa vertu 
stimulante. Si ce qu'a dit l'École de Salerne sur son compte, par 
rapport à l'amour, était vrai, cette plante serait, en effet, le car- 
quois de Cupidon, chargé, par les poètes, de flèches dorées et 
de flèches plombées. Les unes font aimer; les autres font fuir 
l'amour. 



Sauge. 475 



Page 154. — Saule. 

Le saule jaune, Salix vitellina, connu sous le nom d'osier, croît 
abondamment en Europe, dans les terrains humides. 

Toutes les parties, notamment l'écorce des diverses espèces de- 
saules, surtout du saule blanc, Salix alba, ont une saveur amère, 
légèrement aromatique, et ont des propriétés toniques. 

On emploie l'écorce du jeune saule pour fortifier l'estomac, 
aider à la digestion, guérir les fièvres intermittentes, arrêter les 
progrès de la gangrène, enfin dans tous les cas où le quinquina" 
convient : celui-ci doit être toutefois préféré, n'en déplaise aux 
partisans outrés des remèdes indigènes . 

Toutes les substances amères sont contraires aux vers ; l'infu- 
sion de saule peut par conséquent faire mourir ceux qui éclo- 
sent des œufs que la mouche carnassière dépose quelquefois dans 
l'oreille, pendant le sommeil. 

Quant à la vertu anti-aphrodisiaque que les anciens ont attri- 
buée aux feuilles et à la fleur de saule, s'il est vrai, comme l'a 
avancé Gunz, que les chatons de saule jouissent d'une vertu cal- 
mante, ses fleurs pourraient bien apaiser, jusqu'à un certain 
point, les transports amoureux; mais il n'est point de remède 
capable de détruire entièrement les mouvements de l'instinct re- 
producteur, encore moins de rendre une femme stérile, malgré 
l'autorité de Dioscoride, qui assure que l'usage de la décoction 
des feuilles de saule ôte à la femme son aptitude à concevoir. 



Page 154. — Sauge. 

La sauge croît spontanément dans les parties méridionales de 
ia France. 

C'est une des plantes les plus anciennement employées en 
înédecine. 



47 6 Commentaires de l'Ecole de Salerne, 

Les anciens attribuaient à la sauge des vertus presque divines 
et la nommaient herha sacra. 

Il a suffi sans doute que cette plante se nommât salvia, du mot 
saïvare, pour que la crédulité des anciens lui ait fait attribuer la 
vertu de sauver les humains de presque toutes les maladies dont 
ils sont atteints. 

La sauge sauve, l'éclairé éclaircit, etc. ; c'est ainsi qu'on rai- 
sonnait dans ces siècles d'ignorance. 

Qu'on ne soit donc pas étonné des pompeux éloges que l'École 
de Salerne a donnés, encore au onzième siècle, à cette plante, 
que l'on croyait si salutaire. 

Elle exhale une odeur forte, chaude, pénétrante, et elle con- 
tient aussi du camphre. 

En Provence et en Grèce, la sauge est employée comme con- 
diment dans les ragoûts et en guise de thé, d'où le nom de thé 
de la Grèce. Valmont de Bomare prétend que les Chinois sont 
très friands de thé de sauge et qu'ils changent volontiers avec 
les Hollandais deux caisses de leur meilleur thé contre une caisse 
de ces feuilles. Ce peuple, à son grand détriment, paraît avoir 
oublié la sauge pour l'opium. 

Arnauld de Villeneuve veut que les oies et les cochons de lait 
rôtis soient bourrés de sauge, laquelle donne son parfum et ne 
se mange pas. 

Cette plante a une vertu stimulante et tonique bien marquée ; 
aussi la donne -t-on toutes les fois qu'il s'agit de fortifier les or- 
ganes digestifs, d'activer la circulation du sang. 

On a aussi préconisé la sauge comme ayant la vertu de tuer 
les vers et de modérer, de réprimer les sueurs excessives. 

La sauge est bonne pour fortifier les nerfs ; elles est employée 
dans la paralysie. 

Page 155. — Sureau . 

Le SUREAU COMMUN OU NOIR, Sambucus nigra, se trouve presque 
partout dans les haies, sur les bords des chemins. 



Asperge. ^JJ 

Ses graines ou baies, ses feuilles, sa tige et sa racine, et même 
ses fleurs dans l'état frais, jouissent d'une vertu émétique et pur- 
gative fort énergique. On a employé sa seconde écorce, ou le 
suc de celle-ci, dans les hydropisies. 

Les fleurs de sureau sont d'un usage plus commun. Elles ont 
une vertu sudorifique très marquée. On en use avec succès 
dans les suppressions de la transpiration, et dans toutes les 
maladies éruptives, pour faciliter leur mouvement vers la peau ; 
mais il faut les prendre sèches, car les fleurs, les fruits, les 
feuilles et l'écorce de sureau, dans l'état frais^ sont irritants et 
purgatifs. On les emploie aussi extérieurement, légèrement tor- 
réfiées et chaudes, pour faire transpirer et pour résoudre les tu- 
meurs, les engorgements, les rhumatismes. 

Le rob de sureau est un bon remède dans les rhumatismes 
chroniques, comme dépuratif et sudorifique. On le prépare avec 
les baies du sureau : cuites dans du vinaigre, elles fournissent 
une teinture violette assez belle. 

Page 1)6. — ScABiEusE. 

La scabieuse est stimulante et surtout sudorifique. Son nom 
vient de scabies, gale, parce qu'on l'emploie dans cette maladie. 

Tous les sudorifiques peuvent diminuer et même emporter 
une douleur de côté, surtout si elle est due à une transpiration 
arrêtée ; ils sont aussi expectorants. C'est donc par sa propriété 
sudorifique que la scabieuse peut jouir des vertus que lui attribue 
l'Ecole de Salerne, 

La distillation de la plante fournit une eau dont on se sert 
dans la toilette, sous le nom de cosmétique ou Eau de beauté. 

Page 157. — Asperge. 

L'asperge, Asparagus, croît dans toute l'Europe. 
On sait que le nom des asperges vient de leur goût un peu 
acre : Asparagus ab asperis. 

27. 



47 8 Cominentaires de V Ecole de Salerne. 

On mange ses jeunes pousses au printemps, après les avoir 
fait bouillir légèrement dans l'eau ; elles sont très nourrissantes 
et composent un excellent mets, qui plaît beaucoup à l'estomac. 



Les anciens, qui les estimaient beaucoup, ne pouvaient s'en 
procurer avant la fin de mai. En Italie même, on n'en recueillait 
pas avant les derniers jours d'avril, au grand désespoir des gour- 
mets romains. 

La localité la plus renommée pour cette culture était autre- 
fois Ravenne. « Trois asperges de Ravenne, dit Pline, coûtent 
autant qu'une livre d'autres ^ » 

C'est La Quintynie qui, pour satisfaire aux désirs de 
Louis XIV, trouva le moyen de hâter d'un mois leur maturité 
par l'emploi de fumier chaud. « Je n'oublie pas ici, dit-il, pour 
les véritables curieux qui ont le moyen de le faire, le soin de 
réchauffer les asperges et de veiller à renouveler les réchauf- 
fements dès qu'ils ont passé leur grande chaleur ; la chose n'est 
pas sans peine ni sans dépense ; mais le plaisir de voir, au milieu 
des neiges et des frimas, une abondance d'asperges bien grosses, 
bien vertes et tout à fait excellentes , est assez grand pour 
n'avoir point de regret de reste. Et dans la vérité, ajoute-t-il, on 
peut dire qu'il n'appartient guère qu'au roi de goûter ce plaisir, 
et que peut-être ce n'est pas un des moindres que son Versailles 
lui ait produits, par le soin que j'ai l'honneur d'en prendre ! » 

Les asperges primeurs ne viennent pas, comme on le dit sou- 
vent, des pays chauds. Elles sont forcées aux environs de Paris, 
dont les plaines en sont remplies. 

Aujourd'hui, le centre de cette industrie est Argenteuil. C'est 
là qu'on recueille ces asperges monstrueuses, grosses comme le 
poing, qui ont reçu le nom d'un maraîcher distingué, M. Lhé- 
rault. 

I. Voy. plus haut, p. 433. 



Asperge. 479 

Quant à celles d'arrière-saison, elles croissent en plein champ, 
entre les rangs de vigne. 

En 1820, Argenteuil n'en produisait que 5,000. Dès 1830, ce 
diiffre se doubla. Il s'éleva à 20,000 en 1840, à 60,000 en 1850, 
et à 400,000 en 1867. 

En 1868, on expédiait mille bottes d'asperges. 

Chaque botte contenant 20 asperges, cela fait une consom- 
mation, à Paris, de 10 millions d'asperges pour la saison. 

Le chiffre de la vente doit être encore plus considérable 
aujourd'hui. 



On distingue trois sortes d'asperges : 

1° U asperge en branche, espèce hâtive, que l'on cueille quand 
elle lève à deux centimètres de terre, ce qui arrive généralement 
vers le 25 mars. Elle coûte 10 fr. la botte. 

2° U intermédiaire, qui tient le milieu entre l'asperge en branche 
<et l'autre espèce dont je vais parler. 

3° Enfin V asperge aux petits pois , dite espèce tardive. 

Il y a aussi les asperges du Midi, longues, vertes de la base à 
l'extrémité ; elles n'ont pas un très grand succès à Paris ; je n'ai 
jamais pu comprendre pourquoi. 

Elles ont, en effet, beaucoup de goût ; elles sont fermes, résis- 
tantes ; un seul tour de feu suffit pour les faire cuire ; mangées 
avec de bonne huile d'olive, c'est un vrai régal. 

Les tiges de l'asperge comme ses racines sont stomachiques et 
diurétiques. Elles donnent toujours à l'urine une odeur particu- 
lière, forte et désagréable. 



A propos de l'asperge et de sa propriété très sensible à l'olfaction, 
dit le docteur Siraplice 1, il me revient en mémoire une anec- 

I. D"" Simplice, Union médicale, 7 juin 1879, P- 9^^* 



480 Commentaires de V Ecole de Salerne. 

dote assez drôlette, racontée par Vidal de Cassis, anecdote qu'il 
intitulait Vasperge accusatrice. 

Un confrère très gourmand, mais très connu aussi par ses in- 
fortunes conjugales , passant un jour devant la boutique de 
Mme Chevet, y aperçoit une magnifique botte d'asperges. C'était 
en plein mois de janvier et par 15 degrés au-dessous de zéro. 

« Combien cette botte ? 

— Pour vous, monsieur le docteur^ qui êtes un client, ce sera 
50 francs. 

— Trop cher pour moi. 

— C'était la seule botte qu'il y eût aux Halles, ce matin. » 
Le confrère ne se laisse pas tenter. 

Après un dîner pris à son cercle, le confrère demande à sa 
femme : 

« Et toi, bonne amie, où as-tu dîné ? 

— Chez ma sœur, » répond-elle avec aplomb. 

Mais, disant cela, l'odeur très caractéristique de V Asparagus ojfi- 
cinalis se répand dans la chambre. 

Notre confrère ne souffle mot, n'en dort pas mieux, se rappelant 
les paroles fatales de Mme Chevet : « C'était la seule botte qu'il 
y eût aux Halles. » 

Rien de plus pressé le lendemain que de courir chez Mme Che- 
vet et de lui demander à qui elle avait vendu hier sa botte d'as- 
perges. 

« Au grand Véfour, » lui fut-il répondu. 

Dans ce cabaret fameux, au moyen d'un louis séducteur habi- 
lement donné à un garçon, il fut facile au mari infortuné de 
connaître tous les détails de l'aventure, accompagnée de beaucoup 
d'autres anecdotes de ce genre, qui eut pour résultat final de pro- 
voquer et d'obtenir une séparation de corps. 

Et voilà comme, époux ou épouses perfides, l'asperge peut 
fournir un témoignage dangereux de vos méfaits matrimoniaux. 



Moutarde. 481 



Page 158. — Prunellier. 

Le prunellier, appelé aussi spode ou tuthie, est un des astrin- 
gents dont on faisait jadis un grand abus dans l'hémoptysie et les 
autres hémorrhagies. 

Aujourd'hui, on ne donne presque jamais les astringents à 
l'intérieur pour guérir les crachements de sang. 

Page 158. — Moutarde. 

La MOUTARDE NOIRE OU SÉNEVÉ, Sinupîs fiigra, est la semence 
de la plante de ce nom, qui croît spontanément dans les con- 
trées du Nord et que l'on cultive dans toute TEurope. 

La moutarde préparée pour les usages de la table, en écrasant 
le sénevé et en le mêlant avec le vinaigre, le vin ou le moût, 
comme dans la moutarde de Dijon, constitue un assaisonne- 
ment chaud, piquant et brûlant. Cette dernière sensation a fait 
donner à cette composition le nom de moutarde, qui vient des 
vieux mots moult, beaucoup, et ardre, brûler. 

L'action de la moutarde sur les organes gastriques est prompte 
et intense. Elle stimule les facultés digestives, provoque l'appé- 
tit, favorise la solution des aliments dans le suc gastrique, et 
aide puissamment à la digestion ; elle augmente la transpiration 
et les urines, et fournit un des meilleurs antiseptiques et anti- 
scorbutiques que possède la médecine. 

L'usage de la moutarde convient aux personnes faibles qui ont 
la digestion lente, aux tempéraments froids et lymphatiques, aux 
individus gras et replets. Les personnes sanguines ou bilieuses 
doivent se tenir en garde contre les effets échauffants et irritants 
de cet assaisonnement. 

Les semences de moutarde, pulvérisées et mises en pâte avec 
le vinaigre , constituent le sinapisme, qu'on laisse sur la partie 
jusqu'à ce que la peau soit rubéfiée. 



482 Commentaires de F Ecole de Salerne, 

La moutarde fait couler le nez et les yeux. Cette action est 
•due à sa propriété irritante sur les nerfs de la langue et du 
palais. Les nerfs qui se distribuent aux organes du goût, partant 
de la même paire et communiquant par beaucoup de ramifica- 
tions avec ceux qui vont aux organes de la vue, ces derniers 
doivent participer nécessairement aux affections des organes du 
goût. Le premier effet de toute irritation des solides étant d'ail- 
leurs une excrétion plus abondante de fluides , le nez, en con- 
séquence de l'irritation que la moutarde lui cause, rejette une 
plus grande quantité de mucus ou de sérosité qui, coulant en 
abondance, ne manquent jamais de débarrasser la membrane 
pituitaire dont les sinus frontaux sont tapissés. Par la même 
cause, les yeux pleurent aussi; la tête se trouve par là sou- 
lagée et plus légère. C'est alors que la moutarde est réellement 
>un remède nervin et céphalique. 



Page 159. — Ortie. 

Les trois espèces d'orties qui sont employées en médecine 
sont : 

10 La GRANDE ORTIE, Urtica dioïca, qui se trouve partout sur 
le bord des chemins, le long des haies, et qu'on emploie pour 
élever la jeune volaille, particulièrement les jeunes dindons; 

2° L'ortie brûlante ou ortie grièche, Urtica urens, dont la 
vertu astringente est plus marquée. On hache de même celle-ci 
■dans de la pâtée pour les dindonneaux; 

30 L'ortie pilulifère, Urtica piluïifera, qui forme sans doute 
l'espèce d'ortie dont l'Ecole de Salerne recommande les graines 
dans les affections de poitrine. 

L'ortie blanche , qui est une espèce de lamier , Lamium 
album, a été rangée parmi les orties, dont elle a les vertus. 

Toutes ces orties sont toniques, vulnéraires, astringentes. On 
les emploie dans les cas d'hémorrhagie et de flueurs blanches, pour 



Violette. 483 

modérer et arrêter ces écoulements. On ne reconnaît aujourd'hui 
■lux orties aucune des autres propriétés que leur attribue l'Ecole 
de Salerne, Elles ne guérissent pas la goutte, qu'on ne peut 
prévenir que par une grande sobriété. Mais les goutteux n'aiment 
pas entendre prononcer ce mot. 



Page 160. — Violette. 

La VIOLETTE, Viola, compte plusieurs espèces, dont les quatre 
principales sont : 

La VIOLETTE CANINE OU DES PRÉS, VioIa canùia, qui est sans 
aucune odeur; 

La VIOLETTE ODORANTE, Vioh odorata : c'est la plus employée; 

La VIOLETTE TRICOLORE, Violu trtcolor, qui porte le nom de 

PENSÉE ; 

Et la VIOLETTE A GRANDES FLEURS, Viold graudifloi'a, plus bril- 
lante qu'utile. 

Les fleurs de la violette odorante ou de mars, dont tout le 
monde connaît l'odeur suave, sont adoucissantes et expectoran- 
tes. On les emploie dans les catarrhes, dans les rhumes, dans 
les inflammations des poumons et même des autres organes. 
Ses feuilles sont émollientes presque autant que celles de mauve. 
Sa racine est légèrement émétique et purgative. 

Les anciens regardaient cette fleur comme un symbole de vir- 
ginité; ils croyaient, de plus, qu'une couronne de violettes dans 
les festins avait la vertu d'empêcher l'ivresse. 

La VIOLETTE tricolore ou pensée passe pour diurétique , 
dépurative et sudorifique. Quelques médecins l'ont prônée pour 
la guérison de la croûte laiteuse des nourrissons et contre les 
dartres. Cette plante n'a aucune vertu anti-épileptique. 

Pricien assure qu'on se garantit pendant un an de toutes les 
maladies en mangeant trois violettes. Quelle garantie ! 



484 Commentaires de l'Ecole de Salerm. 



Page 161. — Gingembre. 

Le GINGEMBRE est la racine d'une plante qui croît spontané- 
ment dans plusieurs contrées de l'Inde et qui est d'une odeur 
très agréable et d'une saveur piquante. Cet assaisonnement sto- 
machique, comme les autres aromates, est moins irritant que le 
poivre et a ses qualités digestives. 

Quant aux vertus que lui attribue l'Ecole de Salerne, il en 
jouit bien faiblement sans doute. 



Les CLOUS DE GIROFLE, CariophylU, viennent des îles Molu- 
ques, découvertes par les Portugais au xvie siècle. Ces clous ne 
sont autre chose que le calice des fleurs du giroflier non en- 
tièrement développées. Ils ont une odeur suave, aromatique, 
pénétrante, une saveur chaude et piquante : ils possèdent une 
propriété tonique assez forte, et conviennent dans les faiblesses 
d'estomac, dans les paralysies et dans toutes les affections atoni- 
ques. 



La CANNELLE, Cinnamomum, a une odeur agréable et aromati- 
que, et une saveur amère un peu astringente ; elle vient de l'île 
de Ceylan : c'est l'écorce d'un arbre qui ressemble au laurier. 
Elle tient le premier rang parmi les assaisonnements assez 
agréables. 

La cannelle est un tonique fort stimulant; on l'emploie dans 
les cas d'atonie des organes digestifs. On mêle un peu de sa 
poudre aux aliments, pour corriger leur fadeur et leur effet trop 
relâchant ; elle aide à la digestion. 



La MUSCADE, Nîix moschata, est un fruit qui vient des îles Mo- 
luques et de quelques autres îles des Indes orientales. Cette 



Nombre des os, des veines et des organes. 485 

semence est un aromate fort agréable, dont l'usage convient 
dans la langueur des forces digestives. On la mêle aux aliments 
pour en corriger la saveur fade ; elle excite l'appétit et aide à la 
digestion. La muscade communique aux aliments un goût qui 
plaît à beaucoup de personnes. 

Aimez-vous la muscade? On en a mis partout. 

Le MACis est une des enveloppes de la muscade ; il a une sa- 
veur plus pénétrante et un peu acre. 



Page 163. — Nombre des os, des veines et des organes. 

L'étude du corps humain est la base de toutes les connais- 
sances et de tous les succès en médecine. En vain saurait-on 
parfaitement distinguer les signes des maladies et les remèdes 
propres à les combattre^ si l'on ne sait pas découvrir quel est 
leur siège , ni comment les moyens de guérison agissent pour 
les détruire : on marche en aveugle , on travaille à tâtons, on 
réussit par hasard. L'anatomie donne l'intelligence de la physio- 
logie , des phénomènes de la santé et des maladies , éclaire 
l'action des médicaments; elle est la clef de la thérapeutique et 
de l'hygiène. 

Ce n'est donc pas sans raison que l'Ecole de Salernc l'indique 
par cette sorte d'esquisse et de nomenclature. 



Les anatomistes modernes qui ont pris la peine de compter 
les os du squelette humain marquent qu'il y en a deux cent 
soixante, sans y comprendre quelques os sésamoïdes 1. Or il est 

I. Voyez Beaunis et Bouchard, Nouveaux éléments d'ana- 
tomie descriptive. 3= édition. Paris, 1880. — Cuyer et KufF. Le 
corps humain. Paris^, 1879, ^^'^*^ ^7 P^- coloriées découpées et 
superposées. 



486 Commentaires de F Ecole de Salerne. 

inutile de rappeler que, en l'année 11 00 de notre ère, les 
hommes n'avaient ni plus ni moins d'os qu'aujourd'hui. Il n'y a 
que les dents dont le nombre soit exactement celui que cite 
l'Ecole. 

On doit ajouter qu'il en est de même des veines. L^Ecole en 
compte trois cent soixante-cinq ; l'injection nous en fait connaître 
une quantité prodigieuse. 

Mais les ligaments, les cartilages, les muscles, les viscères, 
les glandes, les artères, les nerfs, les organes des sens, les tégu- 
ments, etc., sont mis en oubli; d'où il suit que cet imparfait 
aphorisme n'aboutit presque à rien , dans le but que se propose 
l'Ecole de Salerne. Pour y suppléer en quelque manière, il 
faut présenter au lecteur le nom des principales parties qui en- 
trent dans la composition du corps humain, et les divisions les 
plus générales que les anatomistes en font. 



Les parties qui entrent dans la composition du corps de 
l'homme se divisent en solides et en fluides. 

Les premières sont les os, les cartilages, les ligaments, les 
muscles, leurs tendons et aponévroses, les glandes, les viscères, 
les vaisseaux artériels, veineux, chylifères et lymphatiques, les 
nerfs, les téguments communs, les membranes ou tissus cellu- 
laires, les ongles et les poils. 

Les secondes sont le sang, la lymphe, la sérosité, les larmes, 
la cire des oreilles, la mucosité du nez et du gosier, la salive, le 
suc stomacal, le liquide intestinal , le suc pancréatique, la bile 
jaune de la vésicule du fiel, la bile hépatique, le chyle, le lait, le 
mucus glanduleux, la semence, l'urine et la sueur. 

Mais ce qu'il y a surtout de remarquable ici, c'est que, quel- 
que dissemblables que ces parties soient en apparence, elles ont 
pourtant, entre elles, la plus parfaite identité. 

Les anciens médecins avaient donné le nom de similaires aux 
parties solides qu'on vient de nombrer, parce qu'elles servent 



Nombre des os, des veines et des organes. 487 

concurremment, les unes et les autres, à former quelqu'une des 
parties qu'ils appelaient orgatiiques, ou simplement organes. C'est 
ainsi que les organes de la marche, par exemple la cuisse, la 
jambe et le pied, sont composés des parties similaires appelées 
muscles, cartilages, vaisseaux, tendons, etc. ; l'organe de la diges- 
tion, l'estomac, de membranes, de nerfs, de glandes, etc. ; l'organe 
de la vision, l'œil, de tuniques, à'hîimeurs, de vaisseaux de toute 
espèce, etc. 

Mais les parties similaires étaient à leur tour composées 
d'autres parties plus simples, comme le muscle dQ faisceaux ; les 
glandes, de grains; toutes, de fibres; et celles-ci formaient des 
humeurs dont la composition est très variable ; toutefois, selon 
les anciens médecins, les éléments formaient les humeurs ; les hu- 
meurs, \qs fibres; les fibres, \ts parties similaires; les parties simi- 
laires, les parties organiques ; et l'ensemble des organes formait 
le corps en totalité. 



Les muscles sont ces parties connues sous le nom de chairs, 
qui se trouvent, en grand nombre, aux extrémités tant supérieures 
qu'inférieures. Chaussier a compté 374 muscles dans l'homme, 
tandis que Lyonnet dit en avoir trouvé 4041 dans une seule che- 
nille. 

Les muscles ont pour usage de mouvoir les membres. La 
propriété de ces organes du mouvement translatif consiste en ce 
que l'on appelle contraction : c'est la faculté qu'a le muscle de 
se resserrer sur lui-même, de se raccourcir peu à peu, ou tout 
d'un coup, selon le besoin, pour se remettre ensuite dans son 
état d'inaction, toutes les fois que la volonté ou la nécessité déter- 
mine l'un ou l'autre *. Les extrémités de ces organes sont commu- 

I. Voyez Cours de physiologie, d'après l'enseignement du 
professeur Kuss, par Mathias Duval. 4» édition. Paris, 1879. 
— Beaunis, Nouveaux éléments de physiologie humaine. 2^ édi- 
tion. Paris, 1880. 



488 Commentaires de l'Ecole de Salerne. 

nément blanches, satinées, rondes ou aplaties: ce sont les tendons 
et les aponévroses. On les prend vulgairement pour des nerfs, 
mais c'est une erreur orrossière. 



Les nerfs sont tout autre chose. Ce sont des rayons de la 
substance cérébrale , qui , sous une petite enveloppe, partent 
du cerveau et vont se rendre à toutes les parties du corps, de 
quelque nature qu'elles soient, pour les rendre sensibles, c'est- 
à-dire capables de sentiment; et il résulte de là que les points 
nerveux qui entrent dans la composition de la moindre parcelle 
de la machine animée sont autant de petits cerveaux qui font 
que chaque atome participe réellement à la propriété du com- 
mun sensorium. Le cerveau exerce son action sur toutes les par- 
ties du corps, et celles-ci exercent la leur sur le cerveau, par le 
moyen des nerfs; par le moyen des nerfs, tout est sympathie 
dans la machine humaine, et le corps, un tout absolument indi- 
visible. 

Nous avons, sur la distribution et l'usage des nerfs encépha- 
liques, des vers français faciles à retenir, et qu'on ne sera pas 
fâché de trouver ici. Il n'y est question toutefois que de dix 
paires de nerfs, parce qu'alors on n'en admettait pas un plus 
grand nombre. Mais, depuis, Chaussier et d'autres anatomistes 
ont porté à douze paires les nerfs du cerveau : 

Le plaisir des parfums nous vient de la première, 

La seconde nous fait jouir de la lumière, 

La troisième à nos yeux donne le mouvement, 

La quatrième instruit des secrets de l'amant, 

La cinquième parcourt l'une et l'autre mâchoire, 

La sixième dépeint le mépris et la gloire, 

La septième des sons fait ouïr les accords, 

La huitième au dedans fait jouer cent ressorts, 

La neuvième au discours tient notre langue prête, 

La dixième enfin meut le col et la tête. 



Nombre des os, des veines et des organes. 489 

Les artères sont des canaux élastiques qui, en se contractant 
subitement, poussent, dans le parenchyme de toutes les autres 
parties du corps, le sang qu'ils reçoivent du cœur. Elles animent, 
pour leur part, chaque molécule de la machine. Ce sont elles 
qui forment le pouls, et, comme elles sont en quelque sorte des 
prolongements du cœur, elles font participer les plus petites 
particules du corps aux affections de la poitrine, comme les nerfs 
aux affections de la tête. Ainsi le corps humain est encore, par 
les artères et par la distribution du sang, un tout absolument 
indivisible . 

Les veines reprennent le sang des dernières extrémités du 
corps et le reportent au cœur, d'où il suit que le cœur est le 
centre du mouvement des fluides, comme le cerveau est celui du 
sentiment des solides. 

Le sang, chez un adulte, est d'environ 30 livres ou un cin- 
quième du poids général. 

Le cœur a 6 pouces de long et 4 de diamètre ; il bat 70 fois par 
minute, 4,200 fois par heure, 100,800 fois par jour, 36,772,200 
fois par an, et, à chaque pulsation, il en tombe 2 onces 1/2, c'est- 
à-dire 175 onces par minute, 656 livres par heure, 7 tonnes 3/4 
par jour. Tout le sang de notre corps passe par notre cœur en 
3 minutes. 

Nos poutnons , à l'état normal, contiennent 5 litres d'air. 
Nous respirons, en moyenne, 1,200 fois par heure, inspirant 
3,000 litres d'air ou 120,000 par jour. 



On a donné le nom àe glandes ou gJandtiïes à certains organes, 
plus ou moins volumineux, qui ont pour usage de séparer de la 
masse du sang une humeur, ou excrémentitielle, c'est-à-dire 
destinée à être chassée hors du corps, comme la matière des 
crachats, l'urine, etc., ou recrémentitielle, c'est-à-dire propre à 
rentrer dans le corps pour la perfection de quelque fonction 



490 Commentaires de FÉcole de Salerne. 

particulière , comme la lymphe , la bile , la semence et la 
salive, etc. Les glandes paraissent destinées uniquement à la 
perfection de la nutrition. 



Quant aux organes des sens, tout le monde sait que c'est par 
leur moyen que l'homme connaît les divers objets propres à 
remplir ses besoins et à lui procurer ses plaisirs. Leur unique 
destination est de veiller assidûment à la conservation de l'ani- 
mal, à la prolongation de son existence; ils doivent donc avoir, 
comme ils ont en effet, avec tous les autres organes de Ja ma- 
chine animée, les rapports les plus étendus; et, comme c'est par 
le sentiment qu'ils ont de l'action, c'est par le moyen des nerfs 
qu'ils entretiennent ces relations ^ 

Voici quelques lignes très fines du poète allemand Rùckert ; 
faisons notre profit de ces observations aussi justes que simples : 

(( Tu as deux oreilles et une bouche. Pourquoi te plaindre ? 
Tu dois beaucoup écouter et parler peu, ne répéter que la moitié 
de ce que tu entends. — Tu as detix yeux et une bouche : tu 
dois voir beaucoup de choses et en taire un grand nombre. 
— Tu as deux mains et une bouche : apprends à compter. Tu 
as deux organes pour travailler, un seul pour manger. » 



Le poids du corps humain varie aux différents âges : 
En moyenne, après leur naissance, les garçons pèsent un peu 
plus et les filles un peu moins de 2 kilos 750 grammes. Pendant 
les douze premières années, le poids des deux sqxqs est presque 
égal; mais, après cet âge, l'homme acquiert une prépondérance 
décidée. Ainsi les jeunes gens d'une vingtaine d'années pèsent 
en moyenne 65 kilogrammes, tandis que les jeunes femmes du 
même âge ne pèsent que 54 kilogrammes. 

I. Voyez J. Chatin, Les organes des sens. Paris, 1880. 



Nombre des os, des veines et des organes. 491 

Les hommes atteignem leur plus grand poids vers 35 ans^ 
mais les femmes augraement en poids jusqu'à 50 ans, et à cet 
âge la moyenne de leur poids est de 58 kilogrammes. Les deux 
sexes, à l'âge mûr, pèsent à peu près quinze fois plus qu'ils 
ne pesaient le jour de leur naissance. Les hommes varient de 
50 kilos à 104 kilos, et les femmes de 35 kilos à 94 kilos. 
Le poids moyen de la nature humaine de tous les âges et de 
toutes les conditions est d'environ 45 kilos. 



La peau se compose de trois couches et varie d'un quart à un 
huitième de pouce en épaisseur. Sa superficie en aire moyenne^ 
chez les adultes, est de 2,000 pouces carrés. La pression at- 
mosphérique étant d'environ 14 livres pour chaque pouce carré, 
une personne d'une taille ordinaire est sujette à une pression de 
40,000 livres. Chaque pouce carré de la peau contient 3,500- 
tubes à transpiration ou pores, pouvant être comparés, chacun, 
à un petit tuyau de drainage, long de moins d'un centimètre, 
formant une longueur totale, pour toute la surface du corps, 
de 201,166 pieds, représentant un fossé de tuiles, pour le drai- 
nage du corps, de près de 50 kilomètres de long. 



On divise le corps humain en tro7tc et en extrémités ou membres. 
Le tronc comprend la tête, le cou, la poitrine et le bas-ventre 
ou abdomen. 



La tête est une boîte osseuse, recouverte de muscles, d'aponé- 
vroses, et des téguments, qui sont Tépiderme, la peau et le 
panicule graisseux. Elle renferme la dure-mère, la pie-mère, leurs 
duplicatures, les lobes du cerveau, le cervelet, la moelle allon- 
gée, l'origine des onze paires de nerfs cérébrales, des vaisseaux 
de toute espèce, plusieurs glandes, parmi lesquelles deux sont 



492 Commentaires de V Ecole de Salerne. 

célèbres, la pituitaire et la pinéale, dont Descartes a fait le siège 
de l'âme. 

On appelle en général /or/^ tête un homme intelligent; or il 
se trouve que cette expression est d'accord avec la science, qui, 
sauf le cas d'hydrocéphalie, bien entendu, reconnaît aux hommes 
une intelligence proportionnée au volume de leur tête. 

Il résulte d'un travail du docteur G. Delaunay que les races 
supérieures, au point de vue intellectuel, ont la tête plus volu- 
mineuse que les races inférieures. 

On a même pu observer que le volume de la tête augmente 
de siècle en siècle, à mesure que l'instruction se répand. 

Les hommes de génie tels que J.-J. Rousseau, Napoléon I^r, 
Cuvier, Byron, etc.^ avaient la tête grosse. 

Il ne s'agit pas, comme bien on pense, de grandes différences 
dans le volume de la tête et de la matière cérébrale. 

Ainsi, une « forte tête » mesure de 58 à 60 centimètres au 
plus, tandis que les têtes dites petites mesurent de 55 à 57 centi- 
mètres. 

Seulement, cette légère différence suffit à expliquer des diffé- 
rences énormes dans la perception intellectuelle. 



Que les femmes, les jolies femmes surtout, qui ont contracté 
l'habitude de se mordre les lèvres dans des moments d'impa- 
tience, de bouderie ou de contrariété se rappellent que Mme de 
Pompadour perdit la beauté de sa bouche et la faveur de son 
royal amant par suite de cette funeste manie. 



Le cou, qui sépare la tête d'avec la poitrine, est formé par sept 
os nommés vertèbres cervicales. Il soutient les organes du goût, 
de la déglutition et de la voix, plusieurs gros vaisseaux sanguins, 
plusieurs nerfs, plusieurs glandes dont le plus grand nombre est 



Nombre des os, des veines et des organes. 493 



destiné à la sécrétion de la salive. Le tout est enveloppé de mus- 
cles et de téguments communs. 



La poitrine, qui porte, à l'extérieur, les mamelles surmontées 
de leur aréole, est faite de vingt-quatre côtes, de douze vertèbres 
nommées dorsales, et, par devant, d'un os appelé sternum. Elle 
renferme les poumons, la trachée-artère et les bronches, le pé- 
ricarde, les gros vaisseaux sanguins, l'aorte et la veine-cave, le 
canal thoracique, ou chylifère, plusieurs nerfs qui intéressent la 
vie. Cette grande cavité est recouverte par beaucoup de muscles 
et par les téguments communs. 



On trouve dans le las-ventre les viscères destinés à travailler les 
aliments, en commençant à la digestion et finissant à l'excrétion 
des résidus de cette opération de la nature. Cette troisième 
grande cavité du tronc est séparée de la précédente par un mus- 
cle essentiel, qui a des propriétés singulières ; on l'appelle dia- 
phragme. C'est là que l'on trouve le foie, l'estomac, la rate, les 
intestins grêles sous les noms de duodénum, jéjunum, iléon, et 
les gros , sous ceux de cceciini , côlon et rectum , le pancréas, 
l'épiploon, les reins succenturiaux et les reins, les uretères, la 
vessie; et chez la femme les organes de la conception, qui sont 
la matrice, les ovaires, les trompes de Fallope, le vagin. On y 
trouve le mésentère, plusieurs gros vaisseaux sanguins, les vais- 
seaux laiteux, les deux réservoirs du chyle, et plusieurs larges 
plexus nerveux. Le tout est contenu par le péritoine, par les 
muscles abdominaux, par les fausses côtes, qui forment les hy- 
pochondres, par les cinq vertèbres lombaires et par les os du bassin. 

La longueur du canal alimentaire est d'environ 32 pieds. 

Cette grande cavité contient encore, chez les hommes, les cor- 
dons spermatiques et les vésicules séminales, organes destinés à 

ÉCOLE. 28 



494 Commentaires de T Ecole de Saler ne. 

la génération. Les autres parties qui servent à la même fonction , 
tant chez l'homme que chez la femme, sont situées à l'extérieur 
du corps et terminent le tronc. 



Les extrémités sont dites supérieures ou inférieures. 
Les extrémités supérieures comprennent l'épaule, le bras, l'avant- 
bras, le poignet et la main. 



Jeté sur la terre nu et sans défense, l'homme, à l'aide de la 
main, a créé la civilisation en façonnant tous les instruments de 
travail. Grâce à elle, il a défriché les terres incultes, bâti des 
cités, détourné des fleuves, construit des digues, vaincu l'Océan, 
commandé aux forces naturelles, asservi la matière. 

Bêche, charrue, hache, truelle, aiguille, loupe, cornue, crayon, 
plume, pinceau, burin, tous les instruments et tous les métiers, 
voilà les armes de l'homme. 

La main est donc l'instrument de l'intelligence. 

C'est, comme le dit E. Pelletan, une annexe du cerveau, telle- 
ment en harmonie avec le cerveau, tellement dans la dépen- 
dance du cerveau, qu'elle suit en quelque sorte la fortune de la 
perfectibilité de la pensée; plus parfaite chez le civilisé que chez 
le sauvage, elle tombe dans la difformité chez le crétin. Aussi 
l'humanité reconnaissante a toujours réservé la place d'honneur à 
la main entre tous les organes. Quand l'homme veut donner un 
gage de sympathie, c'est la main qu'il charge de cette commis- 
sion du cœur; c'est la main que le fiancé offre à la fiancée, lors- 
qu'il la conduit à l'autel; quand l'homme veut rendre un témoi- 
gnage plus solennel de la parole, c'est la main qu'il lève au ciel: 
malheur au parjure; que sa main tombe séchée! 



Nombre des os, des veines et des organes. 495 

L'habitude de se servir de la main droite de préférence à 
]a gauche date des temps les plus reculés : les bas-reliefs des 
Assyriens en font foi ; de même , la galerie Kouryunjik du 
British Muséum en fournit des preuves, notamment en ce qui 
regarde les sculptures qui représentent la bataille livrée entre 
Assur Bani-Pal et les habitants de Suse. Les anciens Grecs étaient 
droitiers. Pindare et d'autres auteurs confirment cette opinion. 
D'un autre côté, l'on trouve dans la plupart des langues, sinon 
même dans toutes, un mot qui signifie gaucherie, si nous pou- 
vons appeler ainsi l'habitude de se servir de préférence de la main 
gauche. 

Si nous ne pouvons trouver l'origine historique de cette habi- 
tude, voyons du moins si, dans notre organisme, quelques rai- 
sons anatomiques pourraient l'expliquer. La plupart de nos or- 
ganes sont doubles^ et ceux mêmes qui sont simples présentent 
souvent des traces de duplicité, par exemple le nez, le cerveau, 
le cœur, le foie. De même, nous savons que le poumon droit, le 
rein droit, le côté droit du foie, les membres du côté droit dé- 
passent en volume ceux du côté opposé, c'est-à-dire qu'ils ren- 
ferment une plus grande masse de tissus, et que par conséquent 
les vaisseaux et les nerfs qui pourvoient à leur nutrition sont 
plus abondants. Si quelqu'un s'avance dans l'obscurité, ses pieds 
décrivent des arcs de cercle ; s'il est droitier, il tend à se diriger 
vers la gauche, parce que sa jambe droite décrit des arcs plus 
considérables. 

La dextérité semble exister uniquement dans l'espèce humaine ; 
les singes se servent indistinctement de leurs membres du côté 
droit ou du côté gauche pour saisir les objets qu'on leur pré- 
sente. Cependant les différences entre les viscères de l'un et de 
l'autre côté sont souvent plus grandes chez les animaux que chez 
l'homme, ce qui prouve bien que cette disposition n'est pas la 
cause essentielle de la dextérité, quoiqu'elle puisse produire une 
certaine tendance à se servir de la main droite. Le côté gauche 
du cerveau est plus volumineux que le côté droit; on a montré 



49 6 Commentaires de l'Ecole de Salerne. 

que le centre des mouvements du membre supérieur droit rési- 
dait dans une circonvolution du côté gauche, de sorte que, en 
parlant et en réfléchissant, nous nous servons du côté gauche du 
cerveau à l'exclusion du côté droit. L'amnésie et l'aphasie chez 
les droitiers indiquent une altération de l'hémisphère gauche, et 
Brown-Séquard et Ferrier ont montré que l'on pouvait remé- 
dier à cette lésion en exerçant le côté opposé *. La paralysie des 
forgerons, la crampe des écrivains montrent les résultats d'un 
travail excessif de l'hémisphère gauche. Dans ce cas, le cerveau 
est fatigué, brisé, bien moins par l'excès du travail que par sa 
mauvaise distribution, et la conclusion à laquelle arrive le doc- 
teur HoUis 2, c'est que l'on devrait trouver un système d'éducation 
qui répartît également sur les deux côtés du cerveau tout travail 
intellectuel. En médecine, quand on se sert du microscope ou 
du stéthoscope^ on emploie alternativement Tœil et l'oreille de 
l'un et de l'autre côté. Pourquoi ne ferions-nous pas la même 
éducation de nos mains? Alors la main gauche, au lieu de rester 
paresseusement au repos pendant que la droite sert à tous nos 
usages, prendrait sa juste part de travail auquel toutes deux sont 
destinées. 



Les extrémités inférieures comprennent la cuisse, la jambe et 
le pied. 



Lemontey ^ a fait Vèloge des genoux. Il débute par une descri- 
ption du mécanisme compliqué du genou, description où l'élé- 
gance des expressions s'enrichit des difficultés vaincues. L'au- 
teur, passant ensuite à la dignité de cette partie du corps 

1. Voyez Beaunis, Nouveaux éléments de physiologie. 2« édi- 
tion. Paris, i88o. 

2. D' Hoilis, Journal of anatomy ayid physiology, vol. IX. 

3. Lemontey, Raison^ Folie, chacun son mot. Paris, i8oi. 



Des quatre humeurs du corps humain. 497 

humain, y trouve établis les deux plus anciens cultes du monde : 
ceux de l'amour et de la piété. Il voit, en efifet, dans les genoux, 
l'autel menacé où supplie l'amour entreprenant et l'autel misé- 
ricordieux où la prière en larmes vient fléchir les passions farou- 
ches. Si Priam ne les eût embrassés, Hector fût resté sans sé- 
pulture. 

S'attachant particulièrement aux genoux de la femme, Le- 
montey en signale les ligaments souples , l'enveloppe polie et 
les séduisantes fossettes. Il distingue le genou tourné en dehors 
de celui qui est tourné en dedans, — et, naturellement, il donne 
la préférence à ce dernier, dans lequel il admire, dit-il, je ne 
sais quelle expression de modestie, de timidité fine , de mystère. 

Considérant ensuite les deux genoux de la femme sous le rap- 
port de leur fraternité^ il applique à ces jumeaux cette belle 
maxime politique que, tant qu'ils resteront unis, ils seront invin- 
cibles . 

Page 166. — Des ciuatre humeurs du corps humain. 

Les humeurs n'étaient pas toutes de la même nature, ni com- 
posées d'une égale portion d'éléments semblables. Il y en avait 
quatre principales, savoir : le sang (sanguis, de là sanguin), la 
hile jaune (cholos, d'où cholérique), la hiJe noire (jnelas choJos, mélan- 
colique) et le phlegme {phlegma , phlegmatique) . L'air était surabon- 
dant dans la mixtion des éléments propres à faire le sang ; le 
feu, dans celle d'où résultait' la hile jaune; la terre, dans celle 
de la bile noire, et l'eau, dans la composition du flegme; puis, 
comme les organes des corps et les corps eux-mêmes résultaient 
nécessairement de cette combinaison élémentaire, il s'ensuivait 
que tel ou tel membre, tel ou tel individu était chaud quand 
le feu avait Tavantage, froid quand c'était l'eau, sec quand c'était 
la terre, et humide quand c'était l'air. 

Enfin, en combinant chacune de ces qualités, ils faisaient les 
tempéraments et les nuances qu'ils peuvent avoir. Mais leur 

28. 



49 8 Commentaires de V Ecole de Salerne. 



physique n'allait pas plus loin ; ils l'appliquaient néanmoins aux 
végétaux, aux minéraux, à l'action des diverses substances de la 
nature sur les animaux, soit à titre de remèdes, ou même de 
poisons, aux rapports des sexes, aux différentes saisons de l'année 
et aux différents climats. 

L'anatomie, la physique et la chimie, perfectionnées depuis un 
siècle, ont détruit ces anciennes notions des tempéraments et leurs 
prétendus rapports avec les quatre éléments. 

Nous savons maintenant que ces données sont inexactes ou 
du moins pèchent en plus d'un point. 

Ainsi en avait cependant décidé la médecine ancienne, et 
d'après ces propriétés, renfermées dans le sang, pures ou mêlées, 
elle déduisait les divers tempéraments. Elle distinguait quatre 
tempéraments principaux : le cholérique, le sanguin, lo. flegmatique 
et le mélancolique. 

L'anatomie, en conservant les premières divisions du corps 
humain et de ses parties, mais en considérant de plus près la 
structure des organes, leur position, soit naturelle, soit respec- 
tive, les vaisseaux, les nerfs et leur action même dans le vivant, 
a découvert beaucoup de choses dont la connaissance était abso- 
lument nécessaire pour établir une physiologie digne du médecin 
philosophe. 

La chimie, portant ses expériences sur les corps les plus inac- 
cessibles à nos sens, a trouvé partout des composés moins com- 
posés, des agrégats plus simples, et les éléments eux-mêmes, sous 
des formes surprenantes et tout à fait nouvelles, l'air tenu en dis- 
solution par l'eau, l'eau dissoute par l'air, le feu rendu par la terre, 
et fixe et plus dur que l'acier, la terre, à son tour, rendue par le feu 
brillante et volatile comme lui. Mais les humeurs, trouvées par 
les analyses les plus exactes presque totalement homogènes dans 
leur composition, ont été pourtant, à la fin, assez intimement 
connues pour qu'il fût aisé d'observer avec fruit leurs effets dans 
les corps animés. 

Enfin la physique, débarrassée des plus nuisibles préjugés, a 



Des quatre humeurs du corps humain. 499 

mieux envisagé les propriétés des corps naturels^ et, jetant un 
coup d'œil hardi sur les animaux, a mieux approfondi et mieux 
fait connaître le mouvement des fluides et la texture ài:s solides, 
d'où résultent essentiellement la vie et les plus étonnants phéno- 
mènes de l'animalité. 

On sait, aujourd'hui, que chaque partie du corps humain a 
sa structure particulière, et chaque atome son organisation rela- 
tive à l'entretien du tout; que nos organes ont une action 
et une réaction spéciale et mécanique, et une sensitive, les uns 
sur les autres; que les solides et les fluides, quoique résultant 
d'un mucus homogène et de la combinaison première des quatre 
éléments, n'en ont pas moins une fonction difl"érente de celle 
que nous connaissons aux éléments; qu'il n'existe pas naturel- 
lement dans le corps humain quatre humeurs élémentaires, qui 
soient les sources de toutes celles que l'on nomme secondaires, 
et que c'est par la circulation du sang que sont produits et char- 
riés tous les principes des fluides et des solides. 

Tout homme possède la faculté de recevoir des impressions 
du dehors ; mais tous ne la possèdent pas au même degré, par 
suite de la perfection ou de l'exercice plus ou moins grand des 
sens. 

L'âme peut être comparée à un instrument dont les cordes 
vibrent, chez l'un, au moindre attouchement, au plus faible vent 
qui passe; chez un autre, demandent pour résonner des efforts 
plus grands, une impression plus rude, tandis que chez un 
troisième enfin elle ne se réveille pas au choc le plus brusque. 
C'est en raison de la délicatesse de l'âme que se traduit l'acti- 
vité extérieure de l'individu, vive et prompte, ou lente et me- 
surée, ou lourde et tardive. Les extrêmes sont rares, mais ils 
se rencontrent. 

La prédominance de l'un des grands systèmes nerveux, san- 
guin, lymphatique, dit le docteur Cheron *, constitue un ensem- 

I. D"" Cheron, journal Le Soir, 1871. 



500 Commentaires de VÉcole de Salerne. 

ble d'aptitudes physiques, de modifications fonctionnelles qui 
se reflètent extérieurement par la forme, par les allures, par la 
coloration du visage, enfin par une série de caractères réunis sous 
la dénomination de tempérament. 

D'après cela, le tempérament n'est plus regardé que comme 
la constitution propre à chaque individu, laquelle dépend de la 
structure particulière, du sexe, du climat, des habitudes, de 
l'éducation, et l'on en compte réellement autant d'espèces diffé- 
rentes que la nature produit d'individus. Cependant, comme on 
remarque, en général, qu'il y a des hommes qui font aisément 
du sang, d'autres de la bile jaune, d'autres de la bile noire et 
d'autres qui sont plus sujets à la pituite, on rapporte encore 
théoriquement les tempéraments aux quatre classes anciennes, 
mais seulement pour l'ordre du discours et la facilité de la 
doctrine. 

On croira peut-être qu'un même tempérament peut s'étendre 
atout un peuple; qu'on ne s'y trompe pas cependant. Les in- 
dividualités ont des nuances trop diverses pour qu'un examen 
puisse arriver à une pareille conclusion; on n'aurait jamais que 
des hypothèses. D'ailleurs, pour restreindre le cercle de nos ob- 
servations, on a souvent remarqué dans une même famille les 
tempéraments les plus opposés parmi les enfants, bien que le 
père et la mère eussent à peu près une complexion identique. 
L'un est gai, jovial, aime à jouer et à rire; l'autre est sérieux et 
appliqué; le troisième déteste le travail, mais d'autre part aime 
le repos au delà de toute mesure. Et pourtant ils sont nés des 
mêmes parents, élevés dans les mêmes conditions ; ils ont reçu 
la même éducation ; pourquoi ne se sont-ils pas développés de la 
même façon? C'est le cas de dire : Pourquoi un même sol pro- 
duit-il la fleur et le poison ? Pour avoir un exemple de cette di- 
versité des caractères, nous ne devons pas aller en Angleterre, où 
l'inique droit d'aînesse met la haine au cœur des enfants sacri- 
fiés contre le frère favorisé, du jour où ils ont conscience de 
cette injustice; non, voyez plutôt la campagne d'un cultivateur 



Des quatre humeurs du corps humain. 501 

aisé. Tous les enfants sont élevés par le même précepteur; mais 
Tun s'attache de préférence au garde-chasse, au cocher et va aux 
champs avec les domestiques ; en hiver, on le verra même, le 
fléau à la main, battre le grain ou couper la paille menue; il 
aime tous les exercices du corps , tandis que son frère cadet ou 
aîné garde la maison et n'aime que ses livres. Son frère a beau 
l'appeler d'un de ces quolibets énergiques, comme on en trouve 
à cet âge ; il n'en continue pas moins ses études ; il veut devenir 
savant, avocat ou professeur, médecin peut-être; car, en effet, 
son grand-père a été médecin. 

Une erreur populaire se plaît à confondre les avantages qui 
résultent d'une bonne constitution et ceux que l'on veut attri- 
buer aux prétendus bons tempéraments. Cette erreur est regret- 
table, car elle permet de considérer comme avantageux l'état 
maladif inhérent à quelques tempéraments fortement accusés. 

Une bonne constitution est représentée par une égale pondé- 
ration de la puissance de tous les systèmes de l'organisme; le 
tempérament, au contraire, déduit cet équilibre en créant une 
prédominance fâcheuse de l'un de ces systèmes. Il n'existe 
donc point de bons tempéraments, il n'existe que de bonnes 
constitutions; si parmi ceux-ci il en est dont l'influence soit 
moins fâcheuse, ce n'est pas à dire pour cela qu'il soit opportun 
de faire l'éloge des moins mauvais . 

Voilà l'appréciation médicale. 

En dehors de cette manière d'envisager la question, il en est 
une autre qui a le droit de se faire connaître; elle consolera 
ceux auxquels on a pompeusement annoncé la bonne chance qui 
leur est échue en partage, possesseurs qu'ils sont, celui-ci d'un 
tempérament bilieux qui donne énergie et résistance aux mala- 
dies, voire même mauvais caractère; celui-là d'un tempérament 
lymphatique, en vertu duquel il possède le calme qui fait les 
hommes vraiment forts, qui met à l'abri des coups de sang, et 
qui permet l'usage sans limites des excitants les plus nuisibles : 
alcool, tabac, etc. 



502 Commentaires de F Ecole de Salerne. 

Laissant de côté ces avantages illusoires, il n'est point sans 
intérêt de faire ressortir ce fait capital, à savoir : que les grandes 
diversités de caractère, d'aptitude, de qualités physiques et mo- 
rales dont l'ensemble constitue l'iodividualité, sont mises en 
relief par l'influence du tempérament, qui, dans certaines cir- 
constances, vu sa forme, donnera de la valeur à des facultés 
intellectuelles médiocres, ou déprimera des facultés intellectuelles 
auxquelles il manquera toujours l'énergie physique nécessaire à 
leur mise en jeu. 



Page 169. — Des gens sanguins. 

Le tempérament sanguin est celui dans lequel domine un sang 
épais et riche en parties rouges. 

Il est caractérisé par une physionomie animée, un teint rouge 
et même rubicond, un beau corps, une stature droite et élevée, 
des chairs d'une consistance moyenne et bonne, des cheveux 
blonds et châtains, une peau lisse et blanche, des veines bleues 
et saillantes, des yeux ordinairement bleus, des membres souples 
et agiles, une démarche légère et aisée. 

L'homme sanguin a le pouls vif et réglé; il fait bien toutes 
ses fonctions ; il a bon appétit et digère bien ; il transpire aisé- 
ment. 

Comme le sang circule facilement, que les viscères sont sains 
et robustes, il aime les bons repas, il est un gai convive ; il a 
l'humeur joviale et plaît par son enjouement; il aime le luxe, les 
plaisirs, les femmes ; il aime avec beaucoup de délicatesse. Le 
produit des bonnes digestions est la bonne santé ; le produit de 
la bonne santé est l'amour du plaisir : l'homme sanguin est 
donc voluptueux. Mais il est indiscret et inconstant ; il a des 
goûts plutôt que des passions. Ses bons côtés disparaissent sou- 
vent sous une sensualité trop grande et une légèreté impardon- 
nable. 



Des gens sanguins. 503 

11 a la mémoire heureuse, l'imagination vive et brillante ; il a 
beaucoup d'esprit, des idées heureuses et promptes, des expres- 
sions aisées ; il est fécond en bons mots et en traits d'esprit ; il 
est charmant en société. Il aime l'étude, fait des progrès rapides 
dans son instruction; il juge bien; mais, malgré sa conception 
facile, il est peu propre aux méditations profondes et aux sciences 
abstraites, ayant peu de goût pour tout ce qui exige un travail 
assidu : il excelle dans toutes les sciences agréables ; il est enclin 
cà la poésie, à la musique, à la peinture. 

Il est franc et courageux; aussi étourdi que sensible, il s'em- 
porte aisément et se calme de même, ne connaît ni soucis nr 
ressentiment, voit tout en rose, même le malheur et l'adversité ; 
offensé, il pardonne ; affligé, il se console sans difficulté. 

Il a une grande vivacité de sentiment, des impressions promptes^ 
mais légères ; c'est une eau dont la surface s'agite au moindre 
souffle, mais se calme aussitôt que le souffle a passé ou se di- 
rige en sens inverse, selon le courant que l'air suit lui-même. 
Le désir naît instantanément; mais, s'il ne trouve aussitôt de quoi 
se satisfaire, il se déplace sans peine et oublie l'objet qui Va. 
d'abord excité. Un homme à tempérament sanguin est facilement 
ému ; en ce moment, il puisera sans hésitation dans sa bourse ; 
mais n'attendez pas au lendemain les effets de ces bonnes dis- 
positions : avec l'émotion a passé l'élan de générosité. Il a des 
défauts, de grands défauts même, et les confesse avec franchise, 
se repent amèrement de ses fautes et prend les meilleurs résolu- 
tions ; il se retourne, une occasion se présente, la tentation est 
plus forte que la volonté, et le voilà retombé dans ses anciennes 
misères . 

Bref, c'est un aimable homme, mais ce n'est pas un homme 
de mérite. 

La bonté de cette constitution n'est pas un titre pour vivre 
longtemps : la sensibilité et la vivacité, qui sont propres à 
l'homme sanguin, lui font consumer rapidement la vie et abréger 
ses jours. 



504 Commentaires de F Ecole de Salerne. 

Le tempérament sanguin est le plus heureux de tous. C'est 
celui des enfants et des jeunes gens; ce fut celui de certains 
hommes célèbres que l'on a le plus aimés dans tous les temps ; 
Alexandre, Henri IV, Louis XV, etc., étaient de ce tempéra- 
ment. 

On distingue le tempérament sanguin non seulement dans les 
particuliers, mais encore chez les peuples et sous certains gou- 
vernements, car rien ne modifie l'homme comme les lois qui le 
régissent. Tel fut celui des anciens Grecs et des anciens Ro- 
mains. Les peuples naissants, les peuples libres conservent celte 
heureuse constitution des individus : les peuples abrutis par le 
poids de la tyrannie ou du despotisme le perdent. 



Page 170. — Des gens bilieux. 

On voit plus de personnes vomir de la bile jaune que l'on 
n'en voit vomir de la bile noire : il y a donc plus de tempéra- 
ments bilieux que de mélancoliques. Mais cette humeur jaune, 
amère que l'on vomit ainsi et que certains sujets semblent rendre 
avec une extrême facilité, est-elle en effet de la bile ? Vient-elle 
du foie ? Point du tout : c'est un faux nom qu'on lui a donné, à 
cause de sa couleur et de son goût. Autant la vraie bile, la bile, 
produit de la sécrétion du foie, est nécessaire à la digestion des 
aliments, autant celle-ci est nuisible à toutes les fonctions. 

Le tempérament biheux n'est pas plus naturel que le mélanco- 
lique ; cependant il a son caractère et ses nuances. 

L'homme bilieux est velu, grand, maigre ; il est fort, nerveux, 
bien musclé ; ses os sont gros, ses chairs fermes et compactes ; 
sa peau, aride et sèche, est d'un rouge foncé, brune, olivâtre et 
quelquefois noire ; ses poils et ses cheveux sont presque toujours 
noirs et crépus ; ses yeux sont noirs et perçants. 

Toutes les fonctions vitales sont promptes chez le bilieux : 
il croît vite; il a le pouls fréquent, sec, raide; il mange beaucoup, 



Des gens bilieux. 505 



digère facilement ; il a ordinairement un appétit vorace ; le tissu 
de sa peau est serré et peu perspirable, et les urines sont acres 
et abondantes. 

Mais, perdant apparemment beaucoup par la transpiration de 
la peau, il n'engraisse pas aisément. 

Il reçoit les impressions avec autant de facilité, mais il les 
garde et les laisse pénétrer plus profondément. Sa volonté est 
forte et tenace; ses passions éclatent avec violence, et sa colère, 
pour être prompte, n'en est pas moins énergique. Il a des affec- 
tions et des antipathies nettement tranchées ; il sent l'obstacle 
aiguillonner ses désirs ; il cède devant la douceur et la résigna- 
tion, et sa fureur, qui semblait vouloir tout démolir, s'apaise par 
degrés et disparaît bientôt. 

Le bilieux est hardi, entreprenant et violent. Il n'est pas rebuté 
par un long travail ; il poursuit avec constance le but qu'il s'est 
une fois proposé, et l'atteint ou succombe. Il rêve l'honneur et 
la gloire ; il souffre d'une condition obscure , et il s'agite sans 
cesse pour en sortir; son âme, habituellement occupée de ses pro- 
jets d'élévation, se sent propre à entreprendre les plus grandes 
affaires. Il est né pour commander plutôt que pour obéir; mais 
son pouvoir est tyrannique, susceptible et jaloux. Il est brave jus- 
qu'à la témérité, mais sa victoire est souvent sanglante et cruelle. 

L'homme bilieux est, de tous les hommes, celui qui est le 
plus amoureux : l'amour est pour lui une affaire capitale : il aime 
passionnément et avec fureur ; il est fort et conserve longtemps 
sa vigueur; il est jaloux, constant, ferme, inexorable, colérique 
et porté à la vengeance. 

Il a beaucoup d imagination, plus de génie que d'esprit ; il 
est propre aux sciences abstraites ; mais ces quaHtés précieuses 
sont souvent altérées par la dureté de son caractère : il est en- 
têté, opiniâtre et misanthrope. 

Ce tempérament est celui d'un homme au sein de la société, 
déjà accoutumé à réussir dans ses projets et dans le maniement 
des affaires. C'est peut-être une époque réelle dans l'histoire du 

ÉCOLE. 29 



5o6 Commentaires de r École de Salerne. 

sentiment propre à la nature humaine. C'est du moins une 
phase sensible du tempérament sanguin, qui passe souvent au 
tempérament mélancolique : à Tâge de cinquante ans, les bilieux 
deviennent mélancoliques. 



Page 170. — Des phlegmaticiues. 

Le tempérament /m^ et humide, pituiteux, lymphatique, propre 
à l'enfance, est celui dans lequel les chairs sont lâches, molles, 
spongieuses, abreuvées de sérosités et couvertes de graisse. La 
taille est avantageuse, épaisse et massive; la peau, blanche, 
douce, belle, garnie de très peu de poils longs et fins ; le visage, 
pâle, quelquefois bouffi ; les yeux, bleus, grands, mais éteints ; 
le regard, humble et languissant. Les femmes de ce tempéra- 
ment ont beaucoup de gorge, mais qui ne se soutient pas long- 
temps. 

Toutes les fonctions sont languissantes et embarrassées chez 
les pituiteux ; les fibres, relâchées et sans ton, se laissent aisé- 
ment distendre par l'action des humeurs. Le pouls est rare, 
mou, faible, le sang aqueux et sans consistance, la respiration 
lente ; ils ont peu d'appétit, digèrent lentement et mal, et sup- 
portent longtemps la dièie et même la faim, sans en être incom- 
modés. 

Quant aux qualités morales, ils ont le sens très obtus et sont 
peu enclins aux plaisirs de l'amour. Les fonctions de leur esprit 
sont faibles et languissantes ; leur imagination est froide et leur 
mémoire peu fidèle. Les pituiteux sont peu propres aux travaux 
pénibles, à moins qu'on ne les y accoutume par degrés : l'habi- 
tude fait leur loi ; ils sont naturellement obéissants et aptes à re- 
cevoir l'impression qu'on leur donne ; ils ont le caractère doux, 
affable, paisible, le jugement sûr ; l'état d'apathie fait leur bon- 
heur. 

L'émotion est lente à venir ; elle dure à la vérité plus long- 



Des mélancoliques. 507 



temps que dans le tempérament sanguin, mais la volonté manque 
pour l'exécution. Le flegmatique aime le repos, le plaisir, pourvu 
qu'il ne doive pas se le procurer au prix de grands efforts. Il est 
incapable d'une grande passion , il a trop de réflexion pour faire 
une folie et ne va jamais au delà de la limite qu'il s'est tracée. 

Les individus pituiteux vivent plus longtemps que les autres, 
parce qu'ils usent moins la vie. 

Les femmes, et les hommes mous et voluptueux, sont en gé- 
nérale flegmatiques. 

C'est l'homme d'ordre, l'homme exact, l'homme soignant 
son ménage, surveillant son commerce les bras croisés, et vivant 
heureux dans le meilleur des mondes possibles. Mais de cette 
grande placidité il n'y a pas loin à la paresse, et l'indifférence 
émousse souvent les sentiments les plus naturels et les plus 
fidèles . 

Le tempérament flegmatique est quelquefois originel ; il y a 
des climats où les hommes naissent pituiteux. Néanmoins le 
genre de vie et l'éducation ont une action décisive à cet ét^ard 
sur la plupart d'entre eux. Les Flamands, les Hollandais, les 
Anglais, les Allemands, les Suisses, les peuples soumis à uu 
gouvernement constant sont flegmatiques. 



Page 171. — Des mélancoliques. 

Le tempérament mélancolique ou atrabilaire est propre à la 
vieillesse. On peut le considérer comme le maximum du tempé- 
rament bilieux. 

Les mélancoliques ont ordinairement les cheveux bruns ou 
noirs ; le corps grêle ; les jambes et les cuisses maigres ; les bras 
et les doigts effilés ; la peau sèche, jaune, brune ou noirâtre, 
quelquefois garnie de poils très noirs. 

Le pouls est fréquent, sec, petit, inégal. 

Le sang est, paraît-il, plus foncé, circule plus lentement ; on 



5o8 Commentaires de l'Ecole de Salerne. 

croit même que le cœur et tout le système artériel n'a pas l'ir- 
ritabilité voulue. Les mélancoliques sont voraces ; leurs diges- 
tions se font irrégulièrement, ainsi que les fonctions du ventre ; 
les urines sont abondantes, claires, peu colorées. 

Ils ont l'imagination aussi vive, aussi exaltée, aussi pittoresque 
que celle des Orientaux. Ils peignent toujours en parlant : tout 
est image, comparaison ; mais ils grossissent ou exagèrent sou- 
vent les choses. 

Le mélancolique jouit d'une grande sensibilité ; aussi le plus 
petit revers, la douleur la plus légère le jette dans l'abattement et 
le désespoir. Les sentiments ne s'éveillent que peu à peu, mais ils 
sont constants et durables, et, bien qu'ils soient parfois très vifs, 
la raison et la prudence ne leur permettent de monter que par 
degrés. 

A voir un homme de cette espèce, on le dirait insensible, 
parce qu'il est peu expansif et retient tout en lui-même ; mais, à 
un moment donné, la passion longtemps nourrie en silence se 
fait jour, dévoilant souvent une profondeur de sentiment qu'on 
n'eût jamais soupçonnée. 

On le trouve fidèle en amour et en amitié, ponctuel à rem- 
plir ses devoirs, capable des plus grands sacrifices. Il apprend 
avec peine, mais ne perd pas le fruit de son travail. Sévère 
envers lui-même, il exige des autres la fidélité au devoir avec 
la même sévérité ; mais, comme le plus souvent il s'est trompé 
dans son attente, blessé dans ses illusions, il s'abandonne à son 
humeur chagrine, comprend dans un même mépris les hommes 
et les choses ; puis, à force de se tourmenter lui-même, il tombe 
souvent dans cette triste infirmité morale qu'on appelle a mé- 
lancolie ». 

Il est pessimiste, rêveur, méditatif ; son imagination se repaît 
de chimères, qui le troublent et le rendent malheureux, par la 
crainte de le devenir. Le principal est la tristesse et la tacitur- 
nité. Le mélancolique, occupé intérieurement, ne se répand point 
au dehors. Il s'agite en lui-même, compare tout, combine tout; 



Des mélancoliques. 509 

et, comme il pense naturellement à son bien-être, il craint de 
trahir un secret, qui pourrait influer sur son bonheur et peut- 
être le lui ôter ; de là son opiniâtreté et sa méfiance. 

Le caractère du mélancolique est sombre , rêveur, difficile, 
inquiet, méfiant, chagrin. Il est très exigeant, et furieux lorsqu'on 
lui manque ; ennemi implacable et adversaire très redoutable, il 
est cependant bon ami, mais amant jaloux et porté au désespoir. 

Le sentiment étant très aiguisé chez lui, et par l'habitude de 
sentir et par celle de réfléchir, il aperçoit et juge avec facilité et 
justesse; de là ses machinations sourdes, obscures et ténébreuses 
dans lesquelles il a coutume de se plonger et de réussir. 

Les entreprises qui paraissent supérieures aux forces humaines, 
les conquêtes, les hérésies, les sectes, les révolutions des em- 
pires, les crimes les plus atroces, ont été souvent l'œuvre des 
mélancoliques. Ce tempérament produit les grands hommes, les 
héros, les ambitieux, les grands philosophes, Démocrite, Aristote, 
Platon, Cicéron, les grands scélérats, les César, les Brutus, les 
Charles XII, les Bonaparte, les Robespierre, les fanatiques Clé- 
ment, Ravaillac, Louvel. Les gens mélancoliques sont des héros, 
ou des criminels fameux, des savants ou des fous, mais ils sont 
rarement bons. 

Ce tempérament n'est donc point dans la nature; c'est un 
produit des modifications que l'homme reçoit durant sa vie par 
Téducation, par les lois, en un mot par la société. Chacun le sait, 
et chacun le dit : on change de tempérament à mesure que l'on 
s'éloigne de la naissance, et cela ne peut venir que des impres- 
sions profondes et multipliées que les objets qui environnent font 
sur nous. 



Au tempérament mélancolique se rattache le tempérament ner- 
veux. A notre époque, et surtout dans les classes élevées de la 
société, le tempérament qui domine, et dont l'exagération con- 



510 Commentaires de V École de Salerne. 

stitue un véritable état maladif, est le tempérament nerveux. Nous 
empruntons les lignes qui suivent à M. le D^ Cheron * : 

Le développement considérable pris par cette forme de tem- 
pérament n'est point nouveau; si les conditions actuelles de 
notre civilisation usent les grands rouages de notre organisme 
€n les surexcitant outre mesure, la dépression morale résultant 
■de la crainte et de la superstition, les angoisses créées par les 
luttes continuelles étaient, au moyen âge, des conditions tout aussi 
favorables au développement de cette forme maladive; cepen- 
dant l'étude de cet état, confondu avec la plupart des maladies 
nerveuses, n'avait point été comprise avant ces dernières années. 

Le docteur Sandras nous en a laissé une remarquable des- 
cription. 

« Une des choses, dit-il, qui frappent le plus la personne qui 
s'approche d'un malade en proie à l'état nerveux, est la disposi- 
tion morale dans laquelle on le trouve et qui lui prête un 
caractère tout particulier. L'état nerveux est accompagné d'une 
irritabilité extrême : un rien , un mouvement, un bruit, une 
parole, à plus forte raison une contradiction, une contrariété 
suffisent pour la faire éclater. Si le névropathique parvient à se 
contenir et à réprimer, pour un moment, l'explosion de l'empor- 
tement ainsi provoqué, ce n'est qu'un peu de cendre jetée sur 
un feu allumé : l'instant d'après , l'embrasement se fera jour, 
malgré tous les efforts de la raison, malgré les intentions les 
mieux arrêtées de se tenir sur ses gardes. » 

L'irritabilité est en général d'autant plus grande que l'état 
nerveux est plus prononcé, quelle qu'en soit d'ailleurs la cause. 

La susceptibilité est très grande. Sous une forme polie, on 
déclare sensible la personne qui en est atteinte. Un mécontente- 
ment intérieur ne demande qu'un prétexte pour éclater. 



I. D*" Cheron, Le Soir, 1871. — Voyez aussi Bouchut, Du 
nervosisme aigu et chronique et des maladies nerveuses, 2e édi- 
tion, Paris, 1877. 



Des mélancoliques. 511 

Prompts à se passionner et à s'attendrir, les nerveux versent 
facilement des larmes, alors même que le moindre effort de 
résistance pourrait maintenir chez un autre ce trop facile atten- 
drissement. 

Lorsqu'ils sont plus impressionnés que de coutume, ils res- 
sentent, au niveau du creux de l'estomac, un sentiment d'an- 
goisse comparable à celui qu'on éprouve dans le chagrin. 

Cette sensat'on les pousse à la tristesse, au dégoût, à l'ennui, 
jusqu'au moment où une distraction subite vient leur rendre le 
soulagement et la gaieté. 

Sensibles aux changements de l'atmosphère, ces personnes 
sont au moral de véritables protées. 

Entraînées par leurs impressions, elles font acte de courage 
quand leur système nerveux est surexcité, et la puissance de leur 
volonté devient si grande que les plus rudes épreuves, les fati- 
gues et les efforts sont supportés avec facilité. 

Au service d'une bonne tête et d'un bon cœur, l'état nerveux 
a pu enfanter d'admirables choses. Dans les conditions contraires, 
rien n'est plus triste à voir et surtout à éprouver : la raison n'est 
pas là pour réprimer les impulsions maladives; les affections 
s'éteignent, l'égoïsme règne sans partage ; le malade souffre et 
n'inspire plus qu'un médiocre intérêt . 

Parallèlement à ces troubles moraux apparaissent sans cesse 
des souffrances physiques très variées : lourdeurs de tête, bouf- 
fées de chaleur à la figure, étourdissements , vertiges, maux 
d'estomac, manque d'appétit, battements de cœur, sensibilité 
exagérée de l'œil, bourdonnements, tic nerveux, etc. 

D'une autre part, de véritables aberrations de la sensibilité, 
auxquelles on ne peut échapper, sont imposées par cet état. 

La célèbre actrice Mlle Contât s'évanouissait à l'odeur du lièvre. 

J.-J. Rousseau rapporte que le son de la cornemuse produi- 
sait chez un Gascon nerveux une incontinence d'urine. 

Paulini cite l'exemple d'un homme chez lequel la musique 
déterminait des vomissements. 



512 Commentaires de V Ecole de Salerne. 

Lamotte éprouvait un vif sentiment de douleur lorsqu'il en- 
tendait des accords. 

Le physiologiste Wagner subissait une sensation horrible de 
froid dans le dos lorsqu'il touchait une pêche. 

Le comte de Caylus éprouvait une agitation extrême toutes 
les fois qu'il rencontrait un moine : il parvint à se guérir de cette 
lubie en mettant dans son cabinet un capucin de bois revêtu du 
costume de l'ordre. 

Marguerite de Valois, sœur de François 1^'^ , ne pouvait en- 
tendre prononcer le mot mort. 

Et tant d'autres ! — Et tous ces gens-là étaient simplement 
des nerveux subissant leurs aberrations sans chercher à y porter 
remède. 

La femme subit plus souvent que l'homme l'influence maladive 
du tempérament nerveux; les conditions auxquelles elle est 
soumise, l'allaitement et l'âge de retour, surtout, peuvent déve- 
lopper ce fâcheux état. 

Les déplorables conditions d'hygiène dans lesquelles nous 
vivons, à l'endroit des exercices musculaires, la vie anormale que 
nous menons dans les grands centres d'agglomération, favorisent 
de plus en plus le développement de cet état maladif. 

Rétablir l'équilibre entre les divers appareils en les obligeant 
à fonctionner : voilà le grand principe qui doit servir de point 
de départ au traitement de cette forme exagérée du tempérament 
nerveux. 

Déprimer par l'eau froide appliquée sur la peau l'action du 
système nerveux anormalement excité, augmenter les fonctions 
de cette dernière, dépenser en mouvement l'excès d'irritabilité 
nerveuse, et le médecin aura bien peu de chose à faire pour 
compléter le rétablissement de l'équilibre des fonctions. 

Rappelons-nous que l'état nerveux est une servitude morale 
continuelle envers tout ce qui nous entoure; que des détermi- 
nations capitales, des actes sérieux de toute nature ont été sug- 
gérés et malheureusement accomplis sous cette influence. Ayons 



De la physionomie suivant F humeur. 513 

donc le courage de nous soumettre aux lois de l'hygiène : appré- 
ciant le rôle immense de réaction du physique sur le moral, 
nous atténuerons les effets désastreux d'un état maladif pénible 
à celui qui en est atteint, plus pénible encore à ceux qui l'entou- 
rent. 



Les genres de tempéraments que nous venons d'établir sont 
les plus apparents et les plus évidents. Dans aucun homme, l'un 
de ces quatre tempéraments ne se présente jamais seul et exclusif 
de tous les autres ; ils se mêlent et s'enchaînent au contraire, se 
fondent l'un dans l'autre en des proportions variées et multiples, 
par des nuances insensibles, et cela dans un même individu, au 
point qu'on ne trouverait pas deux hommes à caractère parfai- 
tement égal ; de cette manière , ils contribuent à marquer les 
individualités humaines sous le rapport physique. 



Page 172. — De la physionomie suivant l'humeur. 

Rien n'indique mieux l'humeur dominante dans un sujet que 
la couleur de son teint. 

Un homme sanguin a constamment le teint vif et animé, les 
yeux brillants^ les joues vermeilles, les lèvres rouges, les dents 
blanches, le coloris frais; c'est une image vivante de la santé, de 
la bonne constitution. 

Au contraire, si les digestions se font mal, s'il s'est amassé 
de la saburre dans les premières voies, le visage aussitôt se 
ternit, le blanc des yeux jaunit, le fond du teint pâlit. On voit 
paraître, en foule, les phénomènes qui annoncent la bile jaune et 
qui indiquent que le sujet a besoin d'être purgé. 

Quand, en avançant, les humeurs s'accumulent, s'invètèrent, 
pénètrent dans la masse du sang, que le sentiment intérieur, 
émoussé ou distrait, ne permet plus aux viscères d'expulser l'hu- 
meur surabondante, qui acquiert sans cesse de nouveaux degrés 

29. 



514 Commentaires de V École de Saler ne. 

d'acrimonie, le teint devient hâve et plombé, les joues se sèchent, 
les tempes se contractent, l'œil est sombre et hagard ; l'atrabile 
s'annonce de toutes parts. 

Enfin, les flegmatiques sont, en général, pâles et langoureux. 
Leur regard est aimable, mais sans vivacité ; leur teint blanc n'est 
relevé par aucune autre nuance ; leurs lèvres sont sans pourpre ; 
leurs dents se chargent de tartre. 

C'est donc encore le teint de l'homme sanguin qui paraît le 
plus naturel, le plus agréable, le plus beau; il annonce une 
bonne constitution et une santé florissante; aussi est-ce celui 
que l'on tient le plus à conserver ou à se donner avec le plus de 
soin, d'empressement, de sollicitude, de frais. Aussi les femmes 
qui sont dépourvues de ce coloris attrayant cherchent-elles à s'en 
procurer un factice, par l'art de la toilette et par les fards dont 
elles surchargent leur peau, au grand détriment de leur santé '. 

Je les avertis que les fards rouges ou blancs, qu'elles mettent 
sur leur visage bouchent les pores de la peau, empêchent la 
transpiration et y causent une pléthore locale, qui, jointe aux au- 
tres causes du mal de tête , auquel la plupart d'entre elles sont 
en proie, contribue à produire les incommodités dont elles se 
plaignent. Les maux d'yeux, d'oreilles, de dents, les étourdisse- 
ments et les crispations des nerfs du visage peuvent naître, du 
moins en partie, de cette cause, quelque légère qu'elle soit. 

Tu as beau d'eau de lis user 
Et faire, à t'encéruser, 
De ton visage un faux visage, 
Tu ne fais rien que t'abuser, 
N'en recevant nul avantage. 
Tu perds et ton fard et ta peine. 
Perrette, penses-tu, par Tart 
De savoir détremper le fard, 
Faire, d'une Hécube, une Hélène? 

I. Voyez Piesse, Des odeurs, des parfums et des cosmétiques, 
2e édition, Paris, 1877. 



Causes du tintement d'oreilles. 515 



Page 18$. — Embarras d'oreilles. 

Le sommeil pris immédiatement après le repas du jour rend 
le corps lourd et pesant, les sens obtus. Un mouvement excessif 
épuise et fatigue les sens. L'ivresse abrutit et rend hébété. Toutes 
ces choses appesantissent, engourdissent le sentiment, et rendent 
par conséquent l'ouïe moins libre, moins aisée; mais il y en a 
beaucoup d'autres qu'on pourrait accuser avec plus de raison de 
produire cet effet. 

Cet aphorisme ne vaut pas grand'chose. Le suivant, sur le 
même sujet, est plus exact et plus vrai. 



Page 186. — Causes du tintement d'oreilles. 

Le bruissement, le tintement d'oreilles, consiste dans un bruit 
imaginaire et plus ou moins importun, qu'on rapporte aux 
oreilles, et qui est le plus souvent accompagné de surdité légère 
ou forte. 

Les causes prochaines de cet état sont le mouvement du sang 
ou de l'air, et quelquefois l'illusion du sens de l'ouïe. Les causes 
occasionnelles sont très nombreuses : parmi celles-là, on peut ran- 
ger les causes rapportées dans le présent aphorisme. Le mouve- 
ment, l'exercice démesuré produit ce résultat, en augmentant 
et prolongeant sur les viscères du bas-ventre la pression qu'y 
causent toujours ses muscles, mis en action; un coup, en produi- 
sant quelque secousse violente aux vaisseaux sanguins ou même 
un épanchement ; le vomissement, en comprimant avec force 
Taorte descendante ; la faim, par la gêne où l'estomac se trouve, 
en troublant la circulation du sang qui parcourt les viscères abdo- 
minaux ; le froid, en contractant les vaisseaux de la surface du 
corps et en repoussant ainsi le sang de la circonférence au centre. 



5i6 Conrfnentaires de l'Ecole de Salerne. 



Page i86. — Hygiène des yeux. 

Les diverses causes relatées dans cet aphorisme portent un 
grand préjudice à la vue; ce qui irrite la glande lacrymale et 
qui l'excite à une action contre nature fait pleurer. 

Le bain, si on le prend trop chaud, peut bien produire la rou- 
geur momentanée des yeux, mais ne saurait leur faire aucun' 
mal, puisqu'il leur est, au contraire, très salutaire, et qu'on l'or- 
donne avec succès pour combattre leur inflammation. 

Pour ce qui est des fèves et des lentilles, nous ne saurions 
reconnaître à ces légumes, quoique indigestes, aucune propriété 
nuisible à la vue. Il faut, pour donner de la probabilité à Tasser- 
tion de l'Ecole de Salerne, supposer que l'on se farcit le ventre 
de ces légumes, de manière à se donner des indigestions; car 
alors, le sang se portant trop abondamment à la tête, la glande 
lacrymale peut être spécialement affectée, comme il arrive d'ordi- 
naire dans les engorgements du bas-ventre. 

Il n'en est pas de même du vin. Les ivrognes qui sont plétho^ 
riques ont tous les yeux rouges et éprouvent un larmoiement 
habituel. 

Les voluptueux sont sujets à sentir leur vue baisser de bonne 
heure. 

Le vent vif exprime les larmes; le feu, le soleil, la poussière, 
les coups blessent fortement les yeux. 

Les oignons, les poireaux, l'ail, la moutarde et la fumée 
causent une irritation prompte et notable aux membranes de 
l'œil. 

Le travail fatigue^ épuise tous les organes de la machine, et 
conséquemment ceux de la vision. La veille trop longue pro- 
duit la plus sensible altération de la vue. 

D'où il suit qu'il est très avantageux pour la santé de se mé- 
fier des causes offensives que cite l'Ecole de Salerne dans cet 
aphorisme, et de les éviter. 



Effets de rahoîidance du sang. 517 



Page 188. — Maladies résultant des vents. 

La rétention des vents peut causer des maux de plusieurs 
sortes, dont les plus ordinaires sont : les coliques, les spasmes- 
dans le bas-ventre, les étourdissements , la tympanite ; les dou-^ 
leurs dans diverses parties membraneuses ou musculaires, qui 
simulent les efforts et même les points de côté ; mais ces souf- 
frances ne sont point de longue durée et disparaissent bientôt 
d'elles-mêmes. 



Page 188. — Effets de l'abondance du sang. 

Les signes de la pléthore sanguine sont assez mal tracés par 
l'Ecole de Salerne. 

Les voici plus clairement définis : engourdissement des extré- 
mités et de tout le corps, bâillements involontaires, qui annon- 
cent la surcharge des poumons, crachement de sang, difficulté 
de respirer, tintement d'oreilles, dureté de l'ouïe, douleur de- 
tête, rougeur de la face_, gonflement et pesanteur des yeux, vue- 
faible, étourdissement, plénitude des veines, rougeur et séche- 
resse de la peau, fièvre inflammatoire, pouls plein, dur, fré- 
quent ; langue sèche , soif , constipation , suffocations , rêves^ 
effrayants. 

Le plus grand nombre de ces signes annonce bien, à la vérité,, 
que le sang se porte à la tête, mais non pas directement qu'il y a 
une trop grande quantité de sang dans un sujet. On remarque: 
souvent partie des mêmes symptômes chez ceux qui sont le- 
moins sanguins. Que l'aorte descendante , ou quelqu'une de ses- 
branches principales éprouve une pression, une gêne inaccou- 
tumée, quelque légère qu'elle soit, elle suffira pour faire, comme 
on dit, monter le sang à la tête et pour produire les phéno- 
mènes dont il est question. 



5i8 Commentaires de l Ecole de Salerne. 

Cependant le pouls plein, fréquent, fort et dur, la rougeur 
du visage, les lassitudes universelles, la peau sèche et brûlante, 
l'aridité de la bouche et la soif, réunis ensemble, marquent, 
aussi clairement qu'il est possible , la surabondance du sang, 
connue sous le nom de pléthore. Mais la dépravation du goût, 
la douleur du front, la constipation du ventre, la bouffiisure du 
visage, ne sont pas aussi décisifs. Ces signes, surtout s'ils s'ac- 
compagnent de ceux dont il va être fait mention, annoncent 
bien plus certainement la surabondance de bile, que l'on appelle 
pléthore ou plénitude humorale. Il faut même y comprendre la mol- 
lesse du pouls, qui n'annonce point du tout la plénitude san- 
guine, mais qui caractérise au contraire infailliblement l'embarras 
de la poitrine et du ventre par l'amas des humeurs dans l'une 
ou l'autre de ces cavités. 



Page 189. — Effets de l'abondance de la bile. 

Les migraines , les maux d'oreilles et de dents, les fluxions , 
les esquinancies, les pleurésies, les rhumatismes, la goutte, n'ont, 
ordinairement pour cause efficiente que la bile. Dans ce cas, 
on ne manque point de rencontrer les signes rapportés dans le 
texte de l'aphorisme. Mais il y en a qui dépendent d'une irrita- 
tion nerveuse et sympathique, d'autres de l'action immédiate de 
l'humeur sur une partie, et d'autres du mouvement irrégulier 
du sang. 

Ceux qui dépendent de l'action immédiate de l'humeur sont 
le défaut d'appétit, les nausées, le vomissement, les vents, la 
soif, les coliques et les douleurs d'estomac. 

Ceux qui sont sympathiques sont : le point de côté, le tin- 
tement d'oreilles, les maux des parties éloignées du siège du 
mal, soit en haut, soit en bas, au-dessus ou au-dessous du dia- 
phragme ; les oscillations anormales du système artériel ; l'agita- 
tion du sang, dont le mouvement est irrégulier à cause de l'irri- 



Effets de r abondance de ratrabile. 519 

tation que les artères partagent avec les organes immédiatement 
embarrassés, et qui produit à son tour divers phénomènes, tels 
que la dureté et la fréquence du pouls, la rougeur des parties 
sympathiquement affectées, la chaleur insolite et brûlante, enfin 
les rêves de même nature. C'est ainsi que la plénitude humo- 
rale produit souvent les symptômes que l'École de Salerne vient 
d'attribuer à la plénitude sanguine. D'où il suit qu'il faut soi- 
gneusement se garder de donner un plein consentement à cet 
aphorisme. 

Page 190. — Effets de l'abondance du phlegme. 

Les anciens médecins distinguaient trois sortes de pituite : la 
plus ténue, nommée lymphatique ou lymphe ;unQ seconde, un peu 
plus dense et jaunâtre, nommée séreuse ou sérosité ; et une autre, 
plus visqueuse, claire, transparente, semblable à du verre blanc 
fondu, que l'on appelle pituite vitrée. 

Les deux premières dominent dans les cachexies hydropiques 
et scorbutiques, comme étant le produit de la décomposition du 
sang. 

La dernière, et c'est d'elle qu'il s'agit principalement ici, paraît 
formée par l'altération des sucs digestifs et réside communément 
dans l'estomac et dans les intestins, comme la bile jaune et la 
bile noire. C'est de là qu'elle produit les symptômes que cite 
l'aphorisme. La salivation, la toux quinteuse ou férine, la car- 
dialgie, la colique, le vomissement de cette humeur, sans les 
aliments, quoique récemment pris, sont Tes cor te ordinaire de 
la pituite vitrée. Je ne crois pas que les rêves aqueux en pro- 
viennent. Cette assertion est à coup sûr hasardée et incertaine. 

Page 191. — Effets de l'abondance de l'atrabile. 

Des humeurs visqueuses qui peuvent surabonder dans le corps 
humain, il n'y en avait point de plus terrible et de plus funeste 



520 Commentaires de V École de Salerne. 

'(\\iQ l'atrabile. Cette humeur était constituée par les restes de mau- 
vaises digestions; cette bile, qui se niche dans les plis et dans le 
velouté de la membrane interne du canal intestinal, s'y amasse, 
y acquiert, par la durée de son séjour et par la chaleur de l'or- 
gane, une couleur brune et parfois si noire, qu'elle ressemble à 
de la poix fondue. Elle y contracte, par les mêmes causes, une 
saveur des plus acides et des plus corrosives, dont elle infecte 
les plus douces substances que l'on puisse avaler. 

Page 195. — Signes de la mort. 

Quoique la plupart des faits d'inhumation prématurée qu'on 
cite soient apocryphes et semblent avoir été inventés à plaisir, 
il en reste assez encore de bien constatés pour inspirer les pré- 
cautions les plus sérieuses ^. 



Le célèbre anatomiste Winslow, le filleul de Bossuet, a failli 
être enterré vivant, et il a raconté avec vérité, après sa résur- 
rection, sa terrible aventure. 

Milady Roussel, qui était sous le coup d'une crise catalep- 
tique ^, après huit jours de mort apparente, revint à elle au 
son de la cloche et dit en se levant sur son séant : « Voilà le 
dernier coup de la prière; allons, il est temps de partir. » 



Pour bien constater un décès et ne laisser aucun doute ni 
dans l'esprit du médecin ni dans celui des familles, il suffit de 

1. Voyez : Julia Fontenelle, Recherches médico-légales sur 
l'incertitude des signes de la mort. Paris, 1834. — Scènes de la 
dernière heure (Revue britannique, i85o, t. XXVII, p. 23-6i). 
— Josat, De la mort et de ses caractères, Paris, 1854, p. 168. — 
Bouchut, Traité des signes de la mort, 1^ édition, Paris, 1874. 

2. Brachet, Traité de l'hystérie, 1847, p. 283, 373. 



Sémioîique des vents, 521 

produire une ampoule sur un doigt de la main ou du pied, à 
l'aide de la flamme d'une bougie, qu'on laisse en contact pen- 
dant quelques secondes, jusqu'à ce que la vésicule se forme, ce 
qui a toujours lieu. 

Si la vésicule contient de la sérosité, c'est un signe évident 
qu'il y a vie : c'est la brûlure ordinaire. Si la vésicule ne ren- 
ferme que la vapeur, on peut affirmer que l'on a affaire à un ca- 
davre et ordonner l'inhumation sans crainte de se tromper. 

En voici la raison : le cadavre, qui n'est qu'une matière 
inerte, obéit aux lois physiques qui veulent que tout liquide, 
chauffé à un certain degré, passe à l'état de vapeur : l'épiderme 
se soulève, Fampoule est produite, elle éclate avec un certain 
bruit et s'affaisse aussitôt, laissant échapper la vapeur. 

Si, malgré les apparences, il y a un reste de vie, les tissus 
organiques ne seront plus soumis aux lois physiques, mais bien. 
aux lois physiologiques, et alors l'ampoule sera pleine de sérosité, 
comme on le constate dans toutes les brûlures. 

Ainsi donc, vésicule sèche, mort; vésicule Hquide, vie. Tout- 
est là; il n'y a pas d'erreur possible. 

Si ce moyen qu'indique le docteur Marteno de Cordoux vient, 
dit-il, à être appliqué pour la constatation àts décès, on ne sera 
plus obligé de conserver vingt-quatre heures les cadavres à da- 
raicile en temps d'épidémie, car on peut constater le décès im*- 
médiatement après la cessation de la vie. 



Page 201. — SÉMIOTIQ.UE DES VEXTS. 

La douleur qui vient de la rétention des vents est cruelle, 
mais dure heureusement peu de temps, à moins que les vents ne 
nichent dans un endroit propre à leur faire une prison. 

Des vents retenus causent quelquefois de la douleur dans une- 
partie très différente et très éloignée de celle où ils sont en effet : 
c'est qu'alors, quelle que soit la partie souffrante, elle a un rap- 



522 Commentaires de T Ecole de Salerne. 

port nerveux tout particulier avec celle où les vents sont arrêtés. 
Par riiydropisie dont il est question, il ne faut pas entendre 
un épanchement d'eau dans la cavité du ventre, mais cette 
fausse hydropisie, connue sous le nom plus énergique de tympa- 
nite ou de tension venteuse. Il faudrait, pour que l'embarras causé 
par les vents produisît l'effusion séreuse, qu'il subsistât beau- 
coup plus de temps qu'il n'a coutume de le faire • . 



Page 204. — Signes de la conception d'un garçon 
ou d'une fille. 

Sur la question de la procréation des sexes à volonté, trois 
théories sont en présence. 

Une théorie enseigne que la puissance de procréer des garçons 
réside dans le testicule gauche de l'homme : il faudrait donc en- 
lever le testicule droit : ce qui est peut-être un peu difficile. 

La seconde théorie prétend que les ovaires de la femme ont 
cette puissance : c'est aussi l'ovaire gauche qui produirait les 
les enfants mâles. 

Les expériences faites sur des animaux ont montré Tinanité 
de CQ.S systèmes. Un seul testicule, un seul ovaire produisent les 
deux sexes. 

Une troisième théorie enseigne que la détermination des sexes 
provient du degré d'azote que renferme le sperme. Elle donne 
pour raison que les hommes usés par l'âge et les excès ne pro- 
duisent que des filles, que les mariages trop précoces restent sté- 
riles ou ne produisent que des êtres chétifs et surtout des filles. 

Alors , si les époux veulent procréer un enfant mâle, il faut 
suivre le régime suivant : 

L'homme doit s'abstenir pendant un mois de tout contact avec 
sa femme , se nourrir d'une nourriture succulente non épicée , 

I. Voyez plus haut, p. 5 17. 



Signes de la conception d'un garçon ou d'une fille. 523 

boire modérément de l'eau rougic avec du vin, faire des exer- 
cices corporels qui donnent du jeu à tous les organes sans les 
fatiguer. 

La femme doit prendre en même temps une nourriture peu 
succulente, du laitage, des fruits, etc. 

Alors, quelques jours avant l'apparition des règles, se rappro- 
cher avec la pensée de procréer un garçon. 

Le secret pour donner la vie à une fille serait de faire le con- 
traire. 

Le docteur Gervais, médecin de l'hospice à Sangues (Haute- 
Loire), raconte * qu'en 1873 le docteur Nivet, de Clermont-Fer- 
rand, lui exposa l'opinion qu'il s'était faite depuis plusieurs 
années sur la procréation volontaire des sexes et formula les 
deuî^ principes suivants : 

Lorsque la fécondation a lieu avant les règles, il naît une fille. 

Lorsque la fécondation a lieu après les règles, il naît un 
garçon. 

M. le professeur Nivet assure avoir vérifié un grand nombre de 
fois et reconnu l'exactitude de ces deux propositions, toutes les 
fois que les conditions et les personnes les réalisaient fidèlement. 

Depuis lors , j'ai eu moi même quelques occasions de con- 
seiller leur application, et le résultat a été presque toujours 
conforme à cette théorie. Il y a eu des exceptions, rares d'ail- 
leurs; mais il a bien pu se faire que les conditions nécessaires 
n'aient pas été bien observées. 

J'ajouterai une troisième proposition dont j'ai vu quelques 
exemples : 

I. Gervais, Procréation volontaire des filles et des gar- 
çons (Galette médico-chirurgicale de Toulouse, 20 juillet 1879). 
— Voyez aussi Mayer, Des rapports conjugaux, considérés sous 
le triple point de vue de la population de la santé et de la ynorale 
publique. 6^ édition. Paris, 1874. — David Richard, Histoire de 
la génération, che^ l'homme et che^ la femme. Paris, 1875, i vol. 
in-8 avec 8 pi. 



524 Commentaires de l'Ecole de Salerne. 

Lorsque la fécondation a lieu dans l'intervalle des règles, du 
douzième au vingt-deuxième jour, par exemple, la fécondation 
se ferait alors sur l'ovule de l'époque menstruelle future. 

Mais, quoique le laps de temps favorable à la conception des 
filles soit plus étendu que celui favorable à la conception des 
garçons, il ne naît pas plus des uns que des autres, car, pen- 
dant la période intermenstruelle, les conditions matérielles 
nécessaires à la fécondation ne peuvent se réaliser que difficile- 
ment. Comme aussi, pendant les jours qui précèdent les règles, 
l'ovule , devant être fécondé sur l'ovaire ou près de l'ovaire, est 
plus difficilement atteint que dans les jours qui suivent les règles, 
alors que l'ovule, descendu et rapproché, sera bien mieux à 
portée des éléments mâles qui doivent le féconder. 

Les études et les expériences sur le bétail ont amené des ob- 
servateurs aux mêmes conclusions. MM. Thury et J. Cornaz, 
de Genève, ont remarqué qu'il y a plus de femelles que de mâles 
dans les produits de la saillie chez la vache quand le rapproche- 
ment a eu lieu au commencement du rut, et plus de mâles que de 
femelles lorsqu'il a eu lieu à la fin du rut. Ils supposent que 
les ovules arrivés à complète maturité donnent naissance aux 
mâles; les femelles proviendraient des ovules non arrivés à leur 
complet développement. 

En ce qui concerne la génération de garçons ou de filles, je 
conseille l'abstinence de rapports sexuels pendant quelques jours 
et la copulation dans les deux ou trois jours qui précèdent les 
règles si Ton veut une fille , et dans les deux ou trois jours qui 
suivent les règles si l'on veut un garçon. Le difficile, c'est 
d'obtenir l'observation exacte de ces prescriptions. 

J'ai parlé d'abstinence de rapports sexuels ; en dehors de bien 
d'autres motifs, j'y attache une grande importance, non pas tant 
au point de vue de la quantité qu'au point de vue de la qualité 
même du sperme et de l'ovule. Les relations génésiques trop 
répétées, quel que soit l'état de la santé et de la constitutipn du 
père et de la mère, ont pour eff'et d'affaiblir la force et la vitalité 



Antidotes. 525 

de l'élément séminal de l'un et de l'autre, et la conception dans 
CCS conditions ne peut donner un bon produit. La mauvaise 
constitution, le manque de vitalité de l'ovule et du sperma- 
tozoïde doivent engendrer une constitution altérée ou maladive 
dans l'être qui en dérive. 

La qualité des parents, leur constitution, leur nourriture, 
leurs travaux, leurs maladies, leurs excès en tout genre, etc., 
peuvent donner lieu à une insuffisance séminale dont le produit, 
résultant souvent d'une fécondation involontaire, furtive et pour 
ainsi dire échappée, sera un enfant appauvri dans son origine et 
dans tous ses éléments constituants. C'est peut-être là une des 
principales sources de la scrofule, de l'idiotie, etc., et de la dégéné- 
ration et de la décadence de la race humaine dans sa constitution 
physique. Quand on construit un enfant, on devrait donc choisir 
de bons matériaux, comme quand on construit une maison. 



Page 212. — Antidotes. 

Akxiphannaque est un grand mot dont se servaient les anciens 
pour désigner les médicaments propres à corriger les mauvais 
effets des poisons pris intérieurement. 

On a donné le nom d'antidote, ou contrepoison, à une substance 
qui est supposée avoir la propriété non seulement de guérir, 
mais encore de prévenir les effets d'un poison. 

On comptait autrefois un grand nombre de substances, parmi 
les alexipharmaques ; la thêriaqne, Vail, la rue, même le raifort, 
si Ton veut, désignés dans cette sentence, étaient de ce nombre; 
mais jamais la noix ni la poire n'ont pu y être comptés pour 
rien. 

Il paraît, au reste, qu'il est question, dans le présent apho- 
risme, des contrepoisons et des antidotes ou des substances ca- 
pables de guérir et de prévenir les empoisonnements. Or, comme 
il y a une infinité de substances capables d'empoisonner, la 



526 Commentaires de l'École de Salerne. 

médecine devrait avoir autant d'antidotes qu'il y a de poisons; 
mais elle est loin de posséder une pareille richesse. 

Cependant le peuple , sur lequel le merveilleux a tant de pou- 
voir, a toujours pris dans le sens le plus absolu le mot antidote, 
et ne doute pas un instant qu'il n'existe presque autant de con- 
trepoisons que de causes d'empoisonnement. Il vous citera telle 
et telle substance, la plus inerte et souvent la plus dégoûtante, 
comme ayant la vertu infaillible de neutraliser le venin en de- 
dans ou de l'attirer au dehors du corps : le foie de loup, les 
génitoires de renard, les yeux de mouche, les cendres d'aspic, 
le crâne et même le sang humain, la chair palpitante d'un pigeon 
fendu en deux, une grenouille vivante, la main d'un homme 
mourant, jusqu'à ce qu'elle soit froide, etc. 

Le chevalier Foxon raconte qu'on trouva dans la tête du dra- 
gon de Rhodes, tué par Dieudonné de Gozon, une pierre de la 
grosseur d'une olive, d'un éclat très brillant et de diverses cou- 
leurs, qui était spécifique contre toute sorte de venins. 

La doctrine des contrepoisons se rattache entièrement à celle 
de divers poisons, et le choix qu'on doit en faire et l'emploi 
qu'on en doit ordonner doivent varier autant que les divers 
états où peut se trouver l'individu empoisonné, et selon une 
foule de circonstances qui rendent les effets du poison plus ou 
moins prompts, plus ou moins graves ou meurtriers ^ 

Page 213. — De LA saignée. 

Personne ne peut contester qu'une saignée, faite à propos, ne 
produise de bons effets de toute sorte; mais l'énumération des 
bienfaits qu'elle peut procurer est peu exacte, mal choisie et in- 
complète. Etablir qu'elle soulage le malade et lui rend la santé 
serait tout dire dans un seul mot. 

I. Voyez ¥QTVQ.nà, Premiers secours aux empoisonnés, aux 
noyés, aux asphyxiés, aux blessés. Paris, 1878. 



De la saignée. 527 

Serait-il question d'une saignée de précaution? Nous bannis- 
sons généralement tous les remèdes qui ne sont point indiqués 
par un état d'imminence de maladie ou de maladie réelle. Encore 
plus quand il s'agit de verser le sang, ce baume réparateur de 
toutes les humeurs, ce principe, ce soutien de notre existence. 

Il n'y a pas et il ne peut y avoir de règle pour se faire saigner ; 
ce doit toujours être la nécessité qui détermine cette opération. 

Les femmes supportent mieux la saignée que les hommes, 
généralement parlant ; les adultes mieux que les vieillards ; les 
vieillards mieux que les enfants. 

Le pouls dur et plein, dans quelque cas que ce soit, indique la 
saignée. Il annonce l'hémorrhagie naturelle et critique. Jamais 
dans ce cas la saignée n'a fait de mal ; elle a très souvent fait le 
plus grand bien. 

Nul doute qu'on ne se trouve bien de la phlébotomie, dans 
l'inflammation du cerveau, des yeux, des oreilles , de la gorge, 
des poumons , de l'estomac , des intestins , dans l'apoplexie san- 
guine , etc . ; dans de telles circonstances , la saignée prolonge 
notre existence. 

La saignée se pratique toujours heureusement dans la pléthore 
sanguine, parce que le premier de ses effets, son effet le plus no- 
table et le plus salutaire, c'est de diminuer sur-le-champ la masse 
du sang et de débarrasser les gros vaisseaux. 

Une saignée faite à propos, tout est là! il ne fallait plus rien 
ajouter, ou il fallait dire mieux et beaucoup plus. 

Il faut saigner et répéter la saignée sans ménagement, toutes 
les fois qu'on a à combattre une inflammation aiguë. Les mé- 
decins instruits ne sont point timides dans ce cas. 

Une saignée trop forte est nuisible ; une saignée trop faible ne 
fait aucun bien. 

Combattre les phlegmasies par la saignée est un principe fort 
ancien; mais toutes les maladies sont-elles inflammatoires? Non 
certainement. Tout au contraire, sur dix, il n'y en a pas une qui 
le soit réellement. Que doit-on donc penser de cette médecine 



528 Commentaires de V École de Salerne. 

sanguinaire et de ces Sangrado modernes, qui, par l'application 
Téitérée des sangsues, soutirent, jusqu'à la dernière goutte, le 
■sang de tous leurs malades. 

Bien des détails renfermés dans l'aphorisme sont inutiles ou 
mal placés. Saignera-t-on un homme triste pour le rendre joyeux? 
Ira-t-on ouvrir la veine dans le moment d'une forte colère, afin 
■de décider une jaunisse? Faut-il saigner les amoureux? Nous 
ne le pensons pas, quoique le moyen soit certainement bien ca- 
rpable de refroidir le plus déterminé. Les amoureux, par le temps 
qui court, n'ont guère besoin de perdre du principe vivifiant. 

Aujourd'hui d'ailleurs, la saignée est presque abandonnée. 



Page 214. — EpodUES de la saignée. 

Le printemps et l'automne sont regardés par l'Ecole de Salerne 
^comme les saisons les plus favorables aux saignées de précau- 
tion. C'est en effet alors qu'elles sont le plus utiles. En avril, 
en mai et septembre, le sang abonde davantage. Les incommo- 
■^dités périodiques reviennent; la chaleur de l'atmosphère, ses 
vicissitudes agitent la machine ; les dérangements sont plus fré- 
quents et plus périlleux. 

Le précepte qui vient à la suite de celui-là, de saigner en tout 
«mois, quand il y a pléthore, est assurément des plus utiles. C'est 
le moment de l'indication, la voix de la nature. 

L'École de Salerne semble avoir un peu abusé des saignées 
•dites de précaution, et à l'exception de janvier, mars, juin, 
juillet, août, octobre, elle conseille la saignée pour chacun des 
.autres six mois. Six saignées par an! et sur les plus futiles pré- 
textes. On ne peut approuver un pareil précepte d'hygiène; 
l'expérience prouve en effet que les saignées fréquentes ont une 
influence déplorable sur la constitution et conduisent rapidement 
à de graves altérations générales, dont la plus fréquente est la 
vcachexie aqueuse. 



Précautions à prendre après la saignée. 529 



Page 218. — Cas ou la saignée est proscrite. 

Toutes les contre-indications de la saignée, tracées dans le 
présent aphorisme, sont de la plus grande exactitude, à l'excep- 
tion peut-être de celle du frigens Regio. Il est certain, au con- 
traire, que les pays froids et la saison froide disposent singu- 
lièrement le corps à la pléthore sanguine et aux phlegmasies, et 
que ces deux états requièrent fortement l'emploi de la saignée et 
des saignées; nous ne serions pas néanmoins éloignés de croire 
que la phlébotomie ne convient guère dans les climats très froids, 
où la rigueur de la température devient une cause puissante 
d'affaiblissement , qui contre-indique la saignée. 



Page 219. — Précautions a prendre après la saignée. 

Le sommeil ne saurait devenir nuisible après la saignée ; tout 
au contraire, il sera réparateur et bienfaisant. 

On fera bien, après avoir été saigné, d'attendre une ou deux 
heures avant de prendre des aliments, et de ne pas user de lai- 
tage dans ce moment, à cause de l'émotion qu'a reçue le sujet 
saigné. 

Pougens 1 raconte que de son village il a vu souvent de grandes 
files de paysans, pâles, blêmes, qui venaient le lundi de Pâques 
se faire tirer leur mauvais sang, qui les rendait, disaient-ils, 
malades; chacun allait immédiatement après, avec son saigneur, 
au cabaret, faire une ample libation en l'honneur de Bacchus, 
afin de se donner un sang nouveau et meilleur. 

C'est une erreur fortement accréditée que le vin fait du sang, 
probablement à cause de sa couleur rouge. Partout les opinions 
vulgaires sont les mêmes et ne sont fondées que sur l'apparence. 

I. Pougens, L'art de conserver la santé, Montpellier, 1825, 
p. 3oi. 

ÉCOLE. 30 



530 Comme?ita{res de V École de Salerne. 

Les Otaïtiens disaient au capitaine Cook, en buvant le vin qu'il 
leur donnait^ que c'était du sang, le sang de la grappe, dit le 
Coran. 



Page 221. — Saignée suivant les âges. 

L'âge n'est nullement indiflférent pour la pratique de la sai- 
gnée : et il ne viendra jamais l'idée de saigner un enfant, ni 
même un adolescent. 



Page 221. — Saignée suivant les saisons. 

Cet aphorisme se rapporte à la correspondance qui existe entre 
les organes du corps, les maladies qui les affectent et les diverses 
saisons de Tannée. 

En effet, non seulement chaque période de Tannée dispose le 
corps à la production des causes prochaines des maladies, par les 
altérations que chaque saison introduit dans les fluides et les 
solides; mais encore elle en décide la cause formelle, en tant 
qu'elle dispose tel ou tel organe à s'affecter d'une manière spé- 
ciale. Ainsi, pendant l'hiver, la tète est la partie la plus suscep- 
tible d'être affectée; pendant le printemps, c'est la poitrine; 
pendant Tété, ce sont les organes épigastriques, et en automne 
les organes hypogastriques. 

Cette disposition particulière, que les divers organes du corps 
contractent à raison du changement des saisons, est prouvée, en 
ce que des maladies identiques affectent la tête en hiver, la poi- 
trine au printemps, Tépigastre en été, et Thypogastre en automne. 
Le cœur correspond au printemps, parce que dans cette saison 
il y a prédominance du système sanguin, qui a son centre au 
cœur; dans Tété, activité augmentée de l'organe du foie et pro- 
duction plus considérable débile. 



De la saignée à la salvaîelle. 531 

Tel était le résultat de certains préjugés qui ont été fort long- 
temps à la mode avant la découverte de la circulation du sang, 
et particulièrement durant le règne de l'astrologie judiciaire. On 
croyait alors que les astres influaient non seulement sur notre 
être en total, mais encore sur chaque partie de notre être. Le 
petit monde était la plus parfaite image du grand monde ; leurs 
relations étaient presque immédiates. De plus, les saisons de 
Tannée, les planètes se correspondaient, pour morigéner les dif- 
férentes parties de notre corps. Le côté droit , le foie et le 
cœur répondaient au printemps, à l'été, aussi bien qu'à Saturne, 
à Jupiter et au soleil, dont rinfl.uence sur ces viscères était consi- 
dérable. La rate au contraire et les extrémités, comme parties 
moins nobles, étaient en correspondance avec l'automne et l'hiver, 
avec la Lune et Mars, saisons et planètes d'aussi mince mérite 
qu'elles. 

Dans tous les temps, il a fallu des stupidités en médecine, pour 
satisfaire à l'impatiente curiosité du public sur les phénomènes 
de la vie, les maladies, les remèdes, les guérisons et la mort. 
Combien de futiles raisonnements ont succédé aux futiles raisons 
des astrologues ! 

De toutes les saisons,, celle du printemps est la saison où la 
saignée convient, en général, le mieux, parce que le printemps 
favorise la production d'un sang nouveau, qu'il dispose à la vi- 
gueur et aux maladies inflammatoires. 



Page 222. — De LA saignée a la salvatelle. 

La veine salvatelle est située sur le dos de la main, entre le 
petit doigt et le doigt annulaire ; elle est une branche de la cu- 
bitale. Dans les siècles où l'on attribuait à la chiromancie le 
pouvoir de guérir les maladies, on croyait que la salvatelle répon- 
dait au foie, à la rate , aux reins et aux poumons, et la saignée 
de cette veine passait pour efficace contre les affections de ces 



532 Commentaires de l'Ecole de Salerne. 

organes. Mais, quoique la salvatelle tire son nom de salvo, je 
sauve, elle ne sauve personne par son ouverture ; on ne prati- 
que plus cette opération que dans quelques affections de la main, 
et encore bien rarement. 



Page 231. — Des maladies résultant du flux. 

Les gens du monde entendent à chaque instant résonner à 
leurs oreilles un mot qui les effraye un peu : je veux parler du 
mot catarrhe, parce qu'ils attachent à cette expression une idée de 
quelque chose de malin, ou de quelque maladie pernicieuse ou 
au moins fort dangereuse. Or il n'y a rien aujourd'hui de si 
commun que les catarrhes, et de si simple que leurs causes et 
leur traitement. 

On nomme catarrhe toute irritation de quelque membrane 
muqueuse, toute affection de quelque organe ou partie du 
corps, produite par la répercussion de l'humeur de la transpira- 
tion ou de la sueur. L'humeur perspirable étant acre, salée, 
caustique, lorsqu'elle ne peut point s'échapper par la peau, elle 
rentre dans l'intérieur du corps; elle ne tarde pas à se fixer sur 
quelque organe, qu'elle irrite et enflamme, et où elle décide une 
fluxion plus ou moins inflammatoire. 



Chacun connaît les premiers effets d'un rhume et les phéno- 
mènes qui l'accompagnent. Tout rhume est un engorgement de 
la membrane qui tapisse les sinus frontaux, le nez, les sinus 
maxillaires, le pharynx, la trachée-artère, le palais et lés amyg- 
dales. Il s'annonce par un chatouillement qui devient acre et 
douloureux à mesure qu'il avance. Il se fait alors une abon- 
dante excrétion d'humeur limpide^ pituiteuse, qui gerce quelque- 
fois les lèvres. Le toucher des corps qui doivent passer par les 
endroits engorgés est rude et peu facile. De là l'enrouement de 



Variétés de la goutte. 533 

la voix, l'enchifrènement du nez , la pesanteur des yeux et le 
larmoiement, les sifflements de la trachée -artère, la déglutition 
douloureuse. La toux qui s'élève ensuite annonce que le rhume 
descend dans la poitrine. Cet état dure communément quatre 
jours dans les rhumes simples et bénins; après quoi il se fait 
une excrétion vraiment critique de matière épaisse, gluante, mu- 
queuse et comme purulente, qui, sortant en abondance, débar- 
rasse sensiblement les parties engorgées. Alors on dit que le 
rhume se pourrit. Il est mûr en effet et tire à sa fin. 

Quand les rhumes se prolongent au delà de quatre, sept, 
neuf, onze et quatorze jours, on les traite d'opiniâtres. Ils exi- 
gent plus de soins et des soins mieux entendus que le rhume 
simple. Les remèdes que prescrit l'École de Salerne, dans cette 
circonstance, sont propres à modérer la vivacité du mal, à mûrir 
la crudité de l'humeur et à procurer la crise *. 



Les voyageurs qui ont parcouru les premiers les divers archi- 
pels de l'océan Pacifique assurent que les catarrhes n'existaient 
pas chez les peuples avant l'arrivée des Européens. Platon dit la 
même chose des Grecs avant Solon. 

Page 233. — Variétés de la goutte. 

Hippocrate fait la remarque que, de son temps, les femmes 
n'étaient pas sujettes à la goutte, et Sénèque, que cette observa- 
tion avait frappé, signale la fréquence de cette maladie chez les 
dames, accusant de cette différence les moeurs dissolues de Rome. 



Voici de jolis vers qui se trouvent au revers du titre d'un petit 
livre curieux, Le fébricitant philosophe, par G. Menappe : 

I. Voyez Donné, Hygiène des gens du monde, 2^ édition, Paris, 
1878. Le Rhume, p, 365. 

30. 



534 Commentaires de l'Ecole de Salerne. 



RECETTE POUR LA GOUTTE 

Un quarteron d'indifférence, 

Autant de résolution, 

Dont vous ferez infusion 

Avec le jus de patience. 

Point de procès ni de donzelle. 

D'ambition ni de querelle; 

Grande portion de gaieté; 

Deux onces de société 

Avec deux dragmes d'exercice ; 

Point de souci, ni d'avarice. 

Trois bons grains de dévotion. 

Point de nouvelle opinion. 

Vous nieslerez le tout ensemble 

Pour en prendre, si bon vous semble, 

Autant le soir que le matin. 

Avec un doigt de fort bon vin. 

Vous verrez que cette pratique 

Aux médecins fera la nique. 



Le titre seul de ce petit livre suffit pour donner une idée de 
la façon dont sont présentés les paradoxes plus ou moins ingé- 
nieux qu'il renferme : 

Le Jéhricitant philosophe, ou Vêlage de la fièvre quarte, où il est 
doctoralement prouvé le bonheur de l'avoir, les avantages qui en ré- 
sultent, et que ceux qui ne Vont point encore eue m peuvent la souhai- 
ter avec trop d'ardeur, traduit du latin de Guillaume Menappe, 
savant docteur en médecine lorsqu'il vivait, par M. de Gueude- 
ville, ouvrage très sérieux comique. 

Au-dessous de ce long titre se voit un charmant fleuron de 
Bernard Picart, représentant un singe habillé en charlatan, 
monté sur des tréteaux et pérorant au milieu de la foule. 

Le frontispice ne manque pas de valeur artistique : il repré- 
sente aussi un charlatan sur une estrade magnifiquement ornée. 
Le principal personnage, en costume et perruque du temps de 
Louis XIV, tient un parchemin revêtu d'un sceau, probablement 



Contre les verrues. 535 

le diplôme de médecin de quelque roi de Perse. A côté de lui, 
un personnage comique, Tabarin peut-être, et dans ce cas le 
charlatan serait Mondor, tient une calotte dans laquelle un jeune 
homme a puisé des médicaments, que dans un angle du théâtre 
en plein vent il distribue aux spectateurs, tandis qu'à l'angle 
opposé deux jeunes garçons, dont l'un marche sur les mains, 
exécutent des tours d'adresse. Au fond, une femme est assise 
auprès d'une table et paraît préposée à la recette. N'oublions 
pas un singe sur un perchoir. Parmi la foule amassée devant le 
théâtre se voit, sur le premier plan, un médecin en costume du 
temps, monté sur sa mule ou peut-être sur son âne, vers lequel 
quelques spectateurs se retournent d'un air moqueur. 

Ce dessin est fort curieux, tant à cause du sentiment satirique 
dont il est animé que de la peinture exacte des habitudes des 
vendeurs d'orviétan de cette époque. 



Un médecin anglais avait pour client un lord archimillion- 
naire qui menait une existence très large. 

— Je souffre de la goutte, lui disait son riche client; que faire, 
docteur ? 

— Vivez, répondit le médecin, avec un demi-schelling par 
jour, et gagnez-le. 



Page 236. — Contre les verrues. 

Il y a des gens qui se montrent très contrariés de ces excrois- 
sances qu'on nomme verrues ou plus vulgairement poireaux, à ce 
point qu'une jeune fille a failli périr d'un suicide inspiré par un 
motif aussi futile. 

Il n'est pourtant pas difficile de s'en débarrasser, et voici un 
procédé fort simple, employé avec le plus complet succès par 



53^ Commentaires de V École de Salerne. 

le docteur Lisfranc, à l'hospice de la Pitié et dans sa pratique 
journalière. 

On fait plonger dans une forte dissolution de savon noir la 
partie sur laquelle se développe une verrue. 

Cette opération produit sur la verrue une cautérisation légère 
à sa superficie. On enlève tous les jours l'eschare qui couvre la 
surface de l'excroissance, et on obtient une entière guérison. 

Il faut bien se garder de faire usage de l'acide sulfurique 
(huile de vitriol) ; c'est un agent très irritant et qui enflamme 
les verrues au lieu de les guérir. 



Voici un autre procédé facile, mais un peu égoïste, — et dont 
nous ne voudrions pas garantir la valeur. 

Il faut seulement envelopper dans un linge autant de pois que 
vous avez de verrues, et jeter le tout dans un chemin : aussitôt 
qu'un imprudent a ramassé le paquet, vos verrues lui poussent 
comme par enchantement et vous n'en entendez plus parler. 

Page 237. — Contre la variole. 

Quand cet aphorisme a été composé, on ne connaissait point 
encore le bienfait de la vaccine ; il n'est pas douteux qu'il ne 
fallût recourir de nouveau, avec la plus grande confiance, à l'ino- 
culation de la petite vérole, si par malheur l'effet préservatif de 
la vaccination venait à s'éteindre de plus en plus. 

En effet, on ne peut point se dissimuler que dans le nombre 
immense d'observations que Ton a aujourd'hui des petites véroles, 
sur des sujets bien vaccinés, il y en a beaucoup qui militent for- 
cément en faveur de l'opinion émise en Angleterre, que l'effet 
préservatif de la vaccine semble s'aff"aiblir d'autant plus qu'il 
s'est écoulé un plus grand nombre d'années depuis que le sujet.a 
été vacciné. 



Contre la fistule. 537 



Page 239. — Contre les puces. 

Singuliers, ces statisticiens ! Voilà une statistique qui donne 
des démangeaisons dans le dos. 

Un homme — devrais-je l'appeler homme? — s'est imposé 
la tâche de calculer le nombre de... puces qui vivent sur la peau 
de l'humanité dans les cinq parties du monde. 

Figurez-vous qu'après plusieurs années de travail assidu notre 
statisticien est arrivé aux résultats suivants : on trouve sur la 
terre 843 quinquedécillions, 217 quatuordécillions, 808 tridécil- 
iions, 543 duodécillions, 289 undécillions,864 décillions, 328 no- 
nillions, 976 octillions, 822 septillions, 451 sextillions, 209 quin- 
tillions, 789 quadrillions, 794 trillions, 734 billions, 388 millions, 
123 mille et 299 puces. 

S'il prenait fantaisie à un homme de compter ces insectes, à 
raison de dix heures par jour, — spectacle qui aurait du piquant, 
— il faudrait 60 tridécillions,453 duodécillions, 872 undécillions, 
723 décillions, 707 nonillions , 539 octillions, 754 quintil- 
lions, 199 quadrillions, 734 trillions, 507 bilHons, 309 miUions, 
451 mille et 991 ans. 

Brou ! ça vous donne envie de vous gratter. 



Autrefois, pour éviter la piqûre des puces, il suffisait de ré- 
péter deux fois de suite le mot och. 



Page 239. — Contre LA fistule. 

Voilà un de ces aphorismes dont la doctrine se ressent du 
temps où l'ignorance et la crédulité faisaient rechercher et ad- 
mettre, sans le moindre fondement, des recettes et des remèdes 
spécifiques pour toute sorte de maladies. 

Il n'existe pas et il ne peut point exister de véritables spécifi- 



538 Commentaires de F École de Salerne. 

ques dans les maladies, parce qu'elles ne sont jamais les mêmes 
et que leur traitement doit être aussi différent et variable que 
les nombreuses causes qui les produisent, les changent et les 
modifient à l'infini. 

Le traitement de la fistule doit varier selon l'espèce de fistule 
qu'on a sous les yeux, selon la cause qui l'a produite ou l'entre- 
tient, relativement à l'âge, au tempérament du sujet, à son état et 
à mille autres circonstances. Pour guérir une fistule, il faut tou- 
jours en découvrir le fond, soit par dilatation, soit par incision, 
soit par ustion. On y place des médicaments suppuratifs et cica- 
trisants, selon les occasions, et on en vient ordinairement à bout. 

Mais assurer que l'orpiment, le soufre, le savon et la chaux 
mélangés ensemble, ou même combinés, donneront un remède 
spécifique dont il ne s'agira que de remplir quatre fois la cavité 
d'un ulcère fistuleux peur le guérir, c'est ce qu'il se faut bien se 
garder d'espérer ou même de croire possible. 



Page 242. — Des maladies de la tête. 

Rien n'éteint mieux le feu que l'eau jetée dessus en abondance. 
L'abus du vin met dans le corps une chaleur excessive, un vé- 
ritable feu qui occasionne souvent une fièvre aiguë et des inflam- 
mations internes. 

L'eau bue en grande quanthé est seule capable d'éteindre ce 
véritable incendie du sang et de notre corps, et faire cesser la 
migraine, qui suit l'excès dans les boissons spiritueuses. Les con- 
seils renfermés dans le présent aphorisme doivent donc être suivis. 

Le marc de morelle ou celui de ciguë, de même que les eaux 
distillées de ces plantes, et simplement l'eau chaude, appliqués 
en cataplasme ou en embrocaiion sur le front et sur les tempes, 
ne sauraient être nuisibles. Les parties aqueuses et calmantes, 
s'insinuant par les pores absorbants de la peau, gagnent le tissu 
cellulaire, et, pénétrant dans la masse du sang, le rendent plus 



Contre le mal de dents. 539 

doux et plus coulant. D'ailleurs, en calmant l'irritabilité des 
nerfs, il est nécessaire que la douleur cesse ou diminue. 

On peut encore, dans le cas dont il s'agit, employer l'oxy- 
crat. Ce remède est fort bon dans le mal de tête qui vient de pa- 
reille cause. 

Page 246. — Contre le mal de dents. 

Les dents se carient et se perdent, si l'on n'a pas soin de les 
nettoyer et de les entretenir propres . 

Pour prévenir la carie des dents et les douleurs qu'elles cau- 
sent, il faut avoir soin de tenir la bouche propre et de bien net- 
toyer les dents, le matin et immédiatement après chaque repas. 

Les moyens de conserver les dents et de les préserver de la 
carie sont : de se rincer la bouche tous les matins, à jeun et 
après les repas, avec un verre d'eau, tiède en hiver, et froide en 
été, dans laquelle on ajoute une cuillerée à café d'eau-de-vie ou 
d'eau de Cologne; de se nettoyer les dents avec une brosse douce, 
ou de racine de guimauve, ou de réglisse ; de nettoyer aussi la 
langue avec un grattoir 1. 

Les cure-dents doivent être faits de plume, de bois, d'or ou 
d'argent ^. 

On peut se servir de la poudre dentrifrice suivante, et non de 
celles qu'on trouve chez les marchands, qui sont dangereuses et 
corrosives : 

^ Corail rouge 64 gr. 

Sang-dragon i6 gr. 

Carmen fin i gr , 

Ecorce de citron... 4 gr. 

1. Chapin Harris et Austen, Traité théorique et pratique de 
l'art du dentiste, coynprenant l'anatomie, la physiologie, la pa- 
thologie, la thérapeutique, la chirurgie et la prothèse dentaires, 
trad. par E Andrieu, Paris, 1874. 

2. Voyez Donné, Hygiène des gens du monde, 2« édition. 
Paris, 1879. 



540 Commentaires de l' École de Salerne. 

Mêlez ensemble ces substances réduites en poudre très fine. Cette 
poudre donne aux lèvres et aux gencives une belle couleur rose 
qui dure toute la journée. 

La fumée aromatique de l'encens et de la graine de poi- 
reaux peut avoir pour effet de raffermir les gencives, de fortifier 
les nerfs, d'arrêter les progrès de la carie. 

La jusquiame n'a qu'une vertu sédative, calmante : on l'em- 
ployait autrefois, on s'en sert encore aujourd'hui pour calmer la 
douleur violente des dents, mais ce n'est pas toujours sans le 
danger de produire des vertiges. 

Du temps de l'École de Salerne, on croyait à la présence des vers 
dans les dents, et l'on faisait prendre la fumée de graines de jus- 
quiame pour les faire sortir. On sait aujourd'hui que ces prétendus 
vers ne sont que ces graines entières qui s'échappent de leur en- 
veloppe, par l'effet de la chaleur, sous l'apparence de petits vers. 

Aucun remède ne saurait suffire, si les digestions ne se font 
pas bien chez le sujet. Car c'est l'action de l'estomac qui décide 
du sort des dents. 

Page 251. — De LA phthisie. 

On ne doit pas confondre la phthisie pulmonaire avec l'étisie, 
la fièvre lente, consomption, le tabès. La fièvre lente ou fièvre 
de consomption, que tant d'auteurs ont nommée hectique, en 
diffère surtout par sa cause prochaine. La fièvre lente ou l'étisie 
consume le corps, épuise les forces sans qu'il y ait ulcération ; 
il y a même souvent destruction lente de toute l'habitude du 
corps, sans fièvre, au moins dans les premiers temps, avec peu 
ou point de toux, sans crachement de pus. 

Le lait, de même que la diète lactée ou féculente, convient dans 
toutes les espèces de consomptions, parce que ces maladies tiennent 
à des causes d'épuisement ou s'accompagnent d'épuisement J. 

I. Fonssagrives, Thérapeutique de la phthisie pulmonaire, 
2e édition. Paris, 1880. 



Contre V indigestion. 541 



Page 253. — Contre l'indigestion. 

L'antiquité la plus respectable recommandait le vomissement 
comme un moyen sûr et prompt de débarrasser l'estomac. 



Autant, au xviie siècle, on aimait les purgatifs et les clys- 
tères_, autant on répugnait à se faire vomir. 

Guy Patin, doyen de la Faculté de Médecine de Paris 1, appe- 
lait le tartre stibié, tartre stygié, voulant dire par là qu'il envoyait 
ceux qui le prenaient aux rives du Styx. C'est Guy Patin qui 
dans son testament léguait à un de ses amis sa bibliothèque et 
sa haine contre l'antimoine. Des flots d'encre se consommaient 
alors pour et contre l'antimoine, au sein de la Faculté. S'il se 
publiait un livre intitulé : Le char triomphal de l'antimoine, à quel- 
ques jours de là paraissait Le Rabat-joie de l'antimoine. 

Le tartre stibié sortit enfin triomphant de la lutte, ayant eu la 
bonne chance d'être prescrit à propos à Louis XIV encore enfant 
et de provoquer une crise salutaire. 



On demandait à Mormon s'il fallait prendre médecine ou 
non ? 

— Oui, pour ce que c'est avaler. Non, pour ce qu'elle vide 
l'estomac. 



La médecine moderne a très bien observé que ce genre d'éva- 
cuation est famiHer à la nature et qu'il est extrêmement avanta- 
geux dans bien des cas. Le vomissement est peut-être en effet le 
meilleur prophylactique des maladies de toute espèce. Combien 

I. Guy Patin, Lettres. Nouvelle édition, par Réveillé Parise. 
Paris, 1846. 

ÉCOLE. 31 



542 Commentaires de r École de Salerne. 

d'affections font de rapides progrès et traînent en longueur, qui 
ne seraient ou n'auraient été rien, si on les eût prévenues ou 
combattues avec les vomitifs. 

C'est donc avec raison que l'École de Salerne fait l'éloge du 
vomissement fréquent, et pose en principe qu'il est utile dans 
tous les mois de l'année. Après son précepte sur la sobriété et 
la tempérance, celui qu'elle donne en cette occasion me paraît le 
plus sage et le plus utile. 

La matière médicale fournit diverses substances, différents 
moyens, propres à provoquer cette excrétion. L'irritation méca- 
nique du gosier, l'huile, l'eau chaude, l'ipécacuanha, le tartre 
stibié sont les meilleurs. 

Les vomitifs que l'on emploie de nos jours sont bien plus aisés 
à doser, à administrer que les anciens, et c'est assurément une 
■raison de les préférer. Le tartre stibié et Tipécacuanha sont le 
plus généralement adoptés pour cela, et leur efficacité est tou- 
jours sûre quand on sait les administrer comme il faut. 

L'émétique surtout nettoie efficacement les premières voies, 
anime puissamment les ressorts de la machine, prévient les ma- 
ladies, en guérit beaucoup ; mais il faut l'employer avec connais- 
sance de cause, et non pas empiriquement. Il faut mettre beau- 
coup de soin à découvrir l'indication qui le requiert, beaucoup de 
vigilance à l'administrer, beaucoup d'attention à en facihter et à 
en modérer l'action. Les médecins seuls peuvent le manier de 
cette façon-là et l'administrer à propos. 



Page 25$. — Pour prévenir la dysurie. 

Cet aphorisme n'appartient pas évidemment à l'Ecole de Salerne : 
la découverte de l'Amérique ne remonte qu'à l'année 1493, et 
l'apparition de la syphilis , à l'année suivante ; mais les conseils 
qu'il renferme sont bons; l'honneur en appartient à Nicolas 
Massa, et l'auteur des vers ne peut avoir que le mérite de la 



Pour prévenir la dysuric, 543 

versification, puisqu'il les a calqués sur un passage des œuvres 
de Massa, qui vivait vers l'an 1532. 



Sans doute il est dans l'ordre de la santé, comme dans celui 
de la nature et des lois, que les deux sexes s'unissent. Les indi- 
vidus disparaissent, l'espèce dure; et ce violent désir qui porte 
un sexe vers l'autre est, chez les animaux, le vrai moyen dont 
l'auteur des choses se sert pour les éterniser. Mais, afin de parer 
aux guerres, aux plus affreux tumultes qu'un instinct aussi ter- 
rible que l'amour ne manquerait jamais de jeter parmi les 
hommes, les lois ont obligé le désir à se renfermer dans de 
justes limites, et le mariage a remédié puissamment à sts plus 
désastreux effets. L'amour, ainsi devenu légitime, peut se satis- 
faire, et, rempli, il contribue beaucoup à l'entretien de la- santé. 
C'est de cet amour que le commencement du présent aphorisme 
conseille de faire usage * . 

Le reste enseigne à de malheureux époux à se préserver des 
maux qui suivent ordinairement l'amour vulgivague du libertin. 
Le moyen est simple et facile 2. 



Il n'est guère d'affections qui prédisposent à l'hypochondrie 
comme celles des organes génito-urinaires. Le plus léger écoule- 
ment uréihral plonge bien des jeunes gens dans une mélancolie 
qui cherche le moindre prétexte pour s'exaspérer. 

Mais c'est surtout peut-être du côté des fonctions génésiques 
que nous trouvons prétexte aux plus folles terreurs, aux craintes 
les moins fondées. Un homme s'aperçoit-il de quelque faiblesse, 

1. Voy. David Richard, Histoire de la génération che^ 
l'homme et che:^ la femme. Paris, i8j5. — A. Mayer, Des rap- 
ports conjugaux, 6« édition. Paris, 1874, 

2. Voy. Bourgeois, Les passions dans leurs rapports avec la 
santé et les maladies, l'amour et le libertinage, 4e édition. Paris, 
1877. 



544 Commentaires de V Ecole de Salerne. 

de quelque irrégularité dans l'accomplissement de ces fonctions, 
aussitôt, au lieu de ne voir là qu'un effet passager et sans cause 
durable, il cherche dans sa vie passée les raisons de cette déca- 
dence, et il les trouve toujours. Le souvenir d'excès qu'il a pu 
commettre, revient à son esprit et lui semble justifier parfai- 
tement la perte irréparable de sa virilité. Que n'a-t-on pas mis 
sur le compte de l'onanisme i? et de même, quel rôle d'épou- 
vantail n'a-t-on pas fait jouer aux excès vénériens-? L'une et 
l'autre habitude certainement sont fort mauvaises et méritent peu 
d'encouragements, mais il est permis de dire que l'on a beaucoup 
exagéré leur rôle dans la genèse des maladies de l'âge adulte. 

Quand un malade va se plaindre à vous de cette hypochondrie 
en vous en exposant les causes, souvent, du même coup, il vous 
en propose lui-même le traitement. 

Selon quelques livres à l'usage des gens du monde, et selon 
quelques médecins, hélas ! il faut entrer dans ses vues, lui dire qu'en 
effet ses excès vénériens d'autrefois sont la cause de tout le mal, 
mais que l'usage doit constituer le moyen de réparer les suites 
de l'abus; réglez, fixez vous-même les conditions de ce singulier 
mode de traitement, et le malade vous en saura gré. Ne craignez 
pas qu'il oublie la moindre partie de l'ordonnance; ne craignez 
pas non plus qu'il soit vite désabusé. 

Eh bien! non, les prescriptions de ce genre nous paraissent 
peu conformes au rôle que doit remplir le médecin. Prescrire 
un pareil remède dans ces conditions, c'est d'une honorabihié 
douteuse ; puis, en le recommandant, garantissez-vous le malade 

1. Voyez H. Fournier, .De l'onanisme, causes, dangers et in- 
convénients pour les individus, la famille et la société, remèdes. 
Paris, 1875, I vol. in-i8 jésus. 

2. Voyez Louis Jullien, Traité pratique des maladies véné- 
riennes. Paris, 1879. — Diday, Exposition critique et pratique 
des nouvelles doctrines sur la syphilis, suivie d'un Essai sur 
de nouveaux moyens préservatifs des maladies vénériennes. 
Paris, i858, i vol. in-i8. — Ricord, Lettres sur la syphilis, 
3^ édition. Paris, i863. 



Contre T ampoule du pied, 545 

contre les dangers que peut en offrir l'application ? Que le malade 
emploie cts moyens, s'il le désire, mais que ce soit à ses risques 
et périls, et qu'il en garde toute la responsabilité. 

Il est bien plus indiqué d'employer alors un traitement moral 
que le traitement immoral dont nous parlions plus haut. Con- 
solez votre malade, montrez-lui l'inanité de ses craintes, soutenez 
son courage, ajoutez à ces conseils, lorsqu'il y a lieu, un traite- 
ment matériel variable selon les cas, et, en même temps que la 
dignité professionnelle, la santé de votre malade ne pourra qu'y 
gagner. 

Page 260. — Contre l'ampoule du pied. 

Nous n'avons rien à ajouter sur Y ampoule du pied 1. 

Mais comment ne pas saisir l'occasion pour parler du cor au 
pied, et surtout pour citer ces charmants vers dus à la plume 
élégante et à la verve facile d'un de nos contemporains, dont 
nous nous gardons de trahir l'anonyme : 

Je suis le cor aux pieds, et c'est moi qui proteste 
Contre le cordonnier et son cuir oppresseur. 
L'élégance m'impose un joug que je déteste; 
Je veux que tu sois libre, ô phalange, ma sœur. 

En vain le pédicure en son dessein funeste, 
Le scalpel à la main, réduit mon épaisseur. 
Il se croit triomphant! Erreur! le sol me reste; 
J'y renais plus puissant contre l'envahisseur. 

Le gommeux voudrait bien, comprimant la nature. 
Faire admirer un pied plus grand que sa chaussure, 
Le bottier, son complice, est aussi son bourreau. 

Qu'un aveugle instrument nous taille et nous nivèle, 

La persécution redouble notre zèle : 

Oignons, durillons, cors, nous narguons Galopeau^. 

I. Voyez Galopeau, Manuel du pédicure ou l'art de soigner 
les pieds. Paris, 1877. 

■2. D"" Georges C, Ga:^ des hôp., 9 févr. 1875. 



54^ Commentaires de V École de Salerne. 



Page 260. — De l'accouchement quand le bassin 

EST MAL CONFORMÉ 

A l'état de nature, les femmes accouchent avec la plus grande 
facilité et se rétablissent aussi très vite. Elles se retirent dans les 
bois ou s'enferment dans une cabane et y font leurs couches. 

C'est ainsi que les Indiennes, aussitôt après avoir mis au 
monde un enfant, vont elles-mêmes le plonger dans les eaux 
du fleuve le plus voisin. Long, ayant demandé un soir à un In- 
dien où était sa femme, apprit qu'elle était allée dans les bois 
tendre un piège à une perdrix, et une heure après elle revint, 
portant dans ses bras l'enfant qu'elle portait, un instant avant, 
dans son sein. 

En Perse, ainsi que dans les autres pays de l'Orient, il n'y a^ 
pas de sage-femme. Les parentes âgées et les femmes les plus 
graves font cet office. Chardin nous apprend que, comme il n'y a 
pas de vieilles matrones dans le harem, on en fait venir du 
dehors, dans le besoin. 

^Chez certaines peuplades de l'Afrique, dit Winter-Bottom, 
l'accouchement est très facile ; il est abandonné entièrement à la 
nature, et personne ne sait qu'une femme a accouché que lors- 
qu'elle se montre avec son enfant sur la porte de sa cabane. 

Plus les femmes s'éloignent de l'état de nature pour se jeter 
dans le luxe et le raffinement des plaisirs, plus leurs forces 
s'affaiblissent et plus le travail de l'accouchement devient dou- 
loureux. Cela est si vrai que les femmes de la campagne, vivant 
au milieu de conditions hygiéniques moins bonnes en appa- 
rence que celles dans lesquelles se trouvent les femmes des villes 
adonnées à tous les plaisirs mondains, accouchent généralement 
avec plus de facilité et avec moins de soufi'rance ; de même les 
animaux domestiques mettent bas leurs petits moins facilement 
que les mêmes animaux vivant à l'état sauvage. 

Quoi qu'il en soit de l'influence de la civilisation et de la vie 



Accouchement quand le bassin est mal conformé. 547 

des villes sur la terminaison plus ou moins rapide et plus ou' 
moins heureuse de l'accouchement, il n'en est pas moins vrai 
que la présence du médecin auprès d'une femme en travail est 
toujours utile , nous dirions même nécessaire. 



On dit qu'une femme est mal conformée pour accoucher, 
quand les os qui composent le bassin sont, chez elle, ou mal 
faits, ou mal articulés entre eux, de façon qu'ils ne laissent, dans 
la cavité qu'ils forment, qu'un espace rétréci et trop étroit pour 
qu'un enfant de neuf mois puisse y passer et parvenir à la lu- 
mière. Cet espace, nécessaire à la sortie d'un enfant hors du sein 
maternel, est circonscrit par un rebord osseux, que l'on connaît 
en médecine sous le nom de détroit. La partie supérieure s'appelle 
détroit supérieur, et la partie inférieure détroit inférieur. Pour être 
bien conformé, il doit avoir environ onze centimètres de diamètre. 
Quand il en a moins, l'accouchement devient de plus en plus 
difficile par les voies ordinaires, proportionnellement aux degrés 
d'étroitesse, et il est aisé de voir que la difformité peut enfin 
aller jusqu^à le rendre totalement impossible ^ 

Quand la conformation n'est pas assez vicieuse pour rendre 
l'accouchement impossible à neuf mois de grossesse, on l'aide 
par des potions fortifiantes, des médecines adoucissantes et émol- 
lientes, propres à favoriser la dilatation des voies naturelles. La 
main d'un accoucheur intelligent et adroit peut le terminer avec 
avantage. 

Mais, si la mauvaise conformation est telle que le fœtus ne 
puisse absolument franchir les détroits par les forces naturelles, 
ni par aucun des secours précédents, il faut pour lui procurer le 

I. Voyez Chailly Honoré, Traité pratique de l'art des accou- 
chements, 6e édition. Paris, 1878. — Nsegelé et Grenser, Traité 
pratique de l'art des accouchements, 2° édition. Paris, 1880. — 
Penard, Guide de l'accoucheur et de la sage-femme, 5e édition. 
Paris, 1878. 



54S Commentaires de r Ecole de Salerne. 

jour, aussi bien que pour sauver la mère, de trois choses l'une : 
ou agrandir le détroit, ou diminuer le volume de l'enfant, ou 
enfin lui frayer des routes artificielles. 

Des trois moyens, celui qui parut le plus prompt et le plus 
aisé fut celui qu'on adopta. On crut voir qu'il était tout simple de 
faire au ventre d'une femme grosse une ouverture assez grande, 
assez profonde, pour permettre à la main d'un accoucheur d'aller 
au fond de la matrice, étonnée de se voir attaquée par le fer et 
divisée dans sa substance, tirer un enfant qui n'était pas fait 
pour en sortir ainsi. On fit Vopèration césarienne, sans se douter 
que le moyen le plus simple en apparence pourrait être en effet 
le plus difficile et le plus dangereux, comme il est le plus 
cruel. On dit pourtant que la première fois elle fut heureuse, et 
il est certain que depuis on l'a faite encore avec succès. Mais 
on ne saurait envisager de sang froid l'opération césarienne sur le 
vif, et plus on en considère de près les dangers, plus on en est 
eff"rayé. Néanmoins elle est utile, et la seule qui convienne, dans 
les conceptions ventrales, dans les ruptures de la matrice, après 
la mort de la mère, quand on peut encore sauver l'enfant. 

Revenant donc aux premières considérations à faire pour les 
cas de mauvaise conformation, on a pensé à l'agrandissement du 
bassin. Ayant observé la marche de la nature durant la grossesse, 
depuis l'instant de la conception jusqu'au terme de l'accouche- 
ment, on a vu que les symphyses des os du bassin s'infiltraient 
toutes peu à peu, s'étendaient, se dilataient, que, par les douleurs 
de l'enfantement, elles se rompaient quelquefois, s'écartaient, et 
l'on en a conclu, justement sans doute, que la nature elle-même 
indiquait d'agrandir les détroits pour favoriser la sortie de l'en- 
fant hors du sein de sa mère. 

C'est cette opération que l'aphorisme conseille de substituer à 
l'opération césarienne dans tous les cas où l'accouchement est 
rendu impossible par la mauvaise conformation du bassin, hors 
ceux où j'ai dit que l'opération césarienne était seule possible. Elle 
est en effet beaucoup plus simple en elle-même, d'un appareil 



Pour prévenir les difformités che^ les enfants. 549 

bien moins effrayant, d'un succès bien plus assuré. Cependant, 
il reste encore des doutes à lever, avant d'établir sa prééminence 
sur tout autre moyen. 



Page 261. — Pour prévenir les difformités de la taille 

CHEZ LES ENFANTS. 

Entre les maladies qui assiègent l'enfance de l'homme * , il y en 
a une d'autant plus perfide que l'on est moins en garde contre 
ses assauts, et d'autant plus à redouter qu'elle est moins guéris- 
sable, quand une fois elle s'est déclarée. C'est le rachitis, connu 
d'abord sous les noms de nouage, àt gihhosité, de hosse, etc. 

Il est d'observation constante que les jeunes filles y sont plus 
sujettes que les jeunes garçons, les enfants des villes plus que 
ceux des campagnes, et ceux des grands beaucoup plus que ceux 
des bourgeois ; de sorte que l'on peut dire du rachitis ce que 
Sydenham a dit de la goutte : que c'est un fléau de la grandeur 
et de la richesse. 

Le rachitis consiste essentiellement dans une faiblesse des 
fibres osseuses, d'où il résulte une charpente incapable de sup- 
porter le poids des parties qu'elle doit soutenir et de remplir 
complètement les fonctions auxquelles la nature l'avait destinée. 

Cette faiblesse des os reconnaît plusieurs causes dont les unes 
résident au dedans de l'individu et les autres au dehors. D'au- 
tres cas sont purement accidentels. Tantôt c'est un virus inné, 
qui fait les plus grands ravages, à mesure que les organes de 
l'enfant se développent et croissent ; tantôt c'est un sang qui, 
pur dans son origine, devient mauvais par une mauvaise lac- 
tation. Celui-ci doit la maladie à la faiblesse de ses parents ; 

I. Voyez Bouchut, Traité pratique des maladies des nou- 
veau-nés, des Enfants à la mamelle et de la seconde Enfance, 
7e édition. Paris, 1878. — Holmes. Thérapeutique des maladies 
chirurgicales des Enfants, trad. par O. Larcher. Paris, 1870. 

31. 



5 50 Commentaires de F École de Salerne. 



celui-là, à la mollesse dans laquelle on l'élève ; plusieurs, aux 
lieux qu'ils habitent , ou à la manière dont on soigne leurs 
membres dans les premières années de leur vie. Enfin on en a 
vu qui, se reposant dans le calme d'une trompeuse sécurité, sont 
devenus contrefaits, par une vie sédentaire et appliquée, à l'âge 
de la puberté, précisément quand le plus grand développement 
des organes n'annonçait pour eux que la santé et une taille des 
plus avantageuses. 

Quel que soit le sujet, jeune ou avancé en âge, le rachitis 
n'en parcourt pas moins rapidement ses périodes, si l'on n'y met 
promptement les plus puissants obstacles. Pendant longtemps, 
les soins que l'on en prenait ont été plutôt préjudiciables que 
salutaires. Les corps ou corsets sont devenus des instruments de 
dommage, au lieu d'obvier aux inconvénients, et les remèdes 
ont accéléré la perte de la taille, sans dissiper aucune des causes 
qu'il fallait combattre et qu'en effet on voulait détruire. 

Cependant on peut aujourd'hui opposer à cette maladie des 
moyens qui en triompheront, si l'on a pour les maintenir la 
constance qu'exige la continuité des efforts que le mal fait pour 
les vaincre ^. 



Page 263. — PRATIQ.UE MÉDICALE 2. 

Dans le monde, peut-être ne comprend -on pas assez l'impor- 
tance du choix d'un état ; cependant, ainsi que l'expérience le 

1. Bouvier, Leçons cliniques sur les maladies chroniques de 
l'appareil locomoteur. Paris, i858, in-8. — Leblond et Bouvier, 
Manuel de g-ymnastique hygiénique et médicale; comprenant la 
description des exercices du corps et leurs applications au dé- 
veloppement des forces à la conservation de la santé et au trai- 
tement des maladies. Paris, 1877. 

2. Nous ne saurions mieux faire que de reproduire ici comme 
commentaire de la dixième et dernière partie de l'Ecole de 
Salerne, le discours prononcé par M. le D"" Foissac sur les 



Pratique médicale. 551 

prouve tous les jours, de cette décision dépend en très grande 
partie la destinée de l'homme. Quelle ne devrait donc pas être- 
l'anxiété des familles, dans ce moment solennel où il s'agit de 
prendre un parti décisif et ordinairement irrévocable? Malheu- 
reusement, au lieu de consulter la vocation et la position sociale, 
on se préoccupe presque exclusivement des chances de fortune. 
Nous voudrions que notre voix eût assez d'autorité pour faire 
comprendre aux familles, abusées par des apparences trompeuses, 
que de toutes les professions aucune ne conduit à la richesse 
aussi rarement que la profession médicale. 

Et cependant, quoique le nombre des médecins se trouve déjà 
hors de toute proportion avec les besoins des populations, il s'ac- 
croît encore de jour en jour. 

On peut aisément se figurer quels doivent être les résultats 
de l'encombrement et d'une concurrence illimitée. 

Je craindrais de faire injure à ceux de mes honorables con- 
frères qui prendront la peine de me lire en cherchant à prouver 
l'utilité, la nécessité même pour le médecin d'être lettré. Sa vie 
tout entière doit être une vie de labeur, de méditation et de tra- 
vail intellectuel. Sans les lettres, comment connaîtrait-il les 
chefs-d'œuvre de l'antiquité, et même les travaux modernes 
des nations voisines ? L'étude n'est pas seulement pour lui un 
délassement délicat, mais elle forme son goût, fortifie son esprit 
et perfectionne son jugement. // ny a pas d'état qui exige plus 
d'études que le leur, écrit J.-J. Rousseau dans un jour de justice ; 
par tous les pays, ce sont les hommes les plus vèritahlement utiles et 
savants. On peut citer, il est vrai, quelques médecins complète- 
ment illettrés, qui sont parvenus cependant à une assez haute: 
célébrité dans l'art de guérir. Mais ces exemples, d'ailleurs si 

devoirs professionnels du médecin, à la Société médicale du 
I^"" arrondissement de Paris, dans la séance du i3 janvier i853 
[Union médicale, i853). C'est un modèle de bon goût et de bon 
sens médical et nous sommes heureux de remercier Fauteur de 
l'obligeance avec laquelle il nous a permis d'en faire profiter 
nos lecteurs. 



552 Commentaires de F Ecole de Salerne. 

rares, ne doivent pas être proposés comme modèles à imiter. La 
nature avait doué ces privilégiés d'une grande intelligence et 
d'aptitudes spéciales. Toutefois, quels obstacles n'ont-ils pas eus 
à surmonter, quel travail opiniâtre ne leur a-t-il pas fallu pour 
parvenir à obtenir un succès qui les ennoblit et les honore ! 

Je m'abstiens de retracer les qualités de l'esprit et du cœur 
nécessaires à celui qui se destine à l'art de guérir. On a signalé 
en particulier le talent d'observation, le goût des études sérieuses, 
l'amour de ses semblables, le désir d'être utile et d'acquérir de la 
gloire. Certains auteurs, Hippocrate ' lui-même, n'ont pas dédaigné 
d'indiquer les avantages physiques qu'il est désirable de trouver 
en lui. Indépendamment d'une santé assez robuste pour résister 
à toutes les fatigues et aux causes d'insalubrité, le médecin, 
comme tous les hommes appelés à être fréquemment en contact 
avec leurs semblables, doit avoir un extérieur agréable et dis- 
tingué, plutôt que vulgaire et repoussant. Heureux lorsqu'on 
peut dire de lui comme Voltaire de Silva : 

Il sait l'art de guérir autant que l'art de plaire. 

Toutefois, le visage du médecin 'doit porter l'empreinte de la 
réflexion et de l'étude, plutôt que celle des grâces et de la frivo- 
lité ! Une figure austère et grave imprime la confiance et un res- 
pect involontaire . Enfin, l'expérience a prouvé que le physique 
le plus disgracieux n'empêche point un homme d'un mérite 
réel de réussir. 

J'ai toujours envisagé avec effroi le moment où le jeune mé- 
decin, quittant les bancs de l'école, justement fier d'un titre 
acheté par tant de veilles et de fatigues, est jeté tout à coup 
dans un monde où il ne rencontre ordinairement que des in- 
connus, des indifférents ou même des jaloux. Il faut reconnaître, 

I. Hippocrate^ Œuvres complètes, trad. E. Littré. Paris, i83g- 
1861. 



Pratique médicale. 553 



d'ailleurs, que les cours et les livres n'enseignent pas Fart de 
guérir; ils apprennent la théorie, que développe et féconde en- 
suite la pratique. Combien nos premiers pas dans la profession 
sont hésitants et difficiles ! On voit, il est vrai, des talents pré- 
coces et des hommes doués d'un tact particulier qui est presque 
un instinct de divination; mais, quelque privilégiés et intelligents 
qu'on suppose les médecins, la théorie ne remplace néanmoins 
jamais pour eux l'expérience, et l'on peut répéter avec Baglivi : 
MuUa siint in praxi qua nec dici nec scrihi possunt. 

Dans l'antiquité, la médecine était une sorte d'initiation pour 
laquelle l'élève apportait au maître une rétribution proportionnée 
au service rendu 1. Mais celle-ci n'acquittait pas entièrement la 
dette de la reconnaissance. On voit dans le Serment d'Hippocrate ^ 
que l'élève jurait en outre de ne point divulguer aux profanes les 
secrets de la science, et promettait de les communiquer gratuite- 
ment aux fils de ses maîtres. A cette époque, les grands médecins 
exerçaient sur les jeunes praticiens un salutaire patronage. L'his- 
toire nous apprend même que plusieurs, à l'exemple de Méné- 
crate, qui se faisait ridiculement appeler Jupiter sauveur, ne visi- 
taient les malades et ne paraissaient en public qu'accompagnés 
d'un grand nombre d'élèves. 

Aujourd'hui, le patronage n'existe plus, et toute espèce de 
protection a disparu. Lorsque le jeune médecin se fixe à la cam- 
pagne ou dans une petite ville, il peut encore, grâce aux rela- 
tions de famille, se créer une clientèle. Mais, dans une grande 

1. Platon^ dans le Protagoras , s'exprime en ces termes : 
Dis-moi, Hippocrate, si tu voulais aller trouver ton homo- 
nyme, Hippocrate de Cos. de la famille des Asclépiades, et 
lui donner une somme d'argent pour ton compte; et si l'on 
te demandait à quel personnage tu portes de l'argent en le 
portant à Hippocrate, que répondrais-tu? — Que je lui porte 
en sa qualité de médecin. — Dans quel but? — Pour devenir 
médecin moi-même. 

2. Hippocrate, Œuvres complètes, trad. E. Littré. Paris, iSSq- 
1861. 



554 Commentaires de r Ecole de Salerne. 



cité, comment attirer sur soi les regards sans l'emploi des 
moyens d'intrigue ou de publicité qui répugnent à tout cœur 
honnête? 

Les médecins ont des devoirs sacrés à remplir les uns envers 
les autres. Et d'abord, le titre de confrère n'indique-t-il pas que 
nous appartenons tous à une famille créée par la science, unie 
par une charité intelligente, à laquelle nous devons sans cesse 
affection et dévouement? Faisons à autrui ce que nous voudrions 
qui nous fût fait : aimons-nous ; tel est le précepte dont le médecin 
doit faire sa règle invariable. Le jour où cette maxime sera 
gravée dans tous les cœurs, nous n'aurons plus d'autre devoir à 
proposer aux médecins dans leurs relations confraternelles. Du 
reste, nous le constatons avec bonheur, el nous le proclamons 
bien haut : on voit souvent régner entre médecins une amitié 
sincère. Espérons mieux encore. Il faut que nos rapports avec 
des confrères, même inconnus, deviennent un échange de bons 
procédés. Ce serait peu de démasquer la calomnie, de repousser 
la médisance et le blâme qui s'attaquent à eux ; on doit accueillir 
leur éloge avec joie, faire respecter leurs actes et leur caractère, 
et s'interdire sévèrement ces demi-mots de louange, qui sont une 
critique hypocrite. 

Dans toute maladie dont l'issue paraît douteuse, dans toute 
opération chirurgicale de quelque gravité, dans toute circonstance 
enfin où la confiance des familles n'est point entière, le médecin 
mettra sa responsabilité à couvert, en s'éclairant des conseils ou 
en s'appuyant sur l'autorité d'un confrère expérimenté. La con- 
duite de ce dernier ne serait pas celle d'un honnête homme, si 
une seule de ses paroles pouvait devenir préjudiciable à la répu- 
tation du médecin ordinaire, dont le diagnostic et le traitement 
sont le plus souvent confirmés par les consultations. Pourquoi 
donc celui à qui revient le principal mérite se trouve-t-il à un 
rang secondaire, tandis que les consultants seraient presque 
exclusivement honorés? 

Il est peu de médecins de nos jours qui ne reprochent à quel- 



Pratique médicale. 555 

que praticien célèbre des moyens peu délicats de capter la con- 
fiance des malades et d'en augmenter le nombre. Nous sommes 
porté à taxer d'exagération, sinon d'injustice, des accusations 
aussi graves. Tout médecin appelé en consultation qui consent 
à continuer des soins, en l'absence et au détriment d'un confrère 
qui l'avait honoré de sa confiance, commet un acte d'indélica- 
tesse injustifiable. Nous sommes persuadé que si ces faits blâma- 
bles se sont présentés quelquefois, ils deviennent de plus en plus 
rares. Il suffit toutefois qu'un tel reproche ait été formulé pour 
nous mettre en garde contre toute espèce d'empiétement. Le 
médecin doit respecter les droits de ses confrères,, et principale- 
ment ceux des plus jeunes. Il doit même se servir de l'autorité que 
lui donnent la science et l'âge pour éclairer les malades sur leurs 
injustes préventions, en faisant ressortir le mérite de ses confrères. 
Je ne parlerai pas de ces animosités implacables suscitées quel- 
quefois par la rivalité de science, de réputation et d'intérêt. Cha- 
cun se rappelle le mot cruel de Bouvart, qui ne déposa point sa 
haine, même sur la tombe de Bordeu ; ]e n'aurais jamais cru, 
s'écria-t-il, qu'il fût mort hori:^ontalement . Jacques de Le Boë, pro- 
fesseur au Collège de France, ne pardonna point à son élève 
Vésale de l'avoir surpassé ; mais celui-ci, appréciant les hommes 
à leur juste valeur, dédaigna toujours de répondre à ses ennemis. 
Passons également sous silence les tristes effets des blessures 
d'amour-propre dont nous avons été témoins entre des savants 
également recommandables par le mérite, et reposons nos re- 
gards sur l'amitié qu'on a vu régner entre des rivaux de gloire 
et de renommée. Citons enfin un seul trait, mais l'un des plus 
honorables, de dévouement confraternel : Freind, nommé en 
1722 député au Parlement, s'éleva avec tant de force contre le 
ministère, qu'il fut accusé de haute trahison et renfermé à la 
Tour de Londres. Six mois après, le ministre, étant tombé dange- 
reusement malade, appela le célèbre Mead. Celui-ci refusa ses 
soins au ministre jusqu'à ce qu'il eût mis en liberté Freind, son 
ami, ce qui fut accordé sur-le-champ. Le soir même, Mead remit 



55^ Commentaires de f Ecole de Salerne. 

à Freind cinq mille guinées qu'il avait reçues en traitant les ma- 
lades de son ami pendant sa détention. 

Les médecins doivent faire des efforts continuels pour se 
maintenir au courant de la science, qui marche sans cesse et dont 
il n'est donné à personne d'entrevoir les dernières limites. Dans 
notre carrière, plus encore que dans toute autre, s'arrêter serait 
reculer; et le médecin stationnaire au milieu du mouvement 
universel deviendrait bientôt un praticien routinier. Aijasi donc, 
il ne faut espérer , il ne faut demander ni trêve ni relâche dans 
notre laborieuse profession. 

Est-ce à dire que tout plaisir, toute distraction, soient défendus 
au médecin? Non, sans doute, quoique pratiquant un art sérieux, 
il n'est pas tenu de vivre éloigné de la société; il peut même y 
porter un aimable enjouement; mais comment acquérir une 
érudition profonde, comment aspirer à devenir un Frédéric 
Hoffmann, un Haller, un Barthez, un Boerhaave, un Bichat, un 
Astley Cooper, un Dupuytren, si Ton fréquente constamment les 
salons, les théâtres et les autres lieux publics? 

Homme de bonne compagnie, le médecin doit donner partout 
l'exemple de la modération et se faire remarquer dans le monde 
par sa tenue et non par sa bizarrerie. L'excentricité des manières et 
des vêtements a pu ne pas nuire à de véritables savants, mais 
elle ne sauve pas du ridicule les gens médiocres. Hippocrate 
conseille de se parfumer d'odeurs agréables. L'expérience a 
prouvé que les plus suaves ont leurs inconvénients ; le médecin 
ne doit demander à l'art qu'une exquise propreté. 

Quelques-uns, à l'exemple d'Hippocrate et des anciens philoso- 
phes, aiment à fréquenter les pays lointains et savent en rap- 
porter de précieux matériaux pour la science. Si les voyages ont 
leur utilité, surtout pour l'étude des eaux thermales, ils ne sont 
pas indispensables, toutefois, dans un siècle où la presse et 
Timprimerie mettent sans cesse en communication les hommes 
€t les idées. D'ailleurs, la principale étude du médecin, c'est 
l'homme. A l'exception de certaines maladies spéciales, celui-ci 



Pratique médicale. 557 

présente en tous lieuK les mêmes caractères essentiels et à peu 
près les mêmes infirmités. Tout praticien doit donc étudier avec 
un soin particulier la localité qu'il habite, afin de bien connaître 
le génie des maladies régnantes et la méthode curative dont 
l'expérience a prouvé l'efficacité. 

Parmi les délassements permis au médecin, nous citerions 
volontiers la musique, cet art vénérable et cher aux dieux, selon 
Plutarque, si elle ne lui dérobait pas un temps précieux et si le 
renom même de grand artiste ne pouvait nuire à sa réputation 
comme savant et comme praticien. Cependant plusieurs grands 
médecins dans l'antiquité, Hérophile en particulier, furent des 
musiciens habiles. Boerhaave avait un goût passionné pour la 
flûte ; Fournier Pescay et notre célèbre Laennec excellèrent aussi 
dans cet art ; Orfila avait une belle voix, qui a fait longtemps 
l'admiration des diJdtanti parisiens. Enfin, les anciens avaient 
réuni dans Apollon l'art de la musique et celui de la médecine, 
attendu, dit Bacon, que le génie de ces deux arts est presque sem- 
blable, et que l'office du médecin consiste proprement à monter 
et à toucher la lyre du corps humain , de manière qu'elle ne 
rende que des sons doux et harmonieux. 

On ne rencontre pas dans la famille médicale un moins grand 
nombre de poètes que de musiciens. Il ne faut point s'en étonner, 
en songeant que, si notre science exige les qualités solides du 
raisonnement, l'imagination devient la source des découvertes, et 
l'inspiration seule fait les grands praticiens, comme elle forme les 
musiciens et les poètes. 

Dans l'antiquité, Nicandre de Colophon, de la secte des empi- 
riques, décrivit en vers les animaux venimeux, ainsi que les 
plantes toxiques, les accidents qu'ils occasionnent et les remèdes 
auxquels on doit recourir. 

L'empereur Sévère aimait à lire les poésies de son médecin 
Serenus Sammonicus, qui plus tard fut mis à mort par ordre de 
Caracalla . 

Le bénédictin Œgidius, médecin de Philippe- Auguste, écrivit 



558 Commentaires de V Ecole de Salerne. 

en hexamètres latins, sur la vertu des médicaments et la connais- 
sance du pouls, un poème que l'on enseigna longtemps dans les 
écoles. 

Grevin, médecin de Marguerite de France, avait fait paraître 
deux tragédies et deux comédies avant l'âge de quatorze ans. 

Garth, médecin en chef de l'armée anglaise, ami d'Addisson 
et protecteur de Pope, qui a souvent fait l'éloge de ses compo- 
sitions, faisait marcher de front les sciences et les belles-lettres ; 
son poème tl^e Dispensary, imité du Lutrin, eut une grande vo- 
gue ; le sujet est une bataille entre les médecins et les pharma- 
ciens ; on y trouve de fines critiques et des descriptions char- 
mantes dont quelques digressions déplacées ne peuvent faire 
oublier le mérite. 

Les deux frères Gaspard et Scipion Abeille, souvent loués par 
Percy, cultivèrent à la fois la poésie et la chirurgie militaire, sans 
laisser, toutefois, une véritable réputation dans aucun.de ces 
deux arts. 

Tout le monde sait que la Calïipédie, si remarquable par sa 
belle versification, a été inspirée par les études médicales de son 
auteur. 

Fracastor, médecin du pape Paul III, a rendu son nom im- 
mortel par le poème de la Syphilis, que l'élégance du style, la 
richesse des images et la beauté des descriptions ont fait placer à 
côté des Géorgiques. 

Enfin, le célèbre Haller réunit à des connaissances encyclopé- 
diques un talent remarquable pour la poésie; il publia la pre- 
mière édition de ses odes et de ses lettres en vers, peu de temps 
après que le grand conseil de Berne lui eut décerné le titre de 
professeur d'anatomie . 

La poésie a des entraînements auxquels ne résistèrent pas 
Richelieu et Louis XIV \ parmi les modernes, Cicéron, Brutus 

I. Louis XIV consulta Boileau sur quelques vers de sa façon : 
« Sire, lui dit l'auteur des 5(^/ire5, rien n'est impossible à Votre 
Majesté. Elle a voulu faire de mauvais vers, et elle a réussi. » 



Pratique inédicale. 55^ 

et César ^ , chez les anciens. » César et Brutus ont aussi fait des 
vers, dit Tacite, et les ont placés dans les bibliothèques publiques. 
Poètes aussi faibles que Cicéron, mais plus heureux, parce que 
moins de personnes ont su qu'ils le furent. » La publication de 
mauvais vers pourrait devenir fatale à la réputation d'un homme 
d'Etat et d'un savant. Le jour où Gœthe et Schiller furent pro- 
clamés les deux premiers poètes de l'Allemagne, ils cessèrent 
d'être médecins. Nous devons imiter la réserve de Marc Antoine 
Petit, qui combattit son goût presque irrésistible pour la poésie et 
ne laissa imprimer que des pièces fugitives, préférant devenir l'un 
des chirurgiens les plus accomplis de son époque; et celle de 
Pariset, qui eut le bon sens de ne pas publier la tragédie de sa 
jeunesse, se contentant de la lire à quelques amis, et la déclamant 
d'une manière admirable. Nous conseillons donc aux médecins 
de ne jamais oublier les préceptes de Boileau et de Molière, au 
sujet des vers que l'on a la tentation de livrer à la publicité, et 
même de ne cultiver la poésie qu'à titre de distraction et pour 
satisfaire le besoin impérieux du cœur. 

(( Autrefois, dit Celse, la médecine fut considérée comme une 
branche de la philosophie, et ceux qui les premiers s'adonnèrent 
à l'étude de la nature s'occupèrent aussi du traitement des ma- 
ladies. Plusieurs philosophes célèbres étaient très instruits en 
médecine, et principalement Pythagore, Empédocle et Démo- 
crite. Disciple de ces derniers, Hippocrate sépara la médecine de 
la philosophie. « Oui, assurément, médecine et philosophie sont 
deux sciences essentiellement distinctes. Mais comment le mé- 
decin ne serait-il pas philosophe? Il voit à chaque instant se 
dérouler devant lui les grands mystères qui portent son esprit à 
la recherche des causes, la génération des êtres, la vie, l'organi- 
sation, le sommeil, la maladie, et enfin la mort, ce redoutable 
problème de la destinée humaine. Sans esprit d'observation, sans 
philosophie, les oeuvres du médecin ne seraient que des maté- 

I. Auguste, auteur lui-même d'une tragédie d'Ajax, défendit 
de publier la tragédie d'Œdipe de son oncle J. César. 



;6o Commentaires de V Ecole de Salerne. 



TÏaux sans vie et sans coordination; les grandes vues, l'esprit de 
synthèse et de généralisation ne se trouvent que chez le savant 
vraiment philosophe. Et puis, combien cette étude ne lui est-elle 
pas nécessaire, non seulement pour étendre et fortifier son intel- 
ligence, mais encore pour consoler son cœur et verser un peu de 
baume sur les amertumes, les tristesses et les déceptions d'une 
carrière où les plus heureux mêmes trouvent des larmes, où les 
routes les plus faciles sont encore semées de rudes épines? 

J'ose à peine énoncer les vertus qu'on doit s'attendre à trouver 
chez le médecin vraiment digne de ce nom; car il faudrait les 
nommer toutes, tant l'exercice de ses fonctions délicates exige de 
patience, de sagesse, de courage, de dévouement et d'abnégation. 
Ne lui demande-t-on pas la douceur, la modération, la modestie, 
la décence, la charité, etc. ? Je craindrais d'offenser la délicatesse 
de mes lecteurs en nommant la probité ; car, dans les comptes 
rendus de la justice criminelle en France, aucune profession ne 
fournit un aussi petit nombre d'accusés que la nôtre. Quintilien 
a défini l'orateur : vir bonus dicendi peritus; on pourrait, avec 
plus de vérité encore, définir le médecin : vir bonus medendi 
peritus. 

Parlerai-je de ce redoutable pouvoir du médecin sur la vie de 
ses semblables? Il deviendrait criminel, non seulement en admi- 
nistrant des poisons capables de donner la mort, mais encore en 
s'abstenant de prescrire les remèdes qui pourraient la prévenir. 
Heureusement que dans notre profession les crimes sont aussi 
rares que les exemples de vertu et de grandeur d'âme sont fré- 
quents; et cependant la calomnie n'a pas toujours épargné les 
plus nobles caractères. 

Aristote fut soupçonné, suivant Pline, d'avoir fourni le poison 
4ont périt Alexandre. 

On rapporte qu'après avoir battu Antoine devant Modène, 
Auguste, voulant se débarrasser de deux rivaux de gloire, avait 
tué de sa propre main le consul Hirtius et fait empoisonner 
Pansa par Glycon, son médecin; mais Brutus, dans une lettre à 



Pratique médicale. 561 

Cicéron, réfute cette accusation, en rendant pleine justice à la 
loyauté et à la droiture du cœur de Glycon. 

Bilguer, chirurgien général des armées prussiennes, ayant dé- 
veloppé et mis en pratique une doctrine pleine de réserve sur 
l'amputation immédiate après les fractures occasionnées par les 
coups de feu, ne fut-il point accusé, lui, honnête et loyal chirur- 
gien, d'avoir sacrifié les malheureux soldats aux calculs d'une 
criminelle avarice? 

Quand on connaît l'épouvantable dépravation qui régnait dans- 
l'ancienne Egypte, on ne saurait s'étonner des méfaits reprochés 
aux lithotomistes d'Alexandrie. Quelques-uns d'entre eux, à 
l'instigation de l'usurpateur Triphon, répandirent, dit on, le bruit 
que le jeune Antiochus était atteint de la pierre, et, sous le pré- 
texte de Ten délivrer, ils le firent périr dans l'opération. 

Plaçons en regard de ce crime la belle conduite d'un médecin 
arabe trop peu connu, quoique l'un des hommes les plus savants 
du ixe siècle. 

Un calife oflfrit à Honain une somme d'argent considérable, 
à la condition qu'il indiquerait un poison capable de tuer 
sans laisser aucune trace. Le médecin répondit qu'il connais- 
sait des médicaments et non des poisons. Plongé dans un 
cachot pendant plusieurs mois, Honain s'y livra opiniâtrement à 
l'étude. Les mêmes offres lui ayant été renouvelées, avec menace 
de mort en cas de refus : « La religion, répondit le savant, m'or- 
donne de ne pas faire le mal; la médecine est exclusivement des- 
tinée à soulager l'humanité. — Vos lois sont sublimes, » s'écria le 
calife, étonné de tant de vertu, et il fit rendre au médecin des 
honneurs dignes de son courage. 

En faisant le panégyrique des hommes versés dans l'art de 
guérir , on vante presque toujours le désintéressement ; cette 
vertu, en effet, est une de celles qu'ils pratiquent le mieux. Lauri 
plus quant auri était la devise particulière de Guillaume Duval, 
mort en 1646, doyen des professeurs du Collège de France. 

Van Helmont, après avoir fait l'abandon de sa fortune à sa 



562 Commentaires de V École de Salerne. 

sœur et renoncé aux privilèges que lui assurait sa naissance, 
n'avait appris la médecine que pour la pratiquer comme une 
œuvre de charité. 

Garth, comblé des faveurs de la fortune, ne recevait que pour 
donner, et son désintéressement était tel, qu'on disait de lui que 
nul médecin ne savait mieux son état et moins son métier. 

De toutes les professions, soit manuelles, soit libérales, il n'en 
€St pas une seule, avons-nous dit, qui exige d'aussi grands sacri- 
fices, entraîne plus de fatigues, condamne à de plus rudes 
épreuves et conduise plus rarement à la fortune. Le médecin, 
sans aucun doute, doit se montrer désintéressé ; il le fait chaque 
jour , et sa charité est vraiment inépuisable. Tous , nous blâ- 
mons certainement la conduite de Pierre d'Abano,qui ne voulait 
jamais sortir de Bologne, pour aller voir un malade, à moins de 
50 écus à la couronne par jour. Il en demanda 400 par jour, 
pour aller à Rome soigner Honoré IV, ce qui ne fut point 
accepté. Nous reconnaissons toutefois que, la plupart du temps, 
les honoraires dont on paye les services du médecin sont déri- 
soires. On voit des personnes, méconnaissant la dignité de son 
caractère et les véritables mobiles de son cœur, mettre leur for- 
tune à sa disposition, dans le cas où il parviendrait à sauver un 
être adoré. La guérison obtenue, il ne reste parfois, comme 
dette de reconnaissance, qu'une amitié douteuse et, peut-être, un 
souvenir importun; car, ainsi qu'Aristote le fait observer, le bien- 
fait est ce qui vieillit le plus tôt . 

Remarquez que les gens riches prodiguent souvent pour satis- 
faire un vice ou leur vanité, en donnant une fête splendide, plus 
d'or qu'ils n'en accordent au sauveur de leur femme ou de leur 
fils. Cependant il faut de la fortune au médecin non seulement 
pour élever sa famille et tenir son rang, mais encore pour 
accomplir sa tâche. Le bonheur de donner est la plus agréable 
jouissance de la richesse. Quel est le praticien de nos jours, assez 
favorisé de la fortune pour pouvoir, à l'exemple de Bouvart, 
guérir un mélancolique, dont les affaires étaient dérangées, en 



Pratique médicale. 563 



lui donnant 30,000 fr. ? La rémunération trop faible de ses ser- 
vices le met dans l'impuissance d'achever la guérison du pauvre. 
Ainsi, afin de pouvoir se montrer désintéressé et charitable, il 
faut que le médecin soit riche, et lui refuser des honoraires pro- 
portionnés aux services rendus, c'est lui ôter les moyens de suivre 
la plus douce inclination du cœur : la charité. 

Il n'est pas assurément de vertu plus nécessaire aux médecins 
que la pureté des mœurs. Du temps de l'empire romain, on leur 
reprocha d'avoir introduit l'adultère jusque dans les familles 
impériales. Une telle accusation ferait supposer que les calomnia- 
teurs de notre art ne connaissaient point l'histoire de cette 
époque, où le vice s'était infiltré dans les veines de ces fiers con- 
quérants et vengeait l'univers vaincu : 

Luxuria incubuit, victumque ulciscitur orbem. 

Mais, tout en repoussant comme injustes les reproches adressés 
au médecin, nous lui recommandons de se pénétrer des préceptes 
d'Hippocrate, de se montrer respectueux envers les femmes, plein 
de réserve et de décence dans l'intérieur des familles, de ménager 
enfin, dans toutes ses questions et dans l'exploration des organes 
souffrants, la pudeur des personnes du sexe. Sans une sévérité 
scrupuleuse, combien l'homme qui entre à toute heure dans le 
sanctuaire des familles, dont la santé et parfois l'honneur lui sont 
confiés, ne pourrait-il pas devenir dangereux! Initié à toutes les 
faiblesses, à toutes les défaillances de la nature, et confident sans 
le vouloir des plus terribles secrets, le cœur du médecin doit être 
scellé et impénétrable comme la tombe. 

Je parle du secret; j'en sais qui, en toute occasion, l'ont placé 
au rang des plus impérieux devoirs, qui se sont révoltés lorsque, 
dans un moment de passion politique, le gouvernement voulut 
leur imposer l'obligation de dénoncer le blessé dont ils avaient 
pansé la plaie encore saignante et de trahir l'hôte qui venait avec 
confiance se réfugier sous la protection de leur cœur généreux . 



564 Commentaires de l'École de Salerne. 

Alors, il nous en souvient, nous protestâmes avec énergie contre 
les prétentions de l'autorité, contre des doctrines faites pour 
abaisser notre caractère et avilir une profession dont l'indépen- 
dance seule compense les pénibles épreuves et les rudes fatigues. 
Une juridiction plus en harmonie avec nos principes est sortie 
des luttes courageuses entreprises par quelques médecins pour 
sauvegarder nos droits et notre dignité! Aujourd'hui, appuyés sur 
plusieurs arrêts de la Cour souveraine, nous pouvons le pro- 
clamer avec assurance : le médecin, maître des secrets des ma- 
lades, ne doit jamais les trahir, et demeure seul juge de ce qu'il 
doit taire et de ce qu'il peut avouer ^ 

Nous avons cité la modestie parmi les qualités nécessaires au 
médecin ; ajoutons toutefois qu'un désir modéré de gloire et de 
réputation, loin de lui être interdit, prouve au contraire l'éléva- 
tion de ses sentiments et le pousse à ^ s'illustrer par d'éclatants 
services et par des ouvrages où se consume sa vie laborieuse. 
Mais il est rare que, même parmi les plus instruits et les plus 
capables, un grand nombre de médecins parviennent à la célé- 
brité. Nous avons vu de nos jours des praticiens éminents, dont 
le nom assurément ne survivra pas au souvenir de leurs contem- 
porains, et des malades qu'ils ont en quelque sorte rappelés à 
l'existence. On peut dire d'eux ce que Réveillé-Parise disait 
d'Alibert : qu'il avait placé sa gloire en viager. Un petit nombre de 
savants, à peine, laissent un nom que répète la postérité; la vie 
de la plupart des praticiens est toute dans leurs oeuvres; elles 
disparaissent de la mémoire des hommes comme l'arbre qui dans 
sa verdeur a poussé des fleurs et des fruits; parvenu à la vieil- 
lesse, le bois infécond tombe sous la cognée, est jeté dans l'âtre; 
de l'arbre qui nous a nourris, il ne reste bientôt que des cendres 
balayées par le vent. 

I. Voyez Hemar, Le secret médical au point de vue de la 
révélation des crimes et des délits. [Ann. d'hyg., i86g, 2e série^ 
tome XXXI, p. 187.) 



Pratique médicale. 565 



Il est peu de carrières dans la vie qui n'exigent une certaine 
habileté. Nous connaissons quelques hommes d'un savoir pro- 
fond et d'un mérite incontestable, qui languissent à peu près 
ignorés et finissent presque par douter d'eux-mêmes, tandis que 
des médecins d'un mérite très problématique réussissent quel- 
quefois et usurpent effrontément la confiance publique. II est 
pénible de l'avouer, un certain fond de charlatanisme a contribué 
parfois au succès. D'ailleurs, pourquoi ne pas le dire? les gens, 
du monde sont impropres à discerner le mérite réel du médecin,. 
et c'est dans les classes élevées qu'on trouve les plus faux ju- 
gements , 

Dans le monde, où l'esprit superficiel et le savoir faire passent 
avant le mérite et le talent, on ne croit habile que le médecin en. 
vogue, celui qui affiche le faste et fait parler de lui, soit en bien, 
soit en mal : c'est dans tous les temps qu'on voit, dit Bacon, du 
moins quant à l'opinion vulgaire et à la renommée, les charla- 
tans, les vieilles femmes et les imposteurs, rivaliser en quelque 
manière avec les médecins et lutter avec eux pour la célébrité des 
cures. Mais qu'en arrive-t-il? Que les médecins se disent à eux- 
mêmes comme Salomon : Si le succès de l'Insensé et le mien, 
sont absolument les mêmes, à quoi m'aura servi de m'être ap- 
pliqué davantage à la sagesse? 

Toutefois, on doit faire une distinction Importante entre le 
médecin proprement dit et le chirurgien. 

. Le premier réussit quelquefois avec peu de science, mais avec 
beaucoup de savoir faire; le chirurgien Inhabile ne réussit 
jamais; les qualités de celui-ci sont promptement jugées et ap- 
préciées, même par les personnes étrangères à l'art de guérir. 
Ainsi le coup d'œil , la dextérité, le sang-froid imperturbable 
révèlent le chirurgien de mérite; le grand Haller n'osa jamais 
pratiquer une opération sur le vivant; Richerand le fit toujours- 
avec maladresse. 

Des qualités moins extérieures, si je puis ainsi dire, et plus 
difficiles à apprécier, sont le partage du médecin. Doit-on attribuer 
ÉCOLE. 32 



566 Commentaires de V École de Salernc. 



le succès de ceux qui réussissent, malgré leur peu de savoir, uni- 
quement à l'art de mettre en œuvre de médiocres qualités ? L'avenir 
de l'homme est souvent livré au hasard, ou du moins à des 
circonstances fortuites qui n'empruntent rien à sa prévoyance et 
à sa sagesse. 

Quoi qu'il en soit, on doit flétrir toute intrigue, toute ma- 
nœuvre, tout artifice employés poux fixer l'attention pubhque et 
capter la confiance des malades. La fin môme ne justifie pas tou- 
jours les moyens; il faut que ceux-ci soient honorables et puis- 
sent être avoués par la probité la plus rigide. 

On veut généralement que le chirurgien soit jeune encore, 
tandis qu'on accorde plus de confiance au vieux médecin. Ces 
jugements ne sont-ils pas trop absolus? Oui, le meilleur médecin 
est celui qui a beaucoup appris, beaucoup vu, beaucoup observé; 
mais il ne mérite la préférence qu'à la condition d'avoir conservé 
intacts ses facultés et surtout son jugement. Plusieurs médecins, 
quoique jeunes, sont déjà vieux desavoir et d'expérience; Baglivi 
mourut à trente-neuf ans et Bichat à trente-un. Il y a des 
hommes chez qui la nature supplée au nombre des années et 
qui, malgré leur jeunesse, se montrent féconds en ressources et 
remarquables par la prudence et la sagacité D'un autre côté, nous 
avons vu de grands chirurgiens, et en particulier Dubois, Boyer, 
Dupuytren, Lisfranc, Jean Dominique Larrey, etc., conserver 
dans la maturité de l'âge une sûreté de coup d'œil et une habileté 
manuelle qu'auraient pu envier tous les jeunes opérateurs. 

On se demande quelquefois s'il est convenable qu'à un certain 
terme de sa carrière le médecin renonce à l'exercice d'un art 
bienfaisant, et à quel âge il doit songer au repos et à la retraite. 
Le soldat qui a glorieusement servi son pays, criblé de blessures 
et accablé de fatigues, dépose son épée sans honte; le magistrat 
descend parfois du siège où ses cheveux ont blanchi ; dans toutes 
es conditions, celui qui a payé sa dette à la société a le droit 
incontestable de demander la tranquillité pour sa vieillesse et de 
passer loin des agitations du monde et des affaires les instants si 



Pratique médicale. ^6j 

courts qui le séparent de la tombe. Non seulement le médecin 
peut en agir ainsi sans manquer à ses devoirs professionnels, 
mais encore il le doit lorsque sa vigueur s'éteint, quand ses 
facultés actives l'abandonnent, quand la vieillesse s'appesantit 
sur lui et enlève un à un les dons brillants que la nature lui 
avait prodigués. Mais, de même que la patrie, dans un péiil su- 
prême, peut demander au vieux guerrier sa dernière goutte de 
sang, de même aussi la société, décimée par quelque fléau, a 
toujours le droit de faire appel au courage et à l'expérience du 
praticien au fond de sa retraite, et jamais la voix du malheur ne 
les réclame en vain. 

Lorsque le médecin conserve, en dépit des ans, la plénitude 
de ses facultés, il lui est loisible, sans doute, de continuer l'exer- 
cice de sa profession. 

Ajoutons avec douleur que la nécessité lui en impose souvent 
la dure obligation. L'homme qui a consacré toute son existence 
au soulagement de ses semblables n'a pas toujours rencontré 
dans leur cœur assez de reconnaissance pour que sa vieillesse se 
trouve à l'abri des premiers besoins de la vie. 

On voit des praticiens tels que Double, Fouquier, Hufeland, 
donner des consultations et visi.ter des malades quelques jours 
avant leur mort, Bordeu et Récamier peu d'heures même aupa- 
ravant. Bouvart, dont la gloire comme praticien aurait été si 
pure s'il avait connu la douceur et l'indulgence, préférait re- 
noncer à la vie qu'à sa profession; lorsqu'il s'aperçut que ses 
facultés baissaient, l'existence lui devint à charge; dans sa der- 
nière maladie, il consentit à voir Mac-Mahon, mais il refusa 
toutes espèces de remèdes, en ajoutant : a Aussi longtemps 
que j'ai pu être utile, la vie a eu quelque attrait pour moi, mon 
jugement est déjà prononcé ; j'ai oublié le passé ; le présent 
n'est plus pour moi qu'un point imperceptible ; le futur est ce 
qui m'occupe. » Il rendit le dernier soupir le 19 janvier 1787. 

Combien de glorieux exemples nous offre la carrière de cer- 
tains médecins! 



568 Commentaires de F Ecole de Salerne. 

Ici, c'est Hamon donnant son bien anx pauvres , vendant 
même sa bibliothèque et se retirant dans la solitude de Port- 
Royal pour mener pendant trente ans la vie la plus austère; il 
n'en sortait que pour aller visiter, secourir et consoler les pau- 
vres malades de la campagne. 

Là, c'est Geoffroy (Etienne-Louis), non moins célèbre zoolo- 
giste que praticien distingué. Pendant cinquante ans^ il ne cessa 
de donner des soins à tous les malades riches et pauvres. 
Désignant à son confrère Andry ceux qu'il lui confiait pendant 
une absence, il en avait marqué quelques-uns d'un signe parti- 
culier et lui recommandait de les visiter avec plus de soin, 
attendu, dit-il, qu'ils ne payaient pas. Ruiné par la Révolution et 
conservant à peine une modeste aisance, il se retira à Chartreuve, 
près de Soissons, où il mourut en 1810, âgé de quatre-vingt-cinq 
ans. Dans sa modeste retraite, il ne refusa jamais ses avis aux 
pauvres. Forcé, par les vœux des habitants de Reims et de Sois- 
sons, de se rendre une fois par an dans ces deux villes, Geoffroy 
donnait aux plus nécessiteux de ses consultants l'argent que lui 
donnaient les riches, ne le considérant pas comme son bien propre. 

Le médecin peut donc choisir entre tant de modèles également 
honorables. Cependant je ne crains pas de l'avouer, il m'a toujours 
paru plus digne de sa noble mission de ne point attendre que la 
confiance se retire de lui pour aller dans la retraite demander à 
l'étude, à la philosophie et à la religion de la force et des conso- 
lations pour la vieillesse. Un grand poète qui était médecin lui- 
même, et par conséquent aurait dû connaître mieux les hommes 
de sa profession, Goethe a osé dire : la destinée du médecin est de 
v-ivre heureux^ défaire le lien et de mourir avec grâce. Vivre heu- 
reux, quelle dérision! Mourir avec grâce.... Jouons-nous donc 
la comédie comme Octave ^ ? Non, assurément, et quoique, sui- 

I. Auguste mourut à Noie d'un flux d'entrailles. Sa fin, 
■comme il Pavait toujours désiré, fut douce et prompte. Le 
dernier jour, il chercha par des soins de toilette à dissimuler 
l'altération de ses traits et la pâleur de ses joues, fit venir ses 



Pratique médicale, 569 

vant l'abbé de Rancé, ceux qui meurent, bien ou mal, meurent 
souvent plus pour ceux qu'ils laissent dans le monde que pour 
eux-mêmes, cependant l'homme qui, à l'exemple du médecin, 
a vu la fragilité de toutes les choses humaines, de la grandeur, 
de la richesse, de la santé, du bonheur même, cet homme 
n'arrive jamais sans des pensées graves et sérieuses devant cette 
seule réalité de la vie : la mort, ce rien de tout, ou plutôt cette 
initiation à la seule vraie science, la destinée de l'âme. Le mé- 
decin n'a-t-il pas besoin de se recueillir devant cette épreuve 
suprême, à moins qu'on ne pense de lui que toute sa vie, comme 
celle du véritable philosophe, a dû être une méditation de la 
mort? 

J'arrive aux devoirs des médecins envers les malades , dont 
la vie et la santé sont un dépôt sacré sur lequel on ne saurait 
veiller avec trop de sollicitude. Combien cette responsabilité est 
pesante pour l'homme de bien ! N'a-t-il rien négligé pour pré- 
venir le mal, pour le combattre, pour en arrêter les progrès? Le 
malheur survenu ne peut-il être attribué à son ignorance, ou 
seulement même à son imprévoyance? Deux ennemis impla- 
cables lui font une guerre à outrance, l'opinion et sa conscience; 
cette dernière même n'est pas la plus facile à apaiser. Aussi, tou- 
jours vigilant dans son apparente insouciance, toujours inquiet, 
malgré la sérénité de son front, le médecin ne goûte jamais de 
repos. S'éloigne-t-il pendant quelques jours du théâtre habituel de 
sa pratique, il craint, pendant cette absence, les malheurs impré- 
vus qui peuvent frapper ses clients; il redoute même de s'en voir 
imputer une partie, car on sait que la connaissance du tempéra- 
ment des malades peut inspirer au médecin habituel des moyens 
d'obtenir une guérison inespérée. 

Combien le caractère, et nous pouvons dire les préjugés et les 

amis et leur demanda s'il leur paraissait avoir bien joué le 
drame de la vie, en ajoutant : Si tout est bien, donnez vos 
applaudissements à ce jeu, et tous ensemble battez des mains 
avec plaisir. 

32. 



570 " Commentaires de V Ecole de Salerne. 

caprices des malades n'exigent point tout à la fois de prudence, 
de souplesse et de fermeté de la part du médecin? Les uns, crain- 
tifs à l'excès, se perdent en divagations, exagèrent leurs plus 
légères douleurs ; d'autres, par leur taciturnité et des réticences 
calculées, semblent vouloir le tromper et lui laisser ignorer l'ori- 
gine du mal. Ceux-ci se fâchent lorsqu'on les rassure, ceux-là 
quand on ne leur cache pas assez ses alarmes ; on vous reproche 
votre physionomie triste ou gaie, on interprète votre silence, on 
veut que l'avenir n'ait pour vous aucun voile, aucun nuage. 
Quelques malades demandent des explications sans fin et se 
montrent d'une exigence intolérable ; le médecin leur appartient : 
ils prétendent disposer de son repos, de ses occupations et même 
de ses plaisirs. Et, comme si ce n'était pas assez des malades, les 
parents, les amis, les indifférents même mettent la longanimité 
du médecin à l'épreuve, scrutent ses regards, interprètent ses 
moindres paroles et veulent parfois exiger qu'il désigne une ma- 
ladie qui n'est pas encore caractérisée et prévoie une issue qui 
est connue de Dieu seul. 

Entouré de tant de difficultés, le praticien a besoin d'une 
grande circonspection et d'une rare sagacité. Maître de la con- 
fiance des malades, il saura la faire tourner habilement à leur 
profit : « Les maladies, dit Celse, ne se guérissent pas par de beaux 
discours, mais par des remèdes. Un homme sans facilité pour 
s'exprimer, mais qui connaîtrait bien les préceptes consacrés par 
l'expérience, serait plus grand médecin que celui qui, négligeant 
cette connaissance, aurait exclusivement cultivé Fart de la pa- 
role. » Celse a raison. Toutefois l'art de la parole, dont on use 
sobrement, peut devenir l'art de persuader. La confiance qu'on 
inspire aux malades, et l'espérance dont on les nourrit viennent 
en aide aux bons soins et secondent puissamment l'action des 
remèdes sagement prescrits. Sans heurter leurs opinions, en res- 
pectant même leurs préjugés, on peut faire entendre la vérité. 
Complaisant sans faiblesse, cédez parfois à quelques exigences 
qui ne seraient point préjudiciables. Vous rencontrez chez cer- 



Pratique médicale. 571 

tains malades une rare indocilité, une inconstance perpétuelle, 
une résistance blessante. Si l'un d'eux désobéit avec opiniâtreté, 
s'il porte ailleurs sa confiance, ne montrez ni colère ni indigna- 
tion. Plaignez même doucement une erreur parfois chèrement 
expiée, et retirez-vous avec dignité. Le temps venge. Si le malade 
revient à vous, ne témoignez ni froideur, ni empressement, ni 
rancune. Quels que soient les torts, vous ne pouvez jamais refuser 
vos soins à qui les réclame. Aucun sentiment d'animosité et de 
vengeance ne doit approcher d'un cœur dont l'amour de l'hu- 
manité a pris possession. 

Le médecin s'attache davantage au malade qu'il a guéri que 
celui-ci ne s'affectionne à son bienfaiteur. Si quelques personnes, 
en effet, montrent un cœur reconnaissant, on en voit d'autres, à 
peine arrachés au danger, s'efforcer d'amoindrir le service rendu, 
ou faire honneur de la guérison à la nature. Dans ces circons- 
tances, il est permis au médecin, sinon de s'élever un piédestal, 
du moins de faire respecter la puissance de l'art dont il est le 
dispensateur, et de rappeler des ingrats au sentiment de la justice 
et de la reconnaissance. D'autres, atteints d'une indisposition 
légère qui les avait vivement effrayés^ prétendent avoir été 
sauvés d'un grand danger et veulent faire honneur au médecin 
d'une guérison qu'ils regardent comme miraculeuse. Le praticien 
consciencieux ne profitera pas de cette faiblesse. L'art de faire 
valoir ses succès dans le monde ne doit rien emprunter au men- 
songe et au charlatanisme . 

L'expérience nous a appris que dans l'économie animale, 
pour nous servir des expressions de Galien, il n'y a point de lois 
invariables : Nil in coi-pore vivente plane sincerum. En effet, sans 
être un art conjectural, comme on lui en fait le reproche, la mé- 
decine ne possède pas de règles sûres et infaillibles. Toute maladie 
offre à son début quelque incertitude, et souvent l'obscurité des 
symptômes ouvre un vaste champ à l'erreur. Le médecin ne 
doit donc rien négliger; qu'il se prononce même avec une 
extrême circonspection. Je ne prétends pas qu'avec les moyens 



572 Conmientaires de V Ecole de Salerne. 

■de diagnostic de la science moderne on puisse méconnaître à 
leur début une pneumonie menaçante, le croup, la pustule ma- 
ligne, une fièvre pernicieuse^ ou, comme les médecins de 
Louis XV, la variole. Il importe alors de voir juste et d'agir vite 
et énergiquement. Mais, lorsqu'une fièvre peu caractérisée se pré- 
sente avec quelques symptômes désordonnés , on ne doit pas 
annoncer aussitôt de la gravité , car tout ce cortège de soufi'rances 
se dissipe quelquefois avec rapidité, et la fièvre éphémère se trouve 
jugée par quelques heures d'un sommeil réparateur, une sueur 
bienfaisante, ou toute autre crise salutaire. Néanmoins, on ne se 
hâtera pas de porter un pronostic trop favorable, car une indis- 
position, peu grave d'abord, peut rapidement devenir sérieuse ; 
bientôt la maladie se caractérise, les symptômes alarmants se 
déclarent, les complications arrivent, et la mort finit par se jouer 
des traitements que la science avait cru les plus propres à la con- 
ijurer. Dans ces circonstances, toute imprévoyance pourrait de- 
venir fatale à la réputation du médecin comme à la vie même du 
malade. 

Dans la pratique de l'art, le pronostic est d'une haute im • 
portance et exige beaucoup de tact et de réserve; quelques 
médecins se sont acquis sous ce rapport une grande célébrité, car 
le vulgaire est vivement frappé des qualités qui empruntent quel- 
que chose au don de prophétie ; mais soit par les erreurs inévita- 
bles, soit par des conséquences funestes, ce rôle peut devenir 
compromettant et dangereux. Fizes avait prédit à Venel qu'il 
mourrait d'une dissolution du sang et à Bordeu d'apoplexie; 
Venel ayant succombé à la suite d'un mal de jambes qui sem- 
iblait indiquer une sorte de dissolution, Bordeu pensait sans cesse 

au genre de mort que Fizes lui avait annoncé, et il fut en effet 
frappé d'apoplexie. Le médecin prudent et sage résistera à tout 
.entraînement de cette nature, en songeant surtout aux dangers 
.qui peuvent en résulter. 

On rapporte que le comte de Buren, favori de Charles V, 

ayant été atteint à Bruxelles d'une angine grave, Vésale dia- 



Pratique médicale. 5-7:^ 



gnostiqua sa mort et eut l'imprudence d'en fixer l'heure. Le ma- 
lade fut prévenu par un officier de sa suite. Quelques instants 
avant l'heure fixée, le comte assembla ses amis, fit avec eux 
un repas splendide, leur distribua ses bijoux, donna son épée, 
se mit au lit, et mourut en effet au moment fixé par Vésale. 
On peut se demander si la prédiction n'est pas elle-même la 
cause de la catastrophe annoncée. 

Quoi qu'il en soit, le médecin ne doit pas se hâter d'annoncer 
que la maladie ne laisse aucune espérance. Qu'en savons-nous? 
Connaissons-nous toutes les ressources de la nature et toute la 
puissance de l'art? Parmi les praticiens même les plus circons- 
pects et les plus prévoyants, en est-il un seul qui n'ait condamné 
des malades que, plus tard, des ressources imprévues de la nature 
ou de l'art ont rendus à la santé? Songeons d'ailleurs, en pro- 
nonçant l'arrêt fatal, que le charlatanisme écoute à la porte, qu'il 
va entrer avec audace et vous supplanter immanquablement. Le 
malade condamné vient-il en effet à succomber? le charlatan 
décline toute responsabilité et s'attribue seulement l'honneur 
d'avoir prolongé les jours du malade ou d'avoir adouci ses souf- 
frances; il ne craint pas même d'avancer qu'appelé plus tôt il 
l'aurait infailliblement guéri. Si, par un de ces jeux imprévus de la 
nature, une maladie réputée incurable subit une transformation 
inespérée, le triomphe de l'erreur et du mensonge s'accrédite et 
se fortifie ; Nicoclès avait en vue les charlatans lorsqu'il disait : 
Les médecins ont le bonheur que le soleil éclaire leurs succès et que la 
Urre cache leurs fautes. 

La maladie une fois reconnue, toute la science, tout l'art du 
médecin doivent être employés à' obtenir la guérison. Nous 
avons jusqu'ici conseillé la prudence et la circonspection ; le 
moment d'agir est arrivé. Autant la suffisance et la témérité sont 
blâmables, autant la décision et la confiance deviennent mainte- 
nant nécessaires. On voit des hommes très intruits se montrer 
hésitants et timides en présence d'une vie en danger, d'une respon- 
sabilité à prendre; ils seront toujours de mauvais praticiens. Nous 



574 Commentaires de V Ecole de Salerne. 

connaissons un savant professeur que cette prudence excessive 
a détourné sagement de l'exercice de sa profession. La confiance 
dans son art engendre le succès; sans cette foi, sans le sentiment 
même de ses propres forces, on n'obtient aucun bon résultat. 
On voit dans le monde quelques médecins se montrer sceptiques, 
faire profession de ne point croire à la vertu des médicaments, et 
ajouter plaisamment que les remèdes sont faits pour ceux qui se 
portent bien. Ces opinions peuvent amuser les personnes du monde: 
mais elles ne réussiront certainement pas auprès des malades. 

Un savant judicieux à qui nous devons un excellent article 
sur le sujet même que nous traitons, Montfalcon, dit avoir vu, 
dans l'un des plus vastes hôpitaux de l'Europe, plusieurs méde- 
cins traiter les maladies d'après des principes diamétralement 
opposés; cependant, ajoute-t-il, j'ignore par quelle cause ils sau- 
vaient, à très peu de chose près, un nombre égal de malades. 
L'histoire de tous les systèmes qui ont régné dans la science 
nous fournirait un semblable sujet de réflexion. Prenons pour 
exemple la fièvre typhoïde ; on la guérit par les purgatifs, par la 
saignée, par les toniques, par les mercuriaux, par les antispasmo- 
diques, par l'eau froide, par l'eau chaude, par l'expectation; et 
le partisan de chacune de ces méthodes a la prétention de 
compter le plus grand nombre de succès. Ce n'est pas ici le lieu 
d'examiner cette question épineuse, qui, faussement envisagée, 
conduirait infailliblement à la négation de toute médecine. 

Proclamons hardiment, toutefois, que dans l'art de guérir, 
comme en philosophie, il n'y a qu'une seule vraie science, une 
seule vérité; mais il est difficile delà dégager des faux jugements, 
des opinions erronées et des hypothèses captieuses. 

La méthode numérique elle même, qui semblerait devoir lever 
tous les doutes, a prêté des chiffres complaisants à tous les sys- 
tèmes, et laissé, par conséquent, subsister une grande incertitude 
sur la question du traitement des maladies. 

De mûres réflexions et une expérience constante m'ont conduit 
à regarder, dans Timmense majorité des maladies, la médecine 



Pratique médicale. 575 

agissante comme ayant des avantages incontestables sur la mé- 
thode expectante. 

Aujourd'hui, nous voyons parmi les médecins français une 
tendance générale à explorer le domaine de la thérapeutique et 
à ne laisser sans expérimentation aucun médicament nouveau, 
aucune méthode rationnelle. 

Le traitement des maladies exige assurément des connaissances 
approfondies, un grand discernement et même un tact particu- 
lier ; mais on voit parfois le mal résister opiniâtrement aux soins 
les plus éclairés. Tantôt il faut persévérer avec courage dans 
une médication rationnelle; en suivant une indication bien dé- 
terminée, Récamier fit pratiquer trois cents saignées en deux ans 
et guérit ainsi une affection des plus rebelles ^ 

Tantôt au contraire le praticien ne doit pas craindre de changer 
de méthode; des maladies traitées sans succès par les remèdes les 
plus appropriés guérissent quelquefois par des moyens opposés. 

Enfin, s'il est nécessaire d'être en général très réservé sur 
les doses des médicaments , néanmoins une certaine hardiesse 
procure souvent des guérisons inespérées, et Celse a pu dire non 
sans raison : // arrive parfois qu'une médication téméraire obtient un 
succès que le traitement le plus rationnel ne peut avoir. 

L'homme de l'art ne doit pas se contenter de prescrire des 
remèdes à ceux qui souffrent , il a pour mission de les ras- 
surer et de> guérir les troubles de l'esprit en même temps que 
ceux du corps. Appelé auprès d'une personne atteinte d'une in- 
disposition légère qu'elle croit très grave, le médecin, sans se 
permettre de rire d'une inquiétude exagérée, peut déclarer sans 
hésitation qu'il n'existe aucun danger. La maladie est-elle plus 
sérieuse et l'issue douteuse? Sans que sa ph5'sionomie ou ses 
paroles manifestent des craintes, sans représenter l'avenir comme 
incertain, le praticien soigneux de sa réputation laissera entrevoir 
que le mal peut être de longue durée et exiger de la patience et 

I. Galette des hôjpitaux, 21 mars 1843. 



57^ Commentaires de P Ecole de Salerne, 

de la résignation. Il tiendra la même conduite quand tout espoir 
sera irrémissiblement perdu. S'il doit à tout être vivant des pa- 
roles d'encouragement et de consolation, un sentiment de tendre 
charité lui prescrit d'en être prodigue envers le malheureux qui 
envisage la perte de la vie comme le plus grand des maux et ne 
peut penser à la mort sans effroi. 

Nous regardons comme une barbarie inexcusable de porter le 
désespoir et le deuil dans l'âme d'un malade. 

Callianax d'Alexandrie était connu par sa dureté. Un mal- 
heureux lui ayant demandé s'il mourrait de sa maladie, il ré- 
pondit en citant ce vers d'un poète : Oui^ à moins que tu ne- sois fiU 
de Latone, mère de h eaux enfants. 

Un médecin anglais du nom de Bailly, ayant été consulté par 
un phthisique appelé Price, lui dit brutalement : Vous mourrez. 
— Eh ! lui répondit celui-ci avec sang-froid, ce n'est pas vous 
qui aurez l'honneur de me tuer. 

Bouvard avait aussi, assure-t-on, la coutume inhumaine de dire- 
aux malades : Vous mourrez. 

On prétend enfin que Dupuytren adressa cqs mots à un ec- 
clésiastique qui a joué un beau rôle dans l'histoire de sa vie : 
Monsieur l'abbé, il faut mourir; et l'abbé, rendu à la santé par 
le génie de Dupuytren, consola ses derniers moments et suivit 
avec attendrissement les funérailles de ce grand chirurgien. 

Atteint d'une maladie désespérée, l'homme pusillanime met 
quelquefois en usage des ruses incroyables pour arracher au mé- 
decin le secret qu'il craint d'entendre. La Rochefoucault prétend 
que le refus de la louange est le désir d'être loué deux fois. L'incré- 
dulité apparente de certains malades à qui vous promettez la' 
guérison naît du besoin d'être rassuré contre des terreurs invo- 
lontaires sans cesse renaissantes. Peut-être chacun de nous a-t-iî 
rencontré un ou deux exemples de personnes assez lasses de 
la vie pour aspirer au repos de la tombe. Mais défiez -vous 
continuellement des trompeuses assurances des malades à cet 
égard. La sincérité du médecin a eu parfois de terribles consé- 



Pratique médicale. 577 

quences, en portant quelques malheureux à se tuer de déses- 
poir. 

On rapporte qu'un malade de l'Hôtel-Dieu obsédait Ph. J. Pel- 
letan de ses supplications, l'assurant sans cesse que la vie était 
pour lui un fardeau et qu'il en verrait le terme avec bonheur. 
Pelletan, ayant eu la faiblesse de croire à ces paroles, lui découvrit 
enfin la vérité. Sous prétexte de le remercier, le malade lui demanda 
à l'embrasser et, recueillant ses forces, le mordit avec rage. Il mou- 
rut quelques jours après, accablant Ph. J. Pelletan de ses malé- 
dictions. 

La plupart des hommes, même les plus courageux, n'ont pas 
l'âme assez fortement trempée pour envisager la mort sans trem- 
bler; bien peu l'attendent avec volupté, comme Mme Roland, ou 
s'écrient avec l'abbé de Rancé ; éternité^ quel bonheur! Les 
sages et les saints eux-mêmes ne sont pas toujours préparés à 
cette épreuve suprême ; aussi la sérénité d'âme de Socrate con- 
solant ses amis et ne maudissant pas même ses accusateurs fait- 
elle l'admiration de la postérité. 

En présence d'une affection inévitablement mortelle, le mé- 
decin a d'autres devoirs à remplir que ceux de consoler les 
malades et de leur rendre la mort douce et paisible comme la 
souhaitait Auguste. Il ne saurait, sans une grave responsabilité, 
entretenir toute une famille dans une sécurité trompeuse. Si enfin 
le malade se trouve isolé et loin de tous les siens, le médecin 
est tenu, à la première occasion favorable, de lui faire entrevoir 
que les soins médicaux ont une plus grande efficacité lorsque 
l'esprit est libre de toute préoccupation. La plupart du temps, le 
malade lui-même demande à être prévenu, si son état inspire 
quelque inquiétude ; le médecin doit lui déclarer alors que, même 
en l'absence de tout danger, il est préférable de régler ses intérêts 
temporels et spirituels, la tranquillité d'esprit et l'apaisement des 
agitations de la conscience ne pouvant que favoriser le rétablis- 
sement. Mais que de soins, de tact et de ménagement ne néces- 
site point une semblable mission! Combien les imprudences 

ÉCOLE. 33 



57S Commentaires de r Ecole de Salerne, 

peuvent devenir graves! Combien la négligence de ce pénible 
devoir entraîne de responsabilité ! Pour le remplir, le médecin a 
besoin de demander des inspirations à sa probité, à sa déli- 
catesse, en un mot à sa conscience. Il devient alors véritable- 
ment le médecin de l'âme. Il le devient encore lorsque la 
personne souffrante se trouve en proie à des douleurs morales 
qui brisent les organes ou consument sa vie. Il lui est donné 
parfois de servir de guide, de prévenir des malheurs, ou du 
moins d'apporter quelques consolations. Dans de semblables 
circonstances, on comprend combien Celse a raison de recom- 
mander d'avoir pour médecin un ami plutôt qu'un étranger. Tou- 
tefois, le rôle de confident abreuve souvent de soucis et de 
regrets celui qui le remplit; car il ne lui est pas toujours donné 
de faire prévaloir la voix de l'honneur et du devoir. Aussi 
l'homme sage l'accepte par dévoûment, mais il ne le recher- 
che point. Et d'ailleurs, qu'on ne s'y trompe pas, le malade qui 
pourrait avoir à rougir devant son médecin serait toujours dis- 
posé à éloigner le témoin importun de ses faiblesses. 

Dans quelques circonstances importantes, la société demande 
au médecin ses conseils et sa coopération; il les donnera avec 
prudence, courage et dévouement. Appelé devant les tribunaux, 
son opinion éclaire le juge incertain. Une erreur de sa part pour- 
rait coûter la vie à un innocent ou détourner le glaive de la 
justice. Comme le magistrat, il se trouve dépositaire d'un pouvoir 
terrible et presque surhumain. Il n'écoute alors que la voix de 
sa conscience; aucune passion ne doit approcher de cette forte- 
resse inexpugnable *. 

Je ne rappellerai point ici tous les services que les médecins 
ont rendus à leur patrie ou au genre humain. 

Empédocle fut regardé comme un dieu pour avoir desséché 
les marais dont les exhalaisons décimaient la population d'Agri- 
gente, et Lancisi comme le sauveur de Rome, pour avoir, à 

I. Voyez Amb. Tardieu, Des devoirs publics du médecin 
{Ann. d'hyg.publ, 1864, t. XXI, p. 178). 



Pratique médicale. 579 

l'aide de canaux, délivré cette ville des marais que les déborde- 
ments du Tibre formaient à ses portes. 

Les législateurs des peuples ont-ils rendu plus de services à 
l'humanité que Pinel , en faisant tomber les chaînes dont on 
chargeait les aliénés, en substituant les mesures de douceur à des 
méthodes barbares, et en nous apprenant enfin, par son exemple, 
à rendre à la raison un grand nombre de ces infortunés? 

Trouverons-nous, dans le cours des siècles, beaucoup de décou- 
vertes préférables à celles de la vaccine et de l'éthérisation ? 

Vésale, Harvey, Jenner, Laennec, etc.^ méritent-ils moins 
l'immortalité que Galilée, Kepler, Descartes et Newton? 

Mais les services du médecin, comme les bienfaits qui se re- 
nouvellent tous les jours, cessent d'exciter la reconnaissance, 
pareils aux fruits de la terre dont l'homme jouit avec indifférence 
et sans élever son cœur vers le dispensateur de ces biens. 

Je passerai également sous silence le rôle du médecin en temps 
d'épidémie, sa coopération dans les asiles hospitaliers, partout 
enfin où il faut accomplir un acte de charité et de dévoûment. 
Et remarquez combien la renommée dispense inégalement la 
louange ! L'univers est rempli avec justice du nom de Belzunce, 
qui s'immortalisa par son zèle pendant la terrible peste de Mar- 
seille; mais qui se souvient aujourd'hui des noms modestes de 
Bertrand et de Deidier, dont le courage et le dévouement ne 
furent pas moins sublimes ? 

Je ne saurais toutefois oublier de mentionner la part glorieuse 
de périls et de noble courage des médecins sur les champs de 
bataille. 

Chez les anciens, les chirurgiens habiles passaient pour des 
demi-dieux et des héros. 

Lorsque Paris, d'une flèche armée de trois pointes, atteint 
Machaon à l'épaule, « tout s'ébranle, dit Homère ^ ; les Grecs 
tremblent que les Troyens ne leur ravissent ce héros et la vic- 

I. Homère, Iliade. 



580 Commentaires de l'Ecole de Salerne, 

toire : O Nestor, s'écrie Idoménée, monte sur ton char, que 
Machaon y monte avec toi ; dirige tes coursiers vers les vaisseaux ; 
un homme qui sait, comme lui, retirer le fer d'une plaie, et 
par d'heureux secrets guérir les blessures, vaut lui seul mille 
guerriers. » 

Après qu'Alexandre eut été percé d'une flèche sur les remparts 
de la ville des Oxidraques, Aristobule, en retirant le fer de la 
plaie qu'il avait débridée, et en arrêtant une hémorrhagie formi- 
dable, ne parut pas moins grand que les premiers officiers du roi. 

La garnison de Metz, ayant avec elle Ambroise Paré, se regar- 
dait comme invincible ; ce chirurgien célèbre aurait été enveloppé 
dans le massacre de la Saint-Barthélémy, si Charles IX lui-même 
ne l'eût caché dans sa chambre. 

Les noms de Desgenettes, de Percy , de J.-D. Larrey , etc. , s'asso- 
cient glorieusement à ceux des grands capitaines de la Républi- 
que et de l'Empire. En s'inoculant le pus d'un bubon pestilentiel 
à Jaffa, le premier releva le courage du soldat. Après la bataille 
de Lutzen, J.-D. Larrey sauva l'honneur de nos armes par un 
mensonge patriotique. 

L^hygiène publique ouvre un vaste champ à l'activité et au 
dévouement du médecin. 

La question des quarantaines * a prouvé une fois de plus avec 
quel succès la science peut intervenir dans la politique interna- 
tionale. 

Pariset,Foderé,Ramazzim2 et Parent Duchâtelet ^ consacrèrent 
leur vie à signaler les causes d'insalubrité et à améliorer la con- 
dition des malheureux ouvriers. 



1. Voyez Prus, Rapport sur la peste et les quarantaines. 
Paris, 1846. 

2. Ramazzini, Traité des maladies des artisans et de celles 
qui résultent des diverses professions, par Ph. Pâtissier. Paris, 
i852. 

3. Parent Duchatelet, Annales d'hygiène publique et de mé- 
decine légale, nombreux mémoires de i82g-i836, passim. 



Pratique médicale. 581 

Le premier doyen de l'École de santé, Thouret, honora la 
profession médicale par les plus utiles travaux. Appelé à concourir 
à l'exhumation des débris du cimetière des Innocents, il nous a 
initié à toutes les difficultés de cette grande entreprise, réclamée 
depuis plusieurs siècles et exécutée enfin en 1785. Malgré le 
supplice inique de son illustre frère, il ne cessa jamais de servir 
son pays avec dévouement. C'est à Thouret et à Fourcroy que 
l'on doit la nomination, comme professeurs, des Corvisart, des 
Pelletan, des Pinel, des Halle, des Percy, des Chaussier, des 
Dubois, des Boyer, des Jussieu, des Vauquelin, etc. Devenu 
membre du Tribunat, Thouret n'oublia pas, comme tant d'au- 
tres, les intérêts de la science à laquelle il devait son élévation, 
et il réclama contre l'anarchie et le charlatanisme qui, dans le 
silence des lois, avait pénétré jusqu'au sanctuaire de l'art de 
guérir. 

A aucune époque, la science médicale n'est restée étrangère ni 
à la fermentation des grandes idées, ni à ce travail visible ou 
caché qui pousse l'humanité vers un port mystérieux ' . Faible à 
son origine, et enveloppée pour ainsi dire dans les langes de son 
berceau, elle reçut l'empreinte des croyances qui dominaient alors 
la société. Aussi, dans les âges primitifs de l'Egypte et de la 
Grèce, fut-elle théocratique et presque toujours voilée d'une 
superstitieuse obscurité. Mais, à mesure que l'observation appro- 
fondie des lois de la nature fit des progrès, la médecine se déga- 
gea des systèmes philosophiques ; du génie de quelques hommes 
s'échappèrent des lueurs phosphorescentes qui brillèrent à travers 
les siècles et devinrent comme des fanaux pour la civilisation. 

Dans les dernières années, plusieurs médecins se sont trouvés 
entraînés presque à leur insu vers les doctrines sociales. Témoins 
journaliers des souffrances du pauvre et de la condition malheu- 
reuse de quelques tristes victimes vouées en naissant à la ma- 

I. Eusèbe Sal verte, Rapports de la médecine et de la poli- 
tique. 



582 Commentaires de r École de Salerne, 

ladie, à la dégradation et à une mort prématurée, ils ont accusé 
la société, rêvé une meilleure distribution des biens de ce monde, 
et protesté contre la disproportion des fortunes, la dureté des 
cœurs, et enfin contre les douleurs et les privations imméritées. 
Mais, dans leurs aspirations généreuses, ils n'ont point vu sans 
doute l'abîme vers lequel, sans le savoir, ils poussaient la société! 
J'ai fait mon possible, disait avec raison Diderot, pour concevoir 
un monde où il n'y eût point de mal, et je n'ai pu y parvenir. 

Est-il prudent, est-il sage à l'homme d'étude, à l'homme de 
science, d'abandonner les régions sereines où l'intelligence a 
placé son empire, pour se mêler à l'administration des affaires 
publiques et à la fureur des partis? Les agitations de la vie poli- 
tique ont un charme cruel et perfide. L'abîme attire. Il y a dans 
l'atmosphère du pouvoir et des cours une séduction puissante, 
semblable à l'enivrement causé par l'opium. On sent que le poi- 
son vous consume; on le désire, on le recherche cependant, on 
ne peut vivre sans cette satisfaction déHrante, on veut mourir 
enivré. Un penseur aimable, Joubert, appelait les passions poli- 
tiques des voracités sans proie. Il se trompait peut-être ; mais, à la 
place des proies que l'ambition promet à de nobles cœurs, on ne 
trouve ordinairement que soucis, perfidies, déceptions. Heureux 
lorsque la route où l'on entre, bercé d'illusions, ne conduit pas 
au délaissement, à la prison, à l'exil, à la roche Tarpéienne. 

Je suis loin de prétendre que le savant, le philosophe, le poète, 
ne soient pas aptes au maniement des affaires. Oui, sans doute, 
heureux les peuples lorsqu'ils seront gouvernés par un roi philo- 
sophe, un Marc-Aurèle, un Trajan, un Louis IX, un Charles V ! 
Mais il faut convenir que les hommes dont les sciences, les 
lettres et la philosophie ont nourri les âmes, reculent devant ces 
nécessités terribles appelées raisons d'Etat. Victimes du devoir, ils 
s'offrent en holocauste plutôt que de commettre des actes de 
violence et d'abandonner le sentier de la justice. 

De nos jours, un grand nombre de médecins n'ont pas craint 
d'affronter les agitations du Forum. Quelques-uns furent appelés 



Pratique médicale. 583 

aux premiers postes de l'Etat, et, s'ils n'y déployèrent pas le génie 
des grands politiques, personne du moins ne les surpassa en intel- 
ligence et en probité. 

La politique fut toujours fatale au médecin. 

Un siècle s'est écoulé depuis que Lestocq , médecin d'Eli- 
sabeth, parvint, au prix des plus grands périls, à placer cette 
princesse sur le trône de Russie. D'abord com.blé d'honneurs, 
calomnié ensuite, il fut renfermé dans une forteresse, dont il ne 
sortit qu'à l'avènement de Pierre III. 

Struensée, médecin de Christian Vil, devenu son favori, et 
chargé de l'éducation du prince royal, fut enfin nommé premier 
ministre en 1771. Son avènement au pouvoir fut signalé par 
d'utiles réformes; il accomplit une révolution complète dans 
l'État. Mais bientôt, accusé de conspiration et d'un commerce 
criminel avec la reine, il fut arrêté, mis en jugement, et eut la 
tête tranchée, en 1772. 

Malheur donc au médecin qui s'expose aux orages de la vie 
politique, lui dont la mission est d'étancher le sang, de calmer les 
souffrances et de tarir les pleurs des infortunés ! On peut s'inté- 
resser vivement aux destinées de sa patrie, sans se mêler aux 
passions de la foule et à des luttes fratricides. Au milieu des agi- 
tations du monde et des partis qui le divisent, attachons-nous 
à la science, réfugions-nous dans l'étude. C'est dans la retraite, 
c'est déjà condamné à mort, privé de livres et en proie à tant 
d'angoisses, que Condorcet composa VEsqidsse des progrès de l'es- 
prit humain^ son plus remarquable ouvrage. Le spectacle des 
guerres civiles semble avoir inspiré à Cicéron ses traités philo- 
sophiques De la nature des dieux, Du destin, De la divination, ses 
Tusculanes enfin. Il sentait que tout lui échappait, la liberté, la 
gloire, sa douce patrie, et pressentant sa fin prochaine, détournant 
sa pensée du monde, il projetait son regard vers la tombe et 
l'infini, qui lui répondaient : immortalité! L'immortaHté ! pensée 
divine qui consolait son âme de l'injustice des triumvirs et lui 
faisait tendre tranquillement la tête au glaive du licteur. 



584 Commentaires de l'Ecole de Salerne. 

Restons médecins, et vouons-nous à la science; c'est le conseil 
que nous donnent à la fois la raison, l'expérience et la philoso- 
phie, ce guide fidèle de la vie : Vita philosophia diix. 

Le nombre toujours croissant des médecins leur a fait perdre, 
il est vrai, une partie du prestige qui^ dans les temps antiques, 
s'attachait à ces vénérables bienfaiteurs de l'humanité. Mais le 
praticien modeste, qui vit et meurt obscurément dans un humble 
village, n'en a pas moins une place utile dans l'ordre social. 

Tous les auteurs conviennent que la médecine a une origine 
mystérieuse et en quelque sorte divine : Apollon, dans Ovide, se 
proclame l'inventeur de cette science. 

Inventum medicinae meum est : opiferque per orbem 
Dicor; et herbarum subjecta potentia nobis. 

Suivant Quintilien, les anciens ne pouvaient se figurer que l'art 
de guérir eût pu être inventé par le génie de l'homme : credehant 
eam vix humants potiiisse ingeniis inveniri. Aussi, dit Cicéron ', 
homines ad deos nuîla re propius accedunl qiiam sahitem hominibus 
dando. On lit dans Suétone que César conféra le droit de cité à 
tous les étrangers qui pratiquaient la médecine à Rome, et dans 
Pline que la Grèce rendit à Hlppocrate les mêmes honneurs qu'à 
Hercule. De grands hommes et des rois mêmes s'honoraient de 
leurs connaissances dans l'art de guérir. Achille aimait la méde- 
cine, la poésie et la musique; Mithridate le Grand et Attale III, 
celui qui légua ses Etats au peuple romain, furent de savants 
médecins; le pape Jean XXII a laissé plusieurs traités de méde- 
cine et entre autres Thésaurus pauperum. 

Du reste, la religion reconnaît en termes formels la mission 
divine de celui qui pratique l'art de guérir. 

Rendez, dit VEccUsiaste, rendez au médecin l'honneur qui lui 
est dû, à cause de la nécessité; c'est le Très-Haut qui l'a créé, 

I. Cicéron, Pro Marcello, 



Pratique médicale. 585 

Dieu qui guérit par lui, et il recevra les présents du roi... Dieu 
a fait connaître aux hommes la vertu des plantes et leur en a 
donné la science, afin qu'ils l'honorassent dans ses ouvrages. 

Enfin, saint Paul 1 place au nombre des dons visibles du Saint- 
Esprit la grâce de guérir les maladies. 

Je pourrais multiplier les citations et prouver par des faits 
nombreux que, dans l'opinion des hommes, le médecin remplit 
une mission en quelque sorte providentielle. Il est chargé de la 
conservation de la santé, ce bien inestimable, si facile à perdre, 
comme le magistrat de la distribution de la justice et le prêtre du 
gouvernement des âmes. A la gravité de son maintien on recon- 
naît les signes de la méditation et du sacrifice ; car dans sa pro- 
fession, plus encore qu'au fond de toutes les autres existences, 
on trouve toujours quelques nuages, des soucis et des amertumes. 
On a dit : Chaque esprit a sa lie; j'ajoute : Chaque cœur a son 
épine ; mais la souffrance même a son enseignement, le sacrifice 
seul est fécond. Pour prix de ses travaux , le médecin peut 
acquérir la science et la sagesse, seules qualités divines et immortelles, 
suivant Plutarque. 

Nous pensons donc que, remplissant avec conscience et dignité 
nos devoirs professionnels, nous pouvons être fiers du rôle que la 
Providence nous a donné sur cette arène du monde, où nous 
attendent cependant de rudes épreuves, mais où la palme ne 
s'obtient qu'au prix de la force d'âme, de la vertu persévérante 
et du noble dévouement. 

I. Saint Paul, Première Épître aux Corinthiens. 



FIN 



33. 



TABLE DES VIGNETTES 



Fig. I. Amphithéâtre de TÉcole de Salerne 3 

Fig. 2. Coupe d'un bain antique 76 

Fig. 3. Baignoire pour une seule personne 76 

Fig. 4. Caldariuni avec le labrum et la piscina ou 

alveus 77 

Fig. 5. Les quatre tempéraments 167 

Fig. 6. Rapport du corps humain avec les signes du 

zodiaque 175 

Fig. 7. Sanctorius dans sa balance 3o3 



TABLE DES MATIÈRES 



Avertissement v 

Introduction, par Ch. Daremberg 3 



I 



L^ÉCOLE DE SALERNE 
DÉDICACE DE l'Ecole au roi d'Angleterre , . . 



DO 



PREMIERE PARTIE. — hygiène 



Préceptes GÉNÉRAUX 55 

Exhortation à la santé 56 

Influences physiques 57 

Air 57 

Vents 58 

Du RÉGIME SUIVANT LES SAISONS. 58 

Printemps.. 58 

Eté 59 

Automne 60 

Hiver 60 

Du RÉGIME SUIVANT LES MOIS... 61 

Janvier • 61 

Février 62 

Mars 62 

Avril 63 

Mai 63 

Juin 64 

Juillet 64 

Août 65 

Septembre 65 

Octobre 66 

Novembre 66 

Décembre 67 

Pour fortifier le cerveau, pour 
récréer la vue et les autres or- 
ganes 67 

Conditions d'une vie agréable. 69 

Sommeil. En quel temps et com- 
ment il faut dormir. ......... . 69 



Sommeil de jour 71 

Temps de l'amour 72 

Des excréments, des vents et de 

l'urine 73 

De l'usage des bains 

Des repas 78 

Avant et après les repas 78 

Ordre du dîner 79 

Règles générales pour tous les 

repas 79 

Des repas aux diverses sai- 
sons 82 

De la boisson 

Boisson amie de la santé 82 

Le meilleur vin 84 

Effets du bon vin 85 

Danger du vin pour un ma- 
lade 86 

Bonne potion 86 

Effets nuisibles du vin nou- 
veau 87 

Vin doux 87 

Bière 88 

Café 88 

Vinaigre 89 

Cidre et poiré 89 

Hydromel 90 

Eau comme boisson 90 

. Nature et qualités des ali- 

i ments 91 



588 



Table des matières. 



Aliments nourrissants 91 

Alinaents nuisibles 92 

Condiments 94 

Assaisonnements 94 

Saveurs, chaudes, tempérées, 

froides 95 

Mets divers 96 

Pain 96 

Pain trempé de vin 97 

Chairs diverses 97 

Viscères des animaux 98 

Volatiles sains ^00 

Poissons 101 

Anchois 103 

OEufs 103 

Lait 104 

Beurre et sérum 105 

Fromage 106 

Pois et fèves. 108 

Des herbes alimentaires 109 

Légumes de printemps 109 

Légumes d'été 109 

Légumes d'automne 110 

Légumes d'hiver 110 



Rave 111 

Chou m 

Bette 112 

Laitue 112 

Panais 112 

Epioard 113 

Ache 113 

Blette 113 

Champignon 114 

Ail 114 

Oignon 114 

Poireau 115 

Fruits 116 

Noix 116 

Poire et pomme 116 

Cerise 118 

Prune 118 

Mûre 118 

Pêche, raisin sec et raisin frais. 1 19 

Figue 119 

Gland, nèfle 120 

Grenade 110 

Châtaigne 120 

Amande.... 121 



DEUXIEME PARTIE. 



MATIERE MEDICALE 



Vertus DE QUELQUES simples.. 122 

Aurone 1 22 

Absinthe 123 

Oseille 123 

Agaric 123 

Aigremoine 124 

Aloès 124 

Althaea 1-25 

Ambroisie 125 

Aneth 125 

Anis 126 

Romarin 126 

Acho 126 

Aristoloche 127 

Armoniacum (gomme ammo- 
niaque) 127 

Armoise 128 

Arroche 12S 

Bétoine 128 

Bol 129 

Buglosse 129 

Cylament 130 

Camphre 130 

Cannelle 130 

Capillaire 130 

Câprier et souchet 131 



Carvi 131 

Casse 131 

Centaurée 132 

Cerfeuil 132 

Chélidoine 133 

Ciguë 133 

Cinnamome 1 34 

Coriandre 135 

Crocus 1 36 

Cubèbe 136 

Cumin 136 

Aunée 137 

Fève 137 

Fenouil 138 

Fenugrec 13S 

Son 139 

Galanga 139 

Noix de galle 140 

Girofle 140 

Hellébore 140 

Hysope 141 

Genévrier 141 

Karabé 142 

Patience 142 

Livèche 142 

Lis 143 



Table des matières. 



589 



Réglisse 143 

Lupin 143 

Malangia 144 

Mauve 144 

Maratlirum (fenouil) 144 

Menthe 145 

Noix muscade 145 

Myrrhe 146 

Vertus des myrobalans 146 

Cresson 147 

Nénuphar 147 

Nigelle 147 

Pavot 14S 

Pivoine 148 

Pin 149 

Poiv[-e 149 

Plantain 150 

Pourpier 150 

Origan 151 

Pouliot 151 

Py rèthre 151 

Rhamnus (nerprun) 152 



Rhubarbe 152 

Rose 152 

Ronce 153 

Rue 153 

Saule 154 

Sauge 134 

Sureau 155 

Sarcocolie Ir6 

Scahieuse 156 

Laser 157 

Morelle 157 

Asperge 157 

Prunellier 158 

Oignon (scillej 15S 

Moutarde 1 58 

Encens 1 59 

Ortie 159 

Violette 160 

Verge du pasteur 160 

Zédoaire 161 

Gingembre 161 



TROISIEME PARTIE. — axatomie 
Nombre des os, des veines et des organes 163 

QUATRIÈME PARTIE. — physiologie 



De la nature humaine 165 

De la PEnFECTION DES SENS ... 166 

Des quatre humeurs du corps 

humain 166 

Des gens sanguins 169 

Des gens bilieux 170 

Des phlegmatiques 170 

Des mélancoliques 171 

De la physionomie suivant l'hu- 
meur 172 

Réceptables, dérivation et ex- 
pulsion des humeurs 172 

Rapport des quatre éléments , 



des quatre humeurs , des 
quatre saisons et des quatre 

âges de la vie 174 

Nature des éléments humain». 174 
Rapport du corps humain et des 

signes du zodiaque 177 

Propriété psychique des organes. 178 

De la voix 178 

Du FŒTUS humain ET DE SES PRO- 

GnÈs. 179 

De la ressemblance des enfants 
avec les parents 179 



CINQUIEME PARTIE. — étiologie 



Signes astrologiques 180 

Mois dangereux de la grossesse. 183 
Choses débilitantes et dessé- 
chantes 1 84 



Causes du bégaiement 185 

Embarras d'oreille 185 

Causes du tintement d'oreilles.. 186 

Causes de la douleur d'oreilles.. 186 



590 



Table des matières. 



Hygiène des yeux 186 

Causes de l'enrouement 187 

Causes de la fièvre 187 

Maladies résultant des vents..,. 188 

Effets de l'abondance du sang.. 188 

Maladies produites par le sang. 189 

Effets de l'abondance de la bile. 189 



Effets de l'abondance du phlegme. 190 
Maladies occasionnées par le 

plilegme 191 

Effets de l'abondance de l'atra- 

bile 191 

Maladies naissant de l'atrabile.. 192 



SIXIEME PARTIE. — sémiotique 



Signes des maladies 193 

Signes de guérison 194 

Signes tirés des yeux 194 

Signes de la mort 195 

Autres signes de la mort 196 

Sémiotique du pouls 197 

Sémiotique de la saignée 198 

Sémiotique de la sueur. 199 

Sémiotique de l'excrément 200 

Sémiotique des vents 201 



Sémiotique du sommeil 201 

Examen de l'urine d'un malade. 202 
De la couleur de l'urine sui- 
vant les quatre tempéraments. 204 

Signes de la conception d'un gar- 
çon ou d'une fille 204 

Trouble de la vessie marqué par 

le sang 205 

Sémiotique du lait de femme... 205 



SEPTIEME PARTIE. — pathologie 



Choses à éviter 

Des cinq sources des maladies. . 



206 I Genres de maladies 207 

206 I Maladies héréditaires 207 



HUITIEME PARTIE. — thérapeutique 



Utilité de notions thérapeutiques. 208 

Tisane 208 

De la satisfaction des désirs du 

malade 209 

Diète du malade 209 

Soins à prendre quand on se 

purge 210 

Temps où l'on ne doit pas 

prendre médecine 210 

Précautions du médecin pres- 
crivant une médecine 210 

Intromission d'objets divers 2H 

Pour fortifier certains organes .. 211 

Antidotes 212 

Du régime en temps de peste . . 212 

De la saignée 213 

Epoques de la saignée 214 

Jours lunaires favorables, ou 



contraires à la saignée 216 

Nécessité de la saignée 217 

Des mois où l'on doit saigner. 218 

Cas où la saignée est proscrite. 218 

De la piqûre de la veine 219 

Précautions à prendre après la 

saignée 219 

Effets de la saignée 220 

Saignée suivant les âges 221 

Saignée suivant les uaisons... 221 
Effets de la saignée à diffé- 
rentes veines 222 

De la saignée à la salvatelle.. 222 

Examen du sang 223 

Régime après la saignée 223 

De la ventouse 224 

Clystères 225 

Vertus de l'Agnus Dei 227 



Table des matières. 



591 



NEUVIEME PARTIE. — nosologie 



Du mal caduc 229 

Préservatif contre le mal caduc. 230 

Contre l'engourdissement 2'j i 

Des maladies résultant d'un flux. 231 

Pour guérir un rhume 232 

Pour prévenir un rhume de cer- 
veau quand on a la tète rasée. 233 

Variétés de la goutte 233 

Lèpre. Des variétés de la lèpre. 234 

Contre l'abcès < 235 

Contre l'anthrax 23o 

Contre les verrues 236 

Contre la variole 237 

Contre le prurit de la peau 237 

Du feu sacré ou feu infernal.... 238 
Des vers de la peau dits poux de 

chien 23S 

Contre les puces 239 

Contre la fistule 239 

Autre remède contre la fistule. 240 

Contre toutes les blessures 240 

Des maladies de la tête 242 

Contre le mal de tète 242 

Contre la migraine 242 

Contre la frénésie 243 

Pour empêcher le^ poils arrachés 

de repousser 243 

Pour faire repousser les cheveux. 244 

Pour rappeler le sommeil 245 

Soin des yeux 245 

Contre la surdité 245 

Des maladies de la bouche 246 



Contre le mal de donts 246 

Pour conserver les dents 248 

De la paralysie de la langue. 24S 
Pour retirer un os resté au 

gosier 248 

Contre l'enrouement 248 

Contre l'angine 249 

Contre le torticohs 249 

Contre la sécheresse des poumons. 250 

Contre l'oppression de poitrine. 251 

De la phthisie 251 

Traitement de la phthisie.. .. 251 

Contre le hoquet 252 

Contre les défaillances 252 

Contre l'indigestion i!53 

Contre la colique 253 

Contre le flux de ventre 254 

Contre la constipation 255 

Pour prévenir la dysurie 255 

Contre Tlnflammation du foie... 256 

Contre le calcul. 256 

Pour réprimer les désirs véné- 
riens 257 

Contre les pertes séminales . . . 259 
Contre le gonflement de la veine 

saignée 259 

Contre la fatigue en chemin 259 

«Contre l'ampoule du pied 260 

De l'accouchement quand le bas- 
sin est mal conformé 260 

Pour prévenir les difformités de 

la taille chez les enfants.. .. 261 



DIXIÈME PARTIE. — pratique médicale 



Eloge du médecin 263 

Fonctions du médecin 263 

Limites de la science médicale, . 264 
Inconvénients de la pratique mé- 
dicale 265' 

Pour prévenir l'ingratitude des 



malades 265 

Du médicastre 267 

Tenue du médecin 268 

Epilogue 268 

GonclusioD 271 



II 

COMMENTAIRES DE L'ÉCOLE DE SALERNE 



DÉDICACE 275 

Air 284 

Veots 288 



Du RÉGIME SUIVANT LES SAISONS. 288 

Printemps 290 

Eté 291 



592 



Table des matières. 



Automne / 

Pour fortiaer le cerveau, pour ré- 
créer la vue et les autres or- 
ganes 

Sommeil. En quel temps et com- 
ment il faut dormir 

Sommeil de jour 

Des excréments, des vents et de 
l'urine. 

De l'usage des bains 

Des repas 

Ordre du diner 

Règles générales pour tous les 

repas 

Des repas aux diverses saisons. 

De la boisson 

Le meilleur vin . 

Bonne potion 

Vin doux 

Bière 

Café - 

Vinaigre 

Cidre et poiré 

Hydromel 

Eau comme boisson 

Aliments nourrissants 

Aliments nuisibles 

Condiments 

Assaisonnements 

Saveurs, chaudes , tempérées, 

froides 

Pain, 386. — Pain trempé de vin. 

Chairs diverses 

Viscères des animaux 

Volatiles sains 

Poissons 

OEufs 

Lait 

Beurre et sérum 

Fi'omage 

Pois et fèves 

Des hkrbes alimentaires 

Légumes d'automne 

Rave 

Chou 

Bette 

Laitue 

Panais 

Epinard 

Champignon 

Ail 

Oignon 

Poireau 

Noix 

Poire et pomme 



291 

292 
29S 



299 
300 
301 
306 

307 
326 

327 
347 
348 
348 
349 
3b2 
363 
366 
368 
369 
370 
378 
379 
380 

385 
390 
391 
394 
398 
406 
409 
411 
412 
413 
414 

417 
417 
417 

419 
420 
421 
423 
424 
427 
428 
429 
431 
440 
441 



Cerise 442 

Prune 443 

Mûre 447 

Pêche, raisin sec et raisin frais. 447 

Figrue 452 

Nèfle 453 

Grenade 454 

Châtaigne 454 

Amande. 458 

Aurone 458 

Absinthe 459 

Aneth. 459 

Anis 460 

Buglose .: 460 

Carvi 461 

Cerfeuil 461 

Chélidoine 46 1 

Ciguë 462 

Cinnamome 463 

Coriandre 463 

Crocus 464 

A unéo 465 

Fenouil 465 

Hysope 466 

Mauve 467 

Menthe 467 

Cresson 468 

Poivre 470 

Pouliot 471 

Ro?e 471 

Rue 473 

Saule 475 

Sauge 475 

Snrfau 476 

Scabieuse 477 

Aspergre 477 

Prunellier 48 1 

Moutarde 48 1 

Ortie 482 

Violette 483 

Gingembre 434 

Nombres des os, des veines et 

des organes.. . 485 

Des quatre humeurs du corps 

HUMAIN 497 

De-; gens sanguins 502 

Des gens bilieux 504 

Des phlegmatiques 506 

Des mélancoliques 507 

De la physionomie suivant l'hu- 
meur 513 

Embarras d'oreille 515 

Causes du tintement d'oreilles.. 515 

Hygiène des yeux 516 

Maladies résultant des vents.... Ml 



Table des matières. 



593 



Effets de l'abondance du sang.. 51T 

Effets de l'abondance de la bile. 518 

Effets de l'abondance du phlegme. 519 
Effets de l'abondance à-i l'atra- 

bile 519 

Signes de la mort 5-iÛ 

Sémiotique des vents 521 

Signes de la conception d'un gar- 
çon ou d'une fille 552 

Antidotes 525 

De la saignée 526 

Epoques de la saignée 52S 

Cas où la saignée est pro?ci-ite. 529 
Précautions à prendre après la 

saignée 529 

Saignée suivant les âges 530 

Saignée suivant les saisons . . 530 

De la saignée à la salvatelle.. 531 



Des maladies résultant d'un flux. 532 

Variétés de la goutte 533 

Contre les verrues 535 

Contre la variole 536 

Contre les puces 537 

Contre la fistule 537 

Des maladies de la tète........ 538 

Contre le mal de dents 539 

Ue la phthisie 5i0 

Contre l'indigestion 541 

Pour prévenir la djrsurie 542 

Contre l'ampoule du pied oi5 

l>o l'accouchement quand le bas- 
sin est mal conformé 516 

Pour prévenir les difformités de 

la taille chez les enfants 549 

Pratique médicale 550 



TABLE ALPHABÉTIQUE 



Abano (Pierre d'), 562. 
Abcès, 235. 
Abeille, 558. 
Ablutions, 292. 

Abondance de l'atrabile (Effets de 1'), 
191 519. 

L. de la bile, 189, 518. 

— du phlegme, 190, 519. 

— du sang, 188, 5l7. 
Abricots, 4-48. 

— -pêche, 448. 
Absinthe, 123, 459. 
Accouchement quand le bassin est 

mal conformé, 260, 546. 
Ache, 113, 126. 

— cultivée, 423. 
Achille, 584. 
Ackermann, 10, 41. 
Adalberon, 10. 
Adela, 10. 
Aetius, 5. 
Agaric, 123. 

— esculent, 428. 

— odorant, 428. 
Agassiz, 407. 

Ages (Saignée suivant les), 221, 530. 

— (Rapport des quatre) avec les 
éléments, les humeurs et les sai- 
sons, 174. 

Agneau (Chair d'), 373. 
A^nus Dei (vertus de 1'), 227. 
Agrippine, 428. 
Aigremoine, 124. 
Ail, 114, 428. 

— vulgaire, 429. 
Air, 57, 284. 
Albini:s, 318. 
Alcool, 341. 
Alcoolisme, 345. 
Aie, 352. 

Alexandre, 504, 560, 580. 
Alexipharmaque, 525. 



Alibert, 564. 
Aliment, 370. 
Aliments, 313. 

— (Nature et qualités des), 91. 

— nourrissants, 91, 370. 

— nuisibles, 92, 378. 
Aloès, 124. 

Alose, 408. 
Alouette, 402. 
Alphanus, 31. 
Alphanus II, H. 
Althœa, 125. 
Alveus, 74. 
Amande, 121, 458. 
Ambrette, 471. 
Ambroisie, 125. 
Ame (Hygiène de 1'), 279. 
Amitiés de médecins, 555. 
Amour, 543. 

— (Temps de 1'), 72. 
Ampoule du pied, 260, 545. 
Ananas, 449. 
Anatomie, 163, 485. 
Anchois, 103. 
Andrieu, 539. 
Andry, 568. 
Anelh, 125, 459. 

— doux, 459. 
Angine, 249. 
Anglais, 314. 
Anguille, 408. 

Animaux (Viscères des), 98, 394. 
Anis, 126, 460. 

— étoile, 460. 

— à la reine, 460. 

— vert, 460. 
Anthrax, 235. 
Antidotes, 212, 525. 
Autiochus, 56i . 
Antoine, 560. 
Août, 65. 

Api (Pomme d'), 442. 



Table alphabétique. 



595 



Apollon, 316, 584. 

Appétit, 301. 

Apulée, 446, 459. 

Archimathœus, 25, 28, 29. 

Arénation, 75. 

Aristée, 369. 

Aristobule, 580. 

Aristoloche, 427. 

Aristote, 24, 315, 432, 509, 560, 562. 

Armoise, 128. 

Armotiiacura, 127. 

Arnaud de Villeneuve, 39, 41, 42, 279, 

341, 380, 381, 4ÎÛ, 442, 443, 476. 
Arrach, 329. 
Arroche, 128, 425. 
Artères, 489. 
Artichaut, 433. 

— sauvage, 433. 
Asperge, 157, 477. 

— sauvage, 433. 
Assaisonnements, 94, 380. 
Assur Bani Pal, 495. 
Astrologiques (Signes), 180. 
Atrabile (Effets de l'abondance de 1'), 

191, 519. 

— (Maladies naissant de 1'), 192. 
Attale, 584. 

Aubergine, 427. 
Audebonte, 319. 
Auguste, 558, 560, 568, 577. 
Augustin (Saint), 340. 
Aunée, 137, 465. 
Aurelius, 318. 
Aurone, 122, 458. 
Austen, 539. 
Automne, 60, 288,291. 
Ava-ava, 329. 
Avertissement, v. 
Avril, 63. 

Bacchus, 316, 330. 

Bacon, 557, 565. 

Bacove, 456. 

Badiane, 460. 

Baglivi, 553, 566. 

Bahouri, 352. 

Baillée des roses, 473. 

Bailly, 576. 

Bains (Usage des), 74, 300. 

Balance de Sanctorius, 303. 

Balaustes, 454. 

Balzac (Baudry de), v, 41. 

Balzac (H.), 314. 

Bananes, 456. 

Bananier, 456. 

Barbe de bouc, 432. 



Barbeau, 408. 

Barnum, 324. 

Baron, 39". 

Bartavelle, 402, 

Barthez, 556. 

Bartholomœus, 5, 30, 49. 

Bassin (Accouchement quand le) est 

mal conformé, 260, 546. 

— (os du), 547. 
Bas-ventre, 493. 
Baudry de Balzac, v, 41 . 
Bautru, 345. 
Beaufort (Duc de), 384. 
Beaunis, 485, 496. 
Bécasse, 403. 
Bécassine, 403. 
Becfigue, 402. 
Bégaiement, 185. 
Belzunce, 579. 
Benoît XIII, 334 
Berchoux, 311, 320, 414. 
Bergeret, 306, 340. 
Bernard le Provincial, 20, 21, 31, 34, 

35, 36, 38. 
Bertrand, 579. 
Bétel, 471. 
Bétoine, 128. 
Bette, 112, 420. 
Betterave, 421. 
Beurre, 105, 412. 
Beurré (Poire de), 441. 
Bichat, 556, 566. 
Biche (Chair de), 373. 
Bienfaisance des médecins, 563. 
Bière, 88, 329, 349. 
Bigarreaux, 443. 
Bile jaune, 497. 

— noire, 497. 

— (Effets de l'abondance de la), 189, 
518. 

Bileuer, 561. 

Bilieux (Gens), 170, 504. 

Blanc de l'œuf, 409. 

Blanchard, 408. 

Blanchette, 422. 

Blessures, 240. 

Rletle, 113. 

Boerhaave, 280, 446, 556, 557- 

Bœuf (Chair de), 372. 

Boileau, 558, 559. 

Bois de noyer, 441. 

Boisson, 82, 327. 

— (Eau comme), 90, 369. 

— amie de la santé, 82. 
Boissons alcooliques. 341. 
Bol après le repas, 322. 



596 



Table alphabétique. 



Bol (plante), 129, 

Bonaparte, 5U9. 

Bonastre, 463. 

Bonne potion, 86, 348. 

Bordeaux (Vins de), 337. 

Bordeu, oSS; 567, 572. 

Bosse, o49. 

Bouc (Chair de), 373. 

Bouchard, 483. 

Bouche (Maladies de la), 246. 

Bouchut, 510, 520, 549. 

Bouilli, 373. 

Bouillon, 376. 

Bourgeois, 5'i3 . 

Bourgogne (Vins de), 334. 

Bourrache, 417. 

Bouvard, 555, 562, 567, 576. 

Bouvier, 550. 

Boyer, 566, 581. 

Brachet, 520. 

Braga, 329. 

Brebis (Chair de), 373. 

Brehm, 402. 

Brillât-Savarin, 28, 327, 329. 

Broccoli, 419. 

Brochet, 408. 

Brongniart, 315. 

Brou de noix, 440. 

Brown Séquard, 496. 

Brugnons, 4i8. 

Brutus, 509, 559, 560. 

Bruzen de La Martinière, vi, 3'(9. 

Bueng, 329. 

Buglosse, 129, 460. 

Buren (de), 572. 

Byron, 492. 

Cacao, 437. 
Cacaoyer, 437. 
Café, 88, 329, 332. 
Caille, 401. 
Caillé, 413. 
Calament, 130. 
Calcul, 236. 
Caldarium, 74. 
Callianax, 576. 
Calville, 442. 
Camphre, 130 
Canard sauvage, 404. 

— domestique, 404. 
Canne à sucre, 383, 
Cannelle, 130,484. 
Capillaire, 130. 
Câpres, 382. 
Câprier, 131. 
Capucine des jardins, 468. 



Caracalla, 557. 
Gard<avele, 433. 
Cardiaques, 417. 
Cardon, 468. 

— d'Espagne, 433. 
Carême, 28, 391. 
Carie des dents, 539. 
Carline sans tète, 433. 
Carnivore, 312. 
Carotte, 423. 
Carpe, 408. 
Carrière, 8, 
Garvi, 131, 461. 
Cassave, 329. 
Casse, 131. 
Cassiodore, 14. 
Cassis, 447. 
Catarrhe, 532. 

Catherine d'Angleterre, 362. 
Catillac, 412. 
Caton, 420, 443. 
Caylus, 512. 
Cécile (Sainte), 343. 
Céleri, 423. 

Celse, 309, 559, 570, 575, 578. 
Centaurée, 132. 
Centenaires, 324. 
Cerf (Chair de), 373. 
Cerfeuil, 132, 381, 461. 
Cerise, 118, 442. 
Cerneau, 440. 

Cerveau (Pour fortifier le), C7, 292. 
Cervelle comme aliment, 395. 
Gervoise, 349. 

César, 422, 309, 558, 559, 584. 
Chabot (poisson), 408. 
Chabot (le capucin), 404. 
ChaiUy Honoré, 547. 
Chairs diverses, 97, 373, 391. 
Chambertin, 334. 
Champagne ^Vins de), 335. 
Champignon, 114, 427. 
Chapelle, 317. 
Chapin Harris, 539. 
Chapons, 400, 
Chardin, 546. 
Charles II, 362. 
Cliarles V, 582. 
Charlcs-Quint, 336- 
Charles VI, 333, 438. 
Charles IX, 401, 580. 
Charles XII, 323, 509. 
Charron, 279. 
Châtaigne, 120. 
Châtaignier, 454. 
Ghatin, 435, 490. 



Table alphabétique. 



597 



Chaussier, 4S7, 4SS, 581. 

Chaussier (Hector), 440. 

Chavanne, 286. 

Chélidoine, 133, 461. 

Cliéron, 499, 510. 

Chervi (Grand), 4-23. 

Chevallier, 457, 

Chevet, 316, 480. 

Cheveu de Vénus, 130. 

Cheveux (Pour faire repousser les), 244. 

Chèvre (Chair de), 373. 

Chevreau (Chair de), 373. 

Chevreuil (Chair de), 373. 

Chiche, 415. 

Chicorée^ 422. 

Chocolat, 457. 

Cholérique, 497. 

Cnoses à éviter, 206. 

— débilitantes et desséchanles, 18-î 
Chou, 111, 419. 

— cabu ou capus, 419. 

— pommé, 419. 

— vert, 419. 
Chou-fleur, 419. 
Chrysippe. 420. 
Chyme, 371. 
Ciboule, 431. 
Ciboulette, 431. 
Cicérole, 415. 

Cicéron, 509, 559, 561, 583, 534. 

Cidre, 89, 329, 366. 

Cigogne, 403. 

Ciguë, 133, 462. 

Cinnamome, 134, 463. 

Circonspection du médecin, 570. 

Cire, 431. 

Citron, 452. 

Citronnelle, 468. 

Citrouille, 425. 

Civette, 431. 

Claude, 428. 

Claudien, 298. 

Clément, 509. 

Clos-Vougeot, 334, 

Close, 396. 

Clous de girofle, 484. 

Clyslères, 225. 

Cocchi, 312. 

Cochléaria, 468, 

Cochon (Chair de), 392. 

Cochon de lait (Chair de), 373. 

Cœcum, 493. 

Cœlius Aurelianus, 14. 

Cœur, 489. 

— comme aliment, 395. 
Coings, 455. 



Colique, 253. 

Collelet, 316. 

Côlon, 493. 

Columelle, 369. 

Commentaires, 273. 

Conception (Signes de la) d'un garçon 

ou d'une tîlle, 204, 522. 
Conclusion, 271 . 
Concombre, 427, 
Condiments, 94, 379. 
Condorcet, 583. 
Confraternité médicale, 554. 
Constantin, 4, 9, 10, il, 12, 17, 20, 22, 

24, 25, 49. 
Constipation, 255. 
Constitution, 500. 
Consultation, 554. 
Contades, 39G. 
Contât (Mlle), 511. 
Contraction musculaire, 487. 
Contre-poison, 525. 
Conversations à table, 311. 
Cook, 330, 530. 
Cooper (Astley). 556. 
Cophon, 5, 21, 30, 32, 48. 
Coq, 393. 

Coq de bruyère. 403. 
Cor au pied, 545. 
Corail des jardins, 471. 
Corce'.et, 316. 
Coriandre, 135, 463. 
Cornaro, vu, 305. 
Cornaz, 524. 
Cornichons, 382, 427. 
Cornu, 429. 
Corps humain (Rapport du) avec les 

signes du zodiaque, 175, 177. 

— (Des quatre humeurs du), 
166, 497. 

— (Poids du), 490. 
Corps ou corset, 550. 
Corvisart, 581 . 
Cosmétique de beauté, 477. 
Cosson (L'abbé), 320, 
Costerus, 384. 

Cou, 492, 

Couleur de l'urine suivant les quatre 

tempéraments, 204, 
Courge, 425. 
Crassane, 442. 
Crème, 413. 
Cresson, U7, 382, 468, 

— alenois, 382. 

— de fontaine, 468. 

Crimes commis sous l'influence de 
l'ivresse, 345. 



598 



Table alphabétique. 



Crimes commis par des médecins 

560. 
Crocus, 136, 464. 
Cubèbe, ^36, 471. 
Cuisine, 374. 
Cuisse, 496. 
Cul-blanc, 402. 
Cumin, 136. 
Cure-dents, 322, b39. 
CurioD, 41 . 
Cussy, 391. 
Cuvier, 492. 
Cuyer, 4^5. 
Cygne, 403. 

Daguet (Chair de), 373. 

Damas (Gros et petit), 443. 

Daremberg, v, vx, 49. 

Dattes, 4bo. 

Débilitantes (Choses), 184. 

Début du jeune médecin, 552. 

Décembre, 67, 

Dédicace, 53, '275. 

Défaillances (Contre les), 252. 

Deidier, 579. 

Déjeuner, 314. 

Delaunay, 492. 

De Le Boe (Jacques), 555. 

Delille, 320. 

Delirium tremens, 341 . 

Démangeaison. Voy. Prurit. 

DemidofF, 439. 

Démocrite, 509, 559. 

Dent de lion, 422. 

Dentifrice, 539. 

Dents (Mal de), 246, 539. 

— (Carie des), 539. 

— (Pour conserver les), 2î7. 
Dérivation des humeurs, 172. 
Descartes, 492, 579. 
Deschamps (Eustache), 438. 
Desgenettes, 580. 
Desiderius, 11. 

Désintéressement du médecin, 561. 
Désirs vénériens (Pour réprimer les), 

2o7. 

Désirs du malade (Satisfaction des), 
209. 

Desséchantes (Choses), 184. 

Devoirs du médecin, 554. 

— envers les mala- 

des, 569. 

Dextérité, 495. 

Diaphragme, 493. 

Diarrhée. Voy. Flux de ventre. 

Diday, 544. 



Diderot, 582. 
Didier, 11. 
Diète, 280. 

— du malade, 209. 

Dieudonné de Gozon, 526. 

Difformités de la taille chez les en- 
fants, 261, 549. 

Digestion, 371 . 

Dindon, 400. 

Dîner (Ordre du), 79, 306. 

Dioers, 314. 

Dîneurs, 315. 

Dioscoride, 14, 15, 42, 463, 474. 

Dioticus, 345. 

Domitien, 330. 

Domitius, 319. 

Donné, 281, 289, 307, 533, 539. 

Don Quichotte, 390. 

Dorade, 408. 

Dormir (Comment et en quel temps il 

faut), 69. 
Double, 567. 
Doucette, 422. 
Douleurs cardiaques, 417. 

— d'oreilles, 186. 
Doyen, 396. 
Doyenné, 442. 
Drake, 389. 

Droits du médecin, 550. 
Drusus, 346. 
Dubois, 566, 581. 
Dufour, 41, 465. 
Dumas, 284. 
Dumeril, 314. 
Duodénum, 493. 
Dupuytren, 556, 566, 576. 
Dureté (des médecins), 576. 
Duval (G.), 561. 
Dysurie (Pour prévenir la), 255, 542. 

Eau comme boisson, 90, 369. 

— de beauté, 477. 

— de cerises, 443. 
Eau-de-vie, 341. 
Echalote, 429. 
Eclaire, 461. 

Effets de la saignée, 220. ^ 

— à différentes vei- 

nes, 222. 

Egyptiens, 313. 

Eléments (Rapport des quatre) avec 
les humeurs, les saisons et les âges, 
174. 

Eléments humains (Nature des), 174. 

Eloge du médecin, 263. 

Embarras d'oreilles, 185, 515. 



Table alphabétique. 



599 



Emétique, oM. 
Empédocle, 415, 5b9, 578. 
Empoisonnements, 525. 
Encens, 159. 
Endive, 422. 

Enfants (Difformités de la taille chez 
les), 261, 549. 

— (Ressemblance des) avec les 
parents, 179. 

Engourdissement, 231. 
Enrouement, 187, 248. 
Eperlan, 408. 
Epiées, 385. 

Epilepsie. Voy. Mal caduc. 
Epilogue, 268. 
Epinard, 113, 424. 
Epoques de la saignée, 214, 528. 
Esquimaux, 314. 
Essence de rose, 473. 
Estragon, 381. 
Eté, 59, 288, 291. 
— (Léguaies d'), 109. 
Etiologie, 180. 
Etisie, 540. 
Etourneau, 403. 
Etudes du médecin, 551. 
Everest, 346. 
Examen du sang, 223. 

— de l'urine d'un malade, 202. 
Excrément, 73. 

— (Sémiotique de 1'), 200. 
Exercice, 292. 

Exhortation à la santé, 50. 
Expertise médico-légale, 57S. 
Expulsion des humeurs, 172. 
Extrémités, 491. 

— inférieures et supérieures, 
494. 

Fabrice d'Aquapendenle, 411. 

Fagon, 319. 

Faisan, 401. 

Fard, 514. 

Farlow, 430. 

Fatigue en chemin, 259. 

Félix, 316. 

Fenouil, 138, 144, 465. 

Fenugrec, 138. 

Ferrand, 526. 

Ferrarius, 5. 

Ferrier, 496. 

Feu sacré ou feu infernal, 238. 

Feuchtersleben, 279. 

Fèves, 108, 137, 414, 415. 

Février, 62. 

Fièvre (Causes de la), 187. 



Fièvre lente, 540. 
Figue, 119, 452. 

— banane, 456. 

Fille (Signes de la conception d'une), 

204, 522. 
Fistule, 239, 537. 
Fizes, 572. 
Flaccus, 345. 
Flatuosités. Voy. Vents, 
Fleurs cordiales, 417. 
Flourens, 323. 

Flux (Maladies résultant du), 231, 
532. 

— de ventre, 254. 
Foderé, 580. 
Fœtus humain, 179. 

Foie (Gomme aliment), 395. 

— (Inflammation du), 256. 

— gras, 395. 
Foissac, 550. 

Fonctions génésiques, 543. 
— du médecin, 263. 
Fonssagrives, 287, 307, 413, 540. 
Fontenelle, 359. 
Fontenelle, (Juha), 520. 
Forte tète, 492. 
Foulque, 403. 
Fouquier, 567. 
Fourcroy, 581. 
Fournier (H.), 544. 
Fournier Pescay, 557. 
Foxon, 526. 
Fracaslor, 558. 
Fraise, 444. 
Framboises, 44Ô. 
François !"•, 336. 
Franklin, 279. 

Frassen Becmann-Anal, 330. 
Frédéric II, 4H, 47. 

— 325. 
Freind, 555. 
Frénésie, 243. 
Frigidarium, 74. 
Friture, 376. 
Frœbel, 358. 
Froissart, 337. 
Fromage, 106, 412, 413. 
Fruits, 116. 

Gaieté, 278. 

Galanga, 139. 

Galien, vu, 4, 14, 15, 16, 17, 13, '=>Z 

24, 26, 29, 30, 42, 45, 279, 304,'4ia'. 

420, 453, 463, 571. ' î , 

Galilée, 579. 
Galopeau, 545. 



6oo 



Table alphabétique. 



Garçon (signes de la conception d'un 

204, 522. ;; 

Gariopunlus, H, ^6, 17. 
Garrod, 462. 
Garth, 5bS, 562. 
Gaucherie, 495. 
Gautier, 347. 
Gelée de groseilles, 446. 
Gelinotte, 401. 
Génération, 543. 
Génésiques (fonctions), 543. 
Genévrier, 141 . 
Genou, 496. 

Genres de maladies, 207. 
Gens bilieux, 170, 504. 

— sanguins, 169, 502. 
Geoffroy (Et.-L.), 568. 
Gérard, 44. 
Gerion, 330. 

Gervais de Sangues, 523. 
Gela, 308. 
Gibbosité, 549. 
Gilbert l'Anglais, 46. 
Gillej! de Corbeil, 40, 46, 49. 
Gingembre, 161, 484. 
Girofle, 140. 

— (Clous de), 484. 
Gland, 120. 
Glandes, 489. 
Glandules, 489. 
Glocesler, 318. 
Glycon, 560, 561. 
Godoï (Manuel), 426. 

Goethe, 559, 568). 

Gomme ammoniaque, 127. 

Gonflement de la veine saignée, 259. 

Gosier (Pour retirer un os resté au), 
248. 

Goujon, 408. 

Goutte (Variétés de la), 233, 533. 

Graines d'ambrette, 471. 

Grand chervi, 423. 

Gratry. 308. 

Grenade, 120, 454. 

Grevin, 558. 

Grimod de La Reynière, 327, 393, 414. 

Grive, 401. 

Groënlandais, 314. 

Gros, 311. 

Groseilles, 446. 

— noires, 447. 

Grosse rave, 418. 

Grossesse (Mois dangereux de la), 183 

Gruau, 388. 

Grue, 403. 

Guarna (Uomualdus), il. 



Guérison (Signes de), 194. 

Guerre des deux Roses, 473. 

Gueudeville, 534. 

Guignes, 443. 

Gunz, 475. 

Guyot (Ji)Ies), 361. 

Gymnastique, 550. 

Habileté manuelle du chirurgien et du 

médecin, 565. 
Haines de médecins, 555. 
Halle, 581. 
Halier, 556, 558, 565. 
Hamon, 568. 
Hareng, 408. 
Haricots, 416. 
Harley, 462, 
Harvey, 579. 
Haschich, 329. 
Hawkins, 389. 
Hector, 497. 
Helinus. 10. 
Heliogabale, 472. 
Hellébore, 140. 
Helmont (Van), 283, 561. 
Helvetius, 312. 
Hemar, 564. 
Henri IV, 504. 
Henri VIII, 336, 394. 
Henschel, 4. 

Herbes alimentaires, 109, 417. 
Hercule, 316, 584. 
Héréditaires (Maladies), 207. 
Hérédité (Ressemblance entre les pa- 
rents et les enfants), 179. 

— des maladies, 207. 
Hermolaûs Barbarus, 422. 
Hérophile, 557. 

Herpm, 331. 

Hervé Mangon, 435. 

Hippocrate, 14, 15, 16, 18, 26, 29, 5;, 

43, 45, 79, 279, 284, 288, 289, 522, 

374, 375, 415, 420, 432, 533, 302, 

553, 556, 559, 563, 584. 
Hirondelle de mer, 403. 
Hirlius, 560. 
Hiver, 60, 288. 

— 'Légumes d'). 110. 
Hoffmann (Fréd.), 556. 
Hollis, 4116'. 
Holmes, 549. 
Homère, 40, 295, 579. 
Homme (Eléments du corps de 1'), 174. 

— du fœtus humain, 179. 

— (Humeurs et tempéraments de 

1'), 166, 497. 



Tahh alphabétique. 



6oi 



Homme (Nature de 1'), 165, 

— (Poids du corps de 1'), 490. 

— (Rapports du corps de 1') 

avec les signes du zodia- 
que, 175, 177. 

Honain, 561. 

Honoré IV, 562. 

Hontekoe, 362. 

Hoquet, 252. 

Horace, 13, 396, 447. 

Houblon, 433. 

Hufeland, 324, 567. 

Hugo (V.), 315. 

Huile de navette, 419. 

— de noix, 440. 

— d'olive, 455. 

Humeurs (Des quatre) du corps hu- 
main, 166, 497. 

— (Rapports des quatre) avec les 
éléments, les saisons et les âges, 174. 

— (Réceptacles, dérivation et ex- 
pulsion des), 172. 

— (Physionomie suivant les), 172. 
Hydromel, 90, 329, 368. 

Hygiène, 55, 275. 

— de l'âme, 279. 

— des yeux, 186, 516. 
Hypocbondres, 493, 543. 
Hysope, 141, 466. 

Idiosyncrasie, 279. 

Idoménée, 579. 

lléum, 493. 

Inconvénients de la pratique médi- 
cale, 265. 

Indigestion, 253, 541. 

Inflammation du foie, 256. 

Influences physiques, 7. 

Ingratitude des malades, 265. 

Inhumation prématurée, 520. 

Instruments utiles en médecine (In- 
tromission des), 211. 

Intestins comme aliment, 398. 

Introduction, 3. 

Intromission d'objets divers, 211. 

ivresse, 327, 341, 342. 

Ivrognerie, 342. 

Jambe, 496. 
Janvier, 61. 
Jaune d'oeuf, 409. 
Jean (Le roi), 383. 
Jean Afflacius, 5, 25. 
Jean de Milan, 39. 
Jean (Saint), 422. 
Jean XXII, 584. 

ÉCOLE. 



Jéjunum, 493. 

Jenkins (H.), -324. 

Jenner, 579. 

Jérôme (^aiot), 366. 

Josat, 520. 

Joubert, 582. 

Jours lunaires favorables ou contraires 

à la saignée, 216. 
Juillet, 64. 
Juin, 64. 
Jujubes, 453. 
Jullien (Louis), 544. 
Jupiter, 316. 
Jussieu, 581. 
Juvénal, 431. 

Karabé, 142. 
Kepler, 579. 
Kirschenwasser, 443. 
Koumiss, 329. 
Kuhff, 485. 
Kuss, 487. 

Labrum, 74. 

Laconicum, 74. 

Laennec, 557, 579. 

La Fontaine, !295. 

La Harpe, 379. 

Lait, 104, 411. 

Lait de femme (Sémiotique du), 205, 

411. 
Laitue, 112, 421. 
Lamantin, 408. 
Lamier, 482. 
Lamotte, 512. 
Lancisi, 578. 

Langue comme aliment, 395. 
Langue (Paralysie de la), 248. 
Lapathum acutum, 142, 
Lapin (Chair du), 374. 
La Quintynie, 478. 
Larcher, 549. 
La Rochefoucauld, 576. 
Larrey (J.-U.), 566, 580. 
Laser, 157. 
Leblond, 550. 
Lecture en mangeant, 312. 
Légumes, 417. 

— d'automne, 110, 417. 

— d'hiver, 110. 

— ce printemps, 109. 

— d'été, 109. 
Lemontey, 496. 
Lentille, 416. 

Léon X, 336. 
Léon d'Ostie, 10, 

34 



602 



Table alphahétiquc 



Lèpre, 234. 

Lestocq, o83. 

Levacher, vir, 41, 392. 

Leveillé, 428. 

Levraut (Chair de), 374. 

Lèvres, 492. 

Lévy (Michel), 284. 

Lhérault, 478. 

Lièvre (Chair de), 373. 

Limande, 408. 

Limites de la science médicale, 264. 

Limons, 452. 

Linné, 431, 446. 

Lis, 143. 

Lisfranc, b36, 566. 

Littré, 23. 

Livêche, 142. 

Loche, 403. 

Long, 546. 

Longévité, 323. 

Lotte, -iOS. 

Louis IX, 582. 

Louis XI, 418. 

Louis XIV, 315, 319, 353, 478, 541, 

558 559. 
Louis'xV,"325, 450, 504. 
Louis XVIII, 451. 
Louis-Philippe, 438. 
Loup marin, 408. 
Louvel, 509. 
Lucrèce, 383. 
Lucullus, 442. 
Lupin, 143. 
Lymphe, 519. 
Lyonnet, 437. 

Machaon, 579. 
Mac-Mahon, 567. 
Macaroni , 388. 
Macer floridus, 40. 
Mâche, 422. 
Macis, 435. 
Mackenzie, 304. 
Mahomet, 330. 
Mai, 63. 
Main, 494. 

— droite, 495. 
Mains (Propreté des), 292. 
Mal caduc, 229, 230. 

— de dents, 246, 539. 

— de tête, 242. 

Malade (Devoirs du médecin envers le), 
569. 
_ (Diète du), 209. 

(Ingratitude des), 265. 

— (Satisfaction des désirs du), 209. 



Maladies (Des cinq sources de), 206. 

— (Genres de), 207. 

— (Signes des), 193, 

— naissant de l'atrabile, 192. 

— de la bouche, 246. 

— résultant du flux, 231, 532. 

— héréditaires, 207. 

— occasionnées par le phlegme, 

191. 

— produites par le sang, 189. 

— de la tête, 242, 538. 

— résultant des vents, 188,517. 

— (Traitement des), 573. 

— vénériennes, 544. 
Malangia, 144. 

Manioc, 329. 

Maquereau, 408. 

Marasquin, 443. 

Marathrum, 144. 

Marc Aurèle, 582. 

Marguerite d'Anjou, 318. 

Marguerite de Valois, 512. 

Marmontel, 320. 

Marron, 454. 

Mars, 62. 

Marteno de Gordoue, 521. 

Martial, 293, 294, 395, 431, 433, 4-54, 

Martin-sec (Poire de), 442. 

Massa, 543. 

Mathiole, 418. 

Matière médicale, 122, 

Mauve, 144, 467. 

Maximin, 318. 

Mayenne, 427. 

Mayer, 523, 543. 

Mead, 555. 

Meaux Saint-Marc, vu. 

Médecin (Eloge du), 263. 

— (Devoirs et droits du), 550. 

— (Fonctions du), 263. 

— (Précautions à prendre par 

le), quand il prescrit une 
médecine, 210. 

— (Inconvénients de la profes- 

sion de), 260. 

— (Tenue du), 268, 556. 

— d'armée, 579. 
Médecine agissante, 283. 

— expeclante, 283. 

— (Temps où l'on ne doit pas 

prendre), 210. 

— (Précautions à prendre quand 

le médecin prescrit une^, 
210. 
Médicastre, 267. 
ïMédo';, o37. 



Table alphabétique. 



603 



Mélancoliques, 497, 507. 
Mélisse des jardins, 468. 
Melon, 425. 

— d'eau, 427. 
Mélongène, 427. 
Membres, 491. 
Menappe, 533. 
Menecrate, 553. 
Menthe, 145, 467. 

— frisée, 467. 

— poivrée, 467. 

— pouliot, 407. 
Merises, 443. 
Merlan, 40S. 
Merle, 401. 
Mésange, 403. 
Messire-jean (poire de), 442, 
Metellus, 425. 

Mets divers, 96. 

Mewon (W.), 324. 

Meyer de Kœnigsberg, 12. 

Middendorf, 286. 

Migraine, 242. 

Mithridate, 474, 584. 

Modestie du médecin, 5Ci. 

Mois dangereux de la grossesse, 183. 

— où l'on doit saigner, 218. 

— (Régime suivant les), 61. 
Molène, 399, 401. 

Molière, 317, 559. 
Mondor, 535. 
Monfalcon, 574. 
Monique (Sainte), 340. 
Monselet, 314. 
Montaigne, 317, 393. 
Montesquieu, 408. 
Montmaur, 308, 316, 317. 
Moreau (René), 416, 418, 460. 
Morelle, 157. 
Morille, 428. 
Mormon, 308, 322, 541. 
Mort (Signes de la), 195, 520. 

— du médecin, 568. 
Moschion, 15. 
Mouches truffi gènes, 434. 
Mousseron, 428. 

Moût, 348. 
Moutarde, 158, 481. 

— noire, 481. 
Mouton (Chair de), 373, 392. 
Muller, 423. 
Mûre, 118. 447. 
Musa (Ant.), 422. 
Musandinus, 23, 32, 34, 49. 
Muscade, 484. 
Muscles, 487. 



Musculaire (Contraction), 487. 
Musique cultivée par les médecins, 557> 
Myrobalans, 146. 
Myrrhe, 146. 

Naegelé, 547. 

Napoléon le»' 317, 359, 492. 

Nature des éléments humains, 174. 

— humaine, I60. 
Navet, 418. 
Navette, 419. 

iNécessité de la saignée, 217. 
Nèfle, 120, 453, 
Nénuphar, 147. 
Nerfs, 488. 

— encéphaliques, 488. 
Néron, 428, 432, 472. 
Nerprun, 152. 

Nerveux (Tempérament), 509. 

Nestor, 295, 579. 

Newton, 579. 

Nicandre de Colophon, 557. 

Nicoclès, 573. 

Nicolaus, 40. 

Nigelle, 147. 

Nivet, 523. 

Ncë, 329, 349. 

Noisettes, 458. 

Noix, 116, 440. 

— de galle, 140. 

— -muscade, 145, 440. 

— vomiqne, 440. 

Nombre des organes, des os et des 

veines, 163, 485. 
Nosologie, 229. 
Nouage, 549. 
Novellus Torquatus, 344. 
Novembre, 66. 
Novoforo, 39. 
Nuits (Vin de), 334. 
Nutrition, 370. 

Obésité, 375. 
Octave, 568. 
Octobre, 66. 
Oderic Vital, 11, 19. 
OEgidius, 557. 
OEil. Voy. Yeux. 
OEufs, 103, 400, 40?. 
Offlcius Bibulus, 344. 
Oie, 405. 
Oignon, 114, 429. 

— (Scille), 158, 431. 
Oiseaux (Chair des), 374. 
Oi<on, 406. 

Olives, 455. 



6 04 



Table alphabétique. 



Ombre, 408, 

Omnivore (L'Homme est), 312. 

Onanisme, 544. 

Opération césarienne, 548, 

Opium, 329. 

Oppression de poitrine, 251. 

Orange, 451. 

Orangeade, 452. 

Ordre du diner, 79, SOC. 

Oreilles (Douleur d'), 186. 

— (Embarras d'), 185, 515. 

— (Tintement d'j, 186, 515. 
Orfila, 474, 557. 

Organes (Nombre des), 163, 485. 

— (Propriété psychique des) , 

178. 

— (Pour fortifier certains), 211. 

— (Pour récréer les), 67, 292. 

— des sens, 490. 
Orge (Vin d'), 349. 
Oribase, 5, 15, 74, 453. 
Origan, 151. 
Oronge, 428. 

Ortie, 159, 482. 

— blanche, 482. 

— brûlante, 482. 

— (Grande), 482. 

— grièche, 482. 

— pilulifère, 482. 
Ortolans, 401. 

Os (Nombre des), 163, 485. 

— (Pour retirer un) resté au gosier, 248. 

— du bassin, 547. 
Oseille, 123, 424. 
Osier, 475. 
Osiris, 330, 349. 
Outarde, 403. 
Ovide, 98, 584. 

Pablo (Manuel), 473. 
Pain, 96, 331, 386. 

— trempé de vin, 97, 390. 
Paix (Prince de la), 426. 
Palatine (Princesse), 319. 
Panais, 112, 423. 

— cultivé, 423. 

— sauvage, 423. 
Pansa, 560. 

Paralysie de la langue, 248. 

Parasite, 316. 

Paré (Amb.), 580, 

Parent-Duchâtelet, 580. 

Parents (Ressemblance des enfants avec 

les), 179. 
Parfums, 294. 
Paris, 579, 



Pariset. 559, 580. 
Parr (Thomas), 324. 
Parry, 358. 
Parties organiques, 487. 

— similaires du corps, 486. 
Pascal, 354. 

Passy (A.), 436. 
Pastenade, 423. 
Pa&tèque, 427. 
Pastilles de menthe, 468. 
Pâté de foie gras, 395. 
Pathologie, 206. 
Patience, 142. 
Patia (Guy), 541. 
Pâtissier, 580. 
Paul (Saint), 585. 
Paul d'Egine, 5. 
Paulet, 428. 
Paulini, 511. 
Pavies, 448. 
Pavot, 148. 
Peau, 491. 

— (Pores de la), 491. 

— (Prurit de la), 237. 

— (Vers de la), 238. 
Pèche, 119, 447. 
Pelletan (E.), 494, 
Pelletan (Ph. J.), 577, 581. 
Pénard, 547. 

Pensée, 483. 

Perche, 408. 

Percy, 558, 580, 581. 

Perdrix, 402. 

Perfection des sens, 166. 

Persans, 313. 

Persil, 381. 

Pertes séminales, 259. 

Peste (Régime en temps de), 212. 

Petit (Marc-Antoine), 559. 

Petit-lait, 412, 413. 

Petite rave, 419. 

Pétrarque, 334. 

Pétrocellus, 17, 21. 

Pétronius, 5, 21, 48. 

Phagon, 318. 

Phéniciens, 330. 

Phérécyde, 293. 

Philippe il, 293. 

Philippe le Hardi, 334. 

Phlebotomie, 527. 

Phlegmatiques, 170, 497, 506. 

Phlegme, 497. 

— (Effets de l'abondance du), 

190, 519. 

— (Maladies occasionnées pi^r 

le), 191. 



Table alphabétique. 



605 



Philosophie cultivée par les médecins, 

559. 
Phthisie, 540. 
Physiologie, 165. 
Physionomie suivant l'humeur, 172, 

513. 
Picart (Bernard), 534. 
Pied, 496. 

— (Ampoule du), 260, 545. 

— (Cor au), 545. 
Pierre III, 583. 
Pierre d'Amiens, 11. 
Pierre Diacre, 12. 
Piesse, 294, 514. 
Pigeon domestique, 403. 

— sauvage, 403. 
Pigeonneau, 403. 
Piment, 471. 
Pin, 149, 
Pindare, 495. 
Pinel, 579, 581. 
Pintade, 403. 
Piqûre de la veine, 219. 
Piscina, 74. 
Pison, 344. 
Pissenlit, 422. 
Pituite, 519. 

Pituiteux (Tempérament), 506. 
Pivoine, 148. 
Plantain, 150. 
Plantanier, 456. 
Plantes potagères, 417. 
Platéarius, 5, 19, 21, 48. 
Platon, 340, 509, 533, 553. 
Pléthore sanguine, 517. 
Pline, 127, 344, 346, 369, 395, 420, 

425, 432, 463, 478, 560, 584. 
Plutarque, 346, 585. 
Pluvier, 40i. 

Poésie cultivée par les médecins, 557. 
Poids du corps humain, 490. 
Poils (Pour empêcher les) arrachés 

de repousser, 243. 
Poire, 116, 366, 441. 
Poiré, 89, 329, 368. 
Poireau, 115, 431. 
Poireaux (Verrues), 535, 
Poirée, 420. 

— rouge, 421. 
Pois, 108, 414. 

— chiches, 415. 

— secs, 414. 

— verts, 414. 
Poissons, 101, 406. 
Poitrine, 493. 

— (Oppression de), 251 . 



Poivre, 149, 470. 

— blanc, 470. 

— de Guinée, 471 . 

— du Japon, 471. 

— noir, 470. 
Poivron, 471. 

Politique fatale au médecin, 583. 
Pomme, 116, 441. 

— d'amour, 382. 

— d'api, 442. 

— d'or, 442. 

— de terre, 389, 
Pommé, 366. 
Pompadour, 492. 
Pontus, 10. 

Poppea, 293. 

Porc (Chair de), 373, 392, 

Pores de la peau, 491. 

Porter, 352, 

Potion (Bonne), 86, 348. 

Potiron, 425, 

Poudre dentifrice, 539. 

Pougeas, vir, 529. 

Poulardes, 400. 

Poule (Chair de), 398. 

— d'eau, 403. 

— grasse, 422. 
Poulet (Chair de), 398. 
Pouliot, 151, 471. 

Pouls (Sémiolique du), 197. 
Poumons, 489. 

— comme aliment, 395. 

— (Sécheresse des), 250. 
Pourceau (Chair de), 392. 
Pourpier, 150, 425. 

Poux de chien, 238. 
Pratique médicale, 263, 550. 

— (Inconvénients de la), 265. 
Précautions du médecin prescrivant 

une médecine, 210. 
— à prendre après la sai- 

gnée, 219, 
Préservatif contre le mal caduc, 230. 
Priam, 497. 
Price, 576. 
Printemps, 58, 288, 29.0. 

— (légumes de), 109. 
Probus, 330. 

Procope, 355. 

Procréation des sexes à volonté, 522. 

Profession médicale, 550. 

Pronostic, 572, 

Propreté des mains, 292. 

Propriété psychique des organes, 178. 

Prune, 118, 443. 

Prunelle 444. 



34. 



6o6 



Table alphabétique. 



Prunellier, 158, 444, 481. 

Prurit de la peau, 237. 

Prus, 580. 

Puccinotti, 12. 

Puces, 239, 537. 

Purgation (Précautions du médecin 

prescrivant une), 210. 
— (Temps inopportun de la), 

210. 
Purge (Soins à prendre quand on se), 

210. 
Pyrame, 447. 
Pyrèthre, 151. 
Pythagore, 559. 

Qualités du médecin, 552. 
Quarantaines, 580. 
Quas, 329. 

Quatre humeurs (des) du corps hu- 
main, 16Ô. 
Quintilien, 560, 584. 

Rabelais, 314. 
Rabioule, 418. 
Rach, 329. 
Rachitis, 549. 
Racine, 317. 
Racki, 3-29. 
Radis, 419, 

— noir, 419- 
Radouvilliers, 320. 
Railort, 419. 
Raisin, 119, 447, 448. 
Raisson, 353. 
Râle d'eau, 403. 
Ramazzini, 580. 
Rancé, 569, 577. 

Rapport du corps humain avec les 
signes du zodiaque, 175, 177. 

— des quatre éléments, des qua- 
tre humeurs, des quatre sai 
sons et des quatre âges de la 
vie, 174. 

Rapports conjugaux, 543. 

Rate comme aliment, 397. 

Ravaillac, 509. 

Rave, 111, 417. 

Recamier, 385, 567, 575. 

Réceptacles des humeurs, 172. 

Rectum, 493. 

Régime suivant les saisons, 58, 288 

— suivant les mois, 61. 

— en temps de peste, 212, 
— ■ après la saignée, 223. 

Réglisse, 143. 
Reine-claude, 443. 



Reinette, 442. 

Kené d'Anjou, 402. 

Renzi, v, vi, 6, 8, 12, 18, 19, 41, 43, 

47, 49. 
Repas (Avant et après le), 78, 301. 

— (Règles générales pour tous 

les), 79, 307. 

— aux diverses saisons, 82, 326. 
Repos, 281. 

Réservoir de Pecquet, 371. 
Ressemblance des enfants avec les 

parents, 179. 
Retraite du médecin, 566. 
Réveillé-Parise, 541, 564. 
Rhamnus, 152. 
Rhubarbe, 152. 
Rhum, 329. 
Rhume, 532. 

— • (pour guérir un), 232. 
Rhume de cerveau (pour prévenir un) 

quand on a la tùte rasée, 233. 
Richard (David), 5î3, 543. 
Richard Cœur de Lion, 337. 
Richelieu, 559. 
Richerand, 565. 
Ricord, 544. 
Rob de sureau, 477. 
Robespierre, 509. 
Robinson, 380. 
Rocambole, 429. 
Rodoginus, 345. 

Rodolphe Mala Gorona, 11, 19. 
Roger, 10, 11, 13, 18, 31, 43, 47. 
Rognons comme aliment, 397. 
Roland, 31. 
Roland (Mme), 577. 
Romarin, 126. 
Romulus, 418. 
Ronce, 153. 
Rose, 152, 471. 

— (essence de), 473. 
Rossini, 317. 

Rôti, 377. 

Rougemont, 426. 

Rouget, 408. 

Rousseau (J.-J.), 3<2, 492, 511, 551. 

Roussel (milady), 520. 

Ruckert, 490. 

Rue, 153. 473. 

Rufus, 15. 

Rush, 367. 

Safran cultivé, 464. 
Sagou, 390. 
Saignée, 213, 526. 

— à lasalvatelle, 222, 53i. 



Table alphabétique. 



607 



Saigaée à différentes veines, 222. 

— suivant les saisons , 221 , 

530. 

— suivant les âges, 221 , o30. 

— (Effets de la), 220. 

— (Précautions